Ours brun de Sibérie orientale

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Ursus arctos collaris

Ursus arctos collaris
Description de cette image, également commentée ci-après
Ours brun de Sibérie, dans la réserve naturelle de Magadan
0.040–0 Ma
Classification ITIS
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertébrés
Classe Mammifère
Cohorte Placentalia
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Ursidae
Genre Ursus
Espèce Ursus arctos

Sous-espèce

Ursus arctos collaris
Frédéric Cuvier, 1824

Statut de conservation UICN

(VU)(VU)
VU : Vulnérable

L’Ours à collier de Sibérie (Ursus arctos collaris), plus communément désigné sous le nom d’Ours brun de Sibérie orientale, est une sous-espèce de l’Ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés.

Décrit initialement par Frédéric Cuvier en 1824 d'après de jeunes spécimens captifs arborant une marque blanche caractéristique en travers des épaules, il s'agit d'une forme intermédiaire en taille : plus imposant que l'ours brun d'Eurasie, il demeure généralement plus petit que les grands ours côtiers du Pacifique tels que l'Ours brun du Kamtchatka, bien que son poids puisse atteindre près de 350 kg. Il se distingue par un pelage long, dense et doux, dominé par des teintes brun foncé, ainsi que par un museau plus allongé.

Cette sous-espèce colonise une grande partie de la Sibérie orientale, depuis le bassin de l'Ienisseï jusqu'à la Transbaïkalie, la Léna, la Kolyma et la Iakoutie, côtoyant au sud les reliefs frontaliers de la Mongolie, de la Chine et du Kazakhstan. Au sein de la taïga de résineux et des massifs montagneux, il mène une vie solitaire et adopte un régime omnivore saisonnier axé sur les pousses, les ombellifères, les baies et surtout les pignons de pin de Sibérie ou de pin nain avant l'hivernation, complété de façon opportuniste par des charognes et des proies animales. Malgré sa discrétion et son comportement craintif face à l'Homme, l'espèce est classée comme vulnérable sur la liste rouge de l'UICN.

Dénominations

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Taxonomie

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Illustration de l’Ours mâle de Sibérie (Ursus collaris) dans le cinquième tome de Histoire naturelle des mammifères avec des figures originales, coloriées, dessinées d'après des animaux vivans(1824).

L'Ours brun de Sibérie a été documenté et décrit en juin 1824 par le naturaliste français Frédéric Cuvier (dans l'ouvrage monumental codirigé avec Étienne Geoffroy Saint-Hilaire) sous le nom français d'« Ours de Sibérie »[9]. Cuvier base principalement son étude sur un jeune mâle captif, complétée ensuite par l'observation à la ménagerie royale de deux autres jeunes individus : un mâle et une femelle, reçus de la famille Rothschild[9].Dans son analyse morphologique, Cuvier note que cet ours présente un pelage brun et frisé, avec des formes générales proches de ses congénères européens, mais s'en distingue par une tête plus étroite, des yeux plus rapprochés, une dépression sous les yeux moins marquée et un museau sensiblement plus allongé[9]. Le caractère diagnostique le plus remarquable réside dans sa livrée : le fond de la robe est brun jaunâtre clair avec des membres noirs, et les épaules sont barrées d'une large bande blanche formant un collier qui retombe sur les pattes antérieures en se rétrécissant[9]. Constatant la constance de ce collier blanc chez les trois spécimens vivants examinés ainsi que dans les récits de voyages septentrionaux de Peter Simon Pallas, Cuvier conclut qu'il pourrait s'agir d'une espèce distincte et propose l’épithète spécifique de Collaris[9], préfigurant ainsi les noms scientifique binominaux que sont Ursus collaris, puis trinominaux valide d'Ursus arctos collaris formalisé ultérieurement.

Phylogénie et évolution

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L'Ours à collier occupe une vaste aire géographique s'étendant de l'Ienisseï à travers toute la Sibérie centrale et orientale, jusqu'à la mer d'Okhotsk et aux confins de la Béringie. Sur le plan de la phylogéographie moléculaire mitochondriale, cette sous-espèce s'intègre au sous-clade continental eurasien Clade 3a1, parfois dénommé lignée orientale d'Europe septentrionale et de Sibérie[10].

