Henri de La Rochejaquelein
Maquette du château de la Durbelière, à la mairie de Saint-Aubin-de-Baubigné.

Portrait d'Henri Louis Auguste du Vergier de La Rochejaquelein, père d'Henri, en 1788.

Portrait de Constance Lucie Bonne de Caumont, mère d'Henri, XVIIIe siècle.

Henri de la Rochejaquelein est proclamé chef par des paysans vendéens, huile sur toile d'Eugène Gluck, 1873, Historial de la Vendée, Les Lucs-sur-Boulogne.

La Rochejaquelein, huile sur toile de Julien Le Blant, 1879.
Passage du pont de Vrine, lithographie de Godefroy Engelmann, d'après un dessin de Charpentier et Pasquier, XIXe siècle.
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Prise de Thouars, le 5 mai 1793, lithographie de Godefroy Engelmann, d'après un dessin de Charpentier et Pasquier, XIXe siècle.
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Louis de Lescure, huile sur toile de Robert Lefèvre, 1818, musée d'Art et d'Histoire de Cholet.
![Carte de la Vendée militaire en mai et juin 1793.]()
Carte des offensives vendéennes de mai et juin 1793
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Portrait de François-Joseph Westermann, miniature de Jean-Baptiste Jacques Augustin, 1793.
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La Durbelière, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1856.
![Gravure représentant les corps de plusieurs insurgés vendéens à l'entrée de la ville de Luçon?]()
Vue de Luçon, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1860.
![Portrait du générak Kléber.]()
Jean-Baptiste Kléber, huile sur toile Jean-Urbain Guérin, 1798, Nationalmuseum, Stockholm.
![Carte de la Vendée militaire du 25 septembre au 18 octobre 1793.]()
Carte des combats en Vendée du 25 septembre au 18 octobre 1793.
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Henri de La Rochejaquelein au combat de Cholet, 17 octobre 1793, huile sur toile de Paul-Émile Boutigny, 1899, musée d'Art et d'Histoire de Cholet.
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Le Général Lescure blessé passe la Loire à Saint-Florent, huile sur toile de Jules Girardet, 1882, musée Birkenhead.
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Vitrail de l'église Saint-Pavin du Pin-en-Mauges, réalisé par Jean Clamens, 1897.
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Parcours de l'armée vendéenne pendant la Virée de Galerne.
![Peinture représentant La Rochejaquelein, debout, le prince de Talmont assis sur une chaise face à une table ou est présentée une carte et Jean Chouan, de dos, au milieu d'une foule d'hommes et des femmes sur une place de la ville.]()
Henri de La Rochejaquelein, le prince de Talmont et Jean Chouan à Mayenne en 1793, huile sur toile de Lucien Nouël de Latouche, 1864, historial de la Vendée.
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Henri de La Rochejaquelein, huile sur toile de Pierre-Narcisse Guérin, 1816.
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La bataille du Mans, huile sur toile de Jean Sorieul, 1852, musée de la Reine Bérengère, Le Mans.
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Vue en 2009 des ruines du château de la Durbelière.
La Mort de Henri de La Rochejaquelein, huile sur toile d'Alexandre Bloch, 1889, Musée Dobrée, Nantes.
![Monument élevé à la mémoire de Henri de La Rochejaquelein, près de Nuaillé, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1860.]()
Monument élevé à la mémoire de Henri de La Rochejaquelein, près de Nuaillé, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1860.
Cénotaphe de La Rochejacquelin entre Nuaillé et Cholet.
![Tombeau d'Henri de la Rochejaquelein dans l'église de Saint-Aubin-de-Baubigné.]()
Tombeau d'Henri de la Rochejaquelein dans l'église de Saint-Aubin-de-Baubigné.
![Statue d'Henri de La Rochejaquelein au musée des Augustins, réalisée en 1895 par Alexandre Falguière.]()
Statue d'Henri de La Rochejaquelein au musée des Augustins, réalisée en 1895 par Alexandre Falguière.
Statue d'Henri de La Rochejaquelein à Saint-Aubin-de-Baubigné, réalisée en 1895 par Alexandre Falguière.
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Portrait de Henri de La Rochejaquelein dans l'édition de 1809 des Guerres de Vendée d'Alphonse de Beauchamp.
Henri du Vergier de La Rochejaquelein, né le au château de la Durbelière, à Saint-Aubin-de-Baubigné (Poitou), et mort le à Nuaillé (Maine-et-Loire), est un militaire français et général vendéen. Il l'un des chefs de l'armée catholique et royale au cours de la guerre de Vendée, pendant la Révolution française.
Il est généralissime de l'Armée catholique et royale, succédant à Maurice d'Elbée, d' jusqu'à sa mort.
Il est le frère de Louis et d'Auguste du Vergier de La Rochejaquelein qui sont également militaires au sein de l'armée vendéenne.
Biographie
modifierFamille
modifierHenri de La Rochejaquelein naît le au château de la Durbelière, à Saint-Aubin-de-Baubigné, dans la province du Poitou[1]. Il est le deuxième enfant et le premier fils du marquis Henri Louis Auguste du Vergier de La Rochejaquelein (1749-1802) et de Constance Lucie Bonne de Caumont (1749-1798)[1]. Il a pour frères et sœurs, Constance, née en 1770 ; Anne, née en 1774 ; Louis, né en 1777 ; Louise, née en 1780 ; Auguste, né en 1784 ; et Lucie, née en 1788[2].
Henri de La Rochejaquelein appartient à une famille de la haute noblesse[3]. Son père est présenté au château de Versailles et obtient les honneurs de la Cour[3]. Henri passe son enfance au château de la Durbelière[2]. En 1782, son père le fait admettre à l'école royale militaire de Sorèze, dans le Languedoc[4]. Il a notamment pour compagnon de chambre son cousin, Pierre Constant de Suzannet[5]. Sorti de l'école en 1785, il entre à 13 ans comme sous-lieutenant dans le régiment Royal-Pologne cavalerie, acheté par son père l'année précédente[5]. Caserné initialement à Niort, le régiment passe en garnison à Landrecies, puis revient à Niort, pour ensuite aller à Libourne[5]. En 1788, le père d'Henri est promu maréchal de camp et le régiment passe au duc d'Aiguillon[5].
Début de la Révolution française
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Henri de La Rochejaquelein a 16 ans lorsque débute la Révolution française[5]. Son père participe à Poitiers à la rédaction des cahiers de la noblesse mais échoue à se faire élire député aux états généraux[6].
Le , Henri participe à la Fête de la Fédération, à Paris et prête serment à la nation, à la loi et au roi[7]. Le , le régiment Royal-Pologne devient le 5e régiment de cavalerie[8].
Le père d'Henri est quant à lui proche des monarchiens[8] et est un des fondateurs du Club de l'hôtel de Massiac[9]. Il émigre à l'été 1791, après la fuite de Varennes, mais il rentre à Paris en automne[10]. En décembre 1791, il embarque avec sa femme et une partie de sa famille pour Saint-Domingue, où il possède une plantation sucrière de 250 esclaves[11],[9].
En , Henri de La Rochejaquelein est nommé par le roi pour rejoindre sa Garde constitutionnelle[11]. Après peut-être quelques hésitations, il accepte en janvier 1792[11]. Il sert alors dans la cavalerie, sous les ordres de Louis Charles d'Hervilly[11]. Le , à l'Hôtel de ville de Paris, la Garde prête serment à la Nation, à la loi et au roi, en présence de Louis XVI et du maire Jérôme Pétion de Villeneuve[12]. Elle est cependant dissoute le 29 mai[13].

La Rochejaquelein reste à Paris et demeure à l'Hôtel d'Angleterre, rue Jacob[14]. Il y retrouve son cousin, Louis de Lescure, marié l'année précédente à Victoire de Donnissan[14].
Le , il participe à la défense du palais des Tuileries au sein de la compagnie dirigée par Vioménil et d'Hervilly, postée dans la galerie des Carraches[15]. Il parvient à échapper au massacre et à quitter Paris quelques jours plus tard[16].
