Ursus arctos arctos
Ours brun d’Eurasie, Ours brun d’Europe, Ours brun d’Europe et de Sibérie occidentale
Répartition géographique
Ursus arctos arctos, l’Ours brun d’Eurasie, mais plus communément appelé Ours brun d’Europe ou encore Ours brun d’Europe et de Sibérie occidentale, est la sous-espèce type de l’Ours brun (Ursus arctos), un mammifère carnivore de la famille des Ursidés. Décrite pour la première fois par Carl von Linné en 1758, elle englobe aujourd'hui, au sein de la plupart des classifications de référence, de nombreuses anciennes sous-espèces et populations régionales.
De gabarit intermédiaire par rapport aux autres sous-espèces d'ours bruns, il présente d'importantes variations morphologiques, pondérales et de coloration selon les régions et les saisons : les individus méridionaux sont généralement plus modestes tandis que les populations nordiques et orientales atteignent des masses corporelles bien plus élevées. Principalement omnivore à forte dominante végétarienne, son régime alimentaire s'adapte aux disponibilités locales (baies, racines, insectes, charognes ou ongulés).
Autrefois répandu sur la quasi-totalité du continent eurasien, ses effectifs et son aire de répartition ont fortement régressé sous la pression anthropique et la fragmentation de ses habitats, entraînant sa disparition d'une grande partie de l'Europe occidentale. Ses populations les plus abondantes subsistent aujourd'hui en Russie, dans le nord de l'Europe (Baltoscandie) ainsi que dans la chaîne des Carpates et les Balkans, tandis que des noyaux relictuels ou réintroduits subsistent péniblement dans les massifs d'Europe du Sud et de l'Ouest (Pyrénées, Cordillère Cantabrique, Apennins). Classé globalement en « Préoccupation mineure » à l'échelle de l'espèce par l'UICN, l'ours brun d'Eurasie bénéficie de mesures de protection strictes en Europe en raison de la vulnérabilité critique de ses populations locales isolées.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Ursus arctos arctos (Linneaus, 1758) selon ITIS ()[1] et mis à jour par Ellerman & Morrison-Scott, 1951 selon Mammal Diversity Database ()[2] ;
- Synonymes :
- Ursus arctos Linneaus, 1758 (Protonyme)
- Ursus ursus Boddaert, 1772 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos albus J. F. Gmelin, 1788 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos fuscus J. F. Gmelin, 1788 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos niger J. F. Gmelin, 1788 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos griseus Kerr, 1792 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos rufus Borkhausen, 1797 [3] [4] [5] [6]
- Ursus badius von Schrank, 1798 [3] [4] [5] [6]
- Ursus fuscus Tiedemann, 1808 [3] [4] [5]
- Ursus alpinus G. Fischer von Waldheim, 1814 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos major S. Nilsson, 1820 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos minor S. Nilsson, 1820 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos annulatus (Billberg, 1827) [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos argenteus (Billberg, 1827) [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos brunneus (Billberg, 1827) [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos myrmephagus Billberg, 1827 [3] [4] [5] [6]
- Ursus pyrenaicus J. B. Fischer, 1829 [3] [4] [5] [6]
- Ursus formicarius Billberg, 1828 [3] [4] [5] [6]
- Ursus norvegicus J. B. Fischer, 1829 [3] [4] [5] [6]
- Ursus falciger Reichenbach, 1836 [3] [4] [5] [6]
- Ursus cadaverinus Eversmann, 1840 [3] [4] [5] [6]
- Ursus longirostris Eversmann, 1840 [3] [4] [5] [6]
- Ursus euryrhinus S. Nilsson, 1847 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos aureus Fitzinger, 1855 [3] [4] [5] [6]
- Myrmarctos eversmanni J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos grandis J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos normalis J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos polonicus J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos rossicus J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos scandinavicus J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos stenorostris J. E. Gray, 1864 [3] [4] [5] [6]
