Ours kodiak
Ursus arctos middendorffi
Répartition géographique
L’Ours de Middendorff (Ursus arctos middendorffi), plus communément désigné sous le nom d’Ours Kodiak, ou simplement Kodiak, est une sous-espèce de l’Ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés. Endémique de l'archipel Kodiak dans le Sud-Ouest de l'Alaska, il rivalise avec l'Ours blanc pour le titre de plus grand ursidé actuel et de plus grand carnivore terrestre vivant, dû au phénomène de gigantisme insulaire, avec des mâles pouvant dépasser 600 kg à l'automne pour une hauteur atteignant 3 m debout.
Décrit par le zoologiste américain Clinton Hart Merriam en 1896, ce taxon est génétiquement isolé sur son archipel depuis la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 10 000 à 12 000 ans. Malgré une diversité génétique particulièrement restreinte, la population présente une grande vitalité démographique, estimée à plus de 3 500 individus. Bien qu'essentiellement solitaire et exploitant un domaine vital relativement réduit grâce à l'abondance des ressources locales, l'Ours kodiak fait preuve d'une sociabilité élaborée lors des rassemblements saisonniers sur les cours d'eau, où il tire profit des cinq espèces de saumon du Pacifique en période de fraie, en complément d'un régime opportuniste composé de végétaux, de baies et de carcasses.
Occupant une place centrale dans la culture traditionnelle du peuple autochtone alutiiq, l'ours a subi une forte pression de chasse commerciale et de persécution au tournant des XIXe et XXe siècles. La sanctuarisation de ses habitats vitaux par la création du Refuge faunique national de Kodiak en 1941, combinée à une stricte régulation cynégétique supervisée par l'Alaska Department of Fish and Game (ADF&G), a permis une reconstitution durable des effectifs. L'archipel fait aujourd'hui l'objet d'un plan de gestion concerté conciliant la chasse aux trophées par tirage au sort, la prévention des conflits homme-ours et l'essor de l'écotourisme d'observation.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Ursus arctos middendorffi (Merriam, 1896) selon ITIS ()[4] ;
- Nom normalisé anglais : Kodiak bear ;
- Nom vulgaire typique en français : Ours Kodiak[5][6] ;
- Autres noms vulgaires : Ours de Middendorff[7], Ours brun de l’île Kodiak, Grizzly Kodiak ;
- Noms vernaculaires : Kodiak[8], Grizzly (ou Grizzli), Ours brun d’Alaska, Ours brun, Ours.
L'ours revêt une grande importance pour le peuple alutiiq. En alutiiq, il est nommé Taquka’aq (« Ours »)[9],[10], la prononciation variant selon les dialectes septentrionaux et méridionaux[11].
Taxonomie
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L'Ours kodiak a été décrit scientifiquement pour la première fois en 1896 par le zoologiste américain Clinton Hart Merriam sous le nom binominal d'Ursus middendorffi[12]. La localité type correspond à l'île Kodiak en Alaska, d'où provient le spécimen type (mâle adulte no 54793, conservé au musée national des États-Unis), collecté le 3 juillet 1893 par B. J. Bretherton[12].
Dans sa diagnose originale, Merriam attribue l'épithète spécifique middendorffi en hommage au naturaliste russe Alexander von Middendorff, saluant ses travaux précurseurs sur les grands ours des rives de la mer de Béring et son identification précoce de la singularité des crânes de l'île Kodiak[13].
L'auteur souligne qu'il s'agit du plus grand des ours actuels[12]. Il compare principalement ce taxon à l'ours du Kamtchatka (alors nommé Ursus beringiana), dont il le distingue par une région frontale considérablement surélevée, renflée et plus arquée au-dessus et en arrière des processus postorbitaires chez le mâle, des arcades zygomatiques extrêmement arquées vers l'extérieur avec des racines postérieures formant un angle droit par rapport à l'axe crânien, ainsi que par des molaires antérieure supérieure et postérieure inférieure nettement plus réduites[12],[14],[13].