Le , La Rochejaquelein regagne son château de la Durbelière[17], désormais vide, alors qu'au même moment le nord du département des Deux-Sèvres est le théâtre d'une insurrection paysanne s'opposant à une levée de volontaires pour rejoindre les armées[18]. La petite ville de Châtillon-sur-Sèvre, voisine de la Durbelière, est prise le même jour par les insurgés, mais ces derniers subissent deux jours plus tard une lourde défaite devant les murs de Bressuire[18],[19].
Lescure invite alors La Rochejaquelein à le rejoindre à son château de Clisson, à Boismé, près de Bressuire[18]. Il y retrouve notamment Victoire de Donnissan, Guy Joseph de Donnissan et Gaspard de Bernard de Marigny[18]. Tous mènent alors une existence discrète et cherchent à ne pas se faire remarquer des autorités patriotes[18]. La Rochejaquelein et Lescure passent leurs journées à lire pour accroître leur connaissance de l'art de la guerre[18]. La Rochejaquelein lit notamment à plusieurs reprises une biographie du maréchal Turenne[18]. Fin janvier 1793, ils apprennent l'exécution de Louis XVI[18]. Selon Victoire de Donnissan : « Ce ne fut pendant plusieurs jours, que des larmes dans toute la maison »[18].
L'insurrection vendéenne
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Le , la Convention nationale décrète une levée en masse de 300 000 hommes afin de faire face aux armées de la coalition[20]. Au nord des Deux-Sèvres, le tirage au sort est fixé le 7 avril, à Bressuire[20].
La levée en masse provoque de nombreux soulèvements populaires dans l'Ouest de la France et entraîne le début de la guerre de Vendée. Dans le nord des Deux-Sèvres, la petite ville de Châtillon-sur-Sèvre, située près du château de la Durbelière, est prise par les insurgés le 15 mars[21], mais la région de Bressuire reste encore relativement calme, marquée par l'échec de l'insurrection d'août 1792. Étant lui-même concerné par le décret, qui s'applique à tous les célibataires âgés de 18 à 40 ans, La Rochejaquelein quitte Boismé le et regagne la Durbelière dans le but de rallier les insurgés[20]. Lescure pense d'abord le suivre mais reste finalement à Boismé pour préserver ses proches[20]. Ceux-ci sont cependant arrêtés préventivement le par les patriotes et assignés à résidence à Bressuire[22],[23].
La Rochejaquelein gagne alors le Maine-et-Loire pour rejoindre l'« Armée d'Anjou » commandée par Maurice d'Elbée, Charles de Bonchamps, Jacques Cathelineau et Jean-Nicolas Stofflet[24]. Il leur propose ses services, mais ces derniers viennent d'essuyer plusieurs défaites à Coron et Chemillé, contre les forces républicaines du général Berruyer[25]. Alors en pleine retraite sur Tiffauges, ils lui répondent qu'ils considèrent le soulèvement voué à l'échec et qu'ils songent à disperser l'armée[25],[26]. La Rochejaquelein se résout alors à regagner la Durbelière[25].

Le , une colonne républicaine de 2 500 hommes commandée par le général Pierre Quétineau sort de Bressuire et s'empare le lendemain des Aubiers, près de Châtillon-sur-Sèvre[27]. Quelques paysans, à la recherche d'officiers de métier pour les diriger, se rendent alors à la Durbelière et proposent à La Rochejaquelein de se mettre à leur tête, lui promettant près de 10 000 hommes au prochain rassemblement[24]. Celui-ci accepte[24]. Le lendemain, le tocsin retentit dans les environs de Châtillon-sur-Sèvre et plusieurs milliers de paysans se rassemblent à la Durbelière[28]. À cette occasion, La Rochejaquelein prononce une harangue restée célèbre, rapportée par Victoire de Donnissan dans ses mémoires : « Mes amis, si mon père était ici, il vous inspirerait plus de confiance, mais à peine vous me connaissez et je suis un enfant ; j'espère que je vous prouverai au moins par ma conduite, que je suis digne d'être à votre tête. Si j'avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi ! »[28],[29].
Le , La Rochejaquelein attaque Quétineau aux Aubiers[28]. Les républicains se déploient à quelques centaines de mètres du bourg, avant de se replier sur le cimetière[28]. Les insurgés s'infiltrent alors dans les maisons et les jardins, depuis lesquels ils ouvrent le feu[30]. Réputé habile tireur, La Rochejaquelein lâche 200 coups dissimulé derrière une haie, ses compagnons lui passant des fusils tout chargés[30]. Découragés, les républicains battent en retraite sur Bressuire, abandonnant trois canons aux insurgés[22].
Après ce premier succès, La Rochejaquelein rejoint l'armée d'Anjou à Tiffauges en apportant de la poudre et des munitions, qui faisait grandement défaut aux insurgés[22]. Revigorés par ce secours, les Vendéens se mettent en marche sur Cholet le [31], au nombre de 20 000 hommes[32]. Le 19 avril, ils battent la colonne de Leigonyer à Vezins, puis celle de Gauvilliers à Beaupréau le 22[31]. Berruyer se replie alors avec le reste de ses forces sur ses positions de départ, aux Ponts-de-Cé[31].
Offensives de l'Armée catholique et royale sur Thouars et Fontenay-le-Comte
modifierL'offensive républicaine dans les Mauges ayant ainsi été repoussée, l'armée d'Anjou rassemble 20 000 à 30 000 hommes[33] à Cholet entre le 26 et le [34]. Les insurgés mettent en place une structure militaire en formant le une « Armée catholique et royale » mais sans commandement unifié[35].
Cette armée se porte ensuite dans les Deux-Sèvres pour s'opposer aux forces du général Quétineau. Les Vendéens commencent par prendre Argenton-Château le [36]. Quétineau évacue alors Bressuire pendant la nuit et se replie sur Thouars[36]. Quelques heures plus tard, l'armée vendéenne fait son entrée dans la ville et libère les prisonniers oubliés sur place, notamment Lescure, Marigny et Donnissan, qui rejoignent l'armée insurgée[37],[38],[39].

Le , les Vendéens lancent l'assaut sur la ville de Thouars[40]. Ils se heurtent alors aux 3 000 à 5 000 hommes du général Quétineau, retranchés derrière trois ponts et un gué aux abords de la ville[41]. Lescure et La Rochejaquelein mènent l'attaque du pont de Vrines, mais les républicains parviennent à les contenir toute la matinée[41]. Finalement, en début d'après-midi, Lescure, La Rochejaquelein, un chef nommé Forest et un paysan s'élancent sur le pont et parviennent à entraîner leurs hommes, ce qui provoque la fuite des défenseurs[41],[42]. Les Vendéens se ruent ensuite sur les remparts et forment des brèches sur les points les plus faibles des murs, aux moyens de piques et de pioches[41]. La Rochejaquelein se hisse lui-même sur les épaules d'un combattant nommé Toussaint Texier et agrandit de ses mains une brèche de la muraille, depuis laquelle il fait ensuite feu sur les patriotes[41],[43]. Les insurgés parviennent finalement à enfoncer la porte et entrent dans la ville[41]. En fin d'après-midi, le général Quétineau capitule[44]. Celui-ci est traité courtoisement par les officiers royalistes qui l'invitent à dîner avec eux dans la soirée[45]. Il est pris à partie par Stofflet qui exige qu'ils rendent ses armes, mais Lescure et La Rochejaquelein s'interposent et l'autorisent à les conserver[46]. Le , les 3 000 prisonniers républicains sont relâchés contre le serment de ne plus porter les armes contre la Vendée[47],[48],[43]. Quétineau est libéré à son tour le lendemain[49].
L'armée vendéenne poursuit ensuite sa progression vers le sud et s'empare de La Châtaigneraie le . Le 16, Lescure et La Rochejaquelein commandent le flanc gauche lors de l'attaque de Fontenay-le-Comte mais l'assaut est repoussé par les troupes du général Chalbos[50]. L'armée vendéenne reforme cependant ses troupes et lance une nouvelle attaque le [51]. Cette fois, les républicains sont mis en déroute et laissent 3 000 prisonniers qui sont libérés sous serment[51].