- Ursus arctos marsicanus Altobello, 1921 [3] [4] [5] [6]
- Ursus gobiensis Sokolov & Orlov, 1992 [3] [6]
- Nom normalisé anglais : Eurasian brown bear ;
- Nom vulgaire recommandé en français : Ours brun d’Eurasie[7] ;
- Nom vulgaire typique en français : Ours brun d’Europe [8],[9] ;
- Autres noms vulgaires :
- Ours brun commun
- Ours commun[10]
- Ours brun eurasien[11]
- Ours brun européen
- Ours d’Europe[11]
- Ours de l’Europe et de la Sibérie occidentale[12] ;
- Ours ordinaire (sp. arctos) [9]
- Ours brun des Alpes (sp. fuscus et sp. alpinus) [9]
- Ours des Pyrénées (sp. pyrenaicus) [9]
- Ours des Asturies (sp. pyrenaicus) [9]
- Ours brun de Pologne (sp. norvegicus) [9]
- Ours de Norvége (sp. norvegicus) [9]
- Ours noir d’Europe (sp. niger) [9]
- Ours blanc terrestre (sp. albus) [9]
- Grand Ours (sp. major) [9]
- Petit Ours (sp. minor) [9]
- Ours au long museau (sp. longirostris) [9]
- Ours formicate (sp. formicarius) [9]
- Ours des Fourmis (sp. formicarius)[10]
- Ours fourmilier (sp. formicarius)
- Ours méridional (sp. meridionnalis)[10]
Taxonomie
modifierCette sous-espèce est la sous-espèce type de l’Ours brun (Ursus arctos), décrite pour la première fois dans le taxonomie moderne par Carl von Linné dans la dixième édition de son Systema naturae en 1758[13]. Sa localité-type correspond aux « les forêts froides d’Europe » (sylvis Europæ frigidæ) été restreinte par Thomas (1911a) au « Nord de la Suède » (Northern Sweden)[14].
Au cours du temps, un grand nombre de spécimens seront décrits : des spécimens en fonction de leur forme ou de leur couleur, comme c’est le cas de l’Ours blanc terrestre et de l’Ours Noir par Gmlin en 1888, le Grand et le Petit Ours par Nilsson, mais surtout des spécimens en fonction de leur zone géographique avec l’Ours des Alpes ou l’Ours des Pyrénées. En 1865 John Edwards Gray organise les variétés de l’Ours d’Eurasie (alors considérée comme l’espèce Ursus arctos) de la manière suivante[15] :
- espèce Ours ordinaire (Ursus arctos) :
- Ours commun (Var. 1. normalis) :
- Ours de Scandinavie (Subvar. a. scandinavicus) (Suède)
- Ours de Norvège (Subvar. b. Ildgeesdjur (Norvège)
- Ours de Russie (Subvar. c. rossicus) (Russie)
- Ours de Sibérie (Subvar. d. sibiricus) (Sibérie)
- Ours du Caucase (Subvar. e. meridionalis) (Caucase)
- Ours de Pologne (Subvar. f. polonicus) (Pologne)
- Ours des Pyrénées (Subvar. g. pyrenaicus) (Pyrénées)
- Ours noir d’Europe (Subvar. h. niger) (Lieu inconnu en Europe)
- Grand Ours (Var. 2. grandis) (Nord de l'Europe)
- Ours de Sibérie (Var. 3. collaris) (Kamtchatka, région de l'Amour, Japon)
- Ours brun élancé de Pologne (Var. 4 ? stenorostris) (Pologne)
- Ours commun (Var. 1. normalis) :
Tout ces spécimens seront petit à petit supprimés, et au milieu du XXème siècle le nom Ursus arctos arctos ne sera défini qu’en 1951 avec pour synonymes les noms décrits précédemment [16].
Dans l’inconscient collectif, cette sous-espèce d’ours brun est considérée comme étant exclusive au continent européen, d’où le nom typique d’ « Ours brun d’Europe », mais des spécimens asiatiques décrits ont été rattachés à la suite à ce taxon, c’est le cas d’Ursus arctos aureus provenant de l’extrême-orient russe, ou encore l’Ours de Gobi décrit dans les années 90 [17]. Certains auteurs continuent de défendre la position de différentes populations d’ours bruns d’Eurasie, comme étant des sous-espèces distinctes, en particulier l’Ours brun Marcicain et l’Ours de Gobi, mais ces taxons restent des synonymes d’U. a. arctos dans la quasi-totalité des bases de données de références, à commencer par ITIS ()[1], c’était déjà le cas dans le Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[17]. Ces deux populations sont notamment « en danger critique » (CR) selon l’UICN[18].