Des révisions taxonomiques ultérieures ont par la suite regroupé l'ensemble des ours bruns nord-américains au sein de l'unique espèce Ursus arctos, reléguant le taxon au rang de sous-espèce (Ursus arctos middendorffi), d’abord sous une graphie incorrecte en 1910, puis sous la graphie définitive dans le Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[15] .
Phylogénie
modifierDes analyses génétiques réalisées sur des ours bruns de l’île Kodiak ont montré qu'ils sont plus étroitement apparentés aux ours bruns de la péninsule d'Alaska et du Kamtchatka, en Russie, ainsi qu'à l'ensemble des populations situées approximativement au nord des États-Unis. Les ours Kodiak sont génétiquement isolés depuis au moins la dernière période glaciaire, il y a 10 000 à 12 000 ans et présentent une très faible diversité génétique au sein de leur population[16].
Phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001[17], Calvignac et al., 2008[18], Hirata et al., 2013[19] et Lan et al., 2017[20]) :
| Ursus arctos |
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Description
modifierDimensions
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Alors qu'il existe généralement d'importantes variations de taille entre les ours bruns des différentes régions, la plupart pèsent habituellement entre 115 à 360 kg[21]. L'Ours kodiak illustre quant à lui un cas de gigantisme insulaire, atteignant fréquemment des masses de 300 à 600 kg[22]. La plage de masse corporelle pour les femelles se situe entre 181 à 318 kg, tandis que celle des mâles s'étend de 272 à 635 kg[22],[23]. Les mâles adultes affichent une moyenne de 477 à 534 kg au cours de l'année[24], et peuvent peser jusqu'à 680 kg lors des pics d'engraissement lors des saisons froides. Les femelles sont généralement environ 20 % plus petites et 30 % plus légères que les mâles[22], et la taille définitive est acquise vers l'âge de six ans. Les ours atteignent leur poids le plus bas au moment où ils émergent de leur tanière au printemps, et peuvent augmenter leur masse corporelle de 20 à 30 %[23] à la fin de l'été et en automne. À l'instar d'autres animaux, les ours kodiak maintenus en captivité peuvent peser encore plus lourd que leurs congénères sauvages.
Un mâle adulte moyen mesure 2,44 m de long et 1,33 m de hauteur au garrot. Le plus lourd mâle jamais répertorié à l’état sauvage, pesait 751 kg et présentait des pattes postérieures mesurant 46 cm[24]. Un grand mâle atteint jusqu'à 1,5 m de hauteur au garrot lorsqu'il se tient à quatre pattes. Lorsqu'il se dresse complètement debout sur ses pattes arrière, un grand individu peut atteindre une hauteur de 3 m[22]. Le record vérifié pour un ours kodiak en captivité est attribué à un individu ayant vécu au zoo de Dakota à Bismarck, dans le Dakota du Nord. Surnommé « Clyde », il pesait 966 kg lors de sa mort en juin 1987 à l'âge de 22 ans. D'après le directeur du zoo Terry Lincoln, Clyde pesait probablement près de 1 090 kg l'année précédente ; il présentait encore une couche de graisse de 23 cm à sa mort[25][note 1].

L'Ours kodiak constitue la plus grande forme d'ours brun et rivalise en taille avec l'Ours blanc (Ursus maritimus). Ces deux taxons remportent la position des deux plus grands membres de la famille des ursidés ainsi les plus grands carnivores terrestres actuels[note 2][29].
