Ours de Gobi

population d’Ours brun

L’Ours de Gobi, également connu sous le nom de Mazaalai, est une population d'ours brun d’Eurasie (Ursus arctos arctos), un mammifère de l'ordre des carnivores et de la famille des ursidés, endémique de la zone strictement protégée du Grand Gobi « A » en Mongolie[1]. Il s'agit de l'une des populations d'ours les plus rares et les plus menacées au monde, avec un effectif résiduel estimé à moins de 40 individus à l’état sauvage[2]. Les autorités mongoles et des organisations internationales de protection de la faune mènent des suivis continus ainsi que des plans de nourrissage artificiel d'appoint pour éviter son extinction imminente[3],[4].

Ours de Gobi
Description de cette image, également commentée ci-après
Ours de Gobi.
0.658–0 Ma
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Ursidae
Sous-famille Ursinae
Genre Ursus
Espèce Ursus arctos

Sous-espèce

Ursus arctos gobiensis Sokolov & Orlov, 1992 obsolète

Statut de conservation UICN

(CR)(CR)
CR :
En danger critique

Répartition géographique

Description de cette image, également commentée ci-après
  • Aire de répartition de l'Ours de Gobi.

Synonymes

  • Ursus gobiensis Sokolov & Orlov, 1992 (Protonyme)

Dénominations

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Taxonomie et phylogénie

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La première mention historique de l'Ours de Gobi remonte à 1900, lors des reconnaissances du géographe et naturaliste russe Veniamine Ladyguine, qui signala des traces de pas et des fouilles de terre attribuables à un ursidé[5]. Après plusieurs missions dans les années 1920 et 1930 limitées à des témoignages oraux, sa présence fut formellement confirmée en 1943 par le zoologiste Andreï Bannikov, le géographe Édouard Mourzaïev et le botaniste Alexandre Iounatov[6].

Bannikov décrivit une dépouille et rapprocha dans un premier temps l'animal de l'Ours bleu du Tibet (Ursus arctos pruinosus)[6]. En 1992, il est formellement décrit par Vladimir Sokolov et Viktor Orlov comme la sous-espèce distincte Ursus arctos gobiensis, après avoir été un temps proposé sous le rang d'espèce à part entière (Ursus gobiensis)[7],[6],[3]. Le mammalogiste américain George Schaller privilégiait en revanche un rapprochement étroit avec l'Ours Isabelle (Ursus arctos isabellinus) de l'Himalaya[5],[3]. Des études génétiques portant sur des fragments mitochondriaux courts ont d'abord conforté l'hypothèse de Schaller ou suggéré une proximité géographique avec l'Ours bleu du Tibet[8],[9].

Phylogénie

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Phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001[10], Hirata et al., 2013[11] et Lan et al., 2017[12]).

L'analyse de mitogénomique complète menée par Lan et al. (2017)[12] a révélé que l'Ours brun Isabelle (Ursus arctos isabellinus) forme un clade unique constituant le groupe frère basal de l'ensemble des autres ours bruns et de l'ours blanc[12]. L'événement de divergence, daté d'environ 658 000 ans, coïncide avec une période glaciaire du Pléistocène moyen sur le haut plateau tibétain (glaciation de Nyanyaxungla), au cours de laquelle cette lignée ancestrale est demeurée isolée dans des refuges d'Asie centrale[12]. L'Ours de Gobi se regroupe avec l'Ours Isabelle au sein de cette lignée basale mitochondriale[12] ; néanmoins, les analyses des microsatellites de l'ADN nucléaire puis le séquençage complet du génome ont prouvé que les ours du Gobi et ceux de l'Himalaya forment des lignées séparées au sein d'un groupe monophylétique commun. Ces deux taxons représentent ensemble la divergence évolutive la plus basale et la plus ancienne par rapport à l'ensemble des autres ours bruns de la planète, validant son statut de sous-espèce génétique propre[13],[14] :

Ursus arctos
Clade VI / Lignée d'Afrique du Nord

U. a. crowtheri (Ours de l'Atlas (grottes de Takouatz & El-Ksiba))


Lignée himalayenne & d'Asie centrale basale

U. a. isabellinus (Ours brun Isabelle)



U. a. gobiensis (Ours de Gobi)




Lignée occidentale
Clade 1 (Europe occidentale & méridionale)

U. a. pyrenaicus (Ours brun des Asturies)



U. a. marsicanus (Ours brun Marsicain)



U. a. crowtheri (Ours de l'Atlas (population nord-africaine récente d'Akouker)



Clade 2 (Océanique & côtier nord-américain)
Clade 2a

U. a. sitkensis (Ours brun de Sitka)


Clade 2b

Ursus maritimus (Ours blanc — intra-clade mitochondrial)




Lignée orientale
Clade 5 (Plateau tibétain)

U. a. pruinosus (Ours bleu du Tibet)



Clade 4 (Amérique du Nord continentale & Sud d'Hokkaidō)