Le , l'Armée catholique et royale se réorganise en trois branches : l'armée d'Anjou et du Haut-Poitou, la plus importante, surnommée la « Grande Armée » ; l'armée du Centre et l'armée du Bas-Poitou et du Pays de Retz[35].
Prise de Saumur
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Le , l'armée vendéenne lance une nouvelle offensive, cette fois contre la ville de Saumur, défendue par environ 10 000 à 15 000 hommes et cinq généraux : Duhoux d'Hauterive, Menou, Berthier, Santerre et Coustard de Saint-Lo[52]. Elle s'empare d'abord de Doué-la-Fontaine le , puis de Montreuil-Bellay le 8 et arrive devant Saumur le 9[52]. La Rochejaquelein est placé sur l'aile droite, au sud-est de la ville[53],[54]. Il s'empare de la redoute de Varrains et entre le premier dans la ville, accompagné seulement de Pierre-Louis de La Ville-Baugé[55],[54]. Arrivés sur la place Saint-Pierre, les deux hommes tombent sur les républicains en train de fuir en direction du pont Cessart[55],[56]. Une fois rejoint par ses hommes, La Rochejaquelein se lance à la poursuite des fuyards sur la route de Thouars, puis rentre à Saumur en ramenant un grand nombre de prisonniers[55]. Le lendemain, les défenseurs du château de Saumur et des redoutes de Bournan, assiégés, se rendent[55],[56].
La bataille de Saumur est alors la plus lourde défaite des républicains en Vendée. Ces derniers laissent sur place environ 1 500 hommes tués ou blessés, 4 000 à 11 000 prisonniers, 10 000 à 15 000 fusils, 50 à 80 canons et 50 000 livres de poudre[56],[57],[58]. Les prisonniers républicains sont par la suite relâchés contre le serment de ne plus combattre en Vendée et leurs cheveux sont rasés afin qu'ils puissent être reconnus en cas de parjure[59]. Les Vendéens ouvrent également les prisons et ont la surprise d'y trouver le général Pierre Quétineau, mis aux arrêts après sa défaite à Thouars[57],[60]. Remis en liberté, il rejoint les républicains à Tours mais il est à nouveau arrêté et envoyé à Paris[36], où il est condamné à mort et guillotiné pour trahison le [61].
De leur côté, les chefs vendéens décident de nommer un généralissime et élisent Jacques Cathelineau le [57]. D'autres officiers, comme Charles d'Autichamp et Antoine-Philippe de La Trémoille, prince de Talmont, rejoignent également l'armée vendéenne à cette période[57]. Lors du conseil de guerre, La Rochejaquelein et Stofflet sont d'avis de marcher sur Paris mais la plupart des chefs estiment que jamais leurs hommes n'accepteront de marcher si loin[62],[63]. Cathelineau se rallie alors aux officiers qui sont d'avis de marcher sur Nantes pour ranimer l'insurrection en Bretagne[62]. Le nouveau généralissime nomme également La Rochejaquelein, gouverneur de la ville de Saumur[62].
L'armée vendéenne se remet ensuite en mouvement et occupe sans combattre la ville d'Angers le , avant de marcher sur Nantes[64]. Resté à Saumur, La Rochejaquelein voit cependant sa petite garnison fondre en raison de l'habitude qu'ont les insurgés à quitter l'armée après les combats pour regagner leurs foyers et leurs champs[65]. Il est finalement contraint d'abandonner la ville la nuit du 25 au , n'ayant alors plus que huit hommes avec lui[65],[59]. De son côté, Cathelineau échoue à prendre Nantes les 29 et et est blessé mortellement au cours des combats[65].
Raid de Westermann sur Châtillon
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Vers la fin du mois de juin, alors que le gros de l'armée vendéenne combat à Nantes et Saumur, le général républicain François-Joseph Westermann lance une offensive depuis la ville de Niort[66]. Le , il commence par prendre Parthenay où il met en déroute les troupes de Lescure[66]. Les 1er et 2 juillet, il incendie le bourg d'Amailloux et le château de Clisson à Boismé, puis il occupe la ville de Bressuire[67],[68]. La Rochejaquelein rejoint alors Lescure à Châtillon-sur-Sèvre afin de défendre la place, mais ils sont battus le au combat du bois du Moulin-aux-Chèvres[67],[68]. Maître de Châtillon, Westermann fait aussitôt incendier le château de la Durbelière[66],[68].
La Rochejaquelein et Lescure se replient sur Cholet où ils sont rejoints par Bonchamps, Stofflet et Marigny, tout juste revenus de Nantes[66],[68]. La « Grande Armée » est alors réunie à l'appel du tocsin et marche sur Châtillon le [66],[68]. Cette fois largement supérieurs en nombre, les Vendéens écrasent les troupes de Westermann qui ne s'échappe qu'avec 300 de ses 6 000 hommes, tous les autres étant tués ou faits prisonniers[66],[68].
La Grande Armée regagne ensuite l'Anjou pour s'opposer au général Pilotte de La Barollière, sorti de Saumur. Elle est repoussée le à Martigné-Briand[66], mais les républicains sont battus à Vihiers trois jours plus tard et se replient sur Saumur[69].
Le , Maurice d'Elbée est élu généralissime pour succéder à Cathelineau[70]. L'Armée catholique et royale réorganise également le territoire insurgé en quatre divisions[71]. Celle du Poitou est donnée à Lescure[71],[72], qui prend La Rochejaquelein pour second[73].
Le , La Rochejaquelein tente un raid sur Loudun avec une poignée d'hommes[74]. Il y capture sept gendarmes, brûle les archives et enlève la caisse du district avant de rétrograder[74].
Défaites à Luçon
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Après son élection, d'Elbée décide de son porter au sud de la Vendée afin de venir en aide à l'armée de Centre de Royrand, en difficulté contre les troupes du général Tuncq[75]. Le 30 juillet, La Rochejaquelein participe à un assaut lancé sur la ville de Luçon, mais celui-ci est complètement repoussé[75]. Le 14 août, D'Elbée fait une nouvelle tentative, avec cette fois l'aide de Charette[76],[77]. Le généralissime adopte alors un plan proposé par Lescure, qui prévoit une marche en ordre oblique, de la gauche vers la droite[77]. Cependant ce plan s'avère trop complexe pour les paysans insurgés qui s'ébranlent en désordre[76],[77]. Charette attaque trop tôt, tandis que La Rochejaquelein, à la tête du troisième échelon, ne reçoit pas l'ordre de marcher et reste immobile[76],[77]. L'artillerie républicaine fait des ravages dans sur la plaine dégagée et les Vendéens finissent par céder à la panique[76],[77]. Selon les sources, ils laissent entre 1 200 et 5 000 morts dans ce désastre[77].
Victorieux les républicains investissent la petite ville de Chantonnay, mais les Vendéens la reprennent le 5 septembre[76],[78]. La Rochejaquelein prend notamment d'assaut le camp fortifié et obtient la reddition des patriotes[76].
Offensive de l'Armée de Mayence
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Le , la Convention nationale adopte le « décret relatif aux mesures à prendre contre les rebelles de Vendée », qui ordonne notamment le déploiement dans l'Ouest de l'Armée de Mayence, commandée par les généraux Aubert du Bayet et Jean-Baptiste Kléber[79],[80]. Le , à Tours, le général Canclaux, commandant de l'Armée des côtes de Brest, basée à Nantes, et le général Rossignol, commandant de l'Armée des côtes de La Rochelle, basée à Angers et Saumur, mettent au point un plan de campagne visant à prendre en tenailles les armées vendéennes[81]. Le , les Mayençais font leur entrée à Nantes[79]. Le 8, ils lancent l'attaque sur la Vendée[81].
