Ours blanc

espèce de mammifères
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Ursus maritimus, Ours polaire, Ours maritime, Ours blanc de la mer glaciale

Ursus maritimus
Description de cette image, également commentée ci-après
Une ourse maritime à proximité de Kaktovik, sur l’île Barter, en Alaska, aux États-Unis.
0.129–0 Ma
Classification MDD
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Ursidae
Genre Ursus
Sous-genre Ursus

Espèce

Ursus maritimus
Phipps, 1774

Statut de conservation UICN

( VU)( VU)
VUA3c : Vulnérable

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 11/06/1992

Répartition géographique

Description de l'image Polar bear (range).svg.

Synonymes

  • Ursus albus O. F. Müller, 1776 [1]
  • Thalarctos polaris Gray, 1825 [1]
  • Thalassarctos eogroenlandicus Knottnerus-Meyer, 1908 [1]

Ursus maritimus, l'Ours blanc ou Ours polaire, ou plus rarement Ours maritime, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Ursidés.

Il est originaire de l'Arctique et des zones subarctiques environnantes. Étroitement apparenté à l'ours brun (Ursus arctos), avec lequel il peut s'hybrider, il est la plus grande espèce actuelle d'ursidé et le plus grand prédateur terrestre, rivalisant avec l'ours kodiak. L'espèce présente un important dimorphisme sexuel, les mâles adultes pesant généralement entre 300 et 800 kg tandis que les femelles sont nettement plus petites.

Par rapport à l'ours brun, l'ours blanc présente une silhouette plus élancée, un crâne plus aplati et étroit, un cou plus allongé et une bosse scapulaire moins développée. Sa dentition, plus acérée, est particulièrement spécialisée pour un régime hypercarnivore centré sur la chair et la graisse. Ses pattes larges et garnies de poils isolants lui permettent à la fois d'adhérer à la neige ou à la glace et de ramer efficacement dans l'eau. Parfaitement adapté au froid polaire, il possède un épais panicule adipeux sous-cutané ainsi qu'une fourrure dense et translucide, à l'apparence blanche ou jaunâtre, qui lui confère un mimétisme protecteur sur la banquise, tandis que sa peau noire sous-jacente maximise l'absorption du rayonnement thermique[2]. Ses extrémités réduites, notamment ses petites oreilles et sa courte queue, limitent les déperditions thermiques[3].

À la fois terrestre et pagophile, l'ours blanc est également considéré comme un mammifère marin semi-aquatique[4] en raison de sa dépendance vitale envers l'écosystème marin et la banquise, d’où son nom spécifique d’Ours blanc de la mer glaciale. Il exploite cet environnement inhospitalier pour chasser, mais se replie sur la terre ferme en été lorsque la glace commence à fondre. Superprédateur au sommet du réseau trophique arctique, il se nourrit essentiellement de phoques dont il consomme prioritairement le lard très énergétique. Ses techniques de chasse reposent sur l'affût statique aux cheminées de respiration, l'approche discrète sur la glace ou des attaques surprises depuis l'eau. Il s'attaque également de façon plus opportuniste à des cétacés comme le béluga, aux morses, ainsi qu'à des animaux terrestres ou des charognes. L'espèce est habituellement solitaire, bien que des regroupements tolérants s'observent sur le littoral en période estivale. Lors de la saison de reproduction printanière, les mâles courtisent et gardent jalousement les femelles face à leurs rivaux. Les mères mettent bas durant l'hiver dans des tanières de maternité creusées dans la neige ou le sol gelé, et leurs oursons demeurent à leurs côtés jusqu'à l'âge de deux ans et demi. Son espérance de vie s'étend de quinze à trente ans en milieu naturel.

L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l'ours blanc comme « espèce vulnérable » (VU) et évalue la population totale entre 22 000 et 31 000 individus[5]. Les principales menaces pesant sur sa pérennité sont le changement climatique, la pollution par bioaccumulation et le développement des activités énergétiques et industrielles. La fonte de la banquise de l’arctique réduit considérablement l'accès de l'animal à ses proies, aggravant le risque de sous-nutrition et de famine, tout en augmentant la fréquence des conflits avec les populations humaines côtières[6]. Des divergences d'estimations subsistent : certains spécialistes, comme Morten Jørgensen en 2015, ont soutenu que la chasse excessive représentait un risque plus immédiat que le climat et ont avancé des effectifs réels inférieurs à 20 000 individus[7].

Chassé depuis des millénaires par les peuples de l'Arctique puis par les explorateurs et trappeurs pour sa fourrure et sa viande, l'animal occupe une place prépondérante dans la mythologie, les rites et la culture des peuples Inuits. Il a également marqué l'imaginaire occidental à travers les représentations artistiques, telles que la célèbre sculpture de François Pompon, les exhibitions en parcs zoologiques ou de cirque, la célébrité mondiale de certains individus captifs comme l'ourson Knut, et s'est finalement imposé comme l'emblème universel de la préservation de la nature et de la sensibilisation au réchauffement planétaire. L'un des hauts lieux d'observation et de rassemblement automnal de l'espèce est le parc national Wapusk, près de Churchill au Canada, considéré comme la capitale mondiale de l'ours polaire[8].

Dénominations

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Origines nominales

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L’espèce Ursus maritimus est connue sous de nombreuses appellations : La première et la plus récurrente étant : « ours blanc » avec le synonyme « Ursus albus », toutefois, cette location était plus susceptible d’être confondue avec des variétés d’ours de couleur blanche, comme l’Ours blanc terrestre une variante de l’ours brun d’Eurasie appelée autrefois Ursus arctos var. albus, d’autres sous-espèces de l’ours brun, ou encore un animal atteint de leucisme comme c’est le cas chez l’Ours noir d'Amérique avec les populations d’Ours de Kermode.

Pour lutter contre cette confusion, il était d’usage de nommer cette espèce avec le registre de l’arctique, le plus connu actuellement étant « ours polaire », mais les naturalistes français comme Georges-Louis Leclerc de Buffon ou Frédéric Cuvier ont longtemps désigné cette espèce sous des noms comme « ours de mer » ou « Ours blanc de la mer glaciale », la mer étant un élément récurrent chez cette espèce, en témoigne l’épithète spécifique latin maritimus[14],[15], ou encore les noms de genre forgés sur le grec ancien Thalarctos ou Thalassarctos[16].

Les Scandinaves le désignent sous les noms d'isbjørn (« ours des glaces ») et d'hvitebjørn (« ours blanc »). L'animal est appelé nanouk (ou nanook) par les Inuits. La culture des Netsiliks emploie en outre des termes distincts selon le sexe et l'âge de l'ours : les mâles adultes (anguraq), les femelles adultes solitaires (tattaq), les femelles gestantes (arnaluk), les nouveau-nés (hagliaqtug), les grands subadultes (namiaq) et les individus en hivernation (apitiliit)[17].

Taxonomie

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L’Ours de mer par Jacques de Sève dans l’œuvre complête de l’Histoire naturelle de Buffon, 1773.

Dans la dixième édition de son Systema Naturae en 1758, Carl von Linné mentionne l'animal dans l’entrée consacrée à l'Ours brun (Ursus arctos) sous la diagnose « Ursus maritimus albus major, arcticus », reprenant la description de Friedrich Martens, tout en soulignant qu'il s'agit peut-être d'une espèce distincte qu'il n'a lui-même jamais vue (forte distincta species est, nobis non visa)[18],[19]. C'est Constantine John Phipps qui décrit formellement l'ours blanc au rang d'espèce distincte sous le nom binomial d'Ursus maritimus en 1774, dans le compte rendu de son voyage de 1773 vers le pôle Nord[20],[21]. Observé en grand nombre au Spitzberg, l'animal y est caractérisé par des mensurations détaillées, Phipps associant dans son appendice la référence au genre linnéen et le nom vernaculaire anglais de « Polar Bear » [20] introduit par Thomas Pennant en 1771.

En raison de ses adaptations au milieu marin, le zoologiste John Edward Gray propose en 1825 d'en faire un genre distinct sous le nom de Thalarctos[22]. La dernière mention notable de Thalarctos en tant que genre sera dns la Checklist of the Palearctic and Indian Mammal par Morrison-Scott en 1951 [23] , et la toute dernière mention du taxon, cette fois en tant que sous-genre le sera par Theodore Knottnerus-Meyer en 1981[24],[25], avant de devenir un synonyme junior d’Ursus dans la taxonomie actuelle, le registre fossile faisant état de l’ours polaire une espèce très récente, mais aussi sa capacité à pouvoir produire des hybrides fertiles avec l'ours brun[25],[26],[27].

