Herpestes ichneumon

espèce de mammifères
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Ichneumon, Mangouste d’Égypte

Herpestes ichneumon
Description de cette image, également commentée ci-après
Un ichneumon à Ma'agan Michael, en Israël.
5.333 –0 Ma
19 collections
Du Pliocène à l’Holocène.
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Super-ordre Eutheria
Ordre Carnivora
Famille Herpestidae
Sous-famille Herpestinae
Genre Herpestes

Espèce

Herpestes ichneumon
(Linnaeus, 1758)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Répartition géographique

Description de l'image Herpestes ichneumon 2024.jpg.

Synonymes

Herpestes ichneumon, l’Ichneumon, plus communément désigné sous le nom de Mangouste d’Égypte, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Herpestidés. Espèce-type du genre Herpestes, lui-même genre-type de toute la famille, cet animal de taille moyenne au corps élancé et à la longue queue est largement distribué à travers l'Afrique subsaharienne, l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient ainsi que dans la péninsule Ibérique.

Carnivore principalement diurne, l'ichneumon s'adapte à des habitats variés, souvent à proximité des cours d'eau, et se nourrit de petits vertébrés, d'insects et de fruits, mais est particulièrement réputé pour sa capacité à chasser et consommer des serpents venimeux. Apprivoisé dès l'Égypte antique pour réguler les populations de rongeurs et de reptiles, il y occupait une place importante d’animal sacré, figure qui s'est perpétuée dans la littérature antique et classique, où il est désigné sous le nom de « rat de Pharaon ». Bien que localement confronté au piégeage ou au braconnage, l'ichneumon bénéficie d'une vaste aire de répartition et est classé en Préoccupation mineure (LC) par l'UICN.

Dénominations

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Étymologie

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Le mot ichneumon provient du grec ancien ιχνευμων (ikhneumōn), signifiant « traqueur » ou « pisteur », dérivé du verbe ιχνευω (ikhneuō), « traquer, suivre à la trace »[38].

Taxonomie

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Illustrations d’Ichneumons volant des œufs de crocodiles dans le journal Die Gartenlaube, 1882

L'espèce a été décrite pour la première fois selon les principes de la nomenclature binominale en 1758 par le naturaliste suédois Carl Linnaeus dans son ouvrage Systema Naturae, sous le nom scientifique de Viverra ichneumon[2]. L'holotype provient de la région du Nil en Égypte[39].

L’espèce a été assignée à différents genres au cours du temps : d’abord sous le genre Ichneumon par Lacépède, ou encore dans le genre Mungos. Mais c’est la révision menée en 1811 par Johann Karl Wilhelm Illiger qui rattache définitivement l’espèce au genre Herpestes[40].

Jusqu'à dix sous-espèces ont été décrites par le passé entre la fin du XVIIIe siècle et le début des années 1930[39] :

Toutefois, le statut de ces divisions requiert une révision taxonomique globale[41],[42]. Les auteurs de l'ouvrage Illustrated Checklist of the Mammals of the World[42] et ITIS ()[43] considèrent désormais l'espèce comme monotypique.

Phylogénie

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Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[44], Barycka (2005)[45] et Patou et al. (2009)[46] :

Herpestinae
(Herpestinés)




Genre Bdeogale (Bdéogales)



Genre Rhynchogale (Rhynchogale)





Genre Paracynictis



Genre Cynictis (Cynictes)





Genre Ichneumia (Ichneumies)



Genre Herpestes

Herpestes ichneumon[46] (Ichneumon)


Groupe Galerella

Herpestes sanguineus (Mangouste sanguine)



Herpestes pulverulentus (Mangouste grise du Cap)



Herpestes ochraceus (Mangouste ochracée)



Herpestes flavescens (Mangouste flavescente)







Genre Atilax (Atylaces)



Genre Xenogale[46] (Xénogale)




Genre Urva (Urvas)




Description

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Crâne d'ichneumon.

