Mangouste à queue courte
Urva brachyura, Urva brachyurus
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NT : Quasi menacé
Répartition géographique
- Herpestes brachyurus J. E. Gray, 1837 [1] (Protonyme)
- Viverra (Mangusta) brachyura de Blainville, 1842 [1]
- Mongo brachyurus Lesson, 1842 [1]
- Herpestes Hosei Jentink, 1903 [1]
- Herpestes brachyurus dyacorum O. Thomas, 1921 [1]
- Herpestes brachyurus rajah O. Thomas, 1921 [1]
- Herpestes brachyurus sumatrius O. Thomas, 1921 [1]
- Herpestes brachyurus javanensis Bechthold, 1936 [1]
- Herpestes brachyurus brachyurus Chasen, 1940 [1]
- Herpestes brachyurus hosei Wozencraft, 2005 [1]
- Urva brachyura Patou, McLenachan, Morley, Couloux, A. P. Jennings & Veron, 2009 [1]
La mangouste à queue courte (Urva brachyura) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Herpestidés, endémique de l’Archipel de la Sonde, en Asie du Sud-Est. Décrite pour la première fois en 1837 par John Edward Gray, cette urva est distribuée dans les forêts primaires et secondaires de Bornéo, Sumatra, de la péninsule malaise et du Brunei. Elle présente une grande plasticité écologique, occupant aussi bien des habitats naturels que des zones couvertes par l’activité humaine. Bien que classée comme « quasi menacée » (NT) par l’UICN, ses populations subissent des pressions variables selon les régions, principalement liées à la déforestation et à la fragmentation de son habitat.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Urva brachyura (Gray, 1837) selon ITIS ()[2][note 1] ;
- Nom normalisé en anglais : Short-tailed mongoose ;
- Nom vulgaire typique et recommandé en français : Mangouste à queue courte[3] ;
- Noms vernaculaires : Urva, Mangouste.
Taxonomie
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L’espèce a été décrite scientifiquement pour la première fois en 1837 par le zoologiste britannique John Edward Gray dans les Proceedings of the Zoological Society of London [4]. En présentant divers spécimens issus des îles indiennes, Gray distingue un représentant comparable au « Herpestes du Cap », mais qui s’en différencie par sa coloration et la brièveté de sa queue, ce qui le conduit à le nommer Herpestes brachyurus [4].
Au cours des années 2000, les études phylogénétiques moléculaires démontrent que le genre Herpestes, tel qu’il était défini, est polyphylétique. Les mangoustes asiatiques sont ainsi réattribuées au genre Urva[5][6].
Sur le plan taxonomique, les analyses génétiques et morphologiques récentes ont permis de clarifier le statut de plusieurs populations historiquement rattachées à l’espèce [7]. Ainsi, la forme de Palawan et des îles Calamian, autrefois considérée comme une sous-espèce, s’avère plus étroitement apparentée à la mangouste à collier (Urva semitorquatus) et en est exclue [7]. De même, Herpestes hosei, décrit à l’origine à partir d’un unique spécimen de Bornéo, est désormais reconnu comme un synonyme de l’espèce après des analyses morphologiques et génétiques [7]. Par ailleurs, des divergences mitochondriales et dentaires marquées séparent les populations de Bornéo de celles de Sumatra et de la péninsule malaise, suggérant la présence potentielle d’espèces cryptiques distinctes, qui nécessitent des investigations approfondies [7].
Sous-espèces
modifierDifférents spécimens ont par la suite été décrits et nommés par divers auteurs, puis répertoriés par Oldfield Thomas en 1921 dans une étude dédiée aux différentes formes de l’espèce [8]. Six sous-espèces sont traditionnellement retenues selon le Mammal Species of the World (MSW) :
- Herpestes brachyurus brachyurus (J. E. Gray, 1837), la sous-espèce nominale originaire de la région de Malacca, en Malaisie [1] ;
- Herpestes brachyurus hosei (Jentink, 1903) [1] ;
- Herpestes brachyurus javanensis (Bechthold, 1936), originaire de Java [1] ;
- Herpestes brachyurus palawanus Allen, 1910 ;
- Herpestes brachyurus parvus (Jentink, 1895) ;
- Herpestes brachyurus sumatrius (O. Thomas, 1921), originaire de Sumatra [1].