La méthode standard d'évaluation de la taille des ours repose sur la mensuration de leurs crânes. La plupart des agences de gestion de la faune et organisations cynégétiques nord-américaines emploient un pied à coulisse pour mesurer la longueur crânienne, de l'arrière de la crête sagittale jusqu'aux incisives antérieures ainsi que sa largeur, maximale entre les arcades zygomatiques. Les dimensions totales du crâne correspondent à la somme de ces deux mesures. Le plus grand individu prélevé en Amérique du Nord provenait de l'île Kodiak, avec un total cumulé de 78,1 cm, et huit des dix plus grands ours bruns répertoriés dans le livre des records du Boone and Crockett Club proviennent de Kodiak[30]. La dimension moyenne du crâne des ours kodiak prélevés par les chasseurs au début du XXIe siècle s'élevait à 63,8 cm pour les mâles et à 55,4 cm pour les femelles[31].
Pelage
modifierLa coloration du pelage de l'Ours kodiak est similaire à celle de ses proches parents que sont le Grizzly d'Amérique continentale et l'Ours brun d'EurasieLa teinte générale est brune, avec un certain nombre de variations, allant d’un beige pâle ou roussâtre présent chez les femelles et les populations méridionales, à un brun plus foncé. Les oursons conservent fréquemment un collier blanc autour du cou au cours de leurs premières années de vie[32].
Répartition et habitat
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Cette population d'ours bruns se rencontre exclusivement sur les îles de l'archipel Kodiak, sur les îles Kodiak, Afognak, Shuyak, Raspberry, Uganik, Sitkalidak ainsi que les îles adjacentes. La population de l'Ours kodiak était estimée à 3 526 individus en 2005, représentant une densité globale estimée sur l'ensemble de l'archipel à 270 ours pour 1 000 km2 (700 pour 1 000 miles carrés). Au cours de la dernière décennie vers la fin du XXème siècle, la population a connu une lente augmentation[33].
Domaine vital
modifierLes ours de l’archipel Kodiak sont diurnes, mais lorsqu'ils font face à la concurrence pour la nourriture ou l'espace, ils adoptent un rythme de vie davantage nocturne. Ce comportement s'avère particulièrement marqué chez les individus évoluant à proximité immédiate ou à l'intérieur de la ville de Kodiak. Les ours de Middendorf ne défendent pas de territoires, mais utilisent chaque année u, même domaine vital traditionnel. Grâce à l'abondance et à la variété des ressources alimentaires de l'archipel, ces ours présentent des domaines vitaux parmi les plus réduits de toutes les populations d'ours bruns d'Amérique du Nord[34], et un fort chevauchement s'observe entre les espaces utilisés par les différents individus. Le domaine vital d'une femelle adulte sur l'île Kodiak atteint en moyenne 130 km2, tandis que celui d'un mâle adulte avoisine en moyenne 250 km2[33].

Habitat
modifierLes îles de l'archipel Kodiak sont soumises à un climat océanique subpolaire caractérisé par des températures fraîches, un ciel souvent couvert, du brouillard, du vent et des précipitations modérées à abondantes tout au long de l'année. Bien que l'archipel ne couvre qu'environ 13 000 km2, il présente une grande diversité de reliefs et de végétation : des forêts denses d'Épicéa de Sitka au nord, des montagnes abruptes et englacées culminant au pic Koniag à 1 360 m le long de la crête centrale de l'île Kodiak, jusqu'aux collines ondulées et à la toundra plate à l'extrémité sud de l'archipel. Environ 14 000 habitants vivent sur l'archipel, principalement dans et autour de la ville de Kodiak ainsi que dans six villages isolés. Le réseau routier et les autres aménagements d'origine anthropique sont principalement concentrés sur l'île Afognak et la partie nord-est de l'île Kodiak. Près de la moitié du territoire de l'archipel est intégrée au refuge faunique national de Kodiak[33].