Évolution et spéciation

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L'ours polaire est l'une des huit espèces actuelles de la famille des ursidés et l'une des six espèces actuelles de la sous-famille des Ursinés et est considérée comme un Ours proprement dit, du genre Ursus, et du sous-genre Ursus, qu’il partage avec l’Ours brun.

Les fossiles d'ours polaire restent marginaux dans le registre fossile[26],[28]. Le plus ancien reste connu est une mandibule datée d'environ 130 000 à 110 000 ans, découverte en 2004 sur l'île de Prins Karls Forland, en Norvège[29],[30]. Au XXe siècle, les scientifiques supposent que l'ours maritime descend directement d'une population d'ours bruns, peut-être en Sibérie orientale ou en Alaska[26],[28]. Les études sur l'ADN mitochondrial menées dans les années 1990 et 2000 confortent l'idée que l'ours polaire dérive de l'ours brun, révélant que certaines populations d'ours bruns sont génétiquement plus proches de l'ours polaire que d'autres ours bruns, en particulier les ours bruns de Sitka, dans le Sud-Est de l'Alaska[29],[31],[32]. Une étude de 2010 estime alors que la lignée de l'ours maritime s'est séparée des ours bruns très récemment, il y a qu’environ 150 000 ans[29].

Spécimen naturalisé d'hybride grizzly-ours blanc exposé au musée d'histoire naturelle de Tring, dans le Hertfordshire, en Angleterre.

Des analyses génomiques plus poussées réfutent par la suite l'hypothèse d'une descendance directe de l'ours brun, établissant que les deux taxons constituent en réalité deux lignées sœurs distinctes. Les proximités génétiques observées entre l'ours polaire et certains ours bruns résultent en fait d'épisodes d'hybridation[33],[34]. Une étude de 2012 fait remonter la divergence entre les deux espèces à environ 600 000 ans[33], tandis qu'une étude de 2022 la situe plus tôt encore, il y a plus d'un million d'années[34]. Les cycles de glaciation survenus sur des centaines de milliers d'années ont à la fois favorisé l'émergence de l'ours polaire et régi ses contacts et hybridations ultérieurs avec l'ours brun[35].

Des études parues en 2011 et 2012 concluaient initialement à un flux de gènes unidirectionnel de l'ours brun vers l'ours polaire[33],[36]. En particulier, les travaux de 2011 avançaient que la lignée maternelle des ours maritimes actuels provenait d'ours bruns d'Irlande aujourd'hui éteints[36]. Des recherches plus récentes ont toutefois rectifié cette interprétation, montrant que les transferts de gènes se sont opérés de l'ours polaire vers l'ours brun, et non l'inverse[35],[37],[38]. Jusqu'à 9 % du génome des ours brun de Sitka dérive ainsi de l'ours polaire[39], tandis que cette proportion atteignait 21,5 % chez les ours bruns d'Irlande fossiles[37]. Les épisodes d'hybridation massive semblent s'être interrompus il y a environ 200 000 ans, les hybrides sauvages contemporains étant relativement rares[34].

L'étude des Variabilité du nombre de copies des gènes chez l'ours polaire par rapport à l'ours brun et à l'Ours noir d'Amérique met en évidence des adaptations évolutives marquées. L'ours polaire possède un répertoire de gènes de récepteurs olfactifs moins diversifié, conséquence d'un spectre odorant plus restreint dans son habitat arctique. Son régime strictement carnivore et très riche en lipides s'accompagne d'une réduction du nombre de copies du gène codant l'amylase (enzyme dégradant l'amidon), couplée à une sélection positive sur les gènes responsables de la dégradation des acides gras et de l'efficacité du système circulatoire. L'épaisseur accrue de sa fourrure est liée à une duplication plus marquée des gènes synthétisant les protéines de structure de la kératine[40].

Phylogénie

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Phylogénie des espèces actuelles d'Ursidés, d'après Yu et al. (2007)[41], Servheen et al. (1999)[42] et Kumar et al. (2017)[43] :

 Ursidae 
 Ailuropodinae 

 Ailuropoda melanoleuca



 Tremarctinae 

 Tremarctos ornatus


 Ursinae 



 Melursus ursinus



 Helarctos malayanus




 Ursus thibetanus





 Ursus americanus




 Ursus maritimus



 Ursus arctos







Sous-espèces et sous-populations

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Différentes sous-espèces ont été proposées, notamment certaines sources qui distinguent deux sous-espèces actuelles : Ursus maritimus maritimus[44] et Ursus maritimus marinus[45][47][46]. Celles-ci ne sont toutefois pas reconnues et il est souvent considéré qu'il n'existe pas de sous-espèces actuelles chez l'ours polaire, celui-ci étant traité comme un taxon monotypique[48],[49].

Une sous-espèce fossile potentielle, autrefois considérée comme éteinte, U. m. tyrannus[50], a été postulée en 1964 par Björn Kurtén, qui l'a reconstituée à partir d'un fragment unique d'ulna environ 20 % plus grand que ce qui était attendu chez un ours polaire[26]. Des réévaluations au XXIe siècle ont cependant indiqué que ce fragment appartenait très probablement à un ours brun géant[28],[51].

Le terme de sous-population serait donc plus adapté que celui de sous-espèce dans ce cas. Dix-neuf sous-populations auraient été définies par l'étude des déplacements de femelles équipées de colliers à repérage radio par satellite. Le nombre de sous-populations dépendrait beaucoup de l'organisme chargé du dénombrement. L'UICN/SSC PBSG (Polar Bear Specialist Group), un important corps international de recherche et de gestion sur l'ours polaire, reconnaît actuellement une vingtaine de sous-populations dans le monde[52],[53]. Parmi les plus connues figurent celle de la mer des Tchouktches (île Wrangel et ouest de l'Alaska), celle de la mer de Beaufort (Alaska du nord et du nord-ouest et Canada du nord-ouest), celle de l'archipel Canadien Arctique, celle du Groenland, celle du Spitzberg et de l'archipel François-Joseph, ainsi que celle de la Sibérie du centre nord.

Parmi ces sous-populations, treize sont présentes au Canada, totalisant environ 15 000 individus en 2007[54]. Dans les années 2000, la population des ours polaires est estimée entre 21 500 et 25 000 individus dont 60 % vivraient au Canada et 25 % en Alaska[55]. En 2005, un rapport d'experts alerte sur le risque de déclin des populations d'ours polaires à la suite de la réduction de la surface de la banquise de l'Arctique, consécutivement au réchauffement climatique. Un réchauffement plus important de l'Arctique menacerait la totalité des ours polaires car ils dépendent étroitement de la banquise pour vivre, chasser et se reproduire[56].

Selon un rapport publié en 2005 par le groupe spécialiste des ours polaires de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la population est alors estimée entre 20 000 et 30 000 individus[57] Mais la population de l'ouest de la baie d'Hudson au Canada et la population du sud de la mer de Beaufort (États-Unis/Canada), ont connu un déclin respectivement de 22 % et 17 % ces deux dernières décennies[58],[59]. Les trois autres populations en déclin sont celles de la mer de Baffin et du bassin Kane, partagé entre le Groenland et le Canada, et de la baie de Norvège au Canada. Les derniers recensements publiés en 2016, n'ont toutefois pas montré de diminution de la population, celle-ci restant entre 21 000 à 30 000 individus[60].

Description

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Ostéologie de l'Ours polaire (Ursus maritimus) par Blainville dans Description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des mammifères récents et fossiles (1839-1864).
Crâne d'ours polaire.
Squelette complet.

L'ours polaire possède la morphologie typique d'un ours proprement dit : un corps imposant, une fourrure abondante, une tête allongée, de petites oreilles arrondies, une courte queue et des pattes puissantes et épaisses. Ses yeux, son museau, ses lèvres, sa peau et ses coussinets sont noirs. Sa principale particularité est d'être le seul Ursidé au pelage blanc. C’est également le plus grand Ursidé connu, bien que certaines sous-espèces d'ours brun comme l'ours kodiak puissent rivaliser avec lui en taille[61],[62].

Par rapport à l'ours brun, l'ours polaire présente une silhouette plus élancée, un crâne plus étroit, plus aplati et proportionnellement plus petit, un cou nettement plus long et une bosse au garrot moins marquée[63],[61],[64]. Le profil de son museau est légèrement busqué, évoquant un profil romain[61].

Squelette et dentition

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 v · d · m  Formule dentaire
mâchoire supérieure
2 2-4 1 3 3 1 2-4 2
3 2-4 1 3 3 1 2-4 3
mâchoire inférieure
Total : 34-42
Dentition de l'ours maritime.