Le 13 septembre, La Rochejaquelein livre un premier combat contre les troupes de Rossignol à Martigné-Briand[82]. Les républicains sont repoussés, mais le chef vendéen est touché au pouce par une balle qui lui laboure ensuite le bras[82],[Note 1].
Cette blessure éloigne La Rochejaquelein des champs de bataille pendant quelques jours[82]. Il doit porter le bras en écharpe, ce qui lui interdit le maniement du sabre[82]. Il se fait soigner à Saint-Aubin-de-Baubigné et s'entraîne à tirer au pistolet de la main gauche[82]. Il manque ainsi la bataille de Torfou, le 19 septembre, où les armées vendéennes repoussent les Mayençais, qui se replient sur Nantes[82].
Destruction de Châtillon
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Après la défaite de Torfou, le général Jean-Baptiste-Camille de Canclaux met en place un nouveau plan de campagne et décide de faire marcher « deux masses de combattants » pour converger sur Cholet[84]. Cette première « masse » est formée à Nantes par l'Armée de Mayence et l'Armée des côtes de Brest qui repartent à l'offensive le [84]. La deuxième est formée par trois colonnes de l'Armée des côtes de La Rochelle qui font leur jonction à Bressuire le 8 octobre et rassemblent 11 000 hommes commandés par Chalbos et Westermann[85]. Une troisième colonne, commandée par Bard et Marceau, sort également de Luçon pour aller renforcer les Mayençais[86].
Alors que D'Elbée et Bonchamps affrontent les Mayençais, Lescure, La Rochejaquelein et Stofflet n'arrivent à réunir que 6 000 hommes contre l'Armée des côtes de La Rochelle et sont mis en déroute le 9 octobre au bois du Moulin-aux-Chèvres[85]. Les républicains occupent alors Châtillon-sur-Sèvre, siège du Conseil supérieur de la Vendée, et Westermann fait aussitôt incendier plusieurs bourgs des environs, ainsi que le château de la Durbelière, pour la seconde fois[85],[87].
Le 11 octobre, D'Elbée et Bonchamps rejoignent Lescure et La Rochejaquelein pour mener une contre-attaque sur Châtillon[85],[87]. Les républicains sont cette fois battus et se replient sur Bressuire[85],[87]. Selon les Souvenirs d'une jeune vendéenne, Pauline Gontard des Chevalleries, au cours de la poursuite La Rochejaquelein commet de manière inhabituelle une « horrible action » en abattant d'un coup de pistolet un soldat républicain venu se rendre[87].
Les Vendéens réinvestissent Châtillon, mais au cours de la nuit, le général Westermann lance un raid avec ses cavaliers et quelques fantassins portés en croupe[85]. Au « Qui Vive ? » des sentinelles, Westermann répond : « La Rochejaquelein »[85]. Les républicains se répandent alors dans les rues, où ils surprennent les insurgés dans leur sommeil, incendient les bâtiments et massacrent les habitants, dont des femmes et des enfants[85],[87],[88]. Le lendemain matin, les généraux vendéens trouvent la petite ville en ruine et se replient sur Cholet[85].
Bataille de Cholet
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Le 15 octobre, les Vendéens sont battus par la colonne de Luçon à la bataille de La Tremblaye et Lescure est grièvement blessé d'une balle à la tête[89],[90]. À court de munitions, les Vendéens sont contraint d'abandonner Cholet le lendemain pour aller se réapprovisionner à Beaupréau[89],[90]. Cholet est alors investie par les Mayençais de Kléber, bientôt rejoints par les troupes de Chalbos et Westermann[89].
Le 17 octobre, l'Armée catholique et royale marche sur Cholet avec 40 000 hommes pour livrer l'affrontement décisif[91]. Elle se heurte en début d'après-midi à l'armée républicaine, forte de 26 000 hommes, déployée sur les landes au nord de la ville[91]. La Rochejaquelein commande l'aile droite avec Royrand[92]. Ceux-ci s'emparent d'abord du bois de Saint-Léger et en chassent les bataillons de Bruneteau de Sainte-Suzanne et de Jordy[92]. Ils font ensuite face, près du château de la Treille, aux Mayençais des généraux Beaupuy et Haxo, qu'ils parviennent à faire reculer jusqu'aux faubourgs de la ville[92]. Kléber envoie alors en renfort le 109e régiment d'infanterie, qui attaque La Rochejaquelein sur sont flanc droit[92]. Les Vendéens résistent un moment, mais finissent par céder à la panique et refluent en désordre[92]. La Rochejaquelein se replie alors sur Le May-sur-Èvre, où les renforts de Piron de La Varenne et de Lyrot parviennent à contenir les poursuivants[93].
Sur le centre et la gauche, les attaques vendéennes sont également contenues par les forces républicaines[92]. Le généralissime Maurice d'Elbée est grièvement blessé et Charles de Bonchamps est touché mortellement[92]. Les Vendéens se replient alors sur Beaupréau, qu'ils abandonnent aussitôt pour reculer jusqu'à Saint-Florent-le-Vieil[94]. La cavalerie de Westermann se lancent à leur poursuite, massacrant tous les blessés trouvés dans les hôpitaux[94].
La Virée de Galerne
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À Saint-Florent-le-Vieil, les Vendéens se retrouvent acculés sur les bords de la Loire[95]. Des dizaines de milliers de vieillards, de femmes et d'enfants fuyants les exactions républicaines, se retrouvent mêlés aux combattants, formant une foule de 60 000 à 100 000 personnes[96]. Sans en avoir reçu l'ordre, celles-ci saisissent autant de bateaux qu'elles peuvent et commencent la traversée du fleuve[95].
Selon les mémoires de Victoire de Donnissan, ce mouvement « était uniquement l'effet d'une terreur panique et les officiers, loin d'y avoir consenti, étaient au désespoir »[95]. La Rochejaquelein tente de s'opposer à la traversée, mais sans succès : « Il était comme un furieux ; il voulait, avec beaucoup d'autres du pays, plutôt se faire tuer sur les bords du fleuve ou du moins retourner dans la Vendée... On finit par lui représenter qu'il fallait céder au torrent et que peut-être les officiers rétabliraient le courage des paysans et les sauveraient d'une mort assurée »[95].
Les Vendéens parviennent finalement à effectuer la traversée en moins de trente heures, sans rencontrer d'opposition[95]. La Rochejaquelein passe le fleuve parmi les derniers[97] Le 19 octobre, à 3 heures du matin, l'avant-garde de l'armée républicaine a la surprise de trouver la ville pratiquement déserte, à l'exception de 4 000 à 5 000 prisonniers républicains, laissés sur place après avoir été graciés par Bonchamps[96],[95].
Élection de La Rochejaquelein comme généralissime
modifierDe l'autre côté du fleuve, le conseil militaire des royalistes se rassemble au château de la Madeleine[98], dans la petite ville de Varades[99], prise la veille par Talmont et d'Autichamp[91]. Alors que Bonchamps a succombé pendant la nuit à ses blessures et que le généralissime d'Elbée, également grièvement touché, est porté disparu, Lescure est sollicité pour prendre le commandement en chef[99],[97],[100]. Cependant il décline en raison de sa blessure, qu'il pense mortelle, et propose de nommer La Rochejaquelein[99],[97],[100].
Selon les mémoires de Victoire de Donnissan, La Rochejaquelein « fait l'impossible pour ne pas être élu », mettant en avant son jeune âge et son manque d'expérience et de talents[97],[100],[101]. Cependant, le conseil de guerre suit l'avis de Lescure et nomme La Rochejaquelein généralissime de l'Armée catholique et royale « aux applaudissements universels des troupes »[97],[100],[101]. Victoire de Donnissan le découvre ensuite « caché, pleurant à chaudes larmes ; il vint se jeter au cou de M. de Lescure, lui répéta qu'il n'était pas digne d'être général »[97],[100],[101].
