Boulonnais (cheval)
Le Boulonnais est une race de chevaux de trait originaire de la région de Boulogne-sur-Mer, située sur la côte de la Manche. C'est un cheval de grande taille, à la robe le plus souvent grise. Historiquement élevé dans tout le Pas-de-Calais, la Picardie et le pays de Caux, en France, ce cheval est réputé, selon sa légende, descendre d'étalons orientaux de passage durant l'Antiquité. Il est davantage influencé par la sélection de ses éleveurs, ainsi que les conditions climatiques et géographiques de sa région originelle.
Jument poulinière boulonnaise grise, à Samer | |
| Région d’origine | |
|---|---|
| Région | Boulonnais, |
| Région d'élevage | Hauts-de-France principalement |
| Caractéristiques | |
| Morphologie | Cheval de trait |
| Registre généalogique | Oui (1886, révisé 2025) |
| Taille | 1,60 à 1,75 mètre |
| Poids | 600 à 1 000 kg |
| Robe | Généralement gris, plus rarement alezan ou noir |
| Tête | Profil rectiligne ou camus |
| Pieds | Larges |
| Caractère | Calme et doux |
| Statut FAO (conservation) | En danger |
| Autre | |
| Utilisation | Viande, attelage, travaux agricoles et débardage. |
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Apprécié par Henri IV et Napoléon Ier, ce cheval de trait rapide connaît une vague de popularité lorsqu'il convoie des chargements de poisson frais entre Boulogne-sur-Mer et Paris, jusqu'à l'arrivée du chemin de fer vers 1850. Avec la modernisation des transports, il est reconverti dans les travaux de force et d'agriculture, travaillant dans les champs de betteraves ou plus rarement comme cheval de fond dans les mines. Ses éleveurs sélectionnent alors des chevaux plus puissants et étoffés. En 1902, la population de chevaux Boulonnais est estimée à plus de 600 000 individus. La modernisation des transports après la Première Guerre mondiale, puis l'arrivée du tracteur après la seconde mettent la race en péril. Les bombardements des ports et l'occupation allemande lui font subir de lourdes pertes. Les effectifs diminuent régulièrement jusqu'en 1989. Des actions de sauvegarde sont menées, dont la création de la route du Poisson et le croisement Arabo-boulonnais.
Il est surtout élevé pour sa viande, réputée être l'une des meilleures du marché. Autrefois utilisé par l'armée française, il est aussi valorisé en attelage de compétition et de loisir grâce à son trot énergique, et employé localement par la police montée de sa région. Il reste d'usage au labour et pour l'entretien des vignes, grâce à sa puissance de traction couplée à une énergie rare chez un cheval de trait. Avec 6 376 individus recensés en 2020, le Boulonnais est le cheval de trait français le plus menacé, en raison de son taux de consanguinité et de la baisse régulière des nouvelles naissances.
Dénomination et sources
modifierLe Boulonnais doit son nom à sa région d'origine, celle de Boulogne-sur-Mer, en France[H 1],[1],[2],[3],[4]. Ce nom remonte au XVIIe siècle[1],[5],[6],[7],[8],[9], époque où l'élevage est divisé en deux modèles de chevaux[1],[5],[7],[10],[9]. Le plus léger, historiquement affecté au transport de chargements de poisson, est nommé « mareyeur » ou « petit Boulonnais »[11],[12],[5],[1] ; il a désormais disparu[1], ou pratiquement[13]. Le plus lourd est connu sous le nom de « Grand Boulonnais »[11],[9], de « Dunkerque »[6],[14], de Bourbourien, de Cauchois, de Flamand ou de Picard en fonction de sa région d'origine[13]. Il sert à la traction lourde et aux travaux des champs[11],[12],[9],[10], notamment pour dételer les wagons de chemin de fer dans les gares[13].
Le Boulonnais est surnommé « pur-sang des chevaux de trait » grâce à son allure harmonieuse[6],[15],[4],[9],[16] : il est en effet réputé être l'un des chevaux de trait les plus élégants[17],[8],[6],[16], entres autres selon l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards[18]. Le photographe Yann de la Fosse-David y voit le « plus beau cheval du monde »[17]. Il est enfin surnommé « colosse de marbre blanc » en raison de sa couleur et de son apparence[19].
