Ours brun Isabelle
Ursus arctos isabellinus
Statut CITES
Répartition géographique
L’Ours brun Isabelle (Ursus arctos isabellinus), raccourci par Ours Isabelle, également connu sous le nom d’Ours brun de l'Himalaya, est une sous-espèce de l’ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés.
Décrit scientifiquement en 1827 par le naturaliste Thomas Horsfield à partir d'une dépouille collectée au Népal, il se caractérise par une livrée claire de teinte sable à fauve roussâtre tirant sur le « jaune sale » (couleur isabelle) ainsi que par des griffes courtes et droites adaptées à la marche en montagne. Les études phylogénétiques indiquent qu'il constitue un clade unique et le groupe frère de l'ensemble des autres ours bruns et de l'ours blanc, issu d'une divergence isolée lors d'une glaciation survenue au Pléistocène moyen.
Cet ours omnivore fréquente principalement les étages subalpins et alpins de l'Himalaya occidental, réparti de manière fragmentée entre le Pakistan, le nord de l'Inde et le centre du Népal. Particulièrement vulnérable en raison du braconnage, des conflits avec les éleveurs pastoraux, de la dégradation de son habitat et des risques sanitaires liés à la consommation de déchets issus du tourisme, il est classé en danger critique d'extinction au Pakistan. Dans la culture himalayenne, l'animal est étroitement associé au mythe du Yéti, plusieurs reliques attribuées à cette créature légendaire s'étant révélées appartenir à cette sous-espèce.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Ursus arctos isabellinus (Horsfield, 1827) selon ITIS ()[4] ;
- Nom normalisé anglais : Himalayan brown bear ;
- Nom vulgaire typique et recommandé en français : Ours brun Isabelle[5] ;
- Autres noms vulgaires : Ours Isabelle[6], Ours brun de l’Himalaya[5] ;
- Noms vernaculaires : Ours brun, Ours.
Taxonomie
modifierL'Ours Isabelle a été décrit scientifiquement pour la première fois en 1827 par le médecin et naturaliste américain Thomas Horsfield sous le nom binominal d'Ursus isabellinus[7]. La description a fait l'objet d'une communication lue devant la Linnean Society of London le 20 juin 1826 avant sa publication officielle dans les mémoires de la société académique[8]. La localité type correspond aux montagnes du Népal, d'où a été expédiée une dépouille offerte au musée de la société par l'orientaliste et mathématicien Henry Thomas Colebrooke[8]. Le spécimen type consistait en une peau préparée d'un individu adulte dépourvue de boîte crânienne, mais dont la denture antérieure était restée intacte[8].
Dans sa diagnose originale, Horsfield forge l'épithète spécifique isabellinus en référence à la robe « couleur isabelle » du pelage de l'animal, qu'il caractérise par une teinte fauve ou brun roussâtre très pâle tirant sur le jaune sale, ponctuée de touffes blanchâtres sur le sommet de la tête[9],[7].
L'auteur distingue formellement ce taxon des autres ursidés d'Asie du Sud et du Sud-Est décrits à l'époque, tels que l'Ours du Tibet (Ursus thibetanus), l'Ours lippu (à l’époque nommé Ursus labiatus) et l'Hélarcte malais (à l’époque nommé Ursus malayanus), qui présentent tous une livrée d'un noir franc ornée d'un croissant clair sur le poitrail ainsi que de longues griffes recourbées adaptées au grimper[9]. À l'inverse, il souligne l'étroite affinité morphologique de son spécimen avec l'Ours brun d'Europe (à l’époque nommé Ursus arctos) en raison de ses griffes droites, courtes et obtuses, tout en l'estimant de stature légèrement inférieure à ce dernier[9],[7].
Phylogénie
modifierPhylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001[10], Hirata et al., 2013[11] et Lan et al., 2017[12]).
L'analyse de mitogénomique complète menée par Lan et al. (2017)[12] a révélé que l'Ours brun Isabelle forme un clade unique constituant le groupe frère basal de l'ensemble des autres ours bruns et de l'ours blanc. L'événement de divergence, daté d'environ 658 000 ans, coïncide avec une période glaciaire du Pléistocène moyen sur le haut plateau tibétain (glaciation de Nyanyaxungla), au cours de laquelle cette lignée ancestrale est demeurée isolée dans des refuges d'Asie centrale. Cette étude a également démontré que l'Ours de Gobi (U. a. gobiensis) se regroupe étroitement dans ce même clade basal et représente une population relique de cette lignée himalayenne :
| Ursus arctos |
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Description
modifierL'Ours brun Isabelle présente un dimorphisme sexuel marqué : la longueur des mâles est comprise entre 1,5 à 2,2 m, tandis que celle des femelles varie de 1,37 à 1,83 m[13].