La formule dentaire comprend de 34 à 42 dents : 12 incisives, 4 canines, 8 à 16 prémolaires et 10 molaires. Sa dentition est hautement spécialisée pour un régime carnivore strict, se distinguant de celle de l'ours brun par des canines plus longues, plus tranchantes et plus espacées, ainsi que des dents jugales, prémolaires et molaires, plus petites et pointues[65],[66],[64]. L'espèce présente un large diastème entre les canines et les molaires, ce qui faciliterait la prise sur ses proies[66],[67]. Chassant habituellement des animaux beaucoup plus petits que lui, sa force d'occlusion n'est toutefois pas particulièrement puissante comparativement à d'autres carnivores[67].

Les pattes sont très larges, les antérieures étant plus évasées que les postérieures afin de faciliter la nage et la propulsion. La plante des pieds est couverte d'une fourrure dense, assurant à la fois isolation thermique et adhérence sur la neige et la banquise[68]. Les griffes, relativement courtes mais robustes, acérées et crochues, servent à la fois à agripper les proies et à progresser sur la glace vive[69],[70].

Dimensions

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Ours polaire sautant entre des plaques de glace dérivante au Svalbard.

L'ours polaire est, avec l'ours kodiak et les grands carnivores marins comme l'éléphant de mer, l'un des plus imposants carnivores terrestres vivants[63],[61]. Les adultes mesurent entre 130 et 160 cm de hauteur au garrot et la queue mesure seulement 76 à 126 mm de longueur[24].

L'ours polaire présente un dimorphisme sexuel particulièrement marqué par rapport à la plupart des mammifères[65]. Les mâles mesurent généralement entre 2 et 2,5 m de longueur totale, pouvant atteindre jusqu’à 3 m, pour une masse courante de 300 à 800 kg, le plus souvent entre 400 et 600 kg[24],[71]. Les mâles ont également une tête proportionnellement plus massive que celle des femelles[72]. Ces dernières sont nettement plus petites, mesurant de 180 à 200 cm pour une masse ordinaire de 150 à 300 kg[24],[71]. À la naissance, les oursons ne pèsent que 600 à 700 g[73].

La masse corporelle varie considérablement au cours de l'année, l'animal pouvant augmenter son poids de 50 % en accumulant d'épaisses couches de graisse[61]. Une femelle gravide et engraissée peut ainsi peser jusqu'à 500 kg[74]. Le plus grand ours polaire répertorié pesait 1 002 kg ; il s'agissait d'un mâle abattu dans le golfe de Kotzebue, au nord-ouest de l'Alaska, en 1960[75].

Des données récentes suggèrent que la masse corporelle globale des ours polaires tend à décliner sous l'effet des changements climatiques et du raccourcissement des périodes de chasse sur la banquise. Une étude de 2004 de la National Geographic Society a montré que la masse des ours polaires était, en moyenne, inférieure de 25 % à celle relevée dans les années 1970[76]. Par exemple, en 2007, les femelles de la baie d'Hudson affichaient un poids moyen de seulement 230 kg, contre 300 kg dans les années 1980[77]. Ces fortes dimensions ne les empêche pas d'être très rapide sur la terre ferme, pouvant atteindre une vitesse de pointe allant 40 km/h voire 50 km/h lors des grands sprints.

Peau, fourrure et thermorégulation

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Le pelage se compose d'un sous-poil dense d'environ 5 cm de long et de poils de jarre d'environ 15 cm[24]. En réalité, les poils ne sont pas pigmentés : ils sont incolores, translucides et creux, avec une surface externe écailleuse[78]. La teinte blanche provient de la rétrodiffusion de la lumière incidente à travers ces cavités, agissant de façon analogue à la neige[79],[78]. Cette coloration assure un camouflage essentiel dans l'environnement arctique. La fourrure prend des reflets jaunâtres avec l'exposition au soleil et l'oxydation des graisses de phoque, une nuance qui s'atténue lors de la mue estivale qui a lieu de mai à août[24]. Les poils de jarre diffusent la lumière ultraviolette vers le sous-poil et la peau, participant à la rétention de chaleur[79]. De plus, les sécrétions lipidiques sébacées empêchent l'eau de geler sur la fourrure et évitent la formation de givre[80] ; au sortir de l'eau, l'animal n'a qu'à s'ébrouer pour sécher ses poils qui ne s'emmêlent pas[81].

Chez les mâles, la face postérieure des pattes antérieures porte des poils sensiblement plus longs qui continuent de croître jusqu'à l'âge de 14 ans, ce qui pourrait constituer un signal de sélection sexuelle pour séduire les femelles, comparable à la crinière du lion[82].

Sous le pelage, la peau est uniformément noire, ce qui favorise l'absorption du rayonnement solaire direct et diffusé[24],[79]. L'animal possède sous le derme un panicule adipeux épais de 5 à 10 cm, procurant une isolation thermique hors pair ainsi qu'une réserve énergétique essentielle lors des périodes de jeûne forcé[24],[83]. La température interne corporelle est maintenue autour de 36,9 °C[84]. L'isolation est telle que l'ours risque la surchauffe lors d'efforts prolongés ; celle-ci est régulée par un réseau de vaisseaux sanguins superficiels très vascularisés dans les tissus musculaires striés, ainsi que par immersion volontaire dans l'eau glacée[79],[85].

Organes sensoriels et physiologie interne

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Les yeux sont situés haut sur le sommet du crâne, permettant à l'animal de voir en gardant l'essentiel du corps immergé lorsqu'il nage en surface. Relativement petits, ils constituent une adaptation limitant l'exposition aux bourrasques de neige et prévenant l'ophtalmie des neiges[86]. L'ours polaire possède une vision dichromatique, c’est-à-dire dépourvue de récepteurs aux longueurs d'onde moyennes, principalement les nuances de vert, avec une très forte proportion de bâtonnets, lui conférant une excellente acuité visuelle nocturne[86]. Ses oreilles réduites limitent les déperditions thermiques et le prémunissent des gelures ; son ouïe est particulièrement fine sur des fréquences de 11,2 à 22,5 kHz[86],[87].

Les cavités et cornets nasaux très développés réchauffent et humidifient l'air glacé avant qu'il n'atteigne les poumons, tout en maximisant la surface de contact olfactive, ce qui dote l'ours polaire d'un odorat exceptionnel capable de repérer une proie ou une cheminée de respiration sous la banquise à des kilomètres de distance[86],[88]. Ses reins polylobés, dits « réniculés », sont adaptés à une filtration accrue et à l'élimination des surplus de sel marin ingérés avec ses proies[89].

Répartition géographique et habitat

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Carte des 19 sous-populations d'ours blancs. Le statut de celle des îles de la Reine-Élisabeth (QE) ne fait pas l'unanimité[90].
Aire de répartition circumpolaire de l'ours blanc.

L'ours polaire est inféodé à l'Arctique et aux zones subarctiques adjacentes. Son aire de répartition englobe le Groenland, le nord et l'est du Canada, l'Alaska aux États-Unis, la Russie et l'archipel du Svalbard en Norvège[24],[91],[92]. Des individus ont été observés jusqu'à seulement 25 km du pôle Nord géographique[93]. Les limites méridionales de son habitat atteignent la baie James ainsi que Terre-Neuve-et-Labrador au Canada, et l'île Saint-Matthieu ainsi que les îles Pribilof en mer de Béring[24]. Il ne réside pas en permanence en Islande, mais peut ponctuellement y dériver à la faveur de plaques de glace détachées de la banquise[94]. En raison de la faible empreinte humaine dans ces contrées inhospitalières, l'ours polaire occupe encore la plus grande part de son aire de répartition originelle, davantage que tout autre grand prédateur terrestre[95].

Sous-populations et structure génétique

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L'espèce est conventionnellement subdivisée en au moins 18 sous-populations de gestion reconnues par le Groupe de spécialistes de l'ours polaire de l'UICN[90],[96]. Celles-ci comprennent les ensembles régionaux de l'est du Groenland, des mers de Barents, de Kara, des Laptev et des Tchouktches, du nord et du sud de la mer de Beaufort, des détroits du Vicomte-Melville, de M'Clintock et de Lancaster, du golfe de Boothia, de la baie Norvégienne, des bassins Kane et de Foxe, de la baie de Baffin, du détroit de Davis, ainsi que de l'ouest et du sud de la baie d'Hudson. Les individus fréquentant les îles de la Reine-Élisabeth ont parfois été présentés comme formant une 19e sous-population, mais cette distinction ne fait pas l'unanimité[90]. Sur le plan génétique, ces populations s'organisent en quatre grands groupes distincts : le sud du Canada, l'archipel arctique, le bassin occidental, s'étendant du nord-ouest canadien à l'Extrême-Orient russe, ainsi que le bassin oriental couvrant la zone allant du Groenland à la Sibérie[96].