Comportement et écologie
modifierHivernation et tanière
modifierLes ours Kodiak commencent à rejoindre leurs tanières à la fin du mois d'octobre. Les femelles gestantes sont généralement les premières à entrer en hivernation, tandis que les mâles sont les derniers. Ces derniers commencent à émerger de leur tanière au début du mois d'avril, alors que les femelles accompagnées de leurs nouveaux oursons peuvent y demeurer jusqu'à la fin du mois de juin. Les individus vivant dans la partie nord de l'île Kodiak ont tendance à observer des périodes d'hivernation plus longues que ceux des régions méridionales. La plupart des ours de Kodiak creusent leur tanière à flanc de colline ou de montagne et exploitent une grande diversité de milieux en fonction de leur localisation sur l'archipel. Près d'un quart des ours adultes renoncent à l'hivernation et restent modérément actifs tout au long de l'hiver[22],[33].
Reproduction et survie
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Les ours Kodiak atteignent leur maturité sexuelle à l'âge de cinq ans, mais la majorité des femelles dépassent l'âge de neuf ans lorsqu'elles parviennent à sevrer leur première portée avec succès. L'intervalle moyen entre deux portées est de quatre ans. Les femelles continuent de mettre bas tout au long de leur vie, bien que leur fécondité diminue après l'âge de 20 ans[35]. La saison des amours a lieu en mai et juin. L'espèce est monogame, les couples restant ensemble de deux jours à deux semaines. Dès que l'ovule est fécondé et a subi quelques divisions, il entre en diapause embryonnaire jusqu'à l'automne, période à laquelle il s'implante sur la paroi utérine et reprend son développement. Les oursons naissent dans la tanière en janvier ou février[22]. Pesant moins de 500 g à la naissance, dépourvus d'un pelage épais et gardant les yeux clos, ils tètent pendant plusieurs mois avant de sortir de la tanière en mai ou juin, atteignant alors une masse de 7 à 9 kg[22]. Les portées comptent généralement deux ou trois oursons[22], avec une moyenne à long terme de 2,4 oursons par portée[35]. Cependant, les ours Kodiak possèdent six mamelles fonctionnelles, des portées allant jusqu'à six ourson ont déjà été rapportées[36]. De même, des femelles sont parfois observées accompagnées de cinq ou six oursons à leur côtés. Ce phénomène est probablement attribuable à des cas d'adoption de jeunes issus d'autres portées[22]. La plupart des oursons restent auprès de leur mère pendant trois ans. Près de la moitié d'entre eux meurent avant leur émancipation[35], le cannibalisme perpétré par les mâles adultes constituant l'une des principales causes de mortalité.
Les jeunes ayant récemment quitté leur mère, âgés de 3 à 5 ans, connaissent un taux de mortalité élevé[22], avec environ 56 % de survie chez les mâles contre 89 % chez les femelles[33]. La plupart des jeunes femelles s'établissent à l'intérieur ou à proximité immédiate du domaine vital maternel, tandis que la plupart des mâles se dispersent à plus longue distance. La majorité des femelles adultes meurent de causes naturelles (56 %), tandis que la plupart des mâles adultes sont abattus par les chasseurs (91 %)[33]. Le plus vieil ours mâle recensé à l'état sauvage était âgé de 27 ans, et la femelle la plus âgée de 35 ans[37].