Évolution
modifierLes plus anciens fossiles proviennent de Zhoukoudian, en Chine, et remontent à environ 500 000 ans[19]. Les analyses de l'ADNmt montrent que durant les glaciations du Pléistocène, les températures en Europe étaient trop rigoureuses pour l'ours brun, à l'exception de trois refuges : la Russie, l'Espagne et les Balkans[20]. Une étude plus récente a néanmoins révélé que l'ours brun était également présent en France et en Belgique lors du dernier maximum glaciaire, indiquant qu'il n'était pas strictement confiné aux zones refuges méridionales[21].
Les recherches actuelles ont permis de retracer l'origine de la sous-espèce[22]. L'espèce à laquelle elle appartient est apparue il y a plus de 500 000 ans, et l'ours brun d'Eurasie s'en est séparé il y a environ 850 000 ans, avec une branche établie en Europe de l'Ouest et une autre en Russie, en Europe de l'Est et en Asie[20]. Grâce aux analyses de l'ADN mitochondrial, les chercheurs ont mis en évidence une séparation de la population européenne en deux clades : l'un dans la péninsule Ibérique et les Balkans, l'autre en Russie[20],[23].
Une population présente en Scandinavie regroupe des individus issus des lignées occidentale et orientale[23]. L'analyse de l'ADNmt de la population méridionale montre que celle-ci provient vraisemblablement des Pyrénées, dans le Sud de la France et en Espagne, et de la cordillère Cantabrique, Espagne. Les ours issus de ces populations ont colonisé le sud de la Scandinavie après la dernière glaciation. Les populations septentrionales trouvent quant à elles leur origine dans la population finno-russe : leurs ancêtres ont probablement survécu à la glaciation dans les zones libres de glace à l'ouest des monts Oural, avant de se disperser en Europe du Nord[20]
Phylogénie et évolution
modifierLa phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) fondée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001[24], Calvignac et al., 2008[25], Hirata et al., 2013[26] et Lan et al., 2017[27]) révèle que les populations européennes d'Ours brun ne forment pas un ensemble génétique monolithique. Le taxon y est scindée en deux grandes lignées divergentes : d'une part, les populations d'Europe occidentale et méridionale (Péninsule Ibérique, Italie, Balkans méridionaux) rattachées au Clade 1 (ou Clade V) ; d'autre part, les populations d'Europe septentrionale et orientale qui s'intègrent au Clade 3a1. Ce dernier regroupe également les ours de Sibérie, de Sakhaline et d'Alaska occidental, témoignant d'une expansion postglaciaire commune à travers le nord de l'Eurasie et la Béringie. Cette division profonde au sein de l'Europe explique la complexité de l'attribution sous-spécifique de la forme nominale Ursus arctos arctos, traditionnellement utilisée pour décrire l'ensemble des ours du continent européen malgré cette hétérogénéité matrilinéaire marquée :
| Ursus arctos |
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Description
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L’ours brun d’Eurasie est un ours avec des dimensions modestes, mais dont on observe une grande variabilité selon le sexe, l’âge, la saison, la disponibilité de la nourriture etc… Chez les populations d’Europe méridionales, les individus mesure 0,90 à 1,20 mètre au garrot et font 1,70 à 2 mètres debout, le poids de forme d’un mâle est de 80 et 230 kg, et celui de la femelle 70 à 170 kg [28]. Ceux d’Europe du Nord sont sensiblement plus grands Le plus gros spécimen trouvé était un mâle de 2 m43 de long pour un poids 480 kg dans le District fédéral de l'Oural, en Russie[29]. Il peut y avoir une corrélation entre la faible consommation de viandes et une taille plus réduite chez des population d’ours dont les végétaux constituent une part importante de leur régime alimentaire, comme en Turquie[30].
L’ours a un une fourrure dont la couleur principale est le brun, mais celui possède de nombreuses nuances qui là encore dépendant de nombreux facteurs individuels et saisonniers[28]. Le pelage d’Hiver peut être d’un brun très clair proche du beige, celui d’été peut en revanche être plus foncé proche du noir. Certaines populations présentent des particularités remarquables, environ 20 % des individus observés dans la population Turque présentent des taches blanches ou crème bien visibles au niveau du cou ou des épaules[30]. Des cas d'albinisme ont également été observés[31].