En 2022, une sous-population isolée a été documentée dans les fjords du sud-est du Groenland[97]. Séparée génétiquement et géographiquement des autres ours depuis au moins deux siècles par de hauts reliefs, la calotte glaciaire et des courants marins contraires, elle subsiste sans banquise saisonnière continue en chassant sur le « mélange glaciaire » issu du vêlage des glaciers, offrant ainsi des pistes précieuses pour comprendre l'adaptation possible de l'espèce aux conditions climatiques attendues à la fin du XXIe siècle[97],[98].

Habitat et dépendance à la glace de mer

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Sa stricte dépendance à l'océan fait de l'ours blanc un véritable mammifère marin au sens écologique du terme[48],[99]. C'est un prédateur qui privilégie la glace de mer annuelle recouvrant les plateaux continentaux et les chenaux inter-insulaires des archipels arctiques. Cette lisière riche en source de nourriture, souvent qualifiée d'« anneau de vie arctique » (Arctic Ring of Life), bénéficie d'une grande richesse en espèces marines[95],[100]. L'animal exploite activement les interfaces entre l'eau et la banquise, notamment les polynies et les chenaux d'eau libre, où viennent respirer les phoques constituant l'essentiel de son régime alimentaire[101].

Les mouvements saisonniers de l'espèce suivent le cycle naturel d'extension et des fractures des glaces. Lorsque la banquise fond entièrement en été, les animaux se voient contraints de regagner la terre ferme et d'y entamer un jeûne prolongé[102]. Les environnements terrestres alors occupés sont variés : côtes rocheuses, plaines de toundra, rivages de lacs, vallées fluviales et, plus rarement, lisières forestières[103]. En mers des Tchouktches et de Beaufort, si une majorité d'individus remonte encore vers le nord en suivant le front de fonte estival, 15 à 40 % d'entre eux passent désormais l'été sur le littoral, une tendance accrue observée depuis les années 1980 en raison du recul trop prononcé des glaces dérivantes au-delà des eaux peu profondes exploitables[104]. Certaines zones dans le nord de l’Arctique conservent de la glace éternelle pluriannuelle qui permet aux ours d'y séjourner sans discontinuer tout au long de l'année, bien que ces morceaux de glaces compacts et très épais abritent une biomasse nettement plus faible et moins de phoques que les glaces de formation saisonnière[105],[106].

Comportement et écologie

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Le domaine vital annuel d'un ours polaire varie considérablement selon les individus et les régions, s'étendant de 3 500 km2 à plus de 38 000 km2, la dérive des glaces favorisant par ailleurs des déplacements sur de plus grandes distances encore[107]. Selon la configuration de la banquise, un individu parcourt en moyenne 12 km par jour[108], ces déplacements soutenus étant permis par un régime alimentaire très riche en lipides[83]. L'ours polaire progresse au en marchant lentement, rythmé par de grandes accélérations en démarchés intermédiaires[109]. Lorsqu'il marche, ses pattes avant sont légèrement tournées vers l'intérieur[69]. Sa vitesse de pointe en course peut atteindre environ 40 km/h[110], bien que son allure habituelle de déplacement n'excède guère 5,5 km/h[111]. Excellent nageur, il peut maintenir une vitesse de natation de 6 km/h[112]. Une étude a relevé des sessions de nage d'une durée moyenne de 3,4 jours d'affilée, couvrant une distance moyenne de 154,2 km[113]. Il est capable de rester en apnée sous l'eau pendant plus de trois minutes[114]. Dans l'eau, les larges pattes antérieures assurent la propulsion tandis que les membres postérieurs font office de gouvernail et aident aux manœuvres de plongée[24],[69].

Femelle et ses oursons endormis.

La majorité des individus restent actifs tout au long de l'année, l'hivernation ne concernant que les femelles attendant des petits[115]. Les ours non hivernants conservent un rythme circadien calé sur 24 heures, même durant les phases continues de nuit polaire ou de soleil de minuit, bien que des cycles d'activité plus courts soient plus fréquents pendant la nuit polaire[116]. L'animal est majoritairement diurne et montre un pic d'activité en début de journée[117]. L'ours polaire dort près de huit heures par jour en moyenne[118]. Il adopte des postures de repos variées : en boule, assis, couché sur le flanc, sur le dos les quatre membres écartés ou sur le ventre avec l'arrière-train surélevé[70],[111]. Sur la banquise, il s'abrite le long des crêtes de compression, creusant une dépression dans la neige du côté abrité du vent ; après une tempête de blizzard, il peut ainsi rester enfoui sous la neige durant des heures ou des jours. À terre, il aménage des cuvettes de repos dans les graviers ou les plages de sable[119], ou dort sur des affleurements rocheux[120]. Dans les secteurs côtiers accidentés, les femelles et les jeunes adultes choisissent de préférence des versants en pente afin de surveiller les environs et d'anticiper l'arrivée d'un congénère menaçant[118]. Les grands mâles adultes, peu inquiétés par d'autres individus, se reposent pratiquement n'importe où[120].

Organisation sociale

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Jeunes ours blancs simulant un combat.

L'ours blanc mène une existence solitaire, à l'exception des femelles accompagnées de leurs oursons et des couples en période de reproduction[121]. Sur la terre ferme, les individus se côtoient de plus près et se rassemblent volontiers autour des ressources alimentaires abondantes. Les mâles adultes se montrent nettement plus tolérants entre eux sur le littoral et hors de la période de rut[122],[123]. Des associations stables s'y forment parfois, les individus se déplaçant, se reposant et jouant ensemble. Une stricte hiérarchie de dominance s'établit au sein des groupes, dominée par les grands mâles reproducteurs. Les femelles adultes dominent les subadultes et les jeunes, tandis que les jeunes mâles surclassent les femelles du même âge. De plus, les oursons accompagnés de leur mère surpassent les jeunes isolés[124]. Les mères avec de jeunes oursons évitent généralement les mâles[123], mais peuvent s'associer entre elles pour constituer des unités familiales composées[124].

Généralement silencieux, l'ours polaire possède néanmoins un répertoire vocal diversifié[125]. Le prusten ou soufflement rythmique, vocalise douce et pulsée, est émis par la femelle pour maintenir le contact avec ses oursons[126]. En saison de reproduction, les mâles adultes l'utilisent également à destination des femelles réceptives[127]. À la différence d'autres carnivores chez lesquels ce son est produit par les narines, le prusten de l'ours blanc s'exprime par la gueule entrouverte[126]. Les petits crient pour réclamer de l'attention et émettent une sorte de bourdonnement aigu pendant l'allaitement[128]. Des claquements de dents, des souffles saccadés, des gromellements, des râles et des grognements fort et rauques traduisent les situations d'agressivité ou de conflit[127]. La communication visuelle met à contribution le port de tête, les mouvements des oreilles, des babines et le regard[124]. Les signaux chimiques jouent également un rôle crucial : des glandes situées sous les coussinets déposent des sécrétions olfactives le long des pistes de pas, permettant le pistage à distance entre individus[129].

Régime alimentaire et prédation

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Ours blanc consommant un phoque barbu.

L'ours polaire est un prédateur hypercarnivore et le représentant le plus strictement carnassier des ursidés[130],[64]. Véritable superprédateur des écosystèmes arctiques, il cible principalement les pinnipèdes associés à la banquise dont il ingère prioritairement la couche de graisse sous-cutanée, hautement énergétique[131],[132]. Sa proie de prédilection est le phoque annelé, complété par le phoque barbu et le phoque du Groenland[24]. Le phoque annelé représente la proie idéale, abondante et de taille aisément maîtrisable, y compris par de jeunes ours[133]. Les phoques barbus adultes, beaucoup plus massifs, parviennent plus souvent à se dégager d'une attaque, ce qui explique qu'ils soient surtout capturés par les mâles adultes. Plus ponctuellement, l'ours capture le phoque à capuchon, le phoque tacheté, le phoque rubané ou le phoque commun dans les marges méridionales de son aire[134]. Les mâles s'attaquent parfois au morse, sur la terre ferme comme sur la glace, ciblant surtout les jeunes car les adultes, armés de longues défenses et protégés par un cuir épais, constituent des adversaires redoutables[135].