Régime alimentaire et comportement social
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Les ours Kodiak occupent l'ensemble de l'archipel, adaptant leur alimentation aux ressources locales tout en conservant des domaines vitaux relativement réduits et des densités similaires dans la majorité des habitats. Face à une telle diversité et abondance alimentaire, ils font preuve d'une grande flexibilité et ont un régime opportuniste. Les premiers aliments consommés au printemps sont la végétation émergente, comme des graminées ou des herbacées, ainsi que les carcasses d'animaux morts pendant l'hiver. Cela permet au plantigrade de compenser rapidement la masse perdue lors de l'hivernation. À mesure que la belle saison avance, une grande variété de végétaux subvient à ses besoins nutritionnels jusqu'à la remontée des saumons. Elle s'étend de mai à septembre sur la majeure partie de l'archipel, et les ours consomment les cinq espèces de saumons du Pacifique frayant dans les rivières et lacs locaux. Les ours privilégient fréquemment le cerveau, la chair et les œufs des poissons pour leur haute valeur énergétique. À la fin de l'été et au début de l'automne, ils consomment plusieurs types de baies lorsqu'elles atteignent leur maturité et leur teneur maximale en sucres[38]. Le réchauffement climatique provoquant une maturation plus précoce des baies de sureau, la saison des baies coïncide désormais avec la frayée des saumons, incitant certains ours à délaisser les cours d'eau pour se concentrer sur la cueillette des fruits[39],[33]. Les ours se nourrissent également d'algues échouées et d'invertébrés sur certaines plages tout au long de l'année. Lorsqu'ils s'attaquent à des cerfs, des chèvres des montagnes, des élans ou du bétail, les viscères sont consommés en priorité pour leur richesse en lipides ; toutefois, malgré l'abondance de ces proies sur l'archipel, peu d'ours kodiaks les chassent activement, les autres méthodes de recherche de nourriture étant plus rentables sur le plan énergétique[38]. Les ordures ménagères produites par la population humaine de l'île Kodiak constituent une autre ressource disponible toute l'année.

L'Ours kodiak fait preuve d'une intelligence similaire à celle des autres populations d’ours bruns, bien que sa tendance à s'alimenter au sein de regroupements denses favorise des comportements sociaux plus élaborés. Bien qu'essentiellement solitaires par nature, les ours se rassemblent souvent en grands groupes lorsque la nourriture est concentrée sur des espaces restreints, comme des sites de fraie du saumon, desprairies de graminées et de laîches, des parcelles de baies, des carcasses d'échouage de baleines ou encore des décharges à ciel ouvert. Le long de certains cours d'eau de Kodiak, jusqu'à 60 individus peuvent être observés simultanément sur une superficie de 2,6 km2. Afin d'optimiser l'accès à la ressource dans ces zones importantes sur le plan écologique, les ours ont développé des moyens de communication élaborées, comme des postures corporelles et encore des vocalisations spécifiques, ainsi qu'une hiérarchie sociale visant à limiter les affrontements et les blessures graves[40].
L'Ours kodiak et l'Homme
modifierInteractions avec l'être humain
modifierHabituellement, les ours kodiak évitent les rencontres avec les humains. Les exceptions les plus notables à ce comportement surviennent lorsque les ours sont surpris, se sentent menacés, ou sont attirés par de la nourriture laissée par l’Homme, comme des déchets ou du gibier abattu par des chasseurs. Une augmentation des rencontres est toutefois constatée, en raison tant de la croissance démographique locale que de la hausse de l'activité cynégétique ciblant le plantigrade sur l’archipel. Les consignes de sécurité visent à prévenir ces situations, à comprendre les besoins et le comportement des ours, et à apprendre à identifier les signaux d'alerte émis par un individu en situation de stress[41],[42].
Une seule attaque mortelle d'ours sur un humain s'est produite sur l'archipel Kodiak au cours des dernières décennies, survenue en 1999[43]. La National Geographic Society a consacré un reportage télévisé à deux attaques distinctes d'ours bruns sur l'archipel. Dans les deux cas, il s'agissait de chasseurs isolés revenant vers du gibier qu'ils avaient abattu puis laissé sans surveillance afin de poursuivre leur traque. L'une de ces attaques a été fatale : le chasseur a été tué par l'animal sur l'île Uganik le 3 novembre 1999. Lors de la seconde attaque, survenue sur l'île Raspberry, le chasseur a poignardé l'ours avec un couteau avant de récupérer son arme à feu et d'abattre son assaillant. Avant ces événements, la dernière attaque mortelle remontait à 1921[44]. Environ une fois tous les deux ans, un ours blesse un être humain sur l'archipel[45]. En octobre 2021, un père et son fils ont survécu à une attaque d'Ours kodiak lors d'une chasse au wapiti sur l'île Afognak[46].