Les analyses du mitogénome complet et des séquences du cytochrome b révèlent que le Clade 3a1 regroupe les ours bruns d'Europe de l'Est, de Sibérie, de l'île de Sakhaline ainsi que les populations d'ours côtiers du nord-ouest de l'Amérique du Nord (Kodiak, péninsule d'Alaska et Alaska occidental)[11][10]. Cette proximité génétique étroite atteste de la dynamique d'expansion rapide d'une radiation postglaciaire commune à travers le nord de la masse continentale eurasienne au cours du Pléistocène supérieur. À partir de ce berceau sibérien, des vagues de dispersion successives ont franchi le pont terrestre béringien vers l'Amérique du Nord il y a environ 40 000 ans, tout en colonisant l'île de Sakhaline avant l'ouverture des détroits maritimes consécutive au dernier réchauffement climatique :

Ursus arctos
Clade VI / Lignée d'Afrique du Nord

U. a. crowtheri (Ours de l'Atlas (grottes de Takouatz & El-Ksiba))


Lignée himalayenne & d'Asie centrale basale

U. a. isabellinus (Ours brun Isabelle)



U. a. gobiensis (Ours de Gobi)




Lignée occidentale
Clade 1 (Europe occidentale & méridionale)

U. a. pyrenaicus (Ours brun des Asturies)



U. a. marsicanus (Ours brun Marsicain)



U. a. crowtheri (Ours de l'Atlas (population nord-africaine récente d'Akouker)



Clade 2 (Océanique & côtier nord-américain)
Clade 2a

U. a. sitkensis (Ours brun de Sitka)


Clade 2b

Ursus maritimus (Ours blanc — intra-clade mitochondrial)




Lignée orientale
Clade 5 (Plateau tibétain)

U. a. pruinosus (Ours bleu du Tibet)



Clade 4 (Amérique du Nord continentale & Sud d'Hokkaidō)

U. a. horribilis (Grizzli)



U. a. californicus (Grizzly de Californie)



U. a. nelsoni (Grizzly du Mexique)



U. a. dalli (Ours brun de l'île Dall)



U. a. stikeenensis (Ours brun de la Stikine)



U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée du sud d'Hokkaidō))



Clade 3 (Nord de l'Eurasie, Béringie & Est/Centre d'Hokkaidō)
Clade 3a (Eurasie, Béringie, Proche-Orient & Centre d'Hokkaidō)
Clade 3a1

U. a. arctos (Ours brun d'Eurasie (populations du Nord/Est))



U. a. collaris (Ours brun de Sibérie orientale)



U. a. alascensis (Ours brun d'Alaska)



U. a. middendorffi (Ours kodiak)



U. a. gyas (Ours brun de la péninsule)



U. a. syriacus (Ours brun de Syrie)



Clade 3a2

U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée du centre d'Hokkaidō))



Clade 3b (Extrême-Orient, Kouriles & Est d'Hokkaidō)

U. a. beringianus (Ours brun du Kamtchatka)



U. a. lasiotus (Ours brun de l'Oussouri (Souche continentale & des îles Kouriles)



U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée de l'est d'Hokkaidō))








Description

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En taille, les ours bruns de Sibérie surpassent les ours bruns d'Europe (Ursus arctos arctos), mais restent généralement inférieurs aux grandes sous-espèces côtières d'Extrême-Orient, telles que l'Ours brun du Kamtchatka[12]. Certains individus de grande taille peuvent néanmoins égaler les dimensions des ours d'Extrême-Orient, tandis que la variabilité individuelle des dimensions corporelles et crâniennes s'avère particulièrement marquée sur l'ensemble de son aire[12]. Leur masse maximale atteint environ 350 kg[13].