L'hippologue et agriculteur Charles Mourain de Sourdeval, auteur de nombreux articles pour le Journal des haras[W 1], y publie une « Note sur la race boulonnaise » en 1849[H 2]. Le vétérinaire du Nord-Pas-de-Calais Hippolyte Constant Charles écrit en 1883 une Histoire du cheval boulonnais[H 3]. Treize ans plus tard, Jules Augustin Viseur rédige une monographie similaire, Histoire de la race chevaline boulonnaise : de son évolution depuis ses origines il y a deux mille ans[H 4].
Histoire
modifierL'histoire de la race boulonnaise est particulièrement teintée d'une multitude de croyances[16]. D'après l'historien du monde rural Marcel Mavré, le Boulonnais fait partie, avec le Percheron, l'Ardennais et le Trait belge, des quatre plus anciennes races de chevaux de trait d'Europe de l'Ouest[20]. Toutes revendiquent un héritage oriental, et exercent une grande influence sur la formation des autres races de chevaux de trait du XIXe au XXe siècle[20].
Origines
modifierComme tous les chevaux domestiques modernes, le Boulonnais provient de la lignée DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers 2 200 à 2 000 ans av. J.-C. selon une vaste étude génomique publiée dans Nature[S 1]. Son origine est certainement ancienne[4], mais elle n'est pas connue avec précision[7]. Une population chevaline existait probablement déjà dans la région de Boulogne à l'époque romaine[1], voire antérieurement à l'ère chrétienne[7].
Selon les hippologues et les généticiens
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La plupart des hippologues décrivent le Boulonnais comme une race sélectionnée par des éleveurs dans un biotope favorable. Le climat de la région de Boulogne est en effet tempéré et humide, donc propice aux activités agricoles, avec un sous-sol argileux qui facilite le développement du squelette des animaux[S 2],[21],[5],[16]. Le sol est cependant rude, difficile à cultiver, et offre peu de prairies[H 5]. Le cœur historique de l'élevage est le bas-Boulonnais, berceau de cette race de chevaux, en particulier à Marquise,[16]. Les éleveurs du haut-Boulonnais et de l'Artois, sur des plateaux crayeux soumis à des hivers plus rudes, élèvent historiquement les modèles plus légers et rapides, les mareyeurs[16]. Les éleveurs du Calaisis, de Desvres et de Marquise font naître des chevaux d'une plus grande ampleur[16]. Dans la région de Rue, au Sud du Boulonnais, les chevaux sont assez forts pour tracter de lourdes barques de pêche sur les plages[16]. Pour Jasper Nissen, il est indéniable que les reliefs vallonnés du Boulonnais, avec des collines de 200 mètres et plus, ont contribué à façonner les qualités de la race[22]. Le comte C. G. Wrangel estime que ce relief lui donne une musculature plus puissante et des tendons plus serrés que chez les chevaux élevés en plaine[22]. Ces particularités illustrent bien l'influence du biotope sur l'élevage équin[22],[23],[16]. Selon la docteure en ethnologie Marie Cegarra, « la race boulonnaise est le résultat de conditions géographiques et climatiques spécifiques, dominée à l'origine par l’observation des lois de la nature et perpétuée à travers la transmission de connaissances acquises de père en fils »[S 3].
Pour Jean Pierre Mégnin (1895), « la vérité est que le Percheron, comme le Breton, comme le Boulonnais, ont toujours été des chevaux communs, des descendants directs des chevaux celtiques, si abondants sur notre sol avant l'époque gallo-romaine »[H 6]. Le vétérinaire et zootechnicien André Sanson estime que le Boulonnais partage une origine commune avec les chevaux britanniques (Old English Black) et flamands[24]. Pour James Harvey Sanders, la ressemblance avec l'ancien cheval flamand est indéniable[H 7].