L'ours polaire s'en prend également à de petits cétacés comme le béluga et le narval, ainsi qu'au renne, aux oiseaux marins et à leurs œufs, aux poissons et aux invertébrés benthiques[136]. Son tube digestif très spécialisé assimile mal les matières végétales[137], même s'il lui arrive de consommer des baies, des mousses, des graminées ou des algues marines[138]. Dans les secteurs méridionaux comme la baie d'Hudson et la baie James, où la banquise disparaît entièrement l'été, l'animal compense le manque d'accès aux phoques par des ressources terrestres[139], ses importantes réserves adipeuses lui permettant de jeûner plusieurs mois consécutifs[140]. Des cas de cannibalisme sont par ailleurs régulièrement documentés[141].

Les techniques de chasse sont variées. Lorsqu'un phoque se repose sur la banquise, l'ours s'approche à l'affût, tête basse pour masquer ses yeux et sa truffe sombre. À mesure qu'il se rapproche, il rampe sur la glace puis lance une charge fulgurante pour couper la retraite de sa proie vers le trou d'eau. Il met également à profit les failles et chenaux d'eau libre pour nager discrètement en ne laissant émerger que ses narines, avant de jaillir sur le bord du bloc de glace[142].

Au printemps, l'ours traque les bébés phoques annelés directement dans les tanières creusées sous la neige et la glace. Guidé par son odorat, il s'approche sans bruit, défonce la couche de glace protectrice à coups de pattes antérieures et plonge la gueule dans l'abri pour happer le petit avant qu'il ne plonge. Les repaires pouvant être enfouis sous plus d'un mètre de neige compacte et de glace, les individus les plus lourds réussissent mieux cette manœuvre. L'autre méthode courante consiste en un affût statique à proximité d'une cheminée de respiration ou d'un trou d'air où l'ours attend patiemment l'émersion d'une proie pour l'extraire d'un coup de griffe[143],[144]. Cette technique à l'affût constitue le mode d'alimentation prédominant de l'hiver au début du printemps[24].

Ours blanc près d'une carcasse de baleine.

Face aux colonies de morses, l'ours tente de provoquer des mouvements de panique afin d'isoler ou de piéger des petits écrasés dans la bousculade[135]. Des observations rapportent l'utilisation occasionnelle de projectiles, comme des blocs de glace ou des rochers lancés sur la tête des morses pour les étourdir[145]. Les cétacés sont quant à eux capturés lorsqu'ils se retrouvent piégés dans de petites poches d'eau libre encerclées par la prise des glaces ou échoués dans les hauts-fonds[146]. En milieu terrestre, l'ours chasse le renne à l'affût en profitant des dépressions du terrain[110]. En eau libre, ses tentatives de capture de phoques ou d'oiseaux aquatiques sont moins couronnées de succès en raison de l'agilité supérieure de ses proies dans l'eau[147]. La mise à mort repose sur sa force brute, combinant de puissantes morsures au crâne et des coups de patte écrasants[130] ; il est capable de hisser sur la glace un phoque adulte ou de déplacer une carcasse de béluga sur plusieurs mètres[148]. La mise en réserve de nourriture sous la neige reste rare et ne s'observe qu'à court terme[149].

L'ours blanc agit couramment comme charognard opportuniste. Les subadultes consomment les restes laissés par des individus dominants, et les femelles suitées s'écartent souvent des carcasses à l'approche d'un mâle adulte pour éviter les attaques, sauf en cas de disette aiguë[150]. Les échouages de grands cétacés constituent une manne providentielle permettant à des dizaines d'individus de s'alimenter de concert sans heurts majeurs[122],[151]. En Alaska du Nord-Est, des ours blancs entrent en concurrence avec des grizzlis autour de carcasses de baleines ; bien que plus imposant, l'ours blanc cède fréquemment le passage au grizzly, plus agressif et combatif[152]. Le renard polaire suit fréquemment les déplacements de l'ours pour glaner les restes de ses festins, une présence tolérée tant que le canidé maintient une distance de sécurité. En période estivale, les décharges d'ordures des localités arctiques attirent également des individus en quête d'aliments de substitution[153],[154].

Reproduction et cycle de vie

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Approche d'une femelle par un mâle pendant la parade nuptiale.

L'accouplement se déroule sur la banquise entre mars et mai[24],[155],[156],[121]. Les mâles sillonnent activement la banquise à la recherche de femelles en œstrus, empruntant des trajectoires sinueuses qui limitent les rencontres avec d'autres mâles tout en maximisant la probabilité de trouver une odeur ; les femelles adoptent des déplacements plus rectilignes sur de plus vastes étendues[157]. Le régime d'appariement s'apparente à une polygynie avec défense des femelles, à une monogamie séquentielle ou à la promiscuité sexuelle[156],[158].

Dès qu'un mâle rejoint une partenaire potentielle, il l'isole et la surveille étroitement. La cour peut être rude et violente si la femelle tente de fuir. Plusieurs jours de cohabitation et de tentatives d'accouplement sont souvent nécessaires avant de déclencher l'ovulation induite. Le couple reste uni pendant une quinzaine de jours au cours desquels ont lieu de multiples copulations[159]. La rivalité entre prétendants entraîne de rudes affrontements, générant de nombreuses cicatrices faciales et corporelles chez les mâles adultes et exerçant une forte sélection sur leur gabarit[155],[156]. Une femelle s'accouple généralement avec plusieurs partenaires au cours d'une même saison, ce qui peut donner lieu à des portées à paternité multiple[158].

Oursons blancs dans la neige.

Une fois fécondée, la femelle accumule d'importantes réserves lipidiques tout l'été. Entre août et octobre, elle creuse une tanière de maternité dans les congères de neige sur la banquise côtière ou à l'intérieur des terres, parfois directement dans les pentes de pergélisol[160]. La cavité mesure environ 1,5 m de diamètre pour 1,2 m de hauteur de plafond, accessible par un tunnel d'accès pentu d'environ 2 m piégeant l'air chaud, maintenant une température interne nettement supérieure aux rigueurs extérieures[161]. La femelle y entre en hivernation sans s'alimenter, recyclant ses déchets azotés sans déshydratation[162]. L'espèce présente une diapause embryonnaire : la cellule-œuf fécondée ne s'implante dans la paroi utérine qu'à l'automne, entre la mi-septembre et la mi-octobre[163]. La durée totale de la gestation s'étale de sept à neuf mois, bien que la phase de développement fœtal actif ne prenne qu'environ deux mois[164].

La mise bas survient entre novembre et janvier et compte habituellement deux oursons altriciaux très vulnérables[165]. À la naissance, les petits pèsent à peine 600 g, ont les yeux clos et sont recouverts d'un fin duvet laineux blanchâtre sur une peau rosée[24],[61],[166]. Nourris d'un lait maternel particulièrement riche en matières grasses, ils grandissent rapidement à l'abri de la tanière. La famille n'émerge qu'entre la fin février et la mi-avril, alors que les petits pèsent entre 10 et 15 kg et sont aptes à la marche[24],[167]. Ils restent aux abords immédiats du refuge pendant une quinzaine de jours avant de gagner la banquise côtière pour la reprise de la chasse[168].

Femelle allaitant ses petits.

Durant leur première année, les petits demeurent à proximité étroite de leur mère et apprennent les rudiments de la prédation par mimétisme[169],[170]. Vers l'âge de deux ans, ils acquièrent une autonomie de chasse suffisante[169]. L'allaitement se déroule avec la mère allongée sur le flanc ou assise sur son arrière-train[168]. La lactation inhibant l'ovulation, les femelles ne mettent bas que tous les deux à trois ans, le sevrage intervenant entre deux ans et deux ans et demi[24],[171]. L'émancipation des jeunes survient naturellement ou lors de l'arrivée d'un prétendant mâle agressif[169]. La maturité sexuelle est atteinte vers quatre ans chez les femelles et six ans chez les mâles, bien que la pleine stature corporelle ne soit acquise que vers quatre à cinq ans chez les premières et près du double chez les seconds[172],[173].

Mortalité et longévité

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L'ours blanc peut atteindre une longévité d'environ 30 ans dans la nature[24]. La mortalité juvénile est élevée : des portées entières peuvent périr avant l'émersion si les réserves lipidiques de la mère sont insuffisantes pour assurer la lactation[174]. Outre les risques d'inanition, les oursons sont la proie occasionnelle de loups arctiques[175] ainsi que des mâles adultes, qui commettent des actes d'infanticide, pour accélérer le retour en œstrus des mères, ou par cannibalisme direct[141],[176].

La phase subadulte, qui suit la séparation familiale, constitue une période critique : moins expérimentés pour chasser et souvent chassés de leurs prises par des adultes dominants, les jeunes individus souffrent fréquemment de dénutrition[177]. Une fois parvenus à l'âge adulte, les ours blancs ont un taux de survie très élevé, les mâles étant principalement exposés aux blessures consécutives aux combats lors du rut[177]. L'espèce est particulièrement vulnérable à la trichinose, causée par des nématodes parasites du genre Trichinella ingérés lors de la prédation ou du cannibalisme de congénères infectés[178].

