Ours brun marsicain

population d’Ours bruns

L’Ours brun marsicain est une population relique et isolée d'ours brun d'Eurasie (Ursus arctos arctos), une sous-espèce de mammifères de l'ordre des carnivores et de la famille des ursidés. Endémique des Apennins centraux en Italie, il a été décrit en 1921 par le naturaliste Giuseppe Altobello comme un taxon distinct, bien que la plupart des classifications le considèrent aujourd'hui comme un synonyme junior de la sous-espèce eurasiatique nominale.

Ours brun marsicain
Description de cette image, également commentée ci-après
Giacomina, une femelle Ourse brune Marsicaine, vivant dans le parc national des Abruzzes, Latium et Molise, en Italie.
0.140–0 Ma
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Ursidae
Genre Ursus
Espèce Ursus arctos
Sous-espèce Ursus arctos arctos

Sous-espèce

Ursus arctos marsicanus Altobello (d), 1921 obsolète

Statut de conservation UICN

( CR)( CR)
CR :
En danger critique

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 28/06/1979
Annexe A dans l'UE

Parfaitement adapté aux milieux forestiers et montagneux méditerranéens, il présente une morphologie plus modeste que les ours bruns d'Europe du Nord et de l'Est, un régime alimentaire omnivore à dominante végétale ainsi qu'un comportement nettement moins agressif envers l'humain. Isolé génétiquement depuis plusieurs millénaires, il montre un fort taux d'homozygotie mais conserve des adaptations fonctionnelles et immunitaires locales remarquables.

Son aire de répartition actuelle se concentre presque exclusivement dans les Abruzzes, notamment au sein du parc national des Abruzzes, Latium et Molise, du parc national de la Majella et de leurs réserves contiguës. Malgré une protection légale intégrale depuis 1939 et des efforts continus de conservation (PATOM, projets LIFE), ses effectifs demeurent extrêmement réduits — estimés entre 50 et 80 individus —, freinés par une forte saturation du noyau historique, la faible dispersion des femelles et une mortalité d'origine anthropique persistante (braconnage, empoisonnements et collisions routières ou ferroviaires). L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe ainsi cette sous-population comme « en danger critique d'extinction » (CR).

Taxonomie

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Un ours brun Marsicain naturalisé au Couvent de Santa Chiara.

L’Ours brun a toujours été présent en Italie. Mais cette population a été formellement identifiée comme un taxon distinct (Ursus arctos marsicanus) par le médecin, naturaliste, écrivain et poète italien Giuseppe Altobello en 1921[1], dans un contexte d'études approfondies de la faune des Abruzzes et du Molise.

Pour établir sa description et étayer l'ancienneté ainsi que l'isolement de ce plantigrade dans l'Apennin central, Altobello s'appuie sur l'examen ostéologique de plusieurs spécimens, relevant notamment des particularités et anomalies dentaires sur des crânes de sa collection personnelle, ainsi que sur des données biométriques à partir de peaux et animaux naturalisés conservés localement[1]. Il croise également ces observations biologiques avec des indices toponymiques et des archives historiques, notamment une charte de 1541 attestant des droits de chasse féodaux, réfutant au passage la légende populaire selon laquelle cette population descendrait d'ours offerts par le tsar de Russie aux Bourbons[1]. Enfin, il décrit son régime alimentaire essentiellement végétarien et opportuniste, son tempérament particulièrement craintif face à l'Homme et plaide pour la préservation de son habitat forestier, en soutenant le projet de parc national de la fédération « Pro Montibus »[1].

S’il y a des débats quant à savoir sur l’Ours brun Marsicain est bien un taxon distinct de celle du reste des populations européennes d’Ursus arctos arctos, le consensus général tend plutôt à montrer le contraire : en effet, le nom Ursus arctos marsicanus a toujours été considéré comme un synonyme junior de Ursus arctos arctos dans la plupart des documents et bases de données taxonomiques générales, que ce soit dans la Checklist of Palaearctic and Indian mammals en 1951[2], ou encore la troisième édition de Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[3] ou bien ITIS ()[4].