Selon l'historien du monde rural Marcel Mavré (2004), la méthode d'élevage (tel l'élevage sélectif), les ressources de la région et du sol ainsi que l'alimentation donnée aux chevaux sont plus influentes sur leur morphologie qu'un éventuel croisement oriental vieux de plusieurs siècles[25], un constat partagé par Yann de la Fosse-David[24]. Il n'est cependant pas exclu que des croisements avec des chevaux orientaux aient pu se produire durant l'histoire de la race boulonnaise, et « qu'il en reste quelques traces »[25]. Notamment, la robe grise provient d'un apport génétique africain[26].
En 2009, Leroy et al. utilisent 11 marqueurs microsatellites sur 39 populations équines élevées en France dont plusieurs races de trait comme le Boulonnais, et concluent à une diversité génétique significative entre et au sein des races, avec des variations d’hétérozygotie et une structure de population confirmant que les chevaux de trait français forment un groupe spécifique[S 4]. Ils déterminent aussi une singularité génétique du Boulonnais : c'est l'une des seules races, avec le Frison, le Shetland et le cheval de Przewalski, à former un groupe génétique presque exclusivement associé à elle-même[S 4]. Deux méthodes distinctes d'évaluation de la diversité génétique classent le Boulonnais parmi les races à conserver en priorité, du fait des allèles rares qu'il porte au sein du groupe des chevaux de trait[S 4]. Il présente cependant une relative proximité avec le Poitevin mulassier[S 4]. Ces deux races ont pour point commun d'avoir reçu l'influence du cheval flamand[26].
Selon les traditions populaires
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Selon une tradition populaire citée par Hippolyte Constant Charles en 1883[H 8], par Jules Viseur en 1896[H 9], et reprise par divers auteurs d'encyclopédies[5],[6],[22],[15],[27],[9], la naissance de cette race serait due au passage de la cavalerie de César en 54 av. J.-C., près de Boulogne, région alors connue sous le nom de Morinie. 2 000 ou 4 000 chevaux numides originaires d'Afrique du Nord, appartenant à l'armée romaine, auraient stationné tandis que se préparait l'expédition de Jules César en Bretagne, des unités de cavalerie restant pendant plus de deux deux siècles dans la région[H 8],[H 10]. D'après Hippolyte Constant Charles, des juments lourdes indigènes auraient été saillies par des étalons numides[H 8]. La nature du sol boulonnais et la qualité des herbages auraient entraîné l’acquisition de caractères propres chez les descendants de ces croisements[20]. La véracité de cette tradition populaire est remise en cause par différents auteurs. Il n'existe aucune mention d'élevage de chevaux en Morinie dans les Commentaires sur la guerre des Gaules[H 9],[S 5]. Selon Amélie Tsaag Valren (2017), aucune source antique ne prouve que des montures numides soient à l'origine d'un type spécifique de chevaux localement identifié comme tel dès cette époque[28]. L'identification de chevaux spécifiques à cette région est beaucoup plus tardive, puisqu'elle remonte au XVIIe siècle[26].
Une autre origine invoquée selon ces traditions populaires est celle de montures abandonnées sur place par les Huns d'Attila, vaincus au Ve siècle[H 8],[H 11],[18].
Du Moyen Âge au XVIe siècle
modifierLe Boulonnais aurait été embarqué pour l'Angleterre avec la flotte de Guillaume le Conquérant en 1066, influençant ainsi l'ancien Trotteur Norfolk[18]. Des croisements interviennent aux XIe et XIIe siècles, le Boulonnais est alors influencé par les chevaux du Brabant et des Flandres, géographiquement proches[29]. Durant les croisades, Eustache, comte de Boulogne, serait revenu avec des étalons orientaux et andalous comme prise de guerre, lesquels auraient transmis leur cachet et leur vigueur au cheptel boulonnais[25],[1]. Plus tard, Robert, comte d'Artois, désire sélectionner un cheval de guerre rapide, agile et puissant pour les chevaliers en bataille[8]. Il croise les étalons qu'il possède avec des juments du Mecklembourg[5],[8], ce qui a pour effet d'agrandir le format des chevaux[5].
