Périgord (IGP)

région viticole

Un périgord[note 2], appelé vin de pays du Périgord de 1996 jusqu'en 2009, est un vin français d'indication géographique protégée (le nouveau nom des vins de pays) de zone du vignoble du Sud-Ouest, produit dans le département de la Dordogne.

Périgord
Image illustrative de l’article Périgord (IGP)
Vignoble de l'IGP périgord.

Type d'appellation(s) IGP départementale
Reconnue depuis 1996 (VDP)
et 2009 (IGP)
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble du Sud-Ouest
Sous-région(s) vignoble de Bergerac
Localisation Dordogne et Lot
Climat océanique dégradé
Ensoleillement
(moyenne annuelle)
2 021 heures (à Bergerac)
Cépages dominants cabernet sauvignon N[note 1], cabernet franc N, merlot N, côt N, fer servadou N, et mérille N, sémillon B, sauvignon B et G, muscadelle B, ugni blanc B, ondenc B et chenin B
Vins produits rouges, rosés et blancs
Rendement moyen à l'hectare maximum 120 hl/ha[1]

Histoire

modifier

L'histoire de ce vignoble possède de nombreux points communs avec celui du vignoble de Bergerac (implantation dès l'époque gallo-romaine, transport du vin par gabarres sur la Dordogne vers Bordeaux…). Si l'implantation de la vigne a commencé lors de la colonisation romaine et s'est poursuivie, durant tout le Moyen Âge, grâce aux ordres monastiques, elle subit de profonds dommages tout au cours de la guerre de Cent Ans et des guerres de religion[1]. Les cartes du XVIIIe siècle montrent que la vigne se situait dans la vallée de la Dordogne essentiellement autour de Bergerac et de Domme. Actuellement, le vignoble se concentre sur le canton de Domme et s'étend dans le Bergeracois[2].

Chabrol en Périgord.

Au début du XIXe siècle, André de Fayolle notait : « vers Domme, Belvès et Monpazier, les vins sont très colorés et se rapprochent beaucoup de ceux de Cahors. On les envoie à Libourne, Bordeaux et même dans le nord ; ils servent à couper les vins légers et moins chargés en couleur ». Mais le phylloxéra anéanti le vignoble qui comptait alors plus de 2 800 hectares. La Première Guerre mondiale accélère la décadence et empêcher le renouveau du vignoble. Ce n'est qu'en 1993 qu'une association composée de viticulteurs, de techniciens agricoles et d'élus locaux se constitue et va permettre la reconstitution du vignoble[1]. En dépit de ces vicissitudes, une tradition a survécu dans tout le Périgord, c'est celle du chabrot ou chabrol. Une fête, en l'honneur de cette vieille pratique vigneronne, se déroule chaque année à Calviac-en-Périgord, au cours des week-ends du mois d'août[3].

Le vignoble de Domme dans la vallée de la Dordogne.

Outre le Périgord vert, le Périgord blanc et le Périgord noir, s'est popularisée depuis les années 1990, la dénomination Périgord pourpre qui souligne les teintes de la vigne automnale. Cette zone correspond à l'arrondissement de Bergerac, moins les cantons de Sainte-Alvère et du Buisson, mais inclus celui de Villefranche-du-Périgord. De Saint-Michel-de-Montaigne jusqu'à Villefranche-du-Périgord, en passant par Bergerac, ce Périgord viticole compte, entre autres, les communes de Montcaret, de Vélines, de Sigoulès, d'Issigeac, de Monbazillac, de Lalinde, de Beaumont, de Monpazier et d'Eymet[4].

En-dehors des appellations du vignoble de Bergerac, la production viticole du département de la Dordogne était vendue comme « vin de table » (VDT, les actuels VSIG). Pour valoriser un peu ce type de production par une meilleure traçabilité, dans un contexte de mévente de ces vins, les pouvoirs publics ont créé le label « vin de pays » (VDP, en 1968)[5] complété du nom d'un département ou d'une zone, d'où la reconnaissance en 1996 du « vin de pays du Périgord » (avec un rendement maximum de 90 hl/ha)[6].