Phylogénie et évolution

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L'Ours brun Marsicain (Ursus arctos marsicanus), endémique des Apennins et principalement cantonné au parc national des Abruzzes en Italie centrale, s'inscrit au sein de la grande lignée mitochondriale d'Europe occidentale, désignée sous le nom de Clade 1 (ou Clade V)[5][6].

Les analyses phylogéographiques des populations européennes d'ours bruns révèlent une structuration continentale binaire façonnée par les glaciations du Pléistocène[7]. D'un côté, une lignée orientale (Clade 3a1) s'étend sur la majeure partie du nord et de l'est de l'Eurasie ; de l'autre, la lignée occidentale (Clade 1) se divise en deux groupes géographiques majeurs. Le premier regroupe les populations ibériques, pyrénéennes et du sud de la Scandinavie (sous-clade ibérique ou 1a), tandis que le second rassemble les ours de la péninsule italienne et des Balkans (sous-clade balkanique et italien ou 1b), incluant les populations des Alpes du Sud, des Apennins, des Alpes dinariques, du Grand Balkan et des massifs du Rila et des Rhodopes[7][6].

Au cours des avancées glaciaires, l'inlandsis et les calottes alpines ont formé des barrières infranchissables, isolant le refuge balkanico-italien des populations ibériques et ouest-européennes[7]. Lors de l'amélioration climatique de l'Holocène, la recolonisation post-glaciaire puis la fragmentation accrue des habitats par les activités humaines ont confiné la population des Apennins dans les massifs montagneux des Abruzzes[8]. Bien que cet isolement prolongé ait favorisé une divergence morphologique et comportementale notable ainsi qu'une faible diversité génétique, l'ours marsicain conserve une proximité mitochondriale directe avec les populations des Balkans au sein du sous-clade 1b[7][6].

Ursus arctos
Clade VI / Lignée d'Afrique du Nord

U. a. crowtheri (Ours de l'Atlas (grottes de Takouatz & El-Ksiba))


Lignée himalayenne & d'Asie centrale basale

U. a. isabellinus (Ours brun Isabelle)



U. a. gobiensis (Ours de Gobi)




Lignée occidentale
Clade 1 (Europe occidentale & méridionale)

U. a. pyrenaicus (Ours brun des Asturies)



U. a. marsicanus (Ours brun Marsicain)



U. a. crowtheri (Ours de l'Atlas (population nord-africaine récente d'Akouker)



Clade 2 (Océanique & côtier nord-américain)
Clade 2a

U. a. sitkensis (Ours brun de Sitka)


Clade 2b

Ursus maritimus (Ours blanc — intra-clade mitochondrial)




Lignée orientale
Clade 5 (Plateau tibétain)

U. a. pruinosus (Ours bleu du Tibet)



Clade 4 (Amérique du Nord continentale & Sud d'Hokkaidō)

U. a. horribilis (Grizzli)



U. a. californicus (Grizzly de Californie)



U. a. nelsoni (Grizzly du Mexique)



U. a. dalli (Ours brun de l'île Dall)



U. a. stikeenensis (Ours brun de la Stikine)



U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée du sud d'Hokkaidō))



Clade 3 (Nord de l'Eurasie, Béringie & Est/Centre d'Hokkaidō)
Clade 3a (Eurasie, Béringie, Proche-Orient & Centre d'Hokkaidō)
Clade 3a1

U. a. arctos (Ours brun d'Eurasie (populations du Nord/Est))



U. a. collaris (Ours brun de Sibérie orientale)



U. a. alascensis (Ours brun d'Alaska)



U. a. middendorffi (Ours kodiak)



U. a. gyas (Ours brun de la péninsule)



U. a. syriacus (Ours brun de Syrie)



Clade 3a2

U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée du centre d'Hokkaidō))



Clade 3b (Extrême-Orient, Kouriles & Est d'Hokkaidō)

U. a. beringianus (Ours brun du Kamtchatka)



U. a. lasiotus (Ours brun de l'Oussouri (Souche continentale & des îles Kouriles)



U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée de l'est d'Hokkaidō))








Description

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Ours brun Marsican, dans les Apennins Tosco-Emiliano. Réserve naturelle de l'État d'Orecchiella.