Alfred Nicolas Rambaud affirme dans un manuel scolaire édité en 1896 que les chevaliers français décimés pendant la bataille d'Azincourt le furent parce qu'ils montaient d’énormes Boulonnais et Percherons peu maniables[H 12],[Note 1]. Au XIVe siècle, le Boulonnais est influencé par les chevaux andalous[4],[18] et des races nordiques[18]. Henri IV aurait apprécié les qualités de la race, alors un cheval de selle étoffé capable de porter des cavaliers en armure[H 1]. D'après l'auteur ancien Charles de Sourdeval, les Boulonnais seraient renommés pour les tournois mettant en valeur leur force, leur agilité et leur souplesse[H 1]. C'est ce qui aurait poussé le monarque à fonder, en 1587, dans la vaste cour du château de la Montoire (actuel arrondissement de Saint-Omer), les plus anciennes courses de France le premier dimanche de mai, tous les ans, jusqu'en 1789[H 1].
Du XVIIe siècle aux années 1850
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L'occupation espagnole des Flandres, à partir de la fin du XVIe siècle, a certainement apporté le cheval andalou[6],[30],[9], mais aussi des échanges de gènes avec des chevaux arabes et barbes, dont l'influence sur la robe grise et l'expression du Boulonnais moderne reste visible[10],[31]. Cette influence a certainement été très bénéfique, puisque les exportations depuis cette région deviennent si nombreuses que Charles Quint publie en 1553 une ordonnance interdisant d'exporter les chevaux de cette région[14].
La race est mentionnée dans les chroniques du XVIIe siècle, à l'époque de la création de la foire aux poulains de Desvres[10],[26]. Des acheteurs viennent de Picardie et de Haute-Normandie vers le Boulonnais, attirés par la bonne réputation de ce cheval[14],[10]. L'élevage s'en implante dès lors dans ces régions[14].
Le Boulonnais du XVIIIe siècle est de robe souvent noire, beaucoup moins volumineux que l'actuel, mais il est réputé rustique et vigoureux[32]. C'est à cette époque que la robe grise commence à devenir de plus en plus fréquente[14]. L'amélioration des routes carrossables répand l'usage et l'élevage du cheval de traction[32]. Avant la Révolution française, la race boulonnaise est très recherchée, pour sa « puissante étoffe », par la cavalerie de réserve. Cependant, elle sert principalement au convoyage du poisson frais, au service des postes et des messageries et à la traction de diligences et de véhicules de commerce[33]. Dans les terres bocagères du Boulonnais, l'élevage du cheval était modeste jusqu'au développement de grandes fermes au début du XIXe siècle[S 6]. L'élevage du cheval boulonnais devient peu à peu le fait de véritables dynasties d'éleveurs, dont quelques-unes perdurent au début du XXIe siècle[S 3]. Napoléon Ier aurait, malgré lui, construit la popularité de cet élevage. En se rendant au camp de Boulogne, il aurait voyagé dans un véhicule tracté par six juments boulonnaises depuis le relais de Saint-Omer, à une vitesse telle que la tradition populaire rapporte qu'il a cru à une trahison[H 1]. Le maître de poste et ses deux fils, qui menaient l'attelage, se nommaient « Cochon »[H 13]. Napoléon dit en plaisantant qu'il s'est cru « enlevé par six chevaux et trois cochons »[H 13]. Cet événement établit la réputation de la race[H 1]. À l'époque, des routes s'établissent, les diligences et le roulage se développent, la race boulonnaise devient particulièrement recherchée pour ces nouvelles activités grâce à sa beauté et sa vitesse[H 1]. La réputation de ces chevaux s'étend bientôt sur toute la France, et, peu après, en Europe[H 1].
En , le cheval boulonnais est répandu « dans tout le nord de la France, depuis la rive droite de la Seine jusqu'à la Belgique »[H 14].