Le conseil de guerre est ensuite à nouveau réuni pour décider la marche à suivre. La Rochejaquelein et Lescure sont d'avis de marcher sur Nantes pour regagner la Vendée[102],[103]. Cependant ils rencontrent l'opposition de la plupart des officiers[102],[103]. Talmont propose de marcher sur Laval afin de soulever la Bretagne et le Maine[102],[103]. De plus, un émissaire envoyé par le gouvernement britannique, Louis de La Haye-Saint-Hilaire, annonce que les Anglais promettent d'envoyer de l'aide si les Vendéens s'emparent d'un port[102],[103]. La Rochejaquelein cède à contre-cœur et l'armée se remet en marche le 20 octobre, en direction du nord[102],[103].
La marche sur Granville
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Après avoir pris sans difficulté Candé le 20 octobre et Château-Gontier le 21, les Vendéens arrivent à Laval le 22[102]. La garnison républicaine n'oppose qu'une faible résistance et prend rapidement la fuite[102]. D'après Victoire de Donnissan, La Rochejaquelein se lance sans armes à la poursuite des fuyards et se retrouve seul avec un soldat qu'il affronte au corps à corps pendant plusieurs minutes[104],[103]. Finalement secouru par ses hommes, La Rochejaquelein déclare au républicain fait prisonnier : « Retourne vers les patriotes, dis-leur que tu t'es colleté avec le général des Vendéens, sans armes, n'ayant qu'un bras, et que tu n'as pas pu le tuer »[104],[103],[105],[Note 2].
À Laval, les Vendéens sont renforcés par 6 000 à 12 000 Bretons et Mayennais[96], ce qui permet de remonter les effectifs à au moins 30 000 hommes[96],[106]. De son côté, l'armée républicaine se lance à la poursuite de l'armée royaliste et son avant-garde, commandée par Westermann, la rattrape dans la nuit du 24 au 25 octobre[107],[108]. Espérant profiter de l'effet de surprise, Westermann attaque sans attendre le reste de l'armée, mais il est repoussé avec de lourdes pertes dans les landes de Croix-Bataille[109],[108]. Le lendemain, le gros de l'armée républicaine, menée par Léchelle et Kléber et fort de 20 000 hommes, arrive à son tour aux abords de Laval et trouve l'armée de La Rochejaquelein déployée sur les auteurs d'Entrammes[109],[110]. Le général en chef Léchelle fait alors attaquer toute son armée en une seule colonne, malgré l'opposition véhémente de Kléber, qui dans ses mémoires qualifie cet ordre comme étant marqué par « la plus crasse ignorance »[109],[111]. Les républicains sont mis en déroute au bout de douze heures de combats et perdent 4 000 hommes tués ou blessés[109],[111].

La victoire d'Entrammes laisse l'armée vendéenne libre de ses actions, mais le conseil militaire est toujours indécis[112]. Talmont propose de marcher sur Paris ou de tenter de rejoindre les Autrichiens supposés être en Picardie, mais il rencontre l'opposition de La Rochejaquelein, qui hésite entre regagner la Vendée ou marcher sur Rennes afin de provoquer l'insurrection de la Bretagne[112]. Sans adopter de plan définitif, l'armée vendéenne occupe Mayenne le 1er novembre, puis Ernée le 2[113]. Le 3, elle prend d'assaut la ville de Fougères[114], où les républicains laissent 200 à 600 morts[115] et 400 à 800 prisonniers, qui sont ensuite relâchés sous serment[116],[117]. Le lendemain, La Rochejaquelein apprend que Lescure, resté sur les arrières de l'armée, a succombé à sa blessure près du village de La Pellerine[118],[117],[119].
À Fougères, le conseil de guerre est réorganisé et réduit à 25 officiers[120]. La Rochejaquelein est maintenu comme généralissime, Donnissan comme président du conseil de guerre, Stofflet comme major-général, Talmont comme chef de la cavalerie et Marigny comme chef de l'artillerie[121]. Le conseil reçoit également deux émigrés porteurs d'un message du Home Secretary britannique Henry Dundas confirmant son intention d'apporter son aide aux Vendéens s'ils s'emparent d'un port[122]. Le 5 novembre, le conseil décide de suivre le plan anglais[123]. Le 8, l'armée vendéenne sort de Fougères et occupe Dol-de-Bretagne[122]. Le 11, elle est à Pontorson, le 13 à Avranches et le 14, elle atteint le port de Granville[124]. Cependant la flotte anglaise ne se montre pas et les assaillants ne parviennent pas à franchir les murailles, défendues par 5 000 hommes[124]. Découragés, les combattants abandonnent le siège le lendemain, malgré les ordres des chefs[124].
Retour vers la Loire
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De retour à Avranches, La Rochejaquelein déclare vouloir continuer le combat en Normandie, mais il se heurte à l'opposition de ses hommes qui manifestent leur intention de regagner la Vendée aux cris de « À la Loire ! »[124],[125]. Le 17 novembre, La Rochejaquelein se met en marche pour Villedieu-les-Poêles avec seulement un millier d'hommes[126]. La bourgade n'est défendue par aucune garnison, mais la population, fortement patriote, accueille les Vendéens avec des jets de pierre[124],[126]. En représailles, La Rochejaquelein autorise ses troupes à piller la ville pendant deux heures[124],[126]. Dix-huit habitants sont tués lors de ce raid[127].
La Rochejaquelein n'est cependant pas suivi par la masse des combattants et des non-combattants vendéens qui sortent d'eux-mêmes d'Avranches pour prendre le chemin du retour[124],[126]. Mais le 18 novembre, ils trouvent la route barrée à Pontorson par 4 000 soldats républicains commandés par le général Tribout[128]. Un mouvement de peur secoue alors la foule et une estaffette est envoyée à La Rochejaquelein pour lui demander de reprendre la tête de l'armée[128],[129]. Bien que mortifié, celui-ci accepte, et lance en fin de journée un assaut qui met en déroute les forces de Tribout[126],[128],[129]. Le lendemain, les Vendéens réinvessitissent Dol-de-Bretagne[130]
Le 21 novembre, La Rochejaquelein est attaqué à Dol par le général sans-culotte Rossignol, à la tête de 20 000 hommes de la nouvelle Armée de l'Ouest[130],[131]. L'assaut principal est lancé par Marceau depuis Antrain, tandis Westermann mène une attaque de contournement par Pontorson[130],[131]. Cependant, ce dernier attaque trop tôt, ce qui permet à La Rochejaquelein de le repousser puis de venir en aide aux hommes de Stofflet, aux prises avec ceux de Marceau[130],[131]. Rossignol et Kléber interviennent avec les réserves, mais ils trouvent les bataillons dans un complet désordre et donnent l'ordre de la retraite[131]. Les Vendéens se lancent à leur poursuite et prennent Antrain d'assaut le lendemain[131]. Après avoir essuyé de lourdes pertes, les républicains se replient sur Rennes[131].
Lors du conseil de guerre du 23 novembre, La Rochejaquelein demande à marcher sur Rennes afin de détruire l'armée de Rossignol, rallier de nouveaux volontaires bretons, puis regagner la Vendée par Nantes[130],[132]. Cependant Stofflet s'y oppose et réclame une marche directe sur Angers[130],[132]. Une fois encore La Rochequelein ne parvient pas à imposer son autorité et les combattants prennent eux-mêmes l'initiative de reprendre la route parcourue à l'aller[130],[132]. Les Vendéens regagnent ainsi Fougères le 23 novembre[133], Laval le 25, Sablé-sur-Sarthe le 26 et La Flèche le 30[134]. Cependant leurs rangs commencent à être décimés par le froid, la faim et les maladies[132],[135].
Le 3 décembre, l'armée vendéenne commence le siège de la ville d'Angers[134],[130]. Les assaillants s'emparent rapidement des faubourgs mais se retrouvent bloqués par les murailles[136]. La Rochejaquelein et quelques officiers tentent vainement d'entraîner leurs hommes à l'assaut d'une petite brèche faite par l'artillerie de Marigny[136]. Le lendemain l'arrivée de renforts républicains provoque la fuite des assiégeants, complètement démoralisés, qui refluent sur Baugé[136].