L'ours brun Marsicain présente un pelage et une couche de graisse bien inférieure à celles des populations plus septentrionale d’ours brun que l’on retrouve dans les Alpes slovènes par exemple[9]. Cela lui a permis de s'adapter à la vie dans des zones bénéficiant, à certaines périodes de l'année, d'un climat beaucoup plus tempéré et doux. Le poids varie considérablement au fil des saisons et selon le sexe. En effet, les mâles sont généralement beaucoup plus grands que les femelles et peuvent atteindre en automne un poids supérieur à 230 kg. Les femelles, en revanche, dépassent rarement 140 kg[9]. L'étude d'une grande peau tannée issue d'un vieux mâle abattu en 1912 dans la Valle di Canneto atteste d'une longueur totale de 1,90 m pour une envergure de 2,03 m entre les extrémités des pattes antérieures[1].

Sur le plan de l'anatomie crânienne et dentaire, Altobello met en évidence des particularités et anomalies notables chez les spécimens de sa collection[1]. Une femelle adulte présente ainsi cinq incisives au maxillaire supérieur, trois à droite et deux à gauche, tandis que ses secondes incisives inférieures se situent nettement en retrait du bord alvéolaire, particulièrement du côté gauche[1]. Chez un jeune individu pourvu des six incisives habituelles, Altobello relève la présence de deux surdents à la base des incisives externes de la mâchoire supérieure, ainsi que quatre surdents à la mâchoire inférieure réparties au niveau des secondes incisives et des canines[1].

Écologie et comportement

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Distribution et habitat

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Le parc national des Abruzzes, Latium et Molise présente une grande diversité de milieux : rivières, forêts et montagnes.

L'ours brun Marsicain évolue au sein d'une mosaïque de paysages montagnards des Apennins centraux, alternant forêts denses, vallées encaissées, cours d'eau et zones pastorales ou habitées[10],[11],[12]. Totalement coupée de la population alpine d'ours bruns eurasiens, cette sous-espèce forme un noyau relictuel principalement concentré dans la région des Abruzzes[13],[10]. Le cœur de sa présence stable et reproductrice s'articule aujourd'hui autour du parc national des Abruzzes, Latium et Molise et de sa zone périphérique[11], complété par le parc national de la Majella, où sa reproduction est formellement constatée depuis 2018 et suspectée dès 2014[14], ainsi que par la réserve naturelle régionale Monte Genzana et Alto Gizio.

Bien que la chaîne des Apennins offre de nombreux biotopes favorables à une recolonisation[10], la population demeure dans une situation critique. Ses effectifs, évalués à une centaine d'individus dans les années 1980[15] puis à environ 43 ours au début du XXIe siècle[16], se maintiennent autour d'une cinquantaine d'individus pour seulement 10 à 12 femelles reproductrices recensées[11]. Ce faible nombre place l'animal sous le seuil de viabilité écologique à long terme[17].

Évolution historique et dispersion territoriale

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Si la présence de l'ours brun est attestée dès le Pléistocène supérieur du nord du Latium jusqu'au Gargano, les caractéristiques propres à la population marsicaine se manifestent à l'Holocène. Son aire couvrait alors un territoire plus vaste, descendant notamment dans les massifs méridionaux des Mainarde et du Matese jusqu'au début de l'époque moderne[18],[19], avant de subir une rétraction marquée au cours des siècles récents[15].

En marge de ce groupement, des individus erratiques, majoritairement des jeunes mâles, effectuent des déplacements réguliers. Dans les Abruzzes, ils traversent les massifs du Sirente-Velino et du Gran Sasso, où les véhicules représentent un danger : en 2013, un ours a été mortellement percuté sur l'autoroute A24 près de L'Aquila[20],[21]. Le secteur du Gran Sasso a également fait l'objet d'observations marquantes en 2020, avec le passage d'un jeune mâle en mai, favorisé par la baisse d'activité humaine durant les confinements liés à la pandémie de Covid-19[22], puis l'observation en août d'un ours défendant la carcasse d'un cheval face à des loups et des vautours fauves[23].