Dans le cadre de la réforme de la filière viti-vinicole et de l'harmonisation européenne, les vins de pays changent de nom en 2009 pour devenir des indications géographiques protégées (IGP)[7] et dépendent désormais pour leur contrôle de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)[8] ; le vin de pays du Périgord devient donc le l'IGP « Périgord »[9]. Le cahier des charges est publié en (rendement limité à 120 hl/ha ; possibilité de compléter le nom avec « Dordogne » ou « Vin de Domme »)[10], puis modifié en (intégration de dix VIFA)[11], en (autorisation de la désalcoolisation)[12] et en (rajout de 18 autres VIFA)[1].

Vignoble

modifier

Aire de production

modifier
Image externe
Icône décorative. Carte des communes concernées

Cette IGP concerne toutes les communes du département de la Dordogne, et la commune de Salviac, dans le département du Lot. Ces vins peuvent indiquer l’unité géographique « Dordogne » quand ils sont élaborés uniquement dans ce département. Par contre « La récolte des raisins, la vinification et l’élaboration des vins bénéficiant de l‘indication géographique protégée « Périgord » complétée du nom de l’unité géographique « Vin de Domme » doivent être réalisées sur le territoire des communes suivantes » : Bouzic, Campagnac-lès-Quercy, Castelnaud-la-Chapelle, Cénac-et-Saint-Julien, Daglan, Domme, Florimont-Gaumier, Groléjac, Nabirat, Saint-Aubin-de-Nabirat, Saint-Cybranet, Saint-Laurent-la-Vallée, Saint-Martial-de-Nabirat, Saint-Pompon, Veyrines-de-Domme (toutes dans la Dordogne), et Salviac (dans le Lot)[1].

Géologie et orographie

modifier

La nature des sols reflète l'étendue du vignoble[13]. Le calcaire lacustre de la roche-mère du sud-est donne un sol brun avec des cailloux calcaires. L'épaisseur est variable. L'érosion a mis à nu des sédiments de graviers, de sables et d'argiles qui se sont accumulés dans les dépressions de la Double, du Landais, de la Bessède, ainsi qu’aux alentours de Villefranche-de-Lonchat[4].

Au nord de la rivière Dordogne, la roche-mère est constituée de sables et argiles à graviers; elles donnent des sols bruns délavés acides avec une accumulation de minéraux en profondeur créant un horizon imperméable appelé « tran ». Dans le Bergeracois, on trouve des sédiments sous forme de molasses, qui alternent avec des dépôts de calcaires lacustres durs de l'ère tertiaire[4].

Au sud-ouest, des boulbènes constituées de sables et limons lessivés donne un sol pauvre parfois battant. À l'ouest, une roche-mère calcaire d'origine marine, donne des sols bruns à cailloux calcaires. Ce sont les mêmes sols que ceux des appellations de l'est de la Gironde (saint-émilion, côtes-de-castillon, côtes-de-franc…). De part et d'autre de la Dordogne, la rivière a déposé des alluvions de graviers au cours du quaternaire en terrasses. Ce sont des sols acides et peu fertiles, bien draînants.

Climatologie

modifier
Relevés Bergerac
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Températures (°C)
Maximale moyenne 9,3 11,3 14,3 16,7 20,8 24,1 27,1 27,1 23,8 18,8 12,8 10,1 18,1
Minimale moyenne 1,3 1,8 3 5,1 9,1 12,1 14,1 13,6 10,8 8,1 4 2,2 7,1
Précipitations
Hauteur (mm) 52 63 42 80 68 73 53 66 79 71 80 82 808,2
Ensoleillement
Heures 95 112 181 176 218 218 243 249 183 127 88 76 1 964
Source : france.meteofrance.com[14]

Le nombre de jours de pluie est de 116, ceux de beau temps de 196 réparti entre 123 jours de faible ensoleillement et 73 jours de fort ensoleillement[15].

Le climat de ce terroir viticole est océanique tempéré[16]. Les précipitations sont bien réparties durant la période de végétation de la vigne. Le mois d'avril est humide, favorisant la pousse de la vigne et éloignant les gelées printanières dévastatrices. L'été est chaud et relativement sec, conditions nécessaires à une bonne maturité. Quatre mois consécutifs de mai à août dépassent le seuil de 200 heures d'ensoleillement. Ce qui fournit l'énergie indispensable à la photosynthèse. Septembre et octobre conditionnent les grands millésimes. Le sec en septembre concentre les arômes du raisin et une humidité modérée en octobre favorise le développement de la pourriture noble indispensable à l'élaboration des grands vins liquoreux. Les pluies de novembre et décembre permettent de reconstituer les réserves en eau du sol. Profitant d'un climat très doux, et grâce à la fertilité des alluvions de la vallée de la Dordogne, les cultures méridionales prospèrent, en particulier la vigne sur les reliefs vallonnés de calcaire et de molasse[4].