Les mâles adultes présentent des crânes d'une plus grande longueur comprise entre 32,6 et 43,1 cm, une longueur condylobasale de 31,2 à 38,5 cm, une largeur au niveau des arcades zygomatiques de 19,3 à 25,2 cm et une rangée dentaire supérieure longue de 12,1 à 14,3 cm[12].

Leur fourrure est longue, dense et douce au toucher[12]. Si le patron de coloration reste proche de celui de l'ours d'Europe, les individus à robe sombre (« dark brown ») sont prédominants chez cette sous-espèce[12]. Les formes locales de petite taille décrites autrefois dans les bassins de la Kolyma (kolymensis) et du lac Baïkal (baicalensis) correspondent à la variabilité intraspécifique de cette sous-espèce continentale[12].

Écologie et comportement

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Répartition

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En Russie, il colonise la majeure partie de la Sibérie orientale, depuis l'Ienisseï vers l'est jusqu'à la Transbaïkalie, aux bassins de la Léna et de la Kolyma, ainsi qu'à la Iakoutie, sa présence dans l'Altaï étant incertaine[12]. Vers l'est et le sud-est, il cède la place aux sous-espèces côtières du Kamtchatka et du bassin de l'Amour[12][14]. Au sud, la limite historique côtoie les massifs frontaliers du nord de la Mongolie, le nord du Xinjiang en Chine et les zones montagnardes de l'est du Kazakhstan[15][16].

Habitat et comportement

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Dans la taïga sibérienne, l'ours fréquente les forêts de conifères (épicéas, pins de Sibérie, mélèzes), les clairières ripisylves et les étages montagnards[17]. Il mène une existence solitaire et signale son passage en se frottant contre les troncs d'arbres et en y incrustant des marques de griffes profondes[18][19]. Face à l'être humain, il adopte le plus souvent une attitude prudente et prend la fuite[18] ; les attaques sont exceptionnelles et surviennent principalement face à des femelles protégeant leur progéniture ou face à des individus dérangés en hiver n'ayant pu hiberner (« shatun »)[18][19].

Hibernation

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L'entrée en léthargie s'effectue généralement à la fin du mois d'octobre ou au début du mois de novembre[20]. En Sibérie, les tanières sont confectionnées dans des ravines de montagne, sous les racines d'arbres renversés ou dans des fourrés denses de pin nain (Pinus pumila), le sol étant garni d'un nid de branchettes de résineux, de feuilles sèches, de mousses et d'herbes[21]. La période d'hivernation s'étale sur 145 à 195 jours selon la rigueur climatique régionale[20]. Le réveil et la sortie de tanière interviennent habituellement entre la mi-avril et le début de mai dans les bassins de la Léna, de la Kolyma et de l'Ienisseï[22].

Alimentation

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Cet ours présente un régime omnivore saisonnier. Au printemps, il exploite la végétation émergente, les résidus de la litière forestière, déterre des fourmilières et consomme les cônes de conifères tombés au sol avant l'hiver[23]. En été, il consomme des herbes hautes (notamment de grandes ombellifères comme Angelica et Heracleum) et des baies sauvages (myrtilles, airelles)[23][24]. À l'automne, les graines et pignons de pin de Sibérie (Pinus sibirica) et de pin nain constituent sa principale ressource nutritive pour constituer ses réserves graisseuses[25]. Lors des années de mauvaise fructification, les animaux recherchent les réserves souterraines accumulées par les rongeurs (tamias) et se rabattent plus fréquemment sur les charognes ou les ongulés sauvages[26][19].

Reproduction

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L'accouplement se produit principalement de la fin mai au mois de juillet[27]. Les naissances surviennent au cœur de l'hiver en tanière, le plus souvent durant la première quinzaine de janvier[28]. Les portées comptent habituellement un ou deux oursons, plus rarement trois ; des portées exceptionnelles de cinq petits ont toutefois été documentées en Sibérie orientale dans le district de Kirensk[28]. À la mise bas, les petits pèsent de 500 à 510 g pour une longueur de 23 à 23,5 cm[28]. Leurs conduits auditifs et leurs yeux ne s'ouvrent qu'après une trentaine de jours, et les jeunes passent leurs deux premiers hivers auprès de leur mère avant de s'émanciper dans leur troisième année[28].