Le crâne de l'ours brun d'Eurasie se caractérise par une forme allongée, compacte et relativement étroite sur sa face dorsale[32] . L'orbite oculaire est incomplète, l'arcade osseuse ne se refermant pas totalement sur les côtés[32]. Contrairement à de nombreux autres carnivores, ses os du nez ne sont pas directement articulés avec le maxillaire sur les flancs, et sa crête sagittale externe demeure courte et peu proéminente[32]. La mandibule présente quant à elle une apophyse coronoïde très développée, offrant une large surface d'insertion pour des muscles masticateurs puissants adaptés au broyage végétal[32]. L'articulation de la mâchoire s'insère dans une cavité glénoïde profonde délimitée vers l'arrière par un robuste processus rétroarticulaire, ce qui assure une forte stabilité mécanique lors de la mastication d'aliments les plus coriaces[32]. La zone auditive présente une bulle tympanique réduite et nettement aplatie[32].
Répartition
modifierL'ours brun était autrefois présent sur la majeure partie de l'Eurasie, contrastant avec son aire de répartition actuelle plus restreinte. Ses habitats comprenaient les prairies, les landes à végétation clairsemée et les zones humides. Mais il a disparu d’u. Certain nombre de pays d’Europe de l’Ouest.
À l'échelle mondiale, la population la plus importante se trouve à l'est de l'Oural, au cœur des vastes forêts de Sibérie ; des effectifs plus réduits subsistent également dans certaines régions d'Asie centrale.
En Europe
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En Europe, la plus grande population réside en Russie, où les effectifs ont augmenté après avoir atteint un seuil historiquement bas dû à une chasse intensive. Les effectifs en Baltoscandie progressent également, bien que lentement. On compte près de 3 000 ours en Suède, 2 000 en Finlande, 1 400 en Estonie[33] et une centaine en Norvège.
D'importantes populations subsistent aussi en Roumanie avec environ 13 000 individus, en Slovaquie avec environ 2 500 individus, en Bosnie-Herzégovine, en Croatie avec 1 200 individus, en Slovénie avec 1 100 individus[34], en Macédoine du Nord, en Bulgarie, en Pologne, en Turquie avec environ 4 000 individus[35] et en Géorgie.
Des populations réduites mais notables vivent en Grèce avec environ 870 individus[36], en Albanie, en Serbie et au Monténégro[37]. En 2005, la population en Ukraine était estimée à 200 individus, répartis au sein de deux métapopulations distinctes : celle des Carpates avec plus de 5 000 individus, ainsi que celle des monts Dinariques et du Pinde avec environ 3 000 individus[38].
Une population restreinte mais en croissance avec au moins 70 individus[39] est établie dans les Pyrénées, à la frontière franco-espagnole, après avoir frôlé l'extinction[40]. Deux sous-populations sont également recensées dans la Cordillère Cantabrique en Espagne avec environ 250 individus[41]. En Italie, l’Ours brun Marsicain compte une centaine de ses représentants dans les Abruzzes, le Haut-Adige et le Trentin[42]. Des individus franchissent ponctuellement la frontière vers la Suisse[43],[44],[45], pays qui ne compte plus de population indigène depuis l'abattage du dernier spécimen dans les Grisons en 1904[46].
Écologie et comportement
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Alimentation
modifierUne étude à montré qu’à l'échelle européenne, l'Ours brun exploite une gamme d’aliments de 276 espèces différentes, composées à 76,8 % de végétaux et à 23,2 % d'animaux[47]. Parmi les végétaux consommés y figurent des herbes, des racines et tubercules, ainsi que des fruits charnus ou secs, et parmi les animaux figurent les insectes et arthropodes, les reptiles, amphibiens et poissons, des mammifères, allants des rongeurs et petits insectivores aux grands ongulés[28].
La composition de son régime présente toutefois une grande variabilité spatiale et écologique selon les sous-populations et les opportunités[28] : les vertébrés fournissent par exemple 51 % de l'apport énergétique des ours scandinaves contre 4 % dans les Balkans orientaux[47]. Les climats plus froids et les zones à faible couverture de forêts de feuillus favorisent un régime plus diversifié et une consommation accrue de vertébrés, tandis que les forêts de feuillus augmentent la part des fruits et graines[47]. L'utilisation des ressources d'origine anthropique varie également de manière drastique, ne représentant que 2 % de l'énergie absorbée en Carélie contre 93 % dans les Balkans orientaux[47].