Dans sa description originale, Thomas Horsfield précise que le pelage Isabelle, décrit comme d'une teinte fauve ou brun roussâtre très pâle tirant sur un jaune sale, possède des ondulations blanchâtres sur le dessus de la tête[9]. Les poils sont allongés et souples au niveau du cou et du dos, plus courts et couchés sur les flancs, tandis que les cuisses portent des poils plus rudes[8]. Les pattes sont pourvues de griffes courtes, presque droites et obtuses, en partie dissimulées à la base par des soies denses dirigées vers l'avant, qui le distinguent des griffes longues et recourbées des autres ours asiatiques[8],[9].
Écologie et comportement
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Distribution et habitat
modifierL'Ours brun Isabelle est réparti dans l'ensemble de l'Himalaya occidental, depuis les étages subalpins et alpins des parcs nationaux de Khunjerab, de Deosai, du Nanga Parbat, de Qurumbar, de la vallée de Broghil ainsi que d'autres parcs nationaux situés dans les régions du Gilgit-Baltistan et du district de Chitral au nord-est du Pakistan[14],[15],[16], jusqu'au Jammu-et-Cachemire, à l'Himachal Pradesh et à l'Uttarakhand dans le nord de l'Inde. Il est également présent dans l'Himalaya au centre du Népal[17],[18].
Actuellement, il reste incertain si cette population d'ours bruns himalayens maintient des corridors ou des échanges génétiques avec les populations de la cordillère du Karakoram et du plateau tibétain[17].
Écologie et comportement
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Ces ours entrent en hibernation aux alentours du mois d'octobre et en émergent en avril et mai. L'hivernation se déroule généralement dans une tanière ou une grotte aménagée par l'animal[19].
Alimentation
modifierL'Ours Isabelle est un animal omnivore qui se nourrit d'herbes, de racines et d'autres végétaux, ainsi que d'insectes et de petits mammifères ; il apprécie également les fruits et les baies. Il s'attaque occasionnellement à de grands mammifères, notamment aux moutons et aux chèvres domestiques. Les adultes s'alimentent principalement avant le lever du soleil puis en fin d'après-midi[19].
L'Ours Isabelle et l'Homme
modifierMenaces et conservation
modifierL'Ours brun Isabelle fait l'objet de braconnage pour sa fourrure, ses griffes destinées à un usage ornemental, ainsi que pour ses organes internes utilisés dans les médecines traditionnelles. Il est également abattu par les bergers afin de protéger leur bétail. Dans l'Himachal Pradesh, son habitat comprend les sanctuaires de faune sauvage de Kugti et de Tundah ainsi que la région tribale du district de Chamba. Le buransh (Rhododendron arboreum), arbre dont la fleur est l'emblème de l'Himachal Pradesh, constitue l'habitat privilégié de l'animal. En raison de sa grande valeur commerciale, l'abattage de cet arbre entraîne une dégradation continue de son milieu naturel[20].
Population
modifierL'Ours Isabelle est classé comme étant en danger critique d'extinction au Pakistan[21], la population du nord du pays était estimée en 2007 entre 150 et 200 individus, répartis sur une superficie d'environ 150 000 km2[22]. Le plateau de Deosai, dans l'Himalaya occidental, abrite aujourd'hui la population la plus importante et la plus stable de la région[14],[15]. Bien que l'habitat de l'ours brun soit globalement en déclin, la population du parc national de Deosai bénéficie de mesures de protection, notamment contre les pressions anthropiques, ce qui favorise sa croissance[14],[15]. L'espèce demeure néanmoins menacée par le surpâturage, l'agriculture, le braconnage, le commerce illicite de graisse et de peaux, la collecte de plantes à usage ethnobotanique, l'exploitation non durable des ressources naturelles ainsi qu'un tourisme mal encadré[21]. En 2021, le gouvernement pakistanais a classé deux nouvelles zones protégées au sein de son aire de répartition naturelle : le Parc national de l'Himalaya et le Parc national du Nanga Parbat[15]. Un recensement mené en 2022 par le gouvernement du Gilgit-Baltistan a estimé à 66 individus la population du parc national de Deosai et des vallées tampons adjacentes[23]. Des individus ont également été observés dans d'autres aires protégées, notamment dans les parcs nationaux de Khunjerab, de Qurumbar et de la vallée de Broghil[16].
Menaces liées aux déchets humains
modifierDans l'Himalaya indien, la consommation et la dépendance envers les déchets anthropiques constituent une menace grandissante, principalement alimentée par l'essor du tourisme et une gestion inadaptée des ordures ménagères[24].