Vers l'ouest, les monts Ernici et les monts Simbruins forment des corridors écologiques habituels entre le Latium et les Abruzzes, tandis qu'un cas isolé de dispersion lointaine a été relevé en 1998 dans les monts Lucrétili[24]. Enfin, des signalements plus ponctuels jalonnent le haut Molise, les monts du Reatino et les monts Sibyllins, aux limites des Marches et de l'Ombrie[25].

Activité

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Un ours dans le parc national de la Majella.

Le comportement de l'ours brun Marsicain est comparable si ce n’est identique de celui des autres populations l'ours brun en Europe. Ces ours sont principalement nocturnes, sauf lorsqu'ils sont accompagnés de leurs oursons ou en période d'accouplement, moments où ils font preuve d'une grande plasticité comportementale[26]. D'un tempérament solitaire, l'ours marsicain s'adapte à divers habitats et peut prospérer tant qu'il ne subit pas de dérangements anthropiques excessifs et dispose de ressources alimentaires suffisantes à proximité[27].

Dans les Abruzzes, ils montent souvent en'altitude durant l’été, avant de redescendre vers les vallées plus tempérées dès que les températures se rafraîchissent. À l'approche de l'hiver, ils se mettent en quête d'une tanière pour se préparer la mauvaise saison[27].

Une fois à l’abri, leur métabolisme ralentit, réduisant leurs besoins alimentaires pour s'adapter au froid. Les ours y dorment durant une grande partie de l'hiver, sans toutefois entrer dans une véritable hibernation au sens strict, contrairement à d'autres mammifères, mais d'une hivernation. Ils conservent un certain état de vigilance face aux variations extérieures tout au long de l'hiver et peuvent s'aventurer dehors lors des journées ensoleillées. La masse de graisse accumulée durant l'année joue alors un rôle vital, servant de réserve d'énergie métabolique et d'isolant thermique[10].

Alimentation

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Ours brun Marsicain cherchant sa nourriture dans les fourrés.

Au cours de leur croissance, les ours adoptent un régime alimentaire essentiellement végétarien composé d'herbes, de fruits et de baies. En tant qu'omnivores opportunistes, ce comportement alimentaire est récurrent au sein de cette population[28].

La nourriture préférée de cet ours est la baie de nerprun, dont il se régale à la fin de l'été sur les hauteurs du parc des Abruzzes, où subsiste l'essentiel de la population[28]. Son régime alimentaire comprend également de la viande provenant de charognes ou de petites proies qu'il chasse occasionnellement, raison pour laquelle il n'est pas considéré comme un prédateur dangereux pour son environnement[28].

La croyance populaire dépeignant l'ours comme un tueur impitoyable de bétail, de chiens de garde et de bergers s'avère fondamentalement erronée et liée à des faits sporadiques, ces animaux préférant fuir la présence humaine. Toutefois, il est vrai que l'ours s'en prend parfois aux animaux d'élevage, en particulier les petits ongulés comme les moutons, chèvres et les veaux ou encore les volailles comme les poules ou les dindons, peuvent parfois être victimes de ses attaques[28],[29],[30]. Il s'agit toutefois d'incidents survenant principalement au printemps, qui ont néanmoins alimenté les persécutions dont cet animal a été victime au fil des siècles. Les ours sont encore sporadiquement tués par empoisonnement ou piégés par des braconniers[31]. Pour la période 1971-2016, l'une des principales causes de mortalité reste l'abattage par arme à feu[29],[30].

Reproduction

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La saison du rut a généralement lieu entre mai et juillet, ce qui conduit aux mises bas au début de l'hiver[26]. Vers le mois de février, les femelles donnent naissance à une portée de un à trois petits pesant moins de 500 g à la naissance, dont la taille dépend fortement de la corpulence maternelle[32].