Le pelage long et rude de l'ichneumon varie du gris au brun roussâtre, piqueté de taches brunes et jaunes. Son museau est pointu et ses oreilles sont petites. Son corps élancé mesure de 48 à 60 cm de long, prolongé par une queue de 33 à 54 cm à l'extrémité noire. Ses pattes arrière ainsi qu'une petite zone autour des yeux sont dénuées de poils. Il possède entre 35 et 40 dents, avec des carnassières très développées utilisées pour découper la viande. Il pèse entre 1,7 et 4 kg[47].

Un dimorphisme sexuel a été observé chez les ichneumons au Portugal, où certaines femelles sont plus petites que les mâles[48].

Les femelles possèdent 44 chromosomes et les mâles 43, l'un des chromosomes Y étant transloqué sur un autosome[49].

Répartition et habitat

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Aire de répartition de l'ichneumon.
  • Milieu natif
  • Zone d'introduction possible (mais dont le statut allochtone est réfuté dans les études actuelles)

L'ichneumon vit dans des habitats marécageux et des marécages à proximité des cours d'eau, des rivières, des lacs et dans les zones littorales. Lorsqu'il fréquente le Maquis dans la péninsule Ibérique, il privilégie les zones proches des rivières à la végétation dense. Il est absent des déserts[47].

Sa présence a été consignée au Portugal, du nord du Douro jusqu'au sud, et en Espagne, du plateau central et de l'Andalousie jusqu'au Détroit de Gibraltar[50],[51].

En Afrique du Nord, il est présent le long de la côte de la mer Méditerranée et du massif de l'Atlas, depuis le Sahara occidental, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie jusqu'en Libye, ainsi que dans le nord de l'Égypte à travers la péninsule du Sinaï[52]. En Égypte, un individu a été observé dans l'Oasis du Fayoum en 1993. La même année, des empreintes ont été relevées dans des dunes de sable près de la côte, à proximité de Sidi Barrani[53]. Un individu a été aperçu sur une île du lac Burullus dans le delta du Nil lors d'une étude écologique à la fin des années 1990[54]. Dans les Territoires palestiniens, sa présence a été enregistrée dans la Bande de Gaza et le Gouvernorat de Jéricho en Cisjordanie lors d'inventaires menés entre 2012 et 2016[55]. Dans l'ouest de la Syrie, il a été observé dans le gouvernorat de Lattaquié entre 1989 et 1995 ; des spécimens naturalisés y étaient vendus dans des commerces locaux[56]. Dans le sud de la Turquie, il a été signalé dans les provinces de Hatay et d'Adana[57].

Au Soudan, il est présent à proximité des établissements humains le long de la rivière Rahad et dans le Parc national du Dinder[58]. Il a également été observé dans le complexe d'aires protégées de Dinder–Alatash lors d'études réalisées entre 2015 et 2018[59]. En Éthiopie, l'ichneumon a été recensé à des altitudes comprises entre 2 000 et 3 000 m dans les Hauts plateaux d'Éthiopie[60],[61].

Au Sénégal, il a été observé en 2000 dans le Parc national du Niokolo-Koba, qui comprend principalement un habitat ouvert dominé par les graminées[62]. En Guinée, dans le Parc national du Haut-Niger, la présence de l'ichneumon a été documentée pour la première fois lors d'inventaires au printemps 1997. Les chercheurs ont trouvé des individus morts sur des marchés de viande de brousse dans des villages situés aux abords du parc[63].

Au Gabon, dans le Parc national de Moukalaba-Doudou, il n'a été observé que dans des habitats de savane[64]. En République du Congo, il a été observé à plusieurs reprises dans la Mosaïque de forêt-savane du Congo occidental du Parc national d'Odzala-Kokoua lors de prospections réalisées en 2007[65].

Dans les années 1990, il était considéré comme une espèce commune dans le Parc national de Mkomazi en Tanzanie[66].