Poursuivis par la cavalerie de Westermann, les Vendéens atteignent La Flèche le 8 décembre, mais trouvent le pont coupé et la ville occupée par 2 000 hommes commandés par le général Chabot[137],[136]. La Rochejaquelein charge alors Piron de La Varenne de contenir Westermann et prend lui-même la tête de 400 cavaliers qui prennent en croupe un même nombre de fantassins[137],[136]. Ceux-ci franchissent ensuite le Loir à Sainte-Colombe, puis tombent sur les arrières de Chabot qu'ils mettent en fuite[137],[136]. La Rochejaquelein et ses hommes rétablissent ensuite le pont, puis rejoignent Piron et repoussent les troupes de Westermann[137],[136]. Selon Victoire de Donnissan, La Rochejaquelein réalise ce jour-là « la plus belle action de sa vie »[137].
Destruction de l'armée vendéenne
modifierLe 10 décembre, l'armée vendéenne se porte en direction du Mans[137],[136]. La Flèche est aussitôt reprise par Westermann qui massacre les traînards et les blessés[138]. De son côté, La Rochejaquelein balaye facilement à Pontlieue la petite garnison du Mans menée par le général Chabot[139].
Maîtres de la ville, les Vendéens, au nombre d'environ 30 000 à 70 000, dont 10 000 à 20 000 combattants[140],[135], prennent des logements dans les maisons et trouvent tout le ravitaillement nécessaire en vivres et en vêtements[141],[136]. Le lendemain matin, La Rochejaquelein et ses officiers parcourent les lieux pour en observer toutes les issues et établir des postes[141]. Cependant les soldats, épuisés et affaiblis par les maladies, ne prennent aucune précaution et n'organisent aucune défense[136],[135]. Lors du conseil de guerre, tous les officiers jugent la place indéfendable et sont d'avis de l'évacuer au plus tôt[141]. La Rochejaquelein souhaite alors se replier sur Laval pour ensuite se porter sur la Loire, mais il rencontre encore l'opposition de Talmont[141]. Le jour suivant, il libère les 200 républicains capturés à Pontlieue, à la demande de Madame Gauvain du Rancher et de ses filles, qui ébergent l'état-major[142].

Le 12 décembre, les Vendéens sont rejoints par 20 000 hommes de l'Armée de l'Ouest et de l'Armée des côtes de Cherbourg commandés par le général Marceau[140]. Westermann et Muller lancent le premier assaut avec les 5 000 hommes de l'avant-garde[143]. En face, La Rochejaquelein et Stofflet ne peuvent rassembler que 3 000 combattants, mais ils parviennent à repousser Westermann, dont la retraite provoque la panique de la division Muller qui s'enfuit sans avoir aperçu l'ennemi[143]. L'arrivée de la division du général Jacques de Tilly redonne cependant l'avantage aux républicains et les Vendéens se replient à l'intérieur du Mans[143].
Au cours de la nuit, Westermann, suivi par Marceau et Kléber, lance l'assaut sur la ville[144],[145]. La Rochejaquelein a un cheval tué sous lui[146] et ne parvient pas à rallier ses hommes, qui cèdent à la panique[144]. Une féroce bataille de rue s'engage alors et dégénère en massacre[147],[145]. Selon les estimations, les Vendéens laissent environ 4 000 à 15 000 morts, hommes, femmes et enfants, et des milliers d'autres sont faits prisonniers[148].
Les rescapés atteignent Laval le soir du 13 décembre[145]. Le lendemain matin, La Rochejaquelein fait remettre toute la troupe en marche afin de se porter sur la Loire et tenter le passage du fleuve par tous les moyens[145]. Il déclare lors du conseil de guerre : « Nous n'avons plus que cette issue ou la guillotine »[149]. Après avoir traversé Craon, Pouancé et Saint-Mars-la-Jaille[150], les Vendéens atteignent le fleuve à Ancenis le 15 décembre[151].
Ils ne trouvent que deux petites embarcations de ce côté du fleuve, mais aperçoivent quatre grandes barques chargées de foins sur l'autre rive[149],[151]. Le 16 décembre[152], La Rochejaquelein effectue la traversée avec 18 combattants et quatre officiers : Stofflet, La Ville-Baugé, Beaurepaire et Langerie[149],[151]. Mais alors qu'ils s'emploient à décharger la cargaison des barques, ils sont surpris par des patrouilles républicaines venues de Saint-Florent-le-Vieil et contraints de prendre la fuite dans le bocage[149],[151].
Si quelques centaines de Vendéens parviennent ensuite à effectuer la traversée par radeaux, celle-ci est bientôt rendue impossible par l'arrivée de chaloupes canonnières républicaines[149],[151],[152]. Bloquées au nord du fleuve, les restes de l'armée vendéennes sont finalement anéantis le 23 décembre à la bataille de Savenay[149],[153].
Combats contre les colonnes infernales et mort
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De l'autre côté de la Loire, La Rochejaquelein se retrouve seul avec La Ville-Baugé[154],[155]. Les deux hommes errent dans le bocage pendant quelques jours dans l'espoir de rallier un parti d'insurgés, mais ils trouvent la région en grande partie incendiée et inhabitée[155],[156]. Ils se portent alors vers Châtillon-sur-Sèvre, où ils sont informés que Charette mène une expédition dans les Deux-Sèvres[149]. Les deux hommes le rejoignent à Maulévrier le 22 décembre, mais Charette reçoit La Rochejaquelein avec froideur, son retour contrariant son projet d'étendre son commandement à l'Anjou et au Haut-Poitou[154],[157]. Après un long entretien, les deux généraux se séparent et Charette regagne son territoire, dans le Bas-Poitou et le pays de Retz[154],[Note 3].
La Rochejaquelein passe les derniers jours de décembre auprès de ses tantes, réfugiées dans la métairies de Boisvert, à Combrand[160]. Il se cache ensuite quelques jours dans les ruines du château de la Durbelière[160],[161].
En janvier 1794, le général Louis Marie Turreau, le nouveau général en chef de l'Armée de l'Ouest, lance ses « colonnes infernales » qui incendient le territoire insurgé et massacrent les populations civiles[162]. De son côté, La Rochejaquelein tente de ranimer l'insurrection et parvient à rallier quelques centaines de combattants[163]. Le 1er janvier, un premier rassemblement de 800 hommes est dispersé aux Cerqueux par les garnisons de Bressuire et d'Argenton-Château[164]. Le 15 janvier, La Rochejaquelein rejoint Stofflet à Saint-Paul-du-Bois[163]. Le 22, ils s'emparent de Vihiers[164]. Le 24, ils se portent aux landes de Cabournes, près de Jallais, où ils rejoignent une bande menée par Pierre Cathelineau, frère du premier généralissime, et le comte de La Bouëre[162],[164]. Forts de 800 hommes[165], ils repoussent le même jour, près de Neuvy-en-Mauges, une attaque d'un détachement de la colonne infernale du général Cordellier[164],[166]. Le 25, ils atteignent la commune de La Jumellière, où ils trouvent les corps d'au moins 59 habitants massacrés par la colonne de Cordellier, dont des officiers municipaux, le prêtre constitutionnel et 37 femmes et enfants[167],[162],[168],[169],[170]. Le 26 janvier, la troupe de La Rochejaquelein s'empare de Chemillé, défendue par 200 républicains, et tue une dizaine de dragons au château de Salbœuf[171],[164]. Elle prend ensuite Vezins, où elle déloge un poste de 120 hommes[171]. La Rochejaquelein et ses hommes se cachent ensuite deux nuits dans la forêt de Vezins, sous une pluie torrentielle[171].
Le 28 janvier, les Vendéens sortent de la forêt de Vezins et mettent en fuite un groupe de soldats de la garnison de Cholet en train d'incendier le bourg de Nuaillé[171]. Cependant, lors de la poursuite, au champ du Genêt, un républicain isolé ouvre le feu sur La Rochejaquelein et l'atteint en pleine tête juste avant d'être sabré par un cavalier nommé Piquet[171],[164],[172]. La Rochejaquelein tombe de son cheval, tué sur le coup[171],[Note 4].