Statut de conservation

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Carte de l'USGS illustrant l'évolution projetée de l'habitat de l'ours blanc entre les périodes 2001-2010 et 2041-2050[179].

En 2015, la Liste rouge de l'UICN classe l'ours polaire au rang d'« espèce vulnérable » en raison d'un « déclin de son aire de répartition, de l'étendue et/ou de la qualité de l'habitat ». L'effectif global est alors estimé entre 22 000 et 31 000 individus, la tendance démographique globale restant indéterminée, tandis que le réchauffement climatique, la pollution et l'exploitation énergétique constituent des menaces prépondérantes pesant sur sa survie[180]. En 2021, le Groupe de spécialistes de l'ours polaire de l'UICN (PBSG) qualifie quatre sous-populations de « probablement stables » (mers de Barents et des Tchouktches, bassin de Foxe et golfe de Boothia), deux de « probablement en hausse » (bassin Kane et détroit de M'Clintock) et trois de « probablement en déclin » (sud de la mer de Beaufort, sud et ouest de la baie d'Hudson) pour les périodes documentées entre les années 1980 et 2010, les dix sous-populations restantes manquant de données suffisantes pour établir une trajectoire fiable[181].

Les projections démographiques alertent sur les conséquences de la régression de la banquise en arctique. Une étude de 2008 modélise la disparition possible des deux tiers de la population mondiale d'ici 2050, une seule sous-population étant jugée viable à cette date[182]. Toutefois, une publication de 2016 anticipe une réduction probable de plus de 30 % des effectifs sur trois générations, tout en estimant très peu probable un effondrement supérieur à 50 %[183]. Une synthèse parue en 2012 suggère que les populations méridionales pourraient s'éteindre localement d'ici 2050, transformant l'archipel arctique canadien et le nord du Groenland en ultimes refuges pour l'espèce[184]. Selon une étude de 2020, le scénario d'émissions le plus défavorable (RCP 8.5) provoquerait la disparition de la quasi-totalité des sous-populations d'ici 2100, tandis qu'un scénario d'atténuation intermédiaire (RCP 4.5) conduirait tout de même à l’extinction de plusieurs groupes à l’échelle régionale[185]. Des travaux de 2025 invitent néanmoins à la prudence, rappelant que ces modélisations globales reposaient principalement sur les données de la baie d'Hudson et soulignant l'importance d'analyses adaptées aux contextes régionaux[186]. Une recherche comparative de 2014 avait déjà mis en évidence une bien meilleure résilience des ours maritimes des Tchouktches face au recul des glaces en comparaison avec ceux de la mer de Beaufort voisine[187].

Menaces climatiques et physiologiques

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Le principal danger lié au changement climatique réside dans la sous-nutrition et l'inanition provoquées par la dégradation de son habitat. La fonte des glaces du printemps venue plus précoce contraint les individus à regagner la côte avant d'avoir pu constituer les réserves en lipides indispensables pour traverser la disette de fin d'été et d'automne. Une glace amincie et fragmentée complique également la chasse aux phoques, entraînant une chute de la fécondité chez les femelles et une baisse de la survie des petits et des juvéniles. Ce déficit énergétique pousse les ours à chercher leur nourriture à terre, exacerbant les conflits avec les communautés humaines vivant sur les littoraux[95],[184]. Une étude de 2024 conclut que la consommation accrue d'aliments terrestres durant les étés prolongés ne compense pas l'apport calorique des mammifères marins chez les ours de la baie d'Hudson, exposant particulièrement les subadultes à la famine[188]. À l'inverse, un suivi publié en 2026 au Svalbard montre qu’une population d’ours a réussi à maintenir une condition physique satisfaisante en exploitant des proies de substitution moins dépendantes de la glace de mer pendant les périodes sans banquise[189].

Ours blanc à la nage. La fragmentation des glaces impose des traversées en eau libre de plus en plus longues[95],[184].

Le morcellement de la banquise impose des traversées à la nage sur de très longues distances, épuisant les réserves métaboliques des individus et augmentant le risque de noyade lors des tempêtes. L'instabilité glaciaire perturbe également l'aménagement des tanières de maternité sur la banquise et allonge le périple des femelles rejoignant la terre ferme. Le dégel du pergélisol fragilise les toits des abris creusés dans le sol, la diminution du couvert neigeux amoindrit l'isolation thermique, et la hausse des précipitations accroît le risque d'effondrement des tanières. Sur le plan physiologique, la capacité maximale de liaison de la transcortine chez l'ours polaire montre une élévation significative du niveau de stress en lien avec le réchauffement des milieux polaires[190]. La hausse des températures favorise également la propagation d'agents infectieux et parasitaires[184].

Exploitation industrielle et pollution chimique

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Le développement des prospections gazières et pétrolières empiète sur les corridors écologiques de l'espèce. Dans le nord-ouest de l'Alaska, le secteur d'aménagement de la mer des Tchouktches, sujet à de multiples concessions de forages, représente une zone vitale pour les femelles non hivernantes[191]. Les risques de marée noire constituent une menace critique : bien que moins de 10 % des habitats de premier choix en mer des Tchouktches soient vulnérables à un déversement accidentel dans l’immédiat, une marée noire atteignant son extension maximale toucherait près de 40 % de la population à l’échelle locale[192].

Placé au sommet des chaînes trophiques arctiques, l'ours blanc subit une intense bioaccumulation de polluants organiques persistants (POP), notamment de polychlorobiphényles (PCB) et de pesticides organochlorés. Bien que la plupart de ces substances toxiques fassent l'objet d'interdictions à l’échelle internationale, leurs résidus persistent dans les tissus adipeux des ours et présentent parfois des recrudescences chez certaines populations insulaires ou orientales[193].

Statut légal et mesures de protection

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L'ours polaire bénéficie de mesures de protection juridique dans l'ensemble des pays de son aire de répartition. Aux États-Unis, il est répertorié comme espèce menacée (threatened) au titre de l'Endangered Species Act depuis 2008[194]. Au Canada, le COSEPAC le classe au statut d'« espèce préoccupante » depuis 1991[195].

En 1973, l'Agreement on the Conservation of Polar Bears est signé par les cinq États présents sur l’aire de répartition de l’espèce : le Canada, le Danemark (au nom du Groenland), les États-Unis, la Norvège et l'URSS (aujourd'hui la Russie). Ce traité historique prohibe les prélèvements commerciaux et la chasse de loisir, encadre la chasse coutumière exercée par les peuples autochtones à l'aide de méthodes traditionnelles, et engage les signataires à la sauvegarde des habitats critiques[196]. L'espèce est inscrite à l'annexe II de la CITES, qui soumet toute exportation ou commercialisation de ses dépouilles et produits dérivés à une réglementation stricte[197][198].

L’ours et l’Homme

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L'ours polaire coexiste et interagit avec les peuples circumpolaires depuis des millénaires[199]. Des « ours blancs » sont mentionnés comme biens de commerce dans les chroniques japonaise du Nihon shoki dès le VIIe siècle, sans qu'il soit possible d'établir avec certitude s'il s'agissait d'ours blancs ou d'ours bruns au pelage dépigmenté[200]. Durant le Moyen Âge, les Européens considèrent ces ours blancs comme une curiosité exotique, étant bien plus familiers des ours bruns et des ours noirs[201]. Le premier témoignage écrit connu décrivant l'ours blanc dans son milieu naturel figure dans le texte norvégien anonyme du XIIIe siècle Konungs skuggsjá, qui relate que « l'ours blanc du Groenland erre la plupart du temps sur la glace de mer, chassant les phoques et les baleines dont il se nourrit », ajoutant qu'il est « un nageur aussi habile que n'importe quel phoque ou cétacé »[202].

Nelson et l'ours, par Richard Westall (1809).

Au cours des siècles suivants, plusieurs explorateurs européens rapportent des observations sur les mœurs de l'animal[203],[204]. Ces récits gagnent en rigueur scientifique à partir du siècle des Lumières, époque où des spécimens vivants ou naturalisés sont rapportés en Europe. Certaines croyances tenaces subsistent toutefois, comme l'idée que l'ours couvrirait son museau sombre avec sa patte pour se dissimuler lorsqu'il chasse. Une illustration naturaliste relativement fidèle paraît en 1748 dans l'ouvrage d'Henry Ellis, Voyage to Hudson's Bay[205]. L'animal est formellement classifié comme espèce par Constantine Phipps au retour de son voyage arctique de 1773. Le jeune Horatio Nelson, alors engagé dans cette expédition, aurait tenté sans succès d'abattre un ours pour en rapporter la fourrure à son père[21]. Dans les tomes de son Histoire Naturelle parus vers 1785, le comte de Buffon décrit et illustre un « ours maritime » correspondant à l'ours blanc, en le distinguant de « l’ours blanc terrestre », ce qui contribue aux réflexions pionnières sur la spéciation[206].