« Disons-le franchement, il n'y a rien à apprendre aux agriculteurs qui, de père en fils, se livrent à l'élève du cheval franc-boulonnais ; ce sont eux qui ont conservé, dans des temps de destruction, cette précieuse race aussi pure dans son espèce que peut l'être le cheval de pur sang anglais dans la sienne ; la France leur doit de la reconnaissance […] »
— Vicomte de Puibusque, L'éleveur de poulains et le parfait amateur de chevaux, 1834[H 15]
Dès les années 1830 est évoquée l'idée de croiser le Boulonnais avec l'Arabe pour donner des chevaux de cavalerie[H 16]. Elle est mise en pratique au dépôt d'étalons d'Abbeville en 1840[H 17]. L'inspecteur général des haras nationaux Eugène Gayot préconise de croiser des Pur-sang avec la race boulonnaise afin d'améliorer sa vivacité[H 18]. Ces tentatives sont refusées par les éleveurs, qui voient naître des montures de cuirassiers n'ayant plus rien du cheval de trait, lors des premiers essais de croisement[H 19]. À la même époque, les possibles croisements entre le Boulonnais et le cheval de trait flamand sont vivement déconseillés par la société d'agriculture, du commerce et des arts de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer[H 20].
Des années 1850 à la Première Guerre mondiale : l'âge d'or
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La révolution industrielle, à partir des années 1850, fait évoluer les besoins[32],[14],[33]. Le Boulonnais devient un cheval de poids lourd par sélection pour la traction du matériel agricole de culture et de transport de la betterave[H 21],[32],[14],[33]. Il est vendu, en seconde main, à des camionneurs et entrepreneurs du transport dans les grandes villes[32]. La recherche de chevaux plus lourds conduit à des croisements avec des étalons belges pas toujours bien conformés[32]. Charles Mourain de Sourdeval déplore cette orientation[34]. En 1857, Jean-Henri Magne décrit les Boulonnais comme les chevaux de trait les plus connus et les plus renommés dans le commerce[H 22]. En 1861, d'après Louis Moll et Eugène Gayot, « il n'en est pas de meilleurs ni de plus répandus », et il « occupe le premier rang à raison de sa valeur, à raison surtout de son importance numérique »[H 23].
Malgré la généralisation de l'élevage des chevaux de traction lourde au pas, les éleveurs préservent leur aptitude à trotter[14]. En 1885, une loi interdit l'usage d'étalons reproducteurs non-locaux, ce qui met fin aux croisements belges[35]. Un registre généalogique, ou stud-book, est créé en juin 1886, et placé sous la responsabilité du Syndicat hippique boulonnais (SHB) en 1902[36],[29],[37]. Le premier concours spécial de la race boulonnaise est organisé en 1910 à Boulogne-sur-Mer[35]. Les chevaux se sont alors homogénéisés sur un modèle un peu plus léger, et une robe grise[35].
- Boulonnais entre 1850 et 1900
- Étalons boulonnais dans l′Atlas statistique des chevaux de France, 1850
- Gravure dans l'ouvrage de Moll et Gayot, 1861.
- Gravure du Cours d'hippologie à l'usage des officiers de l'armée, 1863.
- Gravure dans Applications de la zootechnie d'André Sanson, 1867.
- Gravure dans l'ouvrage de Pierre Aristide Lefour, 1872
- Dessin du Boulonnais dans l'ouvrage du baron de Vaux, 1895
Vers 1850, l'élevage de ces chevaux est fréquent dans le Pas-de-Calais, l'Oise, l'Aisne, la Somme et la Haute-Normandie[H 21]. Le Boulonnais reste la région d'élevage la plus réputée, avec le Vimeu, ainsi que le pays de Caux, où les chevaux sont déplacés en fin d'élevage[H 21]. Ce cheval est présent tout le long de la côte maritime, depuis Dieppe jusqu'à Dunkerque[H 24]. Parmi les plus célèbres élevages de l'âge d'or du Boulonnais, on trouve le haras d'Herlincourt[38].