Sépulture
modifierStofflet fait enterrer le corps de La Rochejaquelein au pied d'un poirier, dans le verger de la Haye de Bureau[171]. Pendant quelques jours, la mort du général vendéen est tenue secrète par les chefs royalistes afin de ne pas démoraliser l'armée[171].
Le 18 février, le général Turreau apprend la nouvelle après le rapport d'un espion du commandant de la garnison de Cholet[171]. Il donne alors l'ordre à Cordellier de faire rechercher le cadavre, mais celui-ci n'obtient aucun résultat[171].
Les restes de La Rochejaquelein sont exhumés le en présence du maire de Cholet, François Joseph Turpault[178]. Les médecins Chenay et Baguenier-Désormeaux attestent que les ossements lui appartiennent bien, la blessure au crâne faisant foi[178]. Les restes sont convoyés le même jour à l'église Saint-Pierre de Cholet et déposés sous l'autel Saint-Sébastien[178].
Le , une grande cérémonie funèbre est organisée à Cholet, en présence de la famille et des autorités civiles et militaires[178]. L'abbé Pierre Jagault, ancien secrétaire du Conseil supérieur de la Vendée, prononce l'oraison funèbre[178]. Le frère d'Henri, Auguste, et ses sœurs, Constance, Louise et Lucie, sont présentes[178]. Le cercueil est ensuite transporté à Saint-Aubin-de-Baubigné[178]. En 1828, la duchesse de Berry pose la première pierre du monument funéraire, situé à l'intérieur de l'église de cette commune[178]. Les corps de Louis et d'Auguste de La Rochejaquelein rejoignent par la suite celui d'Henri et le monument sert également de cénotaphe à Louis de Lescure et à Guy Joseph de Donnissan[178].
- Monument élevé à la mémoire de Henri de La Rochejaquelein, près de Nuaillé, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1860.
- Cénotaphe de La Rochejacquelin entre Nuaillé et Cholet.
- Tombeau d'Henri de la Rochejaquelein dans l'église de Saint-Aubin-de-Baubigné.
- Statue d'Henri de La Rochejaquelein au musée des Augustins, réalisée en 1895 par Alexandre Falguière.
- Statue d'Henri de La Rochejaquelein à Saint-Aubin-de-Baubigné, réalisée en 1895 par Alexandre Falguière.
Regards contemporains
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« Je veux commencer par tracer le portrait d'Henri de La Rochejaquelein, que j'augmenterai dans la suite, son caractère s'étant singulièrement développé par la guerre. Il avait cinq pieds sept pouces ; extrêmement mince et blond, une figure allongée, il paraissait plutôt Anglais que Français. Il n'avait pas de jolis traits, mais la physionomie douce et noble. Dans ce temps-là il avait l'air fort timide ; on remarquait cependant des yeux très vifs, qui depuis sont devenus si fiers et si ardents, qu'on disait qu'il avait un regard d'aigle. Il était excessivement adroit et leste, montait à cheval à merveille. C'était un bon sujet, sévère sur ses devoirs[179].
M. de La Rochejaquelein commandait les environs de Châtillon ; son courage, qu'il poussait souvent jusqu'à la témérité, lui avait fait donner le surnom d'Intrépide. Il avait le coup d'œil extrêmement juste et des dispositions naturelles étonnantes pour la guerre ; ses défauts étaient de s'occuper peu du conseil, quoiqu'il eût d'excellentes idées, et d'être quelquefois emporté par son courage à s'exposer comme un fou sans nécessité, quand les Bleus étaient en déroute. Souvent on le lui reprochait; il disait :« Pourquoi veut-on que je sois général ? Je suis trop jeune, je voudrais être hussard, pour avoir le plaisir de me battre. ». Jamais il n'a fait un prisonnier sans lui donner la possibilité de lutter corps à corps avec lui[180],[181].
Sa jeunnesse a, dans le fait, nui à l'armée, non pas au combat, car c'était un dieu dans l'action, mais au conseil : ayant presque toujours les meilleures idées, en grande partie par modestie, un peu aussi par abandon, il se laissait gouverner par tous les ambitieux de l'armée. [...] Il se laissa ainsi dominer, après la mort de M. de Lescure, par MM. de Talmont, Stofflet, des Essarts, le curé de Saint-Laud et autres[100],[101]. »
— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.
« La Rochejaquelein, le brave des braves, l'éblouissant sabreur, est resté un des héros légendaires de la Vendée. Son intrépidité n'eut pas d'égale. Elle fascinait le paysan, l'enivrait, mais souvent l'entraînait dans des témérités dont il ne se tirait qu'à force d'audace. En lisant les guerres de l'empire, je l'ai comparé parfois à cet autre sabreur qui fut roi de Naples, dont la bravoure téméraire accomplit des prodiges, quand elle n'amena pas des désastres. Malheureusement La Rochejaquelein ne posséda pas une capacité égale à sa valeur. Dans l'action, son coup d'œil n'embrassait pas tout le champ de bataille. Dans la direction de l'armée, il se vit presque toujours influencé par son conseil, livré lui-même à une foule d'intrigues, qu'il ne sut pas dominer. Ses mouvements étaient incertains, son initiative presque nulle, et dans le combat, il oublia souvent le rôle de général pour redevenir le brillant officier de hussards. Son élévation au rang de général en chef fut plus encore l'œuvre des paysans que des chefs survivants qui avaient passé la Loire. [...] Son caractère était doux; ses rapports avec les autres chefs étaient bienveillants, et, malgré tout le prestige dont il se vit entouré, il resta modeste[182].,[183] »
— Amédée de Béjarry, Souvenirs.
« Si La Rochejaquelein avait été un homme ordinaire et qu'on voulût le faire valoir, on ferait comme à beaucoup : on le mettrait à la tête d'armée où il n'a pas paru ; mais ce jeune héros n'avait pas besoin de cela pour être immortalisé. C'est, sans contredit, le plus chevalresque des chefs vendéens par son intréditité, etc. Il n'y a pas un seul reproche à lui faire, ce qui est bien rare[184]. »
— Antoinette-Charlotte Le Duc de La Bouëre
« La Rochejaquelein était d'une valeur brillante et conduisait très bien une action[185]. »
— Jean-Baptiste Kléber, Mémoires politiques et militaires.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑
« Henri fut blessé d'une manière singulière : il parlait aux soldats qui étaient dans un champ, lui se tenait dans un chemin creux avec M. Allard et un domestique ; trois volontaires égarés sautent dans le chemin , l'aperçoivent et tirent en fuyant. Henri avait à la main un pistolet, il reçut une balle qui, sillonnant le pouce, le cassa en trois endroits et vint lui donner une contusion à la saignée ; sans quitter son pistolet il dit froidement à son domestique : « Mon coude saigne-t-il ? - Non, monsieur. - Je n'ai donc que le pouce cassé[83]. » »
— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.
- ↑
« Il se passa là une singulière aventure : Henri avait encore le bras en écharpe ; il allait au feu sans armes, mais il était si téméraire , que rien ne l'empêchait d'être toujours en avant. Il se lança à la poursuite des Bleus , au point qu'il se trouva seul dans un chemin, en face d'un fantassin ennemi. Henri se jeta sur lui, le prit au collet; il était d'une adresse remarquable à manier son cheval ; cet homme et lui restèrent plusieurs minutes à se débattre ainsi, Henri avec un seul bras. Il faisait si bien pirouetter son cheval avec ses jambes, que le Bleu ne pouvait s'en débarrasser ; nos soldats arrivèrent et voulurent le tuer ; Henri le défendit. [...] Rien n'égale l'étonnement de cet homme, en apprenant à qui il avait eu affaire[101]. »
— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.