Présence dans la péninsule Ibérique

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Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer la présence de l'ichneumon dans la péninsule Ibérique : Traditionnellement, on pensait qu'il avait été introduit à la suite de la conquête musulmane au VIIIe siècle[67]. Des ossements d'ichneumon fouillés en Espagne et au Portugal ont été datés au radiocarbone du Ier siècle. Les scientifiques suggèrent donc une introduction à l'époque de l'Hispanie romaine, où il servait à éliminer les rats et les souris dans les habitations [68] . D'autres auteurs proposent une colonisation naturelle de la péninsule Ibérique au cours du Pléistocène à la faveur d'un pont terrestre formé lors de la baisse du niveau de la mer entre deux périodes glaciaires et interglaciaires. Cette population serait restée isolée des populations africaines après le dernier âge glaciaire[69].

Comportement et écologie

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Un Ichneumon consommant un poisson-chat en Israël.

L'ichneumon est un animal diurne[70]. Dans le Parc national de Doñana, des individus isolés, des couples ainsi que des groupes comptant jusqu'à cinq individus ont été observés. Les mâles adultes font preuve d'un comportement territorial et partagent leur domaine vital avec une ou plusieurs femelles. Les domaines vitaux des femelles adultes se chevauchent dans une certaine mesure, sauf dans les zones centrales où elles élèvent leurs petits[71].

Il chasse les rongeurs, les poissons, les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les insectes. Il se nourrit également de fruits et d'œufs. Pour briser la coquille des œufs, il les projette entre ses pattes arrière contre un rocher ou un mur[47]. Dans le parc national de Doñana, 30 ichneumons ont été suivis par radiotélémétrie en 1985 et leurs échantillons fécaux ont été collectés. Ces échantillons contenaient des restes de Lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), de psammodromes (Psammodromus), de Pélobate cultripède (Pelobates cultripes), de Crocidure musaraigne (Crocidura russula), de Seps tridactyle (Chalcides chalcides), de canards de surface (Anas), de Héron garde-bœufs (Bubulcus ibis), de viande de Sanglier (Sus scrofa), de souris d'Afrique du Nord (Mus spretus) et d'espèces de rats (Rattus)[72]. Des recherches menées dans le sud-est du Nigeria ont révélé qu'il se nourrit également de rats géants (Cricetomys), de Souris de Temminck (Mus musculoides), de Souris de Tullberg (Praomys tulbergi), de Musaraigne du Nigeria (Crocidura nigeriae), de Crapaud de Hallowell (Amietophrynus maculatus), de Serpent d'eau brun d'Afrique (Afronatrix anoscopus) et de scinques du genre Mabuya[73]. Il attaque et consomme des serpents venimeux, montrant une résistance au venin de la Vipère de Palestine (Daboia palaestinae), du Cobra du désert (Walterinnesia aegyptia) et du Cobra cracheur à cou noir (Naja nigricollis)[74].

En Espagne, il est enregistré moins fréquemment dans les zones où le Lynx pardelle a été réintroduit[75].

Reproduction

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En captivité, mâles et femelles atteignent la maturité sexuelle à l'âge de deux ans[76]. Dans le parc national de Doñana, la parade nuptiale et l'Accouplement ont lieu au printemps entre février et juin. Deux à trois petits naissent entre mi-avril et mi-août après une gestation de 11 semaines[77]. Ils naissent nus et ouvrent les yeux au bout d'une semaine environ. La femelle s'en occupe jusqu'à l'âge d'un an, et parfois plus longtemps. Ils commencent à chercher leur nourriture seuls à l'âge de quatre mois, mais continuent de se disputer les proies rapportées par la mère au-delà de cet âge. À l'état sauvage, l'ichneumon peut atteindre l'âge de 12 ans. Un individu en captivité a dépassé l'âge de 20 ans[47]. Son temps de génération est estimé à 7,5 ans[78].

L’Ichneumon et l’Homme

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Menaces

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Une étude sur les méthodes de braconnage menée en Israël à l'automne 2000 a révélé que l'ichneumon est victime du piégeage par collet dans les zones agricoles. La plupart des pièges découverts avaient été posés par des travailleurs immigrés thaïlandais[79]. De nombreuses têtes séchées d'ichneumons ont été découvertes en 2007 sur le marché de Dantokpa dans le sud du Bénin, suggérant l'utilisation de cet animal comme fétiche lors de rituels animaliers[80].