U. a. horribilis (Grizzli)



U. a. californicus (Grizzly de Californie)



U. a. nelsoni (Grizzly du Mexique)



U. a. dalli (Ours brun de l'île Dall)



U. a. stikeenensis (Ours brun de la Stikine)



U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée du sud d'Hokkaidō))



Clade 3 (Nord de l'Eurasie, Béringie & Est/Centre d'Hokkaidō)
Clade 3a (Eurasie, Béringie, Proche-Orient & Centre d'Hokkaidō)
Clade 3a1

U. a. arctos (Ours brun d'Eurasie (populations du Nord/Est))



U. a. collaris (Ours brun de Sibérie orientale)



U. a. alascensis (Ours brun d'Alaska)



U. a. middendorffi (Ours kodiak)



U. a. gyas (Ours brun de la péninsule)



U. a. syriacus (Ours brun de Syrie)



Clade 3a2

U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée du centre d'Hokkaidō))



Clade 3b (Extrême-Orient, Kouriles & Est d'Hokkaidō)

U. a. beringianus (Ours brun du Kamtchatka)



U. a. lasiotus (Ours brun de l'Oussouri (Souche continentale & des îles Kouriles)



U. a. yesoensis (Ours brun d'Ézo (lignée de l'est d'Hokkaidō))








Description

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L'Ours de Gobi est de petite taille comparé aux autres sous-espèces d'ours bruns, mais se distingue par des membres assez longs[15],[7]. La longueur du corps varie généralement de 147 à 167 cm pour une masse corporelle oscillant entre 52 et 120 kg chez les adultes[3],[5]. Les mâles adultes pèsent environ 96 à 138 kg et les femelles entre 51 et 78 kg[16] ; un spécimen femelle mesuré d'après sa dépouille n'atteignait que 98 cm de long[17].

Le pelage affiche une teinte générale brun clair, la tête, le ventre et les pattes prenant une tonalité un peu plus sombre[5],[17]. Une collerette plus pâle, formant un collier autour du cou et de la poitrine, est souvent visible[5],[3]. En hiver, le pelage prend une nuance brun-grisâtre ou chamois clair[3],[17]. Les griffes sont rectilignes avec des extrémités remarquablement émoussées, une adaptation morphologique permettant de fouiller des sols extrêmement compacts et caillouteux pour en extraire des racines nutritives[4].

Il s'agit de la seule population d'ours ayant évolué pour survivre dans les conditions arides des déserts chauds[18]. En raison de son effectif très restreint et d'un isolement complet sans aucun flux génique extérieur, sa diversité génétique est exceptionnellement basse, comparable uniquement à celle de la population relique des Pyrénées[19],[14],[18].

Écologie et comportement

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Répartition et habitat

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Végétation de l'oasis d'Ekhiin Gol, au sud de la réserve.

L'Ours de Gobi vit exclusivement dans le sud-ouest du désert de Gobi en Mongolie, confiné dans la moitié méridionale de la réserve strictement protégée du Grand Gobi (GGSPA) « A »[13],[1],[5]. Son aire d'occupation effective s'étend sur 300 à 350 km d'est en ouest et 50 à 75 km du nord au sud, totalisant environ 12 800 km2 à 23 600 km2 de zones habitables strictement liées aux points d'eau permanents[7],[6],[20]. Ses limites actuelles atteignent le mont Baruun Toroi à l'ouest, les monts Zaraa et Buurin Khar au nord, le mont Tsagaan Bogd à l'est et la frontière avec la province chinoise du Gansu au sud[21],[17].

Dans la première moitié du XXe siècle, son aire occupait 33 000 km2, débordant largement au nord vers la crête d'Edren et la réserve d'Eej Khairkhan, et à l'est vers le parc national de Gobi Gurvansaikhan et le massif de Tost[6],[1],[17]. L'expansion du pastoralisme a provoqué la disparition de l'ours de ces contrées septentrionales dans les années 1970, réduisant son territoire originel de près de 60 %[6].

L'habitat résiduel s'organise autour de trois massifs montagneux isolés abritant des oasis pérennes : les monts Atas et Inges à l'ouest, Shar Khuls au centre, et le massif de Tsagaan Bogd à l'est[2],[6],[17]. Si les échanges sont fréquents entre l'ouest et le centre, la traversée vers Tsagaan Bogd impose de franchir 50 à 100 km de désert hostile, bien que la circulation d'individus sur plus de 280 km y soit attestée[7],[2]. Le domaine vital d'un mâle adulte atteint environ 3 000 km2, les ours se déplaçant préférentiellement entre 1 000 et 1 500 m d'altitude[6].

Activités et adaptations

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L'Ours de Gobi est adapté à des conditions désertiques extrêmes, caractérisées par des précipitations annuelles ne dépassant pas 100 à 200 mm et des écarts thermiques majeurs oscillant entre 46 °C en été et −34 °C en hiver[1],[2]. Aux côtés du chameau sauvage (Camelus ferus), il constitue une espèce parapluie pour l'écosystème de la réserve[1]. Bien que ses mœurs soient principalement solitaires et nocturnes, il manifeste parfois une activité diurne[7]. Il passe l'hiver en hibernation au sein de tanières de novembre à février ou mars[7].

