Mouffette d'Amazonie

espèce de mammifère
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Conepatus amazonicus, Conepatus semistriatus amazonicus

Conepatus amazonicus
Description de cette image, également commentée ci-après
Moufette d'Amazonie photographié au sein du Hunting strategies used in the semi-arid region of northeastern Brazil. Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine, 2009.
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mephitidae
Sous-famille Mephitinae
Genre Conepatus

Espèce

Conepatus amazonicus
(H. Lichtenstein, 1838)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Répartition géographique

Description de l'image Conepatus amazonicus map.png.

Synonymes

La Moufette d’Amazonie (Conepatus amazonicus syn. Conepatus semistriatus amazonicus) également connue sous le nom de Moufette de Qitto, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Méphitidés. Ce conépate (Méphitiné du genre Conepatus) serait, selon les bases de données taxonomiques, soit une sous-espèce du Conépate rayé (Conepatus semistriatus) selon ITIS ()[2], soit un espèce distincte selon Mammal Diversity Database ()[1].

Dénominations

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Taxonomie

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Description originale et localité type

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L'espèce a été décrite pour la première fois scientifiquement en 1811 par le naturaliste allemand Alexander von Humboldt dans son ouvrage Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie comparée[5]. Humboldt relate y avoir observé et mesuré un spécimen mâle tué près de Calpi, dans les hautes savanes de Louisa, au pied du Chimborazo, au sein de la région froide du royaume de Quito (actuel Équateur)[5]. Localement désigné sous le nom d'« Atok » par les indigènes quichuas ou de « Zorra » par les Créoles, l'animal est décrit par l'auteur sous la diagnose latine de « Gulo quitensis (Gulo quitensis ater, zonis albis duabus longitudinalibus notatus, cauda ex atro et albo variegata) »[5]. Humboldt caractérise l'espèce, qu'il nomme la « zorra de Quito », par son corps entièrement noir orné de deux bandes blanches longitudinales s'étendant du sommet de la tête jusqu'à l'origine de la queue, cette dernière étant extrêmement touffue, bicolore et représentant environ un tiers de la longueur totale du corps[5]. Le naturaliste souligne également les mœurs nocturnes de cette moufette, son habitude de piller les cultures de pommes de terre (Solanum tuberosum) pour y débusquer des insectes ainsi que la possession de puissantes glandes anales sécrétant une odeur fétide redoutable, bien que jugée légèrement moins tenace que celle de Viverra mapurito (le Conépate rayé)[5].

En 1838, le médecin et zoologue allemand Martin Hinrich Carl Lichtenstein décrit à son tour l'espèce sous le nom de Mephitis amazonica[6], en indiquant pour seule localité type : « habite dans la région du fleuve Amazone »[6]. Le collecteur d'origine, un voyageur nommé Mawe (ou Mauve), avait parcouru les États brésiliens de Ceará, Maranhão et Pará[7]. En raison de l'immensité de la région drainée par l'Amazone, la localité type a été restreinte par la suite au « Sitio Barreiros, municipalité de São Benedito, État de Ceará, Brésil »[8], zone dont provient le matériel type de référence (sous le code MN 29990 — neotype) déposé au Musée national du Brésil à Río de Janeiro[9].

Systématique moderne

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Bien que les populations de conépates du centre et de l'est du Brésil aient été historiquement identifiées sous le nom de Conepatus semistriatus (que l'on croyait répartie de manière continue depuis le Mexique jusqu'au nord-est du Brésil)[10],[11], les révisions génétiques et zoogéographiques récentes ont permis de valider l'utilisation du nom spécifique Conepatus amazonicus pour désigner ces populations[12].

En effet, les populations de C. semistriatus au sens strict n'occupent que le nord-ouest de l'Amérique du Sud (jusqu'en Colombie et à l'ouest du Venezuela)[13],[14]. Elles sont séparées des moufettes du nord-est du Brésil par les Guayanes[15],[16], l'est du Venezuela et les parties centrales et inférieures de la forêt amazonienne[17],[18],[19],[20], des zones d'où le genre Conepatus est naturellement absent.

En 2013, une étude phylogénétique approfondie utilisant des marqueurs d'ADN mitochondrial (Cytb, COI, CR) a révélé qu'un spécimen du Mexique (localité type de C. semistriatus) appartenait à un clade totalement distinct des spécimens issus du Cerrado et de la Caatinga brésilienne (États de Goiás, Minas Gerais et Piauí), confirmant que ces populations n'appartiennent pas à la même espèce[21]. Suite à ces résultats, Anderson Feijó et Alfredo Langguth ont formellement séparé les populations du nord-est brésilien en leur attribuant le premier nom scientifique disponible prioritaire : Conepatus amazonicus (Lichtenstein, 1838), élevant ainsi le taxon au rang d'espèce distincte[9]. Cette réévaluation a été adoptée dans la liste actualisée des mammifères du Brésil publiée en 2020[22].