Chasse et exploitation

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Chasseur autochtone d'Alaska avec un ours blanc tué à l'arc (1924).

La chasse à l'ours polaire remonte à au moins 8 000 ans, comme l'attestent les vestiges archéologiques de l'île Jokhov, dans la mer de Sibérie orientale. La plus ancienne figuration graphique de cette activité, visible sur les pétroglyphes de Pegtymel en Sibérie, datés entre le Ve siècle et le VIIIe siècle, montre un homme assisté de trois chiens traquant l’animal. Avant l'introduction des armes à feu, les chasseurs autochtones opéraient en groupes à pied avec des chiens, armés de lances et d'arcs, ou harponnaient les ours nageant depuis leurs embarcations ; des prises étaient aussi réalisées directement dans les tanières d'hivernation. La capture d'un ours constituait dans plusieurs cultures un rite de passage pour les adolescents. Les peuples autochtones lui vouaient un grand respect spirituel et la chasse s'entourait de stricts rituels propitiatoires[207]. Toutes les parties de la carcasse étaient valorisées : la fourrure pour les vêtements et les couvertures de couchage, la graisse pour les lampes, les tendons comme fil de suture, ainsi que les os et les dents taillés pour en faire des outils[208],[209]. Chez les Netsiliks, le chasseur ayant porté le coup fatal conservait la peau, tandis que la viande était partagée équitablement entre tous les membres de la battue ; les oursons orphelins capturés vivants étaient parfois élevés dans les campements[210].

Peaux d'ours blancs au Groenland.

Les colons scandinaves du Groenland commercialisent les peaux d'ours dès le Moyen Âge[211]. La Russie s'insère dans ce commerce dès le milieu du XVIe siècle, faisant de la Nouvelle-Zemble et de l'archipel François-Joseph d'importants comptoirs de traite. Au Svalbard, une exploitation commerciale intensive s'organise au XVIIIe siècle sous l'impulsion des trappeurs russes qui abattent plus de 150 bêtes par an, rejoints au siècle suivant par les baleiniers et chasseurs norvégiens. Entre les années 1870 et 1970, près de 22 000 individus sont ainsi tués sur cet archipel, portant à plus de 150 000 le nombre total d'ours blancs capturés ou abattus entre la Russie et le Svalbard du XVIIIe siècle au XXe siècle. Dans l'Arctique canadien, les équipages de baleiniers compensent les faibles prises de cétacés en tirant sur les ours, tandis que la Compagnie de la Baie d'Hudson écoule environ 15 000 peaux entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle[212]. L'encadrement progressif de ces prélèvements culminera en 1973 avec la signature de l'accord international de protection de l'espèce[196].

La viande d'ours blanc composait une part essentielle du ravitaillement des expéditions polaires, recevant des appréciations très contrastées : jugée trop coriace et nauséabonde par certains, elle est louée comme un « mets de roi » par d'autres[213]. Son foie était unanimement banni en raison de sa toxicité aiguë, l'hypervitaminose A, due aux concentrations extrêmes en vitamine A accumulées à travers ses proies marines[214]. Sa graisse fondue fournissait un combustible de secours pour les lampes à huile[213]. En Scandinavie médiévale, les peaux d'ours polaire ornaient régulièrement les sols des églises norvégiennes aux XIIIe siècle et XIVe siècle. Au XXe siècle, ces descentes de lit deviennent un symbole glamour et érotisé du cinéma hollywoodien, popularisé entre autres par des séances photos de Marilyn Monroe posant sur une fourrure blanche[215].

Conflits avec l'humain

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Panneau de signalisation au Svalbard prévenant du danger lié aux ours blancs (la mention norvégienne précise : « S'applique à l'ensemble du Svalbard »).

Durant la saison estivale, lorsque la débâcle force les ours à regagner la terre ferme, des tensions émergent autour des installations humaines, impliquant en particulier de jeunes subadultes affamés[216]. Attirés par les odeurs de nourriture, notamment autour des décharges à ciel ouvert, les individus qui errent aux abords des habitations risquent d'être abattus par mesure de sécurité[217]. À Churchill, au Canada, les autorités gèrent une « prison pour ours polaires » (polar bear jail), où les individus récidivistes sont incarcérés et mis à la diète pour éviter l'habituation humaine jusqu'à ce que la reconstitution des glaciers à automne leur permette de repartir sur la baie[218]. Le recul de la banquise a accentué la fréquence de ces interactions critiques[216] : en février 2019, l'incursion de plus de cinquante ours blancs affamés fouillant les rues d'une localité de Nouvelle-Zemble a conduit les autorités russes à proclamer l'état d'urgence[219].

Entre 1870 et 2014, 73 attaques d'ours polaire contre des êtres humains ont été recensées, provoquant la mort de 20 personnes. Ces agressions sont principalement le fait de mâles en état de malnutrition, souvent de jeunes adultes inexpérimentés, tandis que les charges de femelles répondent presque exclusivement à la défense de leurs petits. Contrairement aux ours bruns et noirs, les attaques d'ours polaires se concentrent plus fréquemment à l'intérieur même ou à la lisière des villages nordiques, poussés par une faim impérieuse. L'animal cible rarement des groupes de plus de deux personnes et, contrairement à sa réputation tenace de fauve sanguinaire, son niveau d'agressivité spontanée envers l'être humain n'est pas supérieur à celui des autres ours de grande taille[220].

Captivité

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Visiteurs observant des ours blancs à travers un tunnel en plexiglas au zoo de Détroit.

En raison de son biotope inaccessible et de sa corpulence, l'ours polaire a longtemps constitué une prise prestigieuse pour les souverains et les collectionneurs d'animaux exotiques[221]. C'est par ailleurs l'un des rares mammifères « marins » à se reproduire aisément en captivité[222]. Dès 1252, le roi Henri III d'Angleterre installe un ours blanc à la tour de Londres, où l'animal est autorisé à pêcher dans la Tamise au bout d'une chaîne. En 1609, le navigateur Jonas Poole ramène du Svalbard deux oursons offerts à Jacques Ier[223]. À la fin du XVIIe siècle, Frédéric Ier de Prusse entretient des spécimens dans sa ménagerie, leur faisant limer griffes et crocs afin qu'ils disputent des combats factices sans risque mortel pour les autres bêtes. Vers 1726, la tsarine Catherine Ire fait don de deux ours à Auguste II de Pologne pour son cabinet d'animaux vivants[224]. Au cours du XIXe siècle, l'animal devient une attraction publique courante dans les jardins zoologiques et ménageries de Londres, Paris ou Vienne. En Amérique du Nord, le premier individu est exhibé en 1859 au zoo de Philadelphie[225].

La conception des enclos subit une révolution profonde par Carl Hagenbeck, qui abandonne les simples fosses et barreaux de fer au profit d'enclos panoramiques naturalistes simulant l’habitat naturel de l’animal. En 1907, il inaugure au Tierpark Hagenbeck de Hambourg des structures faites de banquises artificielles en staff et de bassins ceints de larges fossés cachés, offrant une vue continue où plusieurs espèces de la faune polaire semblent cohabiter. À compter de 1975, le parc zoologique d'Hellabrunn à Munich innove avec des baies vitrées subaquatiques, des terrasses de béton modelé et des quartiers de nuit tempérés pour la mise bas. Des installations immersives comparables sont développées au XXIe siècle, à l'instar de l'« Arctic Ring of Life » du zoo de Détroit ou du refuge pour ours polaires de Cochrane en Ontario[226],[227]. Toutefois, la complexité logistique, le coût d'entretien colossal et les exigences de bien-être ont conduit plusieurs établissements européens et nord-américains à renoncer à leur hébergement[228]. Après un pic démographique de 229 spécimens captifs en Amérique du Nord en 1975, les effectifs en parcs zoologiques sont en constant recul[229].

Numéro d'ours polaire dressé lors d'une répétition télévisée aux Pays-Bas (1973).