Méthodes d'élevage
modifierLes cultivateurs des arrondissements de Dunkerque, de Saint-Omer, de Boulogne-sur-Mer, de Béthune, de Montreuil, d'Abbeville et de Neufchâtel-Hardelot font naître un grand nombre de poulains qu'ils gardent, pour les habitants des plateaux ou du haut pays, jusqu'à l'âge de six à huit mois afin de les vendre aux éleveurs normands et picards[H 13]. Les éleveurs des plaines, plus riches en fourrage, conservent leur poulain jusqu'à l'âge de dix-huit mois[H 25]. Dans les provinces du Boulonnais, ces éleveurs ne conservent que les femelles pour en faire des poulinières, et vendent leurs poulains mâles[H 26] sur des foires à Desvres, Marquise, Pont de Briques, et dans d'autres bourgs de la région[H 27]. Les acheteurs viennent surtout de la Normandie et du Vimeu. Le seul canton de Marquise, composé de neuf communes, vend annuellement de 1 200 à 1 300 poulains en 1849[H 5].
Le Vimeu, bordé par le littoral de la Manche et la rive méridionale de la Somme, présente de riches pâturages salés où sont élevés les poulains. Ils y restent jusqu'à l'âge où ils peuvent être revendus pour le service des postes, de la diligence et du roulage. Les chevaux sont mis au travail dès deux ans ou deux ans et demi, mais ces poulains ont besoin d'être soignés de bonne heure avec de bons pâturages, du bon foin, et du grain[H 26]. Les juments poulinières font tous les travaux agricoles, et sont, par conséquent, nourries à l'écurie. Elles sont saillies par l'étalon chaque année dans les mois de décembre, janvier ou février, et mettent bas en plein cœur de l'hiver, assez tôt pour être prêtes à reprendre les travaux de la ferme aux premiers jours du printemps[H 5]. Pendant la gestation, elles sont bien soignées, mais elles travaillent jusqu'à leur mise bas. On leur accorde alors un mois de repos, pendant lequel elles vivent avec leurs poulains dans de riches prairies artificielles, puis elles reprennent leurs travaux. Le poulain est sevré à 4 mois. Après le sevrage, il est nourri abondamment en avoine[H 13].
Évolution des effectifs entre 1850 et 1908
modifierContrairement à une idée répandue, l'arrivée du tracteur n'est pas la seule cause de disparition des chevaux de trait[37]. Vers 1850, l'établissement des voies de chemin de fer met à mal l'activité mareyeuse ainsi que la vieille souche picarde, aux pieds plats et larges, ce qui la fait disparaître du Pas-de-Calais[H 28],[27],[37]. En 1861, la population totale des chevaux boulonnais est estimée à 350 000 têtes, sans compter les chevaux exportés hors de leur berceau d'origine[H 23]. Sur 150 000 chevaux recensés en 1863 dans les trois départements du Nord, de la Somme et du Pas-de-Calais, on compte chaque année 12 000 à 15 000 naissances, presque exclusivement des races de trait[H 24]. Le département du Pas-de-Calais compte, à lui seul, 200 ou 250 étalons boulonnais en activité pour servir 50 000 juments. En 1849, ces chevaux sont achetés environ un millier de francs[H 28]. Le prix de leur saillie, généralement de cinq francs, descend quelquefois jusqu'à trois sous l'effet de la concurrence[H 28]. Chaque étalon effectue annuellement de 180 à 200 saillies, quelquefois davantage[H 28]. Les propriétaires de ces étalons vivent chichement : ils conduisent eux-mêmes leurs chevaux de ferme en ferme, et plusieurs ne peuvent renouveler leurs reproducteurs par manque de fonds[H 28]. Tous ces étalons ne sont pas autorisés ou approuvés par le stud-book[H 28].
La population de chevaux boulonnais est estimée en 1902 à plus de 600 000 individus, pour 2 500 à 6 000 éleveurs[29],[37]. De même, le comte Wrangel (Allemagne) estime en 1908 que la race boulonnaise est numériquement bien plus nombreuse que la percheronne[22].