| Taxon, auteur et année | Répartition et caractéristiques | Synonymes taxonomiques |
|---|---|---|
| Urva brachyura brachyura (Gray, 1837) |
Région de Malacca, en Malaisie. Sous-espèce nominale. | Liste
|
| Urva brachyura rajah (O. Thomas, 1921) Mangouste de Hose, Mangouste de Sawak |
Endémique de l’île de Bornéo. | * Herpestes brachyurus rajah O. Thomas, 1921 * Herpestes hosei Jentink, 1903 * Herpestes brachyurus hosei Wozencraft, 2005 |
Phylogénie
modifierPhylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[9], Barycka (2005)[10] et Patou et al. (2009)[11] :
| Herpestinae (Herpestinés) |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Description
modifier| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 40 | |||||||
| Dentition de la mangouste à queue courte. | |||||||
La mangouste à queue courte atteint une longueur tête-corps d’environ 35 à 49 cm. La queue mesure environ 17 à 25 cm, ce qui représente moins de 55 % de la longueur tête-corps. Son poids varie entre 1 et 3 kg. Son pelage, brun foncé, est subtilement moucheté de jaune ou de roux. La tête est plutôt d’un ton olive pâle, les joues et la gorge sont brun-jaunâtre, tandis que le cou et le ventre sont bruns. Les membres antérieurs et la moitié inférieure des membres postérieurs sont brun-noirâtre. Les oreilles sont courtes et le nez, rougeâtre, est relativement grand. La mangouste à queue courte possède cinq doigts à chaque patte, antérieure comme postérieure, le premier étant à chaque fois assez court[12].
Distribution et habitat
modifierLa mangouste à queue courte est présente en Indonésie (Bornéo et Sumatra), en Malaisie (à la fois dans la Malaisie péninsulaire et en Malaisie orientale, avec le Sabah et le Sarawak), ainsi qu’au Brunei [7].
À travers son aire de répartition, l’espèce se rencontre depuis le niveau de la mer jusqu’à 1 500 mètres d’altitude, bien que l’utilisation de l’altitude varie selon les masses terrestres [7]. Si les mentions historiques la signalant à Singapour ou au Viêt Nam sont erronées ou non confirmées, et que la présence de la sous-espèce de Java proviendrait d’un spécimen de ménagerie sans enregistrement sauvage avéré, la situation quant à son habitat et sa répartition diffère sensiblements selon les régions [7]. À Bornéo, l’espèce est géographiquement et altitudinalement très répandue, occupant une grande variété d’habitats, y compris des zones fortement dégradées ou fragmentées (telles que des jardins ou des abords suburbains), et ce jusqu’à 1 500 m d’altitude [7], en fréquentant occasionnellement les lisières de plantations de palmiers à huile tout en restant liée aux forêts natives adjacentes [7]. En Malaisie péninsulaire, l’espèce est écologiquement plus localisée et se trouve confinée aux extrêmes basses terres (généralement en dessous de 160 mètres d’altitude), strictement cantonnée aux forêts sempervirentes primaires ou en régénération ainsi qu’à leurs immédiates proximités [7]. Enfin, à Sumatra, bien que largement répartie dans les basses terres, son utilisation des habitats semble se rapprocher de celle observée dans la péninsule malaise, la majeure partie des observations documentées se concentrant en zone de plaine, en forêt secondaire ou dans les broussailles, et évitant les plantations de palmiers à huile [7].
Écologie et comportement
modifierLa mangouste à queue courte fréquente les forêts primaires et secondaires, montrant une préférence apparente pour la proximité des cours d’eau. Elle s’aventure occasionnellement dans les plantations. Sur la péninsule malaise, elle colonise les basses terres, tandis qu’à Bornéo, sa présence a été relevée jusqu’à 1 500 m d’altitude[7]. L’espèce se nourrit de petits vertébrés, d’invertébrés, d’œufs, de fruits et de racines. Les études par radiopistage menées dans la réserve faunistique de Krau, en Malaisie péninsulaire, indiquent que les individus sont diurnes, solitaires et territoriaux, occupant des domaines vitaux en forêt, d’où ils s’aventurent parfois dans les plantations adjacentes en exploitant les bandes de végétation native résiduelles. Les sites de repos nocturnes se situent tous en forêt de basse terre, tandis qu’un site de repos diurne a été observé dans un tronc d’arbre creux. Par ailleurs, bien qu’elle soit principalement terrestre et capable de grimper, ses habitudes comportementales précises peuvent légèrement varier selon les régions, les populations de Bornéo démontrant une grande plasticité en fréquentant aussi des habitats anthropiques ou dégradés[7][12].
Menaces et conservation
modifierLa mangouste à queue courte est relativement répandue, localement commune, et vit en outre dans plusieurs réserves naturelles [7]. Elle est par conséquent classée comme espèce « quasi menacée » (NT) par l’UICN[7]. Bien que sa répartition globale et la taille de sa population inférée dépassent largement les seuils critiques, l’espèce subit dans certaines parties de son aire de répartition un déclin prononcé, principalement motivé par la perte de son habitat forestier, les taux de déforestation variant selon les masses terrestres[7].