Les oursons marsicains grandissent très rapidement grâce au lait maternel particulièrement riche en graisses, ce qui leur permet d'explorer leur environnement et d'acquérir leur indépendance après seulement quelques mois. En moyenne, les petits restent avec leur mère un peu plus d'un an. En grandissant, les femelles atteignent leur maturité sexuelle vers l'âge de trois ans, permettant une première reproduction précoce dans la vie de l'ourse[32].

Placés au sommet de la chaîne alimentaire et dépourvus de prédateurs naturels, ces animaux présentent un taux de reproduction particulièrement bas. La femelle met généralement bas deux oursons, parfois un seul, assez rarement trois et tout à fait exceptionnellement quatre[33], au terme d'une gestation d'environ six mois.

Les données recueillies par le parc national des Abruzzes entre 2005 et 2020 concernant la productivité des femelles d'ours marsicain s'avèrent toutefois encourageantes : au moins quatre femelles se reproduisent en moyenne chaque année, donnant naissance à une moyenne de huit oursons par an, et 70 % d'entre elles mettent bas deux à trois petits[34]. Entre 2016 et 2019, une moyenne de six femelles reproductrices a été observée, avec un record de neuf femelles suitées en 2019. Ces observations indiquent la présence d'une solide réserve de femelles reproductrices au sein de la population[34].

Les ours marsicains entrent rarement en contact avec l'autre grand carnivore des Apennins, le loup d’Italie (Canis lupus italicus) ; les deux espèces s'évitent et, en cas de rencontre, s'ignorent généralement. Les ours peuvent néanmoins s'approprier les proies des loups, tandis que ces derniers représentent une menace pour les oursons. L'espérance de vie de ces ours à l'état sauvage dépasse aisément 20 ans[35].

Population et démographie

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Le naturaliste Franco Tassi nourrissant un ourson.

Évolution des effectifs et dynamique de reproduction

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Longtemps estimée à une soixantaine d'individus à la fin des années 1960 lors de la prise de fonction de Franco Tassi à la tête du parc national des Abruzzes, la population est évaluée entre 55 et 85 ours en 2015[36]. Le suivi génétique approfondi mené en 2021 hors du parc historique et de sa zone contiguë dénombre au moins 54 individus identifiés, soit 33 mâles et 21 femelles[37]. Si la taille globale de la population ne montre pas de progression spectaculaire, la productivité présente des pics notables : l'année 2019 enregistre un record avec une vingtaine d'oursons nés dans les Apennins (dont 16 dans le parc national), favorisé par une abondante faînée de hêtres à l'automne 2018 ayant permis aux femelles d'accumuler les réserves énergétiques nécessaires à la gestation[36],[38]. La dynamique se poursuit avec 14 oursons nés pour 7 portées en 2024 (dont au moins 7 jeunes survivants à l'âge d'un an, conformément au taux de mortalité juvénile naturel d'environ 50 %) et 16 naissances réparties sur 7 portées identifiées en 2025[39].

Sur le temps long, le bilan dressé par le parc national et l'université de Rome « La Sapienza » met en évidence une amélioration des paramètres démographiques internes : entre les décennies 2005-2014 et 2015-2024, le nombre de naissances enregistrées dans le parc est passé de 68 à 104 (+53 %), tandis que la mortalité constatée a reculé de 26 à 23 cas (-12 %), portant la moyenne annuelle des groupes familiaux observés de 3,4 à 5,1[40].

Répartition de la population selon les rapports de suivi de 2015 et 2019[36] :
ZoneEffectif en 2015Effectif en 2019Reproduction constatée
Parc national des Abruzzes, Latium et Molise et zone périphérique 45 à 69 (environ 50) minimum 37 oui
Parc national de la Majella 5 à 9 minimum 15 oui
Réserve naturelle régionale guidée Monte Genzana et Alto Gizio 2 minimum 12 oui
Parc naturel régional de Sirente-Velino 3 à 5 occasionnel non
Parc national du Gran Sasso et Monts de la Laga occasionnel occasionnel non
Réserve naturelle des gorges du Sagittaire minimum 1 non
Réserve naturelle de Zompo lo Schioppo occasionnel non

Cependant, le cœur historique du parc national des Abruzzes présente une densité proche de 40 ours pour 1 000 km2, un niveau de saturation locale qui allonge l'intervalle entre les portées d'une même femelle jusqu'à six ans[41]. Dans ce contexte, l'implantation de noyaux reproducteurs hors du parc historique est indispensable. Le parc national de la Majella constitue la première avancée majeure en abritant le noyau périphérique le plus solide : comptant entre 5 et 9 ours en 2015, il passe à au moins 13 individus en 2018 avec l'observation confirmée d'une portée de 3 oursons, puis à 3 femelles reproductrices recensées en 2020 et confirmées en 2021[42],[43],[44],[37].