Néanmoins, bien que cette scission soit reconnue par les spécialistes, l'appellation globale de Conepatus semistriatus demeure historiquement très ancrée et conservée par défaut dans les évaluations de certaines listes rouges internationales et nationales comme celle de l'UICN[23]. Physiquement, cette moufette est caractérisée par un long nez large et glabre, et un corps noir marqué de deux bandes blanches longitudinales sur le dos[12].

Phylogénie

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Phylogénie des Méphitinés basée sur le superarbre de Nyakatura & Bininda-Emonds (2012)⁠[24], modifié au niveau du genre Conepatus pour positionner la Moufette de Humboldt sur une branche adjacente au Chinga, conformément aux affinités génétiques discutées par Schiaffini et al. (2013)[25] :

 Mephitinae 

 Genre Mouffette Mephitis 

 Mouffette macroure (Mephitis macroura)



 Mouffette rayée (Mephitis mephitis)




 Genre Moufettes tachetées (Spilogale) 

 Spilogale naine (Spilogale pygmaea)





 Moufette gracile (Spilogale gracilis)



 Spilogale leucoparia






 Spilogale putorius



 Moufette interrompue (Spilogale interrupta)





 Spilogale angustifrons (Spilogale angustifrons)



 Spilogale yucatanensis







 Genre Conépate Conepatus 


 Chinga (Conepatus chinga)



 Moufette de Humboldt (Conepatus humboldtii)




 Conépate à dos blanc (Conepatus leuconotus)





 Conépate rayé (Conepatus semistriatus)



 Moufette d’Amazonie (Conepatus amazonicus)





Description

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Caractéristiques physiques

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La moufette d’Amazonie est un Méphitiné de taille moyenne, mesurant environ 328 mm de longueur de la tête-corps[9]. La coloration dominante de sa fourrure est d'un noir profond sur les membres, le museau, le ventre et le corps. Ce fond sombre contraste fortement avec deux larges bandes blanches longitudinales sur le dos, qui s'unissent sur le dessus de la tête et s'étendent vers l'arrière jusqu'à la base de la queue ou la région antérieure de la croupe (la longueur et la largeur de ces bandes blanches peuvent varier selon les individus)[9].

Le poil de la tête est court et le rhinarium est contourné par de longues vibrisses. Ses oreilles sont relativement courtes et se caractérisent par un petit toupet de poils blancs situé à la base de leur bord postérieur.

La queue mesure environ 182 mm et possède une fourrure particulièrement dense, avec des poils nettement plus longs que ceux du dos. La coloration de la queue est majoritairement blanche : seul le premier tiers basal présente des poils noirs, le reste étant composé de longs poils blancs parsemés de rares poils noirs jusqu'à l'extrémité. Les membres sont courts et robustes, les pattes antérieures étant pourvues de griffes très développées adaptées au fouissage. Sa formule dentaire s'écrit : i 3/3, c 1/1, p 2/3, m 1/2[9].

Caractéristiques distinctes et différences des autres espèces

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La Moufette d'Amazonie se distingue de sa congénère Conepatus chinga par la coloration de sa queue, qui est à prédominance blanche (alors que celle de C. chinga est noire ou grisâtre), ainsi que par ses bandes blanches dorsales qui ont tendance à être plus longues et plus rapprochées les unes des autres[26].

Dimorphisme sexuel

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La Moufette d'Amazonie présente un dimorphisme sexuel marqué au niveau corporel et dentaire, mis en évidence pour la première fois en 2024[27]. Les mâles s'avèrent environ 30 % plus lourds que les femelles, avec un poids moyen de 2,56 kg contre 1,96 kg pour ces dernières[27]. En accord avec l'hypothèse de la sélection sexuelle, les mâles possèdent également des pattes de plus grande taille ainsi qu'une dentition plus développée que celle des femelles[27].

Écologie et comportement

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Individu pris de nuit à Mato Grosso du Sul.

Habitat et répartition

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L'aire de répartition de la Moufette d'Amazonie s'étend principalement à travers le biome du Cerrado. Une étude publiée en 2018 a permis de documenter pour la toute première fois la présence de l'espèce dans l'État du Mato Grosso au Brésil, élargissant son aire de répartition connue d'environ 200 kilomètres vers l'ouest par rapport aux limites précédemment établies, qui s'arrêtaient au niveau du parc national das Emas, dans l'État de Goiás[12]. Les occurrences répertoriées, enregistrées entre 2009 et 2015, se situent majoritairement dans des habitats de savane boisée typiques du Cerrado[12]. La première et unique observation confirmée de l'espèce au sein d'une zone protégée de cette région a été réalisée en janvier 2015 dans le parc écologique João Basso, à proximité de Rondonópolis[12]. Toutefois, cette présence demeure localisée et strictement restreinte au sud-est du Mato Grosso, sa progression géographique vers d'autres secteurs étant entravée par des barrières naturelles majeures, notamment le fleuve Araguaia à l'est, les reliefs montagneux des serra de São Jerônimo et des Coroados à l'ouest et au nord-ouest, ainsi que par les zones humides inondables du Pantanal au sud[12].