Histoire et gestion des populations
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Préhistoire
modifierLes premiers occupants humains de l'archipel, arrivés à une époque où la région était encore marquée par la dernière période glaciaire, tiraient essentiellement leur subsistance des ressources marines. Les autochtones de Kodiak, les Alutiiqs, chassaient occasionnellement l'ours, exploitant sa chair pour se nourrir, sa peau pour la confection de vêtements ou de couvertures, et ses dents à des fins ornementales. Les récits traditionnels mettaient souvent en avant la parenté symbolique unissant l'ours à l'homme ainsi que le caractère mystique conféré à cet animal en raison de sa proximité avec le monde des esprits[47].
Chasse commerciale
modifierDes chasseurs russes s'installent dans la région à la fin du XVIIIe siècle afin d'exploiter les abondantes ressources en fourrure. Les peaux d'ours étaient alors considérées comme une fourrure secondaire et vendues à un tarif comparable à celui des peaux de loutres du Canada. Les prélèvements d'ours s'intensifient nettement après le déclin des populations d’Énhydres et à la suite de l'Achat de l'Alaska par les États-Unis en 1867[48], atteignant un pic de près de 250 ours abattus par an. L'essor de la pêche commerciale à la fin des années 1880 et la prolifération des conserveries à travers l'archipel accentuent les pressions : perçus comme des concurrents pour les ressources en saumon, les ours sont alors abattus à vue le long des cours d'eau et des littoraux. Parallèlement, chasseurs sportifs et naturalistes s'accordent sur le statut de plus grand carnivore terrestre du Kodiak et manifestent leurs inquiétudes quant aux risques de surexploitation de la population[44].
Chasse guidée et conflits d'usage
modifierL'essor des chasses guidées et les craintes relatives à l'exploitation non réglementée de la faune en Alaska incitent l'Alaska Game Commission, nouvellement établie par le gouvernement local, à interdire la chasse commerciale à l'ours, ce qui inclut la vente des dépouilles, sur l'archipel en 1925. Ces mesures réglementaires favorisent le rétablissement des effectifs. Dès les années 1930, les éleveurs de bétail du nord-est de l'île Kodiak signalent une hausse des prédations et exigent des mesures de régulation. Les ours sont alors toujours perçus, à tort, comme une menace pour le secteur de la pêche industrielle au saumon. Afin de concilier la préservation des populations d'ours et la protection du bétail, des pêcheries et des personnes, le président Franklin D. Roosevelt crée le refuge faunique national de Kodiak par décret présidentiel en 1941[47]. D'une superficie d'environ 7 700 km2, la réserve couvre approximativement les deux tiers sud-ouest de l'île Kodiak, l'île Uganik, le secteur des Red Peaks au nord-ouest de l'île Afognak ainsi que la totalité de l'île Ban.
Après l'accession de l'Alaska au statut d'État américain en 1959, la gestion de la faune sauvage passe sous la tutelle de l'État. L'Alaska Board of Game restreint les saisons de chasse sur les îles Afognak et Raspberry ainsi qu'au sein du refuge national, tout en libéralisant les quotas en dehors de la réserve sur Kodiak. Au cours des années 1960, les biologistes de l'État collaborent avec les éleveurs le long du réseau routier de Kodiak pour atténuer les conflits de prédation, concluant à l'incompatibilité de l'élevage bovin et des fortes densités d'ours sur les mêmes pâturages ; diverses options sont envisagées, telles que l'empoisonnement, la pose de clôtures et les tirs de régulation par voie aérienne. Les chasseurs sportifs expriment de nouveau leur opposition à ces destructions ciblées[49]. Malgré ces contestations, l'État poursuit ses campagnes d'élimination des individus dits à problèmes jusqu'en 1970[50].