- ↑ Selon Bertrand Poirier de Beauvais, Charette aurait proposé à La Rochejaquelein une place dans son armée, mais celui-ci aurait répondu : « Je vous remercie, Monsieur. Accoutumé à donner des places, je n'en recevrai pas aujourd'hui »[154],[158]. La marquise Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein écrit quant à elle dans ses mémoires, d'après le récit de La Ville-Baugé : « Ils [La Rochejaquelein et La Ville-Baugé] arrivèrent enfin à Maulévrier, où ils trouvèrent M. de Charette avec sa troupe, venu pour tenter un recrutement ; ils furent le voir, et, quoique son dîner fût servi, il ne leur en offrit pas ; ils allèrent manger chez un paysan, puis retournèrent auprès de Charette qui les badina d'une manière piquante sur la campagne d'outre-Loire ; il finit par dire à Henri : « Si vous voulez me suivre, je vous ferai donner un cheval. » L'autre répondit : « Je suis accoutumé non à suivre, mais à être suivi », et le quitta. Ainsi finit cette conférence »[155],[159].
- ↑
« A cette époque tous les points du pays étaient occupés par les patriotes ; Henri traversait leurs postes et allait surprendre le plus éloigné. Le lendemain d'une de ces attaques qui avait réussi, ayant couché dans un bois à Trémentines avec quarante cavaliers, il sortit au point du jour pour avoir des notions positives sur un poste républicain; il vit deux Bleus écartés dans un chemin et courut sur eux ; ses officiers lui criaient : « Général, n'allez pas seul en avant. » Mais étant mieux monté qu'eux, il les eut bientôt dépassés ; il fut aux deux soldats, leur criant : « Rendez-vous, je vous fais grâce » , et dans le fait, il ne voulait que les prendre ; ces deux hommes se jetèrent à genoux et, soit qu'ils le reconnussent, soit qu'ils l'eussent entendu appeler général, l'un d'eux lui présenta son fusil par le canon, en demandant grâce ; Henri étendit la main pour prendre l'arme, au même instant le coup partit; la balle le frappa au front, la cervelle sauta et il tomba raide mort. Ses gens arrivèrent et hachèrent en pièces les deux Bleus ; ils pleurèrent amèrement leur général[173]. »
— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires, d'après le témoignage de Pierre-Louis de La Ville-Baugé.
« M. de la Bouère et son frère étaient avec Henri, Stofflet et d'autres dans la forêt de Vezins ; le jour où ils en sortirent, ils furent instruits que des soldats républicains ravageaient et pillaient la campagne entre Nuaillé et Trémentines. M. de la Rochejaquelein, Piquet et autres se détachèrent pour aller contre eux. Après qu'ils en eurent sabré plusieurs, Piquet en joignit un qui l'ajustait, appuyé le long d'un arbre. Henri arriva monté sur un cheval très bien équipé, qu'il avait pris peu de jours auparavant ; il était vêtu d'une redingote bleue et coiffé d'un chapeau à haute forme. Ce costume le fit reconnaître pour un chef. Le soldat quitta Piquet et tira sur M. de la Rochejaquelein. La balle l'atteignit au milieu du front et le tua raide. Piquet sabra le soldat. Comme l'approche des Bleus ne laissait pas le temps d'enterrer les morts, on ôta la cocarde du casque du soldat et on la mit au chapeau d'Henri, dans l'espoir que les républicains, le prenant pour l'un des leurs, respecteraient son corps[173]. »
— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires, d'après le témoignage d'Amand-Modeste Gazeau de La Bouëre.
« Nous quittâmes donc la forêt; en arrivant au grand chemin, près de Nuaillé, on nous avertit que des volontaires y exerçaient leurs cruautés habituelles. Nous ne cherchions pas un combat, nos hommes étaient fatigués, les armes en mauvais état, mais les républicains étant peu nombreux, nous voulûmes secourir les victimes. Un soldat fut aperçu fuyant à notre approche, on envoya quelques cavaliers à sa poursuite, à la tête desquels était Piquet, qui avait une grande bravoure. M. de La Rochejaquelein, impatient de faire quelque chose, nous quitta pour les suivre. Piquet était près d'atteindre ce volontaire, quand celui-ci, désespérant de se sauver, s'adosse à un arbre et le met à l'œil; il allait tirer son coup, quand il aperçoit un cavalier de bonne mine qu'à son costume il reconnut pour un chef; sans hésiter, il détourne son arme, le vise et l'atteint au front. La Rochejaquelein tombe à bas de son cheval sans vie. Le soldat paya de la sienne le service qu'il venait de rendre à son parti. Dans ce moment pressé, ne pouvant rendre les derniers devoirs au général vendéen, on voulut au moins empêcher qu'il fût reconnu et son corps profané. On mit à son chapeau la cocarde du volontaire, et il fut adossé contre une haie, près du grand chemin qui allait de Saumur à Cholet et qui passait à Nuaillé, afin que si les bleus revenaient, ils pussent le prendre pour un des leurs. La méprise était facile, parce qu'il portait une redingote qui venait d'un officier républicain tué dans une précédente rencontre[174] »
— Récit d'Amand-Modeste Gazeau de La Bouëre, cité par son épouse, Antoinette-Charlotte Le Duc de La Bouëre, dans ses Mémoires.
« La Rochejaquelein poursuivait, près de Nuaillé, des grenadiers républicains qui sortaient de Cholet; après en avoir tué plusieurs, il se mit à la poursuite d'un qui était près d'être pris, lorsqu'il passa une haie et entra dans un champ, qui était élevé au-dessus d'un petit pré, et dont la moitié est en terre labourable; deux petits chênes et un petit pommier séparent le pré d'avec la terre labourée. Au bas de ces trois arbres étaient deux réfugiés et un soldat que Loyseau, dit l'Enfer, avait sabré. Le général suit le grenadier qui était passé dans le champ. Le général lui crie: « Rends-toi, ou tu es mort. » Le grenadier, exténué de fatigue, dit : « Je me rends, ne me fais point de mal. ». Il revint sur le général; il arrive à la haie, et voyant que le général était seul, il le met en joue et lui casse la tête. Loyseau, qui était à exploiter le dernier de ses trois hommes, voit tomber le général; il court sur le grenadier, le tue, et le met en morceaux à coups de sabre. Le général était étendu mort le long de cette haie; il avait sa grande lévite bleue, son pantalon de cavalier, boutonné du bas jusqu'à la ceinture, et un bonnet rouge.[175]. »
— Louis Monnier, Mémoires.
« En passant à Nuaillé, les Vendéens font la rencontre d'une escouade de fantassins républicains occupés à ravager le bourg; on les poursuit, on les tue. Un seul, qui fuit mieux que les autres, est presque sauvé, lorsqu'un de nos cavaliers nommé Piquet et d'autres personnes arrivent sur le fantassin au moment où il va sauter le fossé de la route. Se voyant atteint, il veut au moins vendre sa vie et, s'adossant à un arbre, ajuste Piquet parmi les cavaliers qui l'entourent en demi-cercle. Malheureusement à ce moment-là arrive La Rochejaquelein: le fantassin, voyant que son cheval est mieux harnaché que celui des autres, quitte Piquet pour coucher en joue celui qu'il croit être le chef, et le tue..., rendant ainsi en mourant plus de service à la République que le général Turreau, dont les lieutenants n'ont tué que des femmes et des enfants[176]. »
— Bertrand Poirier de Beauvais, Mémoires.
« C'est dans ce moment, à peu près, que nous eûmes le malheur de perdre M. de Larochejaquelein, entre Nouaillé et Chollet. Un républicain, restant de quinze qu'on avait tués, se voyant pris, lui enleva le crâne d'un coup de fusil, à dix pas. Toute l'armée fut en deuil, et chacun l'a pleuré comme son père. L'on cacha long-temps sa mort, disant qu'il était caché et blessé[177] »
— Renée Bordereau, Mémoires.
Références
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Bande dessinée
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Annexes
modifierFilmographie
modifier- Robert Plagnol dans Les Vendéens, documentaire réalisé par Jacques Dupont (1993).
Spectacles
modifierLiens externes
modifier- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 27 YD 15, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Association Sorézienne : Henri du Vergier, comte de La Rochejaquelein.