Régime alimentaire

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Deux ressources végétales clés pour l'Ours de Gobi.

Le régime alimentaire de l'Ours de Gobi est presque exclusivement herbivore : les protéines d'origine animale n'en composent qu'environ 8 %[22], le volume carné direct ne dépassant guère 1 % selon les relevés de fèces[7]. Il se nourrit en priorité des bractées de l'éphèdre à prêle (Ephedra equisetina), des baies d'arbrisseaux du genre Nitraria, ainsi que des racines et rhizomes de la rhubarbe naine (Rheum nanum) qu'il déterre à la fin de l'été et en automne[23]. Les roseaux (Phragmites) et les alliacées sauvages (Allium spp.) complètent son menu aux abords des sources, occasionnellement accompagnés d'insectes, de rongeurs, de reptiles ou de cadavres de vertébrés, sans prédation avérée sur les grands herbivores[7],[23],[17],[22].

Reproduction

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La reproduction de l'Ours de Gobi n'a pu être suivie directement sur le terrain et ses modalités sociales restent discutées[7],[17]. Les mises bas n'interviennent pas plus d'une fois tous les trois ans par femelle reproductrice. Bien que des naissances gémellaires surviennent ponctuellement, la norme consiste en l'élevage d'un unique ourson par portée[7]. Le jeune accompagne sa mère pendant deux à quatre ans afin d'acquérir les stratégies de survie indispensables en milieu désertique[2]. L'analyse génétique menée sur 21 individus a confirmé une endogamie prononcée et un déficit notable de brassage génétique, faisant craindre des risques de dépression de consanguinité, d'infertilité accrue et de vulnérabilité aux épizooties[2],[3].

Le Mazaalai et l'Homme

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Bien que les Mongols ne le chassent pas traditionnellement, seize cas d'ours de Gobi tués par l'Homme ont été documentés depuis les années 1940 : six par méprise avec d'autres gibiers, cinq abattus par des gardes-frontières, quatre lors de défenses de bétail par des pasteurs et un abattu pour le compte du musée d'histoire naturelle d'Oulan-Bator[17].

L'implantation humaine la plus proche, l'oasis d'Ekhiin Gol, ne compte qu'environ 70 habitants et se situe à plus de deux heures de véhicule, limitant le dérangement direct[7],[3],[5]. Toutefois, le développement d'exploitations minières et d'orpaillage illégal dans la province adjacente d'Ömnögovi accentue la circulation de véhicules et le pâturage clandestin dans la zone tampon de la réserve[6].

L'ours est historiquement désigné par les nomades locaux sous l'appellation traditionnelle de « Mazaalai »[4],[5]. Élevé au rang de fierté et de trésor national, il a donné son nom à « Mazaalai », le tout premier satellite artificiel (CubeSat) de l'histoire mongole mis en orbite en 2017[24].

Menaces et conservation

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L'Ours de Gobi est classé « en danger critique d'extinction » (CR) par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)[25],[26], ainsi que dans le Livre rouge de Mongolie. Ses menaces majeures regroupent la désertification accrue, la sécheresse des points d'eau, la dégradation de l'habitat et la consanguinité génétique[18].

La chasse de cet ours a été interdite en 1953 (puis réaffirmée en 1959 et dans la législation de 1995)[3],[17],[27]. Il est inscrit à l'Annexe I de la CITES depuis 1991 et à l'Annexe I de la Convention de Bonn (CMS) depuis 2017[6],[1],[28].

Entre 1996 et 2018, un effectif cumulé de 51 individus différents a été repéré sur le terrain. L'analyse génétique menée en 2008-2009 évaluait l'effectif entre 22 et 31 individus (14 mâles pour 8 femelles)[2], et les modélisations publiées en 2021 maintiennent une estimation moyenne autour de 31 individus. La population présente un déséquilibre structurel du ratio des sexes en défaveur des femelles reproductrices, compromettant gravement sa dynamique démographique[18],[2].

Le sanctuaire de la GGSPA a été créé en 1975 et désigné réserve de biosphère de l'UNESCO en 1991[21],[29]. En 2005, l'Association internationale pour la recherche et la gestion des ours s'est associée aux institutions mongoles pour lancer le « Gobi Bear Project », complété en 2014 par un plan national de sauvegarde[6],[4].

Un dispositif de distribution de nourriture artificielle d'appoint existe depuis 1985. Treize mangeoires disposées près des oasis stratégiques délivrent des granulés énergétiques (blé, maïs, carottes, navets et formulations canines) au début du printemps lors du réveil d'hibernation, puis en automne pour favoriser la constitution de graisses corporelles avant l'hiver[22],[19],[4],[30]. L'éventualité de captures pour fonder un programme d'élevage en captivité ou de translocation demeure controversée en raison du risque de mortalité sur une population déjà si exiguë et de la difficulté d'apprentissage autonome des jeunes en milieu désertique[7],[2].

Notes et références

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Références

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Bibliographie

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Voir aussi

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Liens externes

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