Des études écologiques récentes indiquent que les déchets récupérés dans les décharges à ciel ouvert peuvent représenter jusqu'à 75 % du régime alimentaire de certains ours. Ce changement d'alimentation découle de la fragmentation de leur habitat alpin d'origine et de l'accès facilité à ces dépotoirs, créant une proximité dangereuse entre l'Homme et la faune, notamment en périphérie d'aires protégées comme le sanctuaire de Kugti. L'ingestion de déchets expose les individus à plusieurs risques sanitaires :
- un apport nutritionnel inférieur à celui de leur régime naturel ;
- l'ingestion de composés chimiques toxiques, tels que le bisphénol A (BPA), perturbant la reproduction, le système nerveux et augmentant le taux de mortalité ;
- des traumatismes physiques liés à l'ingestion de plastique (occlusions, ulcérations ou perforations du tube digestif pouvant provoquer la mort) ;
- l'exposition à des agents pathogènes et à des zoonoses proliférant sur les sites d'enfouissement[24].
Ces difficultés sont amplifiées par le relief montagneux et les conditions climatiques extrêmes, qui compliquent la mise en place d'infrastructures de tri et favorisent les dépôts sauvages ou l'incinération à l'air libre. Des initiatives portées par des collectifs locaux, comme Waste Warriors en Himachal Pradesh et dans l'Uttarakhand, s'attachent à déployer des infrastructures de collecte adaptées et à sensibiliser les populations locales et les pouvoirs publics[24].
Dans la culture
modifierAssociation avec le Yéti
modifierLe terme népalais Dzu-Teh a été associé à la légende du Yéti, l’abominable homme des neiges, créature avec laquelle l'Ours Isabelle a fréquemment été confondu. Lors de l'expédition de 1954 organisée par le Daily Mail, Tom Stobart affirme avoir rencontré un spécimen de « Dzu-Teh », un récit documenté par le journaliste Ralph Izzard dans son ouvrage The Abominable Snowman Adventure[25]. En 2017, une analyse génétique approfondie d'échantillons attribués au Yéti a démontré que l'ADN extrait provenait bel et bien d'un Ours Isabelle[12].
Dans la fiction
modifierUn Ours Isabelle apparaît dans le personnage de Baloo dans l'adaptation cinématographique en prise de vues réelles du Livre de la Jungle de 2016, bien que son compère, la panthère Bagheera, le qualifie dans les dialogues de Sloth bear (« Ours lippu ») dans la version originale du film[26].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Himalayan brown bear » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- 1 2 Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
- 1 2 Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- 1 2 CITES, consulté le .
- ↑ Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- 1 2 3 Horsfield 1827, p. 334
- 1 2 3 4 5 Horsfield 1827, p. 332
- 1 2 3 4 5 Horsfield 1827, p. 333
- ↑ Tamako Matsuhashi, Ryuichi Masuda, Tsutomu Mano, Koichi Murata et Awirmed Aiurzaniin, « Phylogenetic Relationships among Worldwide Populations of the Brown Bear Ursus arctos », Zoological Science, vol. 18, no 8, , p. 1137–1143 (DOI 10.2108/zsj.18.1137, lire en ligne)
- ↑ (en) Daisuke Hirata, Tsutomu Mano, Futoshi Abramov, Vladimir G. Baryshnikov, Gennady F. Baryshnikov, Steen G. Kosintsev, Olaf R. P. Bininda-Emonds et Ryuichi Masuda, « Molecular Phylogeography of the Brown Bear (Ursus arctos) in Northeastern Asia Based on Complete Mitochondrial DNA Sequences », Molecular Biology and Evolution, vol. 30, no 7, , p. 1644–1652 (DOI 10.1093/molbev/mst077)
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- ↑ (en) R. Izzard, The Abominable Snowman Adventure, Londres, Hodder and Stoughton,
- ↑ (en) « Top 10 Things You Didn't Know About Baloo and Bagheera », Celebrations, no 48, juillet–août 2016, p. 82 (lire en ligne [archive du ], consulté le )
Bibliographie
modifierVoir aussi
modifierArticles connexes
modifier- l’Ours brun est l’espèce de l’Ours Isabelle.
- la couleur Isabelle, est un brun pâle caractéristique de l’espèce, que l’on retrouve également sur la robe des chevaux.
- le Yéti est la créature humanoïde de l’Himalaya, longtemps confondue avec cette espèce.
Liens externes
modifier- (en) CITES : Ursus arctos isabellinus Horsfield, 1826 (+ répartition sur Species+) (consulté le )
- (fr) CITES : taxon Ursus arctos isabellinus (sur le site du ministère français de l'Écologie) (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Ursus arctos isabellinus Horsfield, 1826 (consulté le )
- (fr + en) EOL : Ursus arctos isabellinus Horsfield 1826 (consulté le )
- (fr + en) GBIF : Ursus arctos subsp. isabellinus Horsfield, 1826 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Ursus arctos isabellinus Horsfield, 1826 (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Ursus arctos isabellinus Horsfield, 1826 (consulté le )
- (en) NCBI : Ursus arctos isabellinus (taxons inclus) (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Ursus arctos isabellinus Horsfield, 1826 (consulté le )