À Bornéo, l’espèce est géographiquement et altitudinalement très répandue et fréquente les habitats dégradés ou fragmentés, ne subissant pas de menaces majeures au sein de ses zones forestières restantes, en dehors d’une probable mortalité par représailles en tant que prédateur perçu de petits bétails [7]. En revanche, dans la péninsule malaise, la restriction stricte de l’espèce aux basses terres sous les 160 m au-dessus du niveau de la mer, et aux forêts primaires, a entraîné des déclins massifs au cours de la seconde moitié du XXe siècle en raison de la conversion des forêts en plantations, un processus dont le rythme a certes ralenti, mais qui maintient une pression d’évaluation continue [7]. À Sumatra, la conversion extrêmement rapide des forêts de basse terre et de collines met également en péril les populations locales si celles-ci y sont inféodées, bien que l’impact global dépende de leur capacité réelle à exploiter les zones d’altitude ou les habitats anthropiques [7]. L’espèce n’est pas connue pour faire l’objet d’une chasse ciblée ou d’une récolte commerciale intensive, et sa survie dépend principalement de l’intégrité de son couvert forestier [7].
L’espèce bénéficie d’un statut protégé dans l’ensemble de sa zone de répartition en Malaisie et en Indonésie, bien qu’elle ne fasse l’objet que de peu d’attention directe en matière de conservation, une situation jugée adaptée à Bornéo mais insuffisante en Malaisie péninsulaire [7]. Elle est répertoriée dans plusieurs aires protégées à Bornéo, ainsi que dans quelques réserves de la péninsule malaise et de Sumatra [7]. Les priorités de conservation identifiées incluent : une clarification taxonomique approfondie pour déterminer le statut exact des populations (notamment entre la péninsule malaise/Sumatra et Bornéo) ; une évaluation précise de l’utilisation de l’habitat en altitude et dans les zones anthropiques à Sumatra ; un renforcement de la protection effective des forêts anciennes de basse terre en Malaisie péninsulaire contre l’abattage illégal et le braconnage [7].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le nom Urva brachyurus est inscrit sur Mammal Diversity Database ()[1], mais il est erroné, car grammaticalement incorrect : le nom de genre Urva est féminin en latin.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
- ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- ↑ Catalogue of Life Checklist, consulté le .
- 1 2 Gray 1837, p. 88.
- ↑ Patou 2009, p. 69-80.
- ↑ (en) Y. Zhou, S.-R. Wang et J.-Z. Ma, « Comprehensive species set revealing the phylogeny and biogeography of Feliformia (Mammalia, Carnivora) based on mitochondrial DNA », PLOS ONE, vol. 12, no 3, , e0174902 (DOI 10.1371/journal.pone.0174902)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 UICN, consulté le .
- ↑ (en) Oldfield Thomas, « On the Races of the Short-tailed Mongoose (Herpestes brachyurus) and its Allies », The Annals and Magazine of Natural History, 9e série, vol. 8, no 43, , p. 134–137 (lire en ligne)
- ↑ G. Veron, M. Colyn, A.E. Dunham, P. Taylor et P. Gaubert, « Molecular systematics and origin of sociality in mongooses (Herpestidae, Carnivora) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 30, no 3, , p. 582-598 (PMID 15012940, DOI 10.1016/S1055-7903(03)00229-X, Bibcode 2004MolPE..30..582V)
- ↑ E. Barycka, « Evolution and systematics of the feliform Carnivora », Mammalian Biology, vol. 72, no 5, , p. 257-282 (DOI 10.1016/j.mambio.2006.10.011)
- 1 2 M. Patou, P.A. Mclenachan, C.G. Morley, A. Couloux, A.P. Jennings et G. Veron, « Molecular phylogeny of the Herpestidae (Mammalia, Carnivora) with a special emphasis on the Asian Herpestes », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 53, no 1, , p. 69-80 (PMID 19520178, DOI 10.1016/j.ympev.2009.05.038, Bibcode 2009MolPE..53...69P, lire en ligne
) - 1 2 (en) J. S. Gilchrist, A. P. Jennings, G. Veron et P. Cavallini, Handbook of the Mammals of the World. Volume 1: Carnivores, Lynx Edicions, , 311-312 p. (ISBN 978-84-96553-49-1), « Family Herpestidae (Mongooses) »
Bibliographie
modifier- (en) John Edward Gray, « Description of some new or little known Mammata, &c. », Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 1837, , p. 87–88 (lire en ligne)
- (en) G. Veron, M.-L. Patou, G. Pothet, D. Simberloff et A. P. Jennings, « Systematic status and biogeography of the Javan and small Indian mongooses (Herpestidae, Carnivora) », Zoologica Scripta, vol. 36, no 1, , p. 1–10 (DOI 10.1111/j.1463-6409.2006.00261.x)
Liens externes
modifier- (en) Mammal Diversity Database (MDD) : Urva brachyurus (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Herpestes brachyurus
- (en) Catalogue of Life : Urva brachyura (Gray, 1837) (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Urva brachyura (Gray, 1837)
- (en) Animal Diversity Web : Herpestes brachyurus
- (en) UICN : espèce Urva brachyura (Gray, 1837) (consulté le )