Ce carnivore solitaire et opportuniste s'établit préférentiellement dans les milieux ouverts, les savanes et les prairies, se montrant particulièrement commune au Brésil dans les biomes du Cerrado et de la Caatinga[23]. Historiquement, les massifs forestiers denses étaient considérés comme des barrières géographiques infranchissables pour ce genre de méphitidés[23]. Cependant, des analyses spatiales publiées en 2020 révèlent une plasticité écologique et une tolérance aux modifications anthropiques bien plus importantes qu'estimé, l'animal colonisant désormais des milieux forestiers denses comme la Forêt Atlantique ainsi que des zones profondément modifiées par l'agriculture[23]. Paradoxalement, la fragmentation des forêts induite par l'homme et la création de pistes de terre agricole facilitent les déplacements et les stratégies de recherche de nourriture de cette moufette au sein des massifs boisés denses[23].

Ces capacités d'adaptation s'accompagnent d'une expansion territoriale majeure, près de 30 % des observations récentes se situent en dehors des limites historiques de sa distribution connue[23]. Cette mise à jour géographique étend l'aire de répartition de l'espèce de 449 118 km², pour un territoire total dépassant désormais 3,5 millions de km² au Brésil[23]. Sa présence s'étire dorénavant 284 kilomètres plus à l'est, atteignant le littoral de l'État d'Espírito Santo, ainsi qu'au nord-ouest, dans les zones de transition (écotones) entre le Cerrado et la forêt amazonienne[23].

Activité

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Un individu pris à Chapadão do Céu.

Une étude éco-morphologique menée dans le Brésil central démontre que cette moufette développe l'essentiel de ses activités pendant la nuit, avec environ 93 % des enregistrements par pièges photographiques concentrés entre le coucher et le lever du soleil[27].

Régime alimentaire

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Dans les agroécosystèmes du Brésil central, l'alimentation de la Moufette d'Amazonie repose de manière critique sur la consommation d'invertébrés, en particulier les insectes, pour lesquels elle possède des adaptations comportementales et morphologiques facilitant la prédation de proies à faible résistance physique[27]. Avec une largeur de niche trophique intermédiaire évaluée à 0,545, l'espèce ne peut être classée ni comme spécialiste ni comme généraliste[27]. Les mâles et les femelles présentent un chevauchement de niche presque total (0,94), et la diversité des éléments consommés n'est pas altérée par la proximité des centres urbains[27]. Par son rôle écologique prédominant de prédateur d'insectes, cette espèce est considérée comme le principal organisme omnivore-insectivore de taille moyenne occupant la savane brésilienne (Cerrado)[27].

Interactions avec l’Homme

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Statut de conservation et menaces

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À l'échelle globale, la Moufette d'Amazonie, classée sous le taxon générique du Conépate rayé (Conepatus semistriatus), est répertoriée en « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN en raison d'une large distribution théorique et d'une relative tolérance aux perturbations anthropiques. Cependant, ce statut global masque une grande rareté à l'échelle locale : dans l'État du Mato Grosso, l'espèce s'avère particulièrement rare et n'occupe en réalité que 13 % du territoire qui lui était théoriquement attribué sur les cartes de répartition mondiales, ce qui a conduit les chercheurs à préconiser son inscription sur la liste rouge des espèces menacées au niveau régional[12]. La principale menace pesant sur ces populations est le trafic routier, qui engendre une forte mortalité par collision[12]. Sur les huit premiers signalements officiels documentés dans l'État, trois concernaient des animaux retrouvés morts écrasés le long des axes routiers majeurs, en particulier les autoroutes BR-364 et BR-163[12]. L'utilisation intensive des pesticides dans les zones agricoles environnantes constitue également une menace émergente nécessitant des études approfondies[12].

Pourtant, cette moufette démontre une tolérance remarquable envers les agroécosystèmes : l'analyse de son paysage montre que plus de 43 % de ses occurrences se situent dans des zones où la couverture agricole dépasse les 50 % dans un rayon de 2 000 mètres. Malgré cette forte résilience face aux paysages profondément modifiés par les activités humaines, sa persistance à long terme dépend de la préservation de structures paysagères minimales. Les biologistes soulignent ainsi la nécessité absolue de maintenir et de protéger de petites parcelles de végétation indigène au cœur de ces plaines cultivées, ces îlots jouant un rôle de refuge écologique indispensable pour assurer la survie des populations sur le long terme.

Notes et références

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Références

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    Le nom vernaculaire est attribué à Conepatus semistriatus, dont Conepatus amazonicus O. Thomas, 1901 est un synonyme.
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Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

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