Encépagement

modifier

Le cahier des charges autorise 249 cépages différents : abouriou N[note 1], abondant B, aléatico N, aligoté B, alicante Henri Bouschet N, alphonse-lavallée N, altesse B, alvarinho B, aramon blanc B, aramon gris G, aramon N, aranel B, arbane B, arinarnoa N, arriloba B, arrouya N, arrufiac B, artaban N, aubin B, aubin vert B, aubun N, auxerrois B, bachet N, barbaroux Rs, baroque B, béclan N, béquignol N, biancu gentile B, blanc dame B, bouchalès N, bouillet N, bouquettraube B, bourboulenc B, bouteillan B, brachet N, bronner B, brun argenté N, brun fourca N, cabernet blanc B, cabernet cortis N, cabernet franc N, cabernet-sauvignon N, caladoc N, calitor N, calys N, camaralet B, carcajolo blanc B, carcajolo N, carignan blanc B, carignan N, carmenère N, castets N, césar N, chardonnay B, chasan B, chasselas B, chasselas rose Rs, chatus N, chenanson N, chenin B, cinsaut N, clairette B, clairette rose Rs, clarin B, claverie B, codivarta B, coliris N, colombard B, corbeau N, cot N, counoise N, courbu B, courbu noir N, crouchen B, danlas B, duras N, durif N, egiodola N, ekigaïna N, elbling B, etraire de la Dui N, fer N, feunate N, fleurtai B, floréal B, folignan B, folle-blanche B, franc noir de Haute-Saône N, fuella nera N, furmint B, gamaret N, gamay N, gamay de Bouze N, gamay de Chaudenay N, gamay fréaux N, ganson N, gascon N, genovèse B, goldriesling B, gouget N, graisse B, gramon N, grassen N, grenache blanc B, grenache gris G, grenache N, gringet B, grolleau gris G, grolleau N, gros manseng B, gros vert B, jacquère B, johanniter B, joubertin N, jurançon blanc B, jurançon noir N, knipperlé B, lauzet B, len de l'el B, lilaro N, liliorila B, listan B, lival N, macabeu B, mancin N, manseng noir N, marsanne B, marselan N, mauzac B, mauzac rose Rs, mayorquin B, melon B, mérille N, merlot blanc B, merlot N, meslier Saint-François B, meunier N, milgranet N, mollard N, monarch N, molette B, mondeuse blanche B, mondeuse N, monerac N, montils B, morrastel N, mourvaison N, mourvèdre N, mouyssaguès N, müller-thurgau B, muresconu N, muscadelle B, muscardin N, muscaris B, muscat à petits grains B, muscat à petits grains Rs, muscat d'Alexandrie B, muscat cendré B, muscat de Hambourg N, muscat ottonel B, négret de Banhars N, négrette N, nielluccio N, noir fleurien N, ondenc B, opalor B, orbois B, pagadebiti B, pascal B, perdea B, persan N, petit courbu B, petit manseng B, petit meslier B, petit verdot N, picardan B, pineau d'Aunis N, pinot blanc B, pinot gris G, pinot noir N, pinotin N, piquepoul blanc B, piquepoul gris G, piquepoul noir N, plant droit N, portan N, poulsard N, précoce Bousquet B, précoce de Malingre B, prior N, prunelard N, raffiat de Moncade B, ribol N, riminèse B, rivairenc blanc B, rivairenc gris G, rivairenc N, romorantin B, rosé du Var Rs, roublot B, roussanne B, roussette d'Ayze B, sacy B, saint côme B, saint-macaire N, saint-pierre doré B, sapéravi N, saphira B, sauvignac B, sauvignon B, sauvignon gris G, savagnin blanc B, savagnin rose Rs, sciaccarello N, segalin N, select B, selenor B, semebat N, sémillon B, servanin N, servant B, sirano N, solaris B, souvignier gris B, soreli B, syrah N, tannat N, tempranillo N, téoulier N, terret blanc B, terret gris G, terret noir N, tibouren N, tourbat B, touriga nacional N, tressot N, trousseau N, ugni blanc B, valdiguié N, velteliner rouge précoce Rs, verdejo B, verdesse B, vermentino B, vidoc N, viognier B, voltis B, UD-55.100 B, UD-31.125 N et UD-32.078 N[1].