Évolution des régimes fonciers
modifierEn 1971, la loi sur le règlement des revendications des autochtones de l'Alaska (ANCSA) résout plusieurs contentieux fonciers historiques en transférant d'importantes superficies aux corporations autochtones d'Alaska. Les répercussions sont majeures sur l'archipel : la gestion fédérale des forêts sur Afognak est dévolue à ces corporations après l'adoption de l'ANILCA en 1980, et le refuge faunique de Kodiak perd le contrôle de plus de 125 000 ha d'habitats majeurs pour l'ours, soit plus de 17 % des terres du refuge[47].
À partir de 1975, le développement d'infrastructures d'exploitation forestière sur l'île Afognak conduit au début des coupes de bois en 1977. En 1979 débute l'évaluation environnementale relative au complexe hydroélectrique de Terror Lake sur l'île Kodiak, prévoyant la construction d'un barrage en terre dans l'enceinte du refuge national et d'un tunnel de dérivation de 9,7 km à travers la crête montagneuse jusqu'à une centrale dans le bassin de la rivière Kizhuyak. Face aux oppositions, un compromis environnemental est acté en 1981, instaurant des protocoles de recherche sur l'ours brun et la création du Kodiak Brown Bear Trust[51]. La construction est achevé en 1985. Ces modifications de l'habitat sur Kodiak et Afognak ont catalysé l'attribution de fonds pour la recherche scientifique, conduisant à d'importantes études fondamentales et appliquées durant les années 1980 et 1990.
La marée noire de l'Exxon Valdez en 1989 n'a pas causé de mortalité directe chez les ours, bien que certains individus aient été temporairement chassés de leurs aires d'alimentation côtières par les équipes de dépollution. L'accord financier négocié entre Exxon et les autorités fédérales et étatiques a bénéficié indirectement à la sous-espèce : les fonds issus des indemnités ont financé le rachat de terres stratégiques. À la fin du XXe siècle, plus de 80 % des territoires retirés du refuge lors des réformes foncières antérieures ont été réintégrés à l'aire protégée par des acquisitions directes ou des servitudes de conservation. D'autres parcelles situées sur les îles environnantes, notamment Shuyak, ont été intégrées au domaine public de l'État. Le Kodiak Brown Bear Trust a fédéré de multiples organisations de protection de la nature pour soutenir le rachat et la sanctuarisation de ces habitats cruciaux[47].
Plan de conservation et de gestion de l'archipel Kodiak
modifierEn 2001, un comité consultatif citoyen a été constitué en collaboration étroite avec l'Alaska Department of Fish and Game (ADF&G) et les gestionnaires du refuge faunique pour élaborer un plan global traitant de la chasse, des habitats et de l'écotourisme d'observation. Le plan de conservation et de gestion de l'Ours de l'archipel Kodiak (Kodiak Archipelago Bear Conservation and Management Plan)[52] a été formulé après plusieurs mois de concertation entre représentants de douze groupes d'usagers, aboutissant par consensus à plus de 270 recommandations.
Les grands axes du plan incluent le maintien de la population à son niveau démographique actuel, le renforcement des programmes éducatifs relatifs à la cohabitation avec la mégafaune et la protection stricte des habitats vitaux, tout en garantissant les usages traditionnels et récréatifs de l'archipel.
Statut de conservation et diversité génétique
modifierLa Liste rouge de l'UICN n'évalue pas les sous-espèces individuellement ; l'espèce globale Ursus arctos est classée au statut de « Préoccupation mineure » (LC)[53]. L'Ours kodiak n'est pas répertorié comme taxon menacé au titre de l'Endangered Species Act par le United States Fish and Wildlife Service[54].