Modélisation spatiale et projet DigitAP (2025-2026)

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Le Plan d'action national pour la protection de l'ours brun marsicain (PATOM) estime la capacité d'accueil globale de l'Apennin central à 208 ours (fourchette de 192 à 270 individus) sur 5 244 km2 d'habitats favorables[45]. Néanmoins, la surface réellement adaptée à l'élevage des portées se limite à 3 190 km2, ce qui plafonne le potentiel à 70 femelles reproductrices à l'échelle du massif apennin, dont 22 dans le bastion central des Abruzzes. L'expansion vers les autres massifs demeure ralentie par la forte philopatrie des femelles, qui restent attachées à leur domaine vital natal tandis que seuls les mâles explorent les zones périphériques[41].

Capacité d'accueil en femelles reproductrices (PATOM) et observations réelles[36],[44],[40] :
ZoneSuperficie favorable (km²)Femelles attenduesFemelles présentes (2019)Femelles présentes (2021)Femelles présentes (2023)
Parc national des Abruzzes, Latium et Molise, zone périphérique et Monte Genzana 814,2 22 17 17 16
Monts Ernici et Monts Simbruins 492,2 14 0 0 0
Mont Terminillo 287,6 7 0 0 0
Gran Sasso 220,4 5 0 0 0
Monts de la Laga 198,6 4 0 0 0
Mont Velino 170,7 3 0 0 1
Monte Nerone 157,1 3 0 0 0
Cicolano et Monts Carséolans 143,6 3 0 0 0
Parc national de la Majella 129,9 2 2 3 2
Mont Cucco 127,4 2 0 0 0
Monts Sabins 103,0 1 0 0 0
Monte San Vicino - Monte Canfaito 97,4 1 0 0 0
Mont Sirente 88,2 1 0 1 0
Valnerina 85,1 1 0 0 0
Monts du Reatino 74,5 1 0 0 0
Total 3 189,90 70 19 21 19
Ratio femelles observées / femelles potentielles 27,1 % 30,0 % 27,1 %

En 2026, la modélisation démographique issue du projet DigitAP (fondée sur l'échantillonnage génétique de 2025 sur 6 500 km2) évalue la population totale à 81 individus (intervalle de confiance : 73 à 88 ours, dont 43 femelles et 38 mâles)[46],[47]. Le cœur de l'aire (PNALM, Valle Roveto et Monte Genzana) concentre 65 individus (58 à 72), dont 56 dans le seul périmètre historique du parc national. En dehors de cette zone saturée, 16 individus (9 à 22) se dispersent dans les massifs périphériques, avec 6 ours dans le complexe Simbruins-Ernici, 6 dans la Majella et 4 dans l'ensemble Sirente-Velino / Cicolano[48],[49].

Génétique des populations et état sanitaire

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L'isolement complet de la sous-espèce depuis environ 4 000 ans a entraîné un goulot d'étranglement génétique marqué par un niveau élevé de consanguinité et d'homozygotie[50],[51]. Le séquençage génomique mené par l'université de Ferrare puis complété par le projet national Endemixit montre une accumulation de mutations délétères touchant le métabolisme mitochondrial ainsi que les voies associées au comportement agressif[52],[53]. Cette moindre agressivité génétique a pu réduire les conflits directs et favoriser historiquement la tolérance humaine. Parallèlement, une sélection équilibrante a préservé une grande variabilité des gènes codant pour les récepteurs olfactifs et le système immunitaire[50]. Ces adaptations locales uniques conduisent les biologistes à déconseiller les renforcements de population par des ours venus d'autres régions européennes, qui dilueraient ce patrimoine évolutif singulier[53],[51].