Les cirques ont également exploité la stature impressionnante et la robe blanche de l'ours polaire dans des numéros spectaculaires, contribuant à substituer l'image d'un comparse de divertissement à celle du redoutable carnassier. Le Cirque Krone en Allemagne en 1888, puis la ménagerie Bostock and Wombwell en Angleterre en 1904, intègrent des groupes d'ours dressés. Le dresseur Wilhelm Hagenbeck constitue un ensemble de 75 bêtes glissant sur des toboggans vers un bassin aquatique, dont les représentations rencontrent un vif écho à l'hippodrome de Londres en 1908. D'autres numéros présentaient des ours évoluant sur des câbles, des patins à roulettes ou des bicyclettes. Durant la seconde moitié du XXe siècle, la dompteuse est-allemande Ursula Böttcher acquiert une notoriété internationale en mettant en scène le contraste entre sa petite taille et l'imposant gabarit de son groupe de dressage. Les numéros d'ours polaires ont été progressivement abandonnés à la fin du siècle, et leur détention dans les cirques est désormais proscrite dans de nombreuses législations nationales[230].

Certains spécimens captifs ont acquis une notoriété médiatique mondiale, à l'exemple de l'ourson Knut au jardin zoologique de Berlin, rejeté par sa mère et élevé au biberon par son soigneur, ou de Binky au zoo d'Anchorage, célèbre pour avoir blessé des visiteurs imprudents ayant franchi les clôtures de sécurité[231],[232]. Enfermés dans des espaces restreints, les ours polaires développent fréquemment des stéréotypies motrices, passant jusqu'à 14 % de leur journée à faire les cent pas le long des parois[233]. L'ours Gus du zoo de Central Park devint notoire dans les années 1990 lorsqu'un vétérinaire comportementaliste lui prescrivit du Prozac pour tenter d'enrayer ses longueurs de nage obsessionnelles[234]. Pour stimuler leur bien-être psychologique, les parcs généralisent aujourd'hui les enrichissements environnementaux et alimentaires pour encourager le jeu et la recherche de nourriture[235]. Par temps chaud et humide, des algues microscopiques peuvent coloniser la cavité médullaire creuse des poils de jarre, conférant temporairement une surprenante teinte verdâtre au pelage des individus hébergés en climat tempéré[236].

Importance culturelle et représentations

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Représentations artistiques et héraldiques de l'Ours polaire .
Figurine en ivoire d'ours nageant (culture dorsétienne).

L'ours blanc tient une place centrale dans la mythologie et la cosmologie inuites. Le grand esprit Torngarsuk est fréquemment dépeint sous les traits d'un ours gigantesque résidant sous le plancher océanique, régnant sur les profondeurs marines et le séjour des défunts. Les chamans groenlandais (angakkut) invoquaient son assistance par des danses et des chants rituels, cherchant à se faire symboliquement dévorer par l'esprit pour être régénérés et investis de pouvoirs surnaturels. L'animal est également lié à la divinité marine Nuliajuk, créatrice des mammifères marins. Selon les croyances animistes locales, les chamans voyageaient jusqu'au fond des mers ou sur la Lune montés sur l'esprit tutélaire de l'ours. De nombreux récits traditionnels décrivent des métamorphoses où les humains se transforment en ours en revêtant leur fourrure, tandis que les ours la retire pour vivre sous forme humaine. Dans l'astronomie inuite, l'amas des Pléiades personnifie un ours cerné par une meute de chiens de chasse, la Ceinture d'Orion représente des trappeurs, tandis que les Hyades et l'étoile Aldébaran figurent les chiens et l'ours blessé au combat[237].

L'ours polaire innerve également le folklore et la littérature scandinaves. Dans le conte islandais Auðunar þáttr vestfirzka rédigé vers 1275, un pauvre voyageur nommé Auðun dépense toutes ses possessions pour acheter un ours polaire au Groenland, dont le don prestigieux au roi du Danemark assurera sa fortune[238]. Le manuscrit du XIVe siècle Hauksbók conte la vengeance d'un homme qui abat et consomme l'ours polaire responsable de la mort de son père et de son frère. Des légendes islandaises du XVIIIe siècle rapportent l'existence d'un fabuleux « roi des ours » (le bjarndýrakóngur), reconnaissable à ses joues vermeilles et à sa corne luminescente semblable à celle d'une licorne, capable d'entendre et de comprendre le langage humain[239]. Deux contes populaires norvégiens, À l'est du soleil et à l'ouest de la lune et Le Roi Valemon, mettent en scène des princes métamorphosés en ours polaires qui épousent des humaines[240].

Dès la Renaissance, l'animal est dessiné sur les cartes marines des mers septentrionales : la monumentale Carta Marina suédoise d'Olaus Magnus (1539) place ainsi un ours blanc sur les côtes d'Islande, tandis qu'une carte d'Amérique du Nord de 1544 fait figurer deux bêtes à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent. En peinture, il inspire de grandes toiles d'histoire et de marine, comme Combat contre des ours blancs de François-Auguste Biard (1839) ou le dramatique L'Homme propose, Dieu dispose d'Edwin Landseer (1864) évoquant la tragédie de l'expédition Franklin. Au cinéma, des prises de vue réelles de chasse autochtone sont intégrées au film Igloo en 1932, tandis que le long métrage The White Dawn (1974) simule l'abattage d'un spécimen dressé. Dans la fiction contemporaine pour la jeunesse, il devient le protagoniste de succès éditoriaux tels que la série Plume le petit ours polaire de Hans de Beer ou le conte inuit L'Orphelin et l'Ours blanc de Sakiasi Qaunaq. L'œuvre de fantasy de Philip Pullman, À la croisée des mondes, met en scène les célèbres Panserbjørne, ours polaires en armure dotés de parole et d'intelligence. En héraldique, l'animal apparaît fièrement sur les armoiries du Groenland, et sert de support commercial régulier, notamment pour les campagnes publicitaires de Coca-Cola débutées en 1922[241],[242].

Érigé en emblème de la faune charismatique, l'ours blanc s'est imposé comme l'icône universelle de la lutte contre le dérèglement climatique. Greenpeace a conçu une imposante marionnette mécanique baptisée « Aurora » pour rythmer ses marches civiques pour le climat[243], tandis que le Fonds mondial pour la nature (WWF) finance ses campagnes polaires par la diffusion de peluches à son effigie[244]. Les couvertures de magazines tels que National Geographic et Time, tout comme le documentaire oscarisé d'Al Gore Une vérité qui dérange (2006) montrant une animation d'ours à bout de souffle dans les flots, fixent dans les consciences l'image d'un fauve acculé par la fonte du pack[243]. Le constructeur automobile Nissan a également mis en scène un ours étreignant le conducteur d'une berline électrique pour vanter sa transition bas-carbone[245]. En 2009, lors de la conférence de Copenhague, une sculpture de glace figurant un ours blanc abritant un squelette de bronze a été délibérément exposée à la fonte sous le soleil pour symboliser l'urgence environnementale[246].

Notes et références

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Références

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Documents originaux

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  • (la) Carl von Linné, Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, vol. Tomus I, Stockholm, Laurentii Salvii, , 823 p. (lire en ligne), p. 47
  • (en) Constantine John Phipps, A Voyage Towards the North Pole Undertaken by His Majesty's Command, 1773, Londres, W. Bowyer and J. Nichols, for J. Nourse, (lire en ligne [archive du ]), p. 185
  • (en) John Edward Gray, « On the Genus Ursus of Cuvier, with its Divisions into Subgenera », Annals of Philosophy, new Series, vol. 10,‎ , p. 59-62 (lire en ligne)

Autres documents

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Voir aussi

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Liens externes

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Bibliographie externe

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  • Stéphanie Ledu et Delphine Vaufrey (Illustrations), Les animaux de la banquise, Toulouse, Editions Milan, coll. « Mes p'tits docs (6 ans et plus) », , 32 p. (ISBN 978-2-7459-3139-9)
  • Collectif, L'ours blanc, Paris, Gallimard jeunesse, coll. « Diapostive (2 à 8 ans) », (ISBN 978-2-07-061404-2)
  • Michel Piquemal, L'album l'ours blanc, Toulouse, Editions SEDRAP, coll. « Tu vois, je lis ! (6 ans et plus) », , 24 p. (ISBN 978-2-7581-1421-5)
  • Hans De Beer et Anne-Marie Chapouton (trad. de l'allemand), Le voyage de Plume (Plume, le petit ours polaire), Namur (Belgique)/Lagny-sur-Marne, Mijade, coll. « Les Petits Mijade (3 - 5 ans) », , 26 p. (ISBN 978-2-87142-849-7)
  • Jenni Desmond et Ilona Meyer (trad. de l'anglais), L'ours polaire, Paris, Les Editions des Éléphants, coll. « Album documenta (6 ans et plus) », , 48 p. (ISBN 978-2-37273-043-3)