Exportations
modifierLe Boulonnais est fréquemment exporté dès la fin du XIXe siècle[H 29]. Parfois, vers l'âge de quatre ou cinq ans, ce cheval est pris pour un Percheron[H 29]. Aux États-Unis, il est mélangé à d'autres races de trait sous le nom de « cheval de trait français » (french draft horse), enregistré par l'Anglo-Norman Horse Association (ou National Norman Horse Association) à partir de 1876, une association rebaptisée National French Draft Association en 1885[H 30]. Elle déclare en 1876 que les races boulonnaise, normande, percheronne et picarde sont les mêmes, et doivent toutes être connues comme des « chevaux normands »[H 31].
Elle déclare ensuite que tous les « chevaux normands » sont en fait des « Percheron », indépendamment de leur lignée de sélection individuelle. Son but est de vendre ces chevaux de trait de race aux utilisateurs américains à des prix plus élevés. Le Conseil de l'Agriculture de l'Illinois juge que seul un Percheron dont l'ascendance peut être prouvée devrait être enregistré en tant que tel, et que toutes les autres races, dont le Boulonnais, doivent être considérées séparément[S 7]. Des étalons reproducteurs Boulonnais sont exportés jusqu'en Argentine[39]. Au début du XIXe siècle, les Autrichiens tentent de naturaliser le Boulonnais sur leur territoire, sans succès[H 32].
De 1914 à 1960
modifierLa Première Guerre mondiale et la seconde sont un désastre pour la race. Les bombardements des ports, les réquisitions et l'occupation allemande lui font subir de lourdes pertes[8]. De nombreux combats se déroulant dans le berceau d'élevage du boulonnais, des troupeaux de poulinières sont décimés[8]. En 1918, une ordonnance départementale interdit l'exportation des animaux afin de reconstituer le cheptel[29].
Les éleveurs se remettent de la Première Guerre mondiale malgré la présence du front à quelques kilomètres de leurs zones d'élevage[35]. En 1922, le SHB demande que les chevaux d'une autre couleur que gris clair soient admis à égalité dans les concours de race, pour des raisons strictement commerciales : le gris clair déplait aux acheteurs non-français[35]. Deux ans plus tard, le syndicat adopte un marquage au fer spécifique en forme d'ancre de marine, permettant d'identifier les animaux appartenant à la race[35]. En 1930, le haras national de Compiègne détient 51 étalons boulonnais sur les 121 étalons qu'il héberge, le reste étant surtout composé de Traits du Nord[40]. La modernisation des transports durant l'entre-deux-guerres cantonne le Boulonnais aux travaux agricoles[40].
- Boulonnais entre 1915 et 1960
- Armée britannique sur le front de la Première guerre mondiale, 1914
- En 1930
- Chariots militaires tractés par des chevaux de trait, et camouflés sous des branches sur les routes du nord de la France, 1944.
- Concours Général de l'Agriculture de Paris, Parc des Expositions de la Porte de Versailles, 1960.
Le cheptel était à peine reconstitué quand la Seconde guerre éclate[35]. En pleine débâcle de 1944, la Wehrmacht réquisitionne les chevaux des agriculteurs, si bien qu'à la Libération, en 1945, il ne reste que très peu de chevaux de traction disponibles[41],[35], et pratiquement rien du cheptel boulonnais dans son berceau d'origine[35]. D'anciens propriétaires équins se rendent alors en Belgique pour retrouver des chevaux issus de leurs élevages abandonnés dans ce pays par les Allemands, et quelques-uns sont récupérés[42]. Les Boulonnais des années 1950 sont des animaux sveltes aux membres secs, remarquablement musclés grâce à l'héritage des chevaux des diligences et des mareyeurs, ce qui en fait d'excellents auxiliaires agricoles[40]. Réputés pour leur trot soutenu, ils sont utilisés pour des activités qui mettent leurs qualités de routiers en avant, plus efficace au labour de terres sableuses qu'à celui de lourdes terres compactes[43]. Les stigmates de la guerre dans le Nord de la France rendent l'abandon du cheval de trait au profit des machines agricoles plus lent que dans d'autres régions, offrant un sursis d'une dizaine d'années aux races Boulonnais et Trait du Nord[44].