L’Ours de Sibérie et l’Homme

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Notes et références

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Références

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  1. Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
  3. 1 2 Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
  4. 1 2 Mammal Species of the World (version 3, 2005), consulté le .
  5. Coenraad Jacob Temminck, Philipp Franz von Siebold et Hermann Schlegel, Fauna Japonica, sive, Descriptio animalium, quae in itinere per Japoniam, jussu et auspiciis, superiorum, qui summum in India Batava imperium tenent, suscepto, annis 1823-1830 : Aperçu général et spécifique sur les mammifères qui habitent le Japon et les îles qui en dépendent, vol. 5 : Mammalia, Lugduni Batavorum, Apud Auctorem / Arnz et socios, coll. « Museum of Comparative Zoology--Biodiversity Heritage Library », , 59, 26 (OCLC 2719985, DOI 10.5962/bhl.title.124951, lire en ligne Accès libre), p. 29
  6. « Ours brun », sur zoo-amneville.com, Zoo d'Amnéville (consulté le ).
  7. Catalogue of Life Checklist, consulté le .
  8. Alfred Edmund Brehm (trad. Z. Gerbe), La vie des animaux illustrée : description populaire du règne animal : Les mammifères..., Paris, J. B. Baillière et fils, , p. 673
  9. 1 2 3 4 5 6 Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier 1825, p. tome 5, notice « Ours de Sibérie »
  10. 1 2 (en) Daisuke Hirata, Tsutomu Mano, Alexei V. Abramov, Gennady F. Baryshnikov, Pavel A. Kosintsev, Alexandr A. Vorobiev, Evgeny G. Raichev, Hiroshi Tsunoda, Yayoi Kaneko, Koichi Murata, Daisuke Fukui et Ryuichi Masuda, « Molecular Phylogeography of the Brown Bear (Ursus arctos) in Northeastern Asia Based on Analyses of Complete Mitochondrial DNA Sequences », Molecular Biology and Evolution, vol. 30, no 7, , p. 1644–1652 (DOI 10.1093/molbev/mst077)
  11. Tamako Matsuhashi, Ryuichi Masuda, Tsutomu Mano, Koichi Murata et Awirmed Aiurzaniin, « Phylogenetic Relationships among Worldwide Populations of the Brown Bear Ursus arctos », Zoological Science, vol. 18, no 8, , p. 1137–1143 (DOI 10.2108/zsj.18.1137, lire en ligne)
  12. 1 2 3 4 5 6 7 8 Geptner 1998, p. 637
  13. N. G. Blinnikova, « Медведь » [archive du ], sur web.archive.org, (consulté le )
  14. Geptner 1998, p. 647
  15. Geptner 1998, p. 617–618
  16. Geptner 1998, p. 630
  17. Geptner 1998, p. 652–653
  18. 1 2 3 Geptner 1998, p. 664
  19. 1 2 3 Geptner 1998, p. 676
  20. 1 2 Geptner 1998, p. 666
  21. Geptner 1998, p. 661
  22. Geptner 1998, p. 667–668
  23. 1 2 Geptner 1998, p. 654–655
  24. Geptner 1998, p. 656
  25. Geptner 1998, p. 658
  26. Geptner 1998, p. 663
  27. Geptner 1998, p. 669
  28. 1 2 3 4 Geptner 1998, p. 670

Bibliographie

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Document original

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Autres ouvrages

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  • (en) V. G. Geptner, A. A. Nasimovich, Andrei Grigorevich Bannikov et Robert S. Hoffmann, Mammals of the Soviet Union Mlekopitaiushchie Sovetskogo Soiuza »], vol. v. 2, pt. 1a : Sirenia and Carnivora (Sea Cows; Wolves and Bears), Washington, D.C., Smithsonian Institution Libraries and National Science Foundation, (OCLC 1049625960, LCCN 85600144, lire en ligne)

Voir aussi

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Liens externes

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