Statut et conservation

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L'ichneumon est inscrit à l'annexe III de la convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, ainsi qu'à l'annexe V de la directive européenne Habitats-Faune-Flore[52]. En Israël, la faune sauvage est protégée par la loi et sa chasse nécessite un permis[79].

Dans la culture

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Antiquité et mythologie égyptienne

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Les restes mommifiés de quatre ichneumons ont été mis au jour dans les catacombes d'Anubis à Sakkara au cours de travaux débutés en 2009[81]. Dans la nécropole de Beni Hassan, un ichneumon tenu en laisse est représenté dans la tombe de Baqet Ier, datant de la XIe dynastie égyptienne[82]. La déesse égyptienne Mafdet, qui protégeait les hommes contre le venin des serpents et des scorpions, était associée à l'ichneumon[83].

Dans son Enquête, Hérodote fait mention du « rat sacré » lors de son récit sur le prêtre d'Héphaïstos et roi d'Égypte Séthon[note 2] :

« Après lui régna, dit-on, le prêtre d'Héphaïstos[note 3], qui s'appelait Séthon. Celui-là n'eut que mépris pour la classe des guerriers, dont il pensait n'avoir jamais besoin ; entre autres outrages qu'il leur infligea, il les dépouilla de leurs terres alors que, sous les rois précédents, ils en avaient reçu chacun douze aroures, à titre spécial.

Par la suite, quand Sennachérib, roi d'Arabie et d'Assyrie, marcha sur l'Égypte avec une armée nombreuse, les guerriers égyptiens refusèrent tout secours à leur roi. Le prêtre, en cette extrémité, pénétra dans le temple et vint aux pieds de la statue de son dieu gémir sur les malheurs qui le menaçaient. Au milieu de ses lamentations, le sommeil le prit et il crut voir en songe le dieu, debout près de lui, l'encourager et lui promettre qu'il ne lui arriverait aucun mal s'il marchait contre l'armée des Arabes. Il lui enverrait lui-même des défenseurs.

Confiant en ce songe et accompagné des Égyptiens qui voulurent bien le suivre, Séthon établit son camp à Péluse, qui est la porte de l'Égypte ; aucun des guerriers ne se joignit à lui, mais seulement des commerçants, des artisans et des boutiquiers. Quand les ennemis arrivèrent devant Péluse, les rats des champs envahirent leur camp pendant la nuit et rongèrent leurs carquois, leurs arcs, et même les courroies de leurs boucliers, si bien que le lendemain, dépouillés de leurs armes, ils durent prendre la fuite et périrent en grand nombre. Aujourd'hui encore on voit dans le temple d'Héphaïstos une statue en pierre de ce roi, qui porte un rat sur la main ; une inscription lui fait dire : "Regardez-moi, et soyez pieux". »[84]

Pline l'Ancien mentionne également l'ichneumon au livre VIII de son Histoire naturelle, le décrivant comme un ennemi redoutable de l'aspic[85].

Littérature moderne

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Le poète américain John Greenleaf Whittier a écrit un poème sous forme d'élégie en hommage à un ichneumon emmené à la Haverhill Academy à Haverhill, au Massachusetts, en 1830. Ce poème longtemps perdu a été publié dans le numéro de novembre 1902 du magazine The Independent[86].

Le canon de Sherlock Holmes fait également intervenir un ichneumon dans la nouvelle Le Tordu (The Adventure of the Crooked Man). Cependant, d'après la description qu'en fait le docteur Watson et le passé de son propriétaire en Inde, il s'agit vraisemblablement d'une mangouste d’Edward (Urva edwardsii)[87].

Notes et références

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  1. Nom technique de Herpestes ichneumon
  2. Selon les notes de l'éditeur, Séthon ne serait pas un nom mais plutôt un titre attribué au prêtre de Ptah. L'éditeur voit en ce Séthon roi d'Égypte le roi éthiopien Chabaka.
  3. Héphaïstos est l'assimilation grecque du démiurge Ptah.

Références

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