Sur le plan sanitaire, cette faible diversité génétique accroît la vulnérabilité aux épizooties. Des cas sporadiques de dermatite sont documentés[54], tandis que le partage des estives avec le bétail domestique expose les ours à des risques de transmission de la tuberculose bovine et d'autres pathologies infectieuses, faisant de la veille vétérinaire un axe prioritaire des autorités sanitaires[55],[56].

Menaces et conservation

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Gros plan sur un ours nommé Sandrine, en hommage au septième président de la république italienne, Sandro Pertini.

Alors que l'espèce globale Ursus arctos est classée en « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN, la sous-espèce marsicaine est inscrite comme « en danger critique d'extinction » (CR) sur la liste rouge de l'UICN[57],[10] et figure à l'annexe I de la CITES[55].

La protection légale s'est construite par étapes : après la réserve royale de chasse des Savoie (1900-1912) dont l'abolition avait entraîné une recrudescence des tirs, l'ours bénéficie d'un sanctuaire avec la création en 1923 du parc national des Abruzzes[13], avant que la loi cynégétique du 5 juin 1939 (entrée en vigueur le 1er janvier 1940) n'interdise définitivement sa chasse et sa capture sur l'ensemble du territoire italien[58].

La mortalité d'origine anthropique demeure toutefois le principal obstacle au rétablissement de la sous-espèce[59]. Sur les 122 cadavres d'ours retrouvés entre 1970 et 2018, 53 % des décès résultent de causes humaines avérées (dont 62 % d'actes illégaux comme le braconnage par tir ou appât empoisonné, et 38 % d'accidents), 15 % de causes naturelles et 32 % de causes indéterminées[43],[60]. Les infrastructures linéaires représentent un risque constant : des ours sont régulièrement heurtés sur les axes routiers ou ferrés, ou se font piéger dans des tunnels ferroviaires qu'ils confondent avec des cavités naturelles[61].

Les actions de conservation actuelles combinent la planification nationale du PATOM[13] et des programmes européens comme le projet Life Arctos. Ces initiatives déploient des clôtures électriques pour protéger ruchers et cultures, installent des plantations fruitières en altitude pour fixer les ours à l'écart des zones habitées et aménagent des corridors pour sécuriser la traversée des infrastructures de transport[17],[62],[16].

Notes et références

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Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 Altobello 1921
  2. (en) J. R. Ellerman et T. C. S. Morrison-Scott, Checklist of Palaearctic and Indian mammals 1758 to 1946, Londres, British Museum (Natural History), , 242 p. (lire en ligne)
  3. Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
  4. Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
  5. (en) Sébastien Calvignac, Sandrine Hughes, Christelle Tougard, Jacques Michaux, Michel Thevenot, Michel Philippe, Watik Hamdine et Catherine Hänni, « Ancient DNA evidence for the loss of a highly divergent brown bear clade during historical times », Molecular Ecology, vol. 17, no 8, , p. 1962–1970 (DOI 10.1111/j.1365-294X.2007.03631.x)
  6. 1 2 3 (en) Daisuke Hirata, Tsutomu Mano, Alexei V. Abramov, Gennady F. Baryshnikov, Pavel A. Kosintsev, Alexandr A. Vorobiev, Evgeny G. Raichev, Hiroshi Tsunoda, Yayoi Kaneko, Koichi Murata, Daisuke Fukui et Ryuichi Masuda, « Molecular Phylogeography of the Brown Bear (Ursus arctos) in Northeastern Asia Based on Analyses of Complete Mitochondrial DNA Sequences », Molecular Biology and Evolution, vol. 30, no 7, , p. 1644–1652 (DOI 10.1093/molbev/mst077)
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Bibliographie

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Document original

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  • (it) Giuseppe Altobello, Fauna dell'Abruzzo e del Molise. Mammiferi, vol. IV. I Carnivori (Carnivora), Campobasso, Colitti e Figlio, (lire en ligne)

Voir aussi

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Articles connexes

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