Dans l'Antiquité, l'Ours brun d'Eurasie était principalement carnivore, la matière animale représentant 80 % de son régime alimentaire. Cependant, avec la réduction progressive de son habitat, la proportion de viande dans son alimentation a décliné pour ne plus représenter que 40 % à la fin du Moyen Âge. Aujourd'hui, la viande ne constitue guère plus de 10 à 15 % de son régime[48]. Une étude sur une population d’ours en Estonie a montré que les ongulés représentent 8,7 % du régime alimentaire moyen du plantigrade, avec une part plus importante en Europe avec un ratio de 10,5 %, contre 6,8 % pour les populations asiatiques[49]. Ce taux peut augmenter jusqu’à 15,4% au printemps. Ils privilégient les grands ongulés de plus de 60 kg comme les élans ou les bisons, les plus petits comme les sangliers ou les chevreuils sont le plus souvent évités[49]. La Turquie contient l’une l'une des populations d'Ours bruns les plus herbivores documentées au monde, avec une alimentation constituée à 87,5 % de végétaux, les protéines animales ne constituent que 12,5 % de son régime, en raison de la rareté des proies et de la surveillance étroite des troupeaux par les chiens de protection[30].
Reproduction et cycle de vie
modifierLa période de rut à lieu au Printemps, de fin avril à mi-juin. La femelle à une diapause embryonnaire qui retarde la gestation de plusieurs mois, jusqu’au milieu de l’hiver, au beau milieu de son hibernation dans un endroit sûr, où elle met bas de 1 à 3 oursons ne dépassant pas les 400 g. Les accidents, la malnutrition et la prédation déciment la moitié de la portée au cours de la première année[28]. La Turquie enregistre une moyenne relativement bas de 1,67 ourson par portée, ce qui se situe parmi les taux de reproduction les plus bas au monde pour l'espèce, s’expliquant par un apport carné trop faible et une population trop grandes d’ours sur une toute petite zone géographique[30]. Leur espérance de vie à l'état sauvage est de 20 à 30 ans[50].
L’Ours brun d’Eurasie et l’Homme
modifierBien qu'il soit classé en « Préoccupation mineure » sur la Liste rouge de l'UICN de 2006 (qui évalue l'espèce à l'échelle mondiale et non la sous-espèce eurasienne en particulier), les populations locales, notamment dans l'Union européenne, se raréfient[51]. Comme le souligne l'UICN : « La catégorie préoccupation mineure ne signifie pas nécessairement que les espèces ne sont pas menacées. Certaines espèces en déclin sont évaluées en préoccupation mineure. »
Liste des populations
modifier| Région | Population | Description | Statut UICN |
|---|---|---|---|
| Europe | Alpine | Italie, Suisse, Autriche, Slovénie. Effectif : 45-50 individus (25-28 adultes). Tendance : stable à légère augmentation. Connectivité mâle minimale avec la population Dinarique-Pinde. | |
| Europe | Ours brun marsicain (Apennin central) | Italie. Effectif : 37-52 individus (20-29 adultes). Tendance : stable. Complètement isolée. | |
| Europe | Balkans orientaux | Bulgarie, Grèce, Serbie. Effectif : 610 individus (336 adultes). Tendance : stable. Complètement isolée. | |
| Europe | Baltique | Estonie, Lettonie. Effectif : 710 individus (390 adultes). Tendance : en augmentation. Connectée à la population principale de la fédération de Russie. | |
| Europe | Ours brun des Asturies (Cantabrique, Espagne) | Espagne. Effectif : 195-210 individus (107-116 adultes). Tendance : stable à en augmentation. Complètement isolée. | |
| Europe | Carpates | Roumanie, Serbie, Pologne, Slovaquie, Ukraine. Effectif : 8 100 individus (4 455 adultes). Tendance : stable. Connectivité mâle minimale possible. | |
| Europe | Dinarique-Pinde | Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Macédoine du Nord, Monténégro, Albanie, Kosovo, Grèce. Effectif : 3 000 individus (1 650 adultes). Tendance : stable à en déclin. Connectivité mâle minimale avec la population alpine. | |
| Europe | Finno-Carélienne | Finlande, Norvège. Effectif : 2 000 individus. Tendance : stable. Connectée aux populations de Russie et de la Baltique. | |
| Europe | Pyrénéenne | France, Espagne, Andorre. Effectif : 25 individus (14 adultes). Tendance : stable grâce au renforcement d'individus issus de la population Dinarique-Pinde. Complètement isolée. | |
| Europe | Scandinave | Suède, Norvège. Effectif : 3 400 individus (1 870 adultes). Tendance : en augmentation. Connectivité mâle avec la population Finno-Carélienne. | |
| Turquie (nord-ouest) | Monts Küre - Mer Noire occidentale | Turquie. Effectif : 750-800 individus (413-440 adultes). Tendance : inconnue. Connectivité mâle possible avec l'Anatolie occidentale. | |
| Turquie (ouest) | Anatolie occidentale | Turquie. Effectif : 300-400 individus (165-220 adultes). Tendance : inconnue. Isolement génétique marqué (< 1 femelle/génération). | |
| Asie centrale | Gobi | Mongolie. Effectif : 20-40 individus (11-22 adultes). Tendance : stable. Complètement isolée. |
Historique
modifierLes ours bruns d'Eurasie étaient utilisés dans la Rome antique pour les combats d'arène. Les spécimens les plus vigoureux provenaient apparemment de Calédonie et de Dalmatie[48].