Dans la pratique, les cépages utilisés sont surtout ceux habituels dans le département de la Dordogne. Les rouges sont surtout assemblés à partir de cabernet sauvignon, de cabernet franc et de merlot, parfois complété de côt (malbec), plus rarement du fer servadou ou le mérille. Ils ont souvent une couleur sombre, un bouquet généreux et des saveurs corsées. Les blancs sont assemblés à partir des cépages sémillon, sauvignon blanc et gris, muscadelle essentiellement, auxquels s'ajoutent parfois ugni blanc, ondenc et chenin.

Depuis , dix nouveaux cépages sont autorisés, des « variétés d'intérêt à fin d'adaptation » (VIFA) : cabernet blanc B, cabernet cortis N, monarch N, muscaris B, solaris B, souvignier gris (en) B, soreli B, artaban N, floréal (de) B et vidoc (de) N[17]. En sont rajoutés 18 autres VIFA : bronner B, calys N, coliris N, fleurtai B, johanniter B, lilaro N, opalor B, pinotin N, prior (de) N, sapéravi N, saphira (de) B, sauvignac (de) B, selenor B, sirano N, voltis (de) B, UD-55.100 B, UD-31.125 N et UD-32.078 N[1].

Le cahier des charges de l'IGP autorise sous le nom de périgord la production de vins tranquilles rouges, rosés et blancs, y compris partiellement désalcoolisés (« partiellement » car le degré d'alcool est supérieur à 0,5°) ; le nom du vin peut être complété par le nom d'un ou plusieurs cépages, par la mention « primeur » ou « nouveau », ainsi que l'une des deux unités géographiques plus petites que sont « Dordogne » et « Vin de Domme »[1].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
  2. ↑ Le nom du lieu devient ici le nom du produit, par antonomase : c'est un nom commun, il s'écrit donc avec une minuscule, cf. références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine. Sauf que le cahier des charges rajoute une majuscule au nom du vin, pour le différencier d'un nom générique, principe repris sur les étiquettes et les déclarations.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 « Cahier des charges de l'indication géographique protégée « PÉRIGORD » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  2. ↑ Le vin de pays du Périgord sur le site lefigaro.fr
  3. ↑ La fête du chabrol à Calviac-en-Périgord
  4. 1 2 3 4 Les quatre Périgord
  5. ↑ « Décret modifié n° 68-807 du 13 septembre 1968 abrogeant des dispositions législatives relatives au vin », publié au JORF du .
  6. ↑ « Décret du 25 octobre 1996 relatif aux vins de pays du Périgord », publié au JORF no 257 du .
  7. ↑ « Règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant organisation commune du marché vitivinicole », publié au Journal officiel de l'Union européenne du .
  8. ↑ INAO, « La réforme des vins de pays » [PDF], , p. 5.
  9. ↑ « Liste des noms d'unités géographiques plus petites que l'État membre visées à l'article 51 du règlement (CE) n° 1493/1999 (vins de table avec indication géographique) », publié au Journal officiel de l'Union européenne C 187 du .
  10. ↑ « Arrêté du 28 octobre 2011 relatif à l'indication géographique protégée « Périgord » », publié au JORF no 0261 du .
  11. ↑ « Cahier des charges de l'indication géographique protégée « PÉRIGORD » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  12. ↑ « Cahier des charges de l'indication géographique protégée « PÉRIGORD » » [PDF], homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
  13. ↑ Fiche de l'AOC Bergerac sur le site INAO.gouv.fr, consulté le 4 janvier 2010.
  14. ↑ Climatologie mensuelle moyenne - Bergerac, France, consulté le 4 janvier 2010.
  15. ↑ Relevés des normales à la station météo-france de Bergerac, consultés le 4 janvier 2010.
  16. ↑ Le climat en Périgord pourpre au pays de Bergerac sur le site pays-de-bergerac.com, consulté le 4 janvier 2010.
  17. ↑ « VIFA: les variétés à fin d’adaptation » [PDF], sur fv-bergerac.fr (consulté le ) p. 9.

Voir aussi

modifier