Régulation et gestion cynégétique
modifierLes programmes scientifiques et la protection des biotopes sont supervisés conjointement par l'ADF&G et les équipes du refuge faunique national. L'encadrement de la chasse est administré par l'ADF&G selon les décrets fixés par l'Alaska Board of Game. Le dispositif répartit les prélèvements sur 32 zones de gestion distinctes au cours de deux saisons annuelles, au printemps du 1er avril au 15 mai, et en automne, du 25 octobre au 30 novembre. Chaque année, environ 4 500 candidats postulent pour l'obtention des 496 permis délivrés par tirage au sort (deux tiers étant réservés aux résidents d'Alaska, un tiers aux non-résidents). Les chasseurs non résidents ont l'obligation de s'adjoindre les services d'un guide professionnel agréé, ce qui représente un coût compris entre 10 000 et 22 000 $. Tous les chasseurs doivent se présenter aux bureaux de l'ADF&G à Kodiak pour une réunion d'information préalable et accomplir les formalités d'enregistrement avant de quitter l'île. Tout animal prélevé fait l'objet d'un examen morphologique et biologique par un agent avant son exportation hors de l'archipel[55]. Les peaux reçoivent un scellé métallique inviolable attestant de la régularité du permis, sans lequel leur transport, détention ou cession commerciale sont illégaux. Un plombage similaire est apposé sur le crâne, qui est mesuré et consigné dans les registres. L'application stricte de ces réglementations bénéficie de l'appui de la communauté locale, et des sanctions pénales lourdes encadrent les actes de braconnage.
Depuis l'accession de l'Alaska au statut d'État, les prélèvements cynégétiques déclarés ont oscillé entre 77 individus durant la saison 1968-1969, et 206 individus durant celle de 1965-1966. Entre 2000 et 2006, la moyenne annuelle s'établissait à 173 ours abattus, dont 118 en automne et 55 au printemps, avec une part de plus de 75 % de mâles. Une moyenne de neuf ours supplémentaires a été abattue chaque année au titre de la légitime défense des personnes ou des biens sur cette même période. La part d'ours de très grande taille répondant aux critères d'évaluation des trophées, sous le critère de dimensions crâniennes d'au moins 71,1 cm tend à croître : ne représentant que 2,5 % des prises dans les années 1970, cette proportion a atteint près de 9 % dans les années 1990 et 2000[31].
Écotourisme et observation
modifierL'observation encadrée de l'Ours kodiak a connu un développement marqué sur l'archipel. Le site le plus accessible, la rivière Frazer, a accueilli plus de 1 100 visiteurs en 2007. La fréquentation écotouristique connaît une croissance d'environ 10 % par an, incitant au déploiement de zones d'observation supplémentaires exploitées par les services d'hydravions, les charters maritimes et les écolodges. Bien que considérée comme une activité non extractive, l'observation mal maîtrisée peut impacter la faune si elle perturbe les regroupements d'ours sur les sites clés d'alimentation en saumon indispensables à l'accumulation de réserves lipidiques hivernales, affectant plus particulièrement les femelles suitées. La cohabitation spatiale et temporelle entre chasseurs et observateurs fait également l'objet d'arbitrages éthiques et techniques, formalisés par les recommandations du plan de gestion de l'archipel afin d'assurer la pérennité conjointe de ces deux activités[52].
Notes et références
modifierNotes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Kodiak bear » (voir la liste des auteurs).
- ↑ À titre de comparaison, les records en milieu naturel pour le Grizzly de Californie[26] et l'Ours blanc[27] s'élèvent à environ 998 kg.
- ↑ En considérant les Pinnipèdes comme des mammifères marins[28].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- ↑ Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
- ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
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Bibliographie
modifierDocument original
modifier- (en) Clinton Hart Merriam, « Preliminary Synopsis of the American Bears », Proceedings of the Biological Society of Washington, Washington, vol. 10, , p. 65-83 (ISSN 0006-324X, OCLC 1536434, lire en ligne)
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Ursus arctos middendorffi .
- (en) Catalogue of Life : Ursus arctos middendorffi.
- (fr + en) ITIS : Ursus arctos middendorffi Merriam, 1896.
- (en) NCBI : Ursus arctos middendorffi (taxons inclus).
- (fr + en) GBIF : Ursus arctos middendorffi.
- (en) Ursus arctos middendorffi dans GBIF.