L'ours brun a disparu de longue date de Grande-Bretagne il y a au moins 1 500 ans, voire 3 000 ans[52],[53], du Danemark il y a environ 6 500 ans[54], des Pays-Bas il y a un millénaire environ, bien que quelques individus erratiques venus d'Allemagne aient été observés à des périodes ultérieures[55], de Belgique et du Luxembourg. Des disparitions plus récentes sont survenues en Allemagne en 1835, bien que des individus isolés venus d'Italie y aient été aperçus en 2006 et 2019[56],[57], en Suisse en 1904, malgré une observation en 1923 et une hausse des incursions depuis l'Italie dès 2005[58],[59], et au Portugal en 1843, avec un spécimen venu d'Espagne observé en 2019[60].
Relations hommes-ours
modifierÀ cause de la présence humaine, la population d’ours est devenue marginale, l’espèce est contraint de toujours plus se retirer dans les zones où les infrastructures humaines sont limitées, comme les forêts ou les montagnes. Contrairement à l'Amérique du Nord, où les ours tuent en moyenne deux personnes par an, la Scandinavie n'a recensé que trois attaques mortelles au cours du siècle dernier[61]. Dans un cas inverse la présence d’une énorme population de plantigrades, est susceptible de créer un certain nombre de conflits : Au cours de la fin de l'année 2019, trois personnes ont été tuée par un ours en Roumanie en l'espace d'un peu plus d'un mois[62].
Représentations culturelles
modifierLa répartition historique de l'espèce et l'empreinte qu'elle a laissée dans les cultures humaines se reflètent dans les toponymes de plusieurs localités (par exemple Berne, le mont Medvednica, Otepää ou l'Ayou-Dag), ainsi que dans des prénoms et patronymes tels que Xiong, Bernard, Arthur, Ursula, Urs, Ursicin, Orsolya, Björn, Nedvěd, Medvedev et Otso.
L'ours brun apparaît fréquemment dans les contes et fables d'Europe, en particulier dans les récits recueillis par les frères Grimm. Autrefois très répandu en Allemagne et dans les régions alpines (Italie du Nord, est de la France, majeure partie de la Suisse), il figure dans des contes issus de divers dialectes germaniques.
L'ours est traditionnellement considéré comme le symbole de la puissance militaire et politique russe. Il est l'animal national de la Finlande[63], et figure en Croatie sur le revers de la pièce de 5 kunas, frappée de 1993 à 2023[64].
D'après Saxo Grammaticus, l'armée suédoise aurait employé des ours apprivoisés au combat pour écraser les Danois lors de la bataille de Brávellir.
Notes et références
modifierNotes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Eurasian brown bear » (voir la liste des auteurs).
Références
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- ↑ « Ours brun », sur Encyclopédie Larousse en ligne, Éditions Larousse (consulté le )
- ↑ Linneaus 1758, p. 47
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Bibliographie
modifierDescription originale
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Voir aussi
modifierArticle connexe
modifierLiens externes
modifier- (en) Catalogue of Life : Ursus arctos arctos Linnaeus, 1758 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Ursus arctos arctos Linnaeus, 1758 (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Ursus arctos arctos (consulté le )
- (en) NCBI : Ursus arctos arctos (taxons inclus) (consulté le )