Déclin et reconversion bouchère
modifierLa généralisation du tracteur agricole met ensuite la race en péril[42]. Quelques éleveurs sauvegardent le boulonnais jusque dans les années 1970, notamment grâce à l'hippophagie, puisque sa viande est réputée être l'une des meilleures du marché[8]. Au début des années 1970, il ne reste plus qu'un millier de juments, alors que le pays comptait 600 000 animaux au début du siècle[39]. La race boulonnaise compte pour 65 % du cheptel chevalin de trait de la région du Nord-Pas-de-Calais, contre 35 % pour le Trait du Nord[S 8]. Elle se rencontre encore un peu partout dans la région, sauf dans l'Artois, le Béthunois et la plaine de la Lys ; elle est complètement absente du sud-Est de la région[S 8].
Les étalons Fréthun (né en 1949), Opera (né en 1936), Qu'en dites-vous (né en 1938), Trésor (né en 1963) et Astérix (né en 1966) marquent fortement la race en entraînant une certaine consanguinité, la race boulonnaise étant limitée par son aire d'élevage et son effectif de plus en plus restreints[S 8],[W 2] : Fréthun est l'ancêtre commun à 13,35 % des Boulonnais de 2024[W 2]. Au début des années 1970, alors que les effectifs de chevaux de trait ont très fortement baissé[45], Henry Blanc est nommé à la direction des haras nationaux français, organisant la reconversion des neuf races de chevaux de trait en animaux de boucherie[46]. Jusqu'en 1982, il freine les importations de viande et encourage les éleveurs français à engraisser leurs animaux pour les revendre au poids aux abattoirs[46]. L'hippophagie assure une partie de la sauvegarde du Boulonnais en gardant son capital génétique intact, mais en transformant son modèle, autrefois taillé pour le travail, en celui de « bête à viande »[46]. Cette relance est surtout suivie par des éleveurs âgés et relativement éparpillés[S 9]. Entre le milieu du XXe siècle et les années 1980, le poids moyen d'un Boulonnais augmente considérablement[46],[4]. Un arrêté du 24 août 1976, paru dans le journal officiel, renomme toutes les races de « chevaux de trait » françaises en « chevaux lourds », et pousse les éleveurs à sélectionner des étalons reproducteurs les plus lourds possibles[45],[S 10]. Les haras nationaux achètent et approuvent ce type d'étalon destiné à donner naissance à des poulains qui s'engraissent rapidement, ces derniers étant abattus vers l'âge de 18 mois pour produire de la viande[45].
Plans de sauvegarde : de 1975 à nos jours
modifierUn plan de sauvegarde est lancé en 1975, car les effectifs du Boulonnais continuent à diminuer[29],[37]. En 1983, environ 1 154 chevaux sont recensés[W 3]. Dans les années 1980, l'INRA et l'Institut national agronomique effectuent différentes analyses démographiques et génétiques sur les populations de chevaux de trait, toutes menacées de disparition. En 1983, les chercheurs en concluent que le Boulonnais est victime de consanguinité, de dérive génétique, et de la disparition de ses structures de coordination. L'âge avancé de ses éleveurs rend sa situation précaire[S 11]. Plusieurs stud-books sont ouverts dans d'autres pays européens, afin de prévenir l'extinction de la race. En 1993, il ne reste que quinze étalonniers dans tout le Nord-Pas-de-Calais[S 12] ; les effectifs continuent de diminuer jusqu'en 1994[37].
Durant les années 1980, différents éleveurs prennent conscience que la filière boucherie est insuffisante pour sauvegarder la race, et se tournent vers le patrimoine et les activités de loisir[47]. L'action de Bruno Pourchet, alors directeur du Haras national de Compiègne, est déterminante pour enrayer la chute des effectifs grâce à la re-création de la route du poisson, qui retrace l'itinéraire historique des chevaux mareyeurs[48].
L'élevage est souvent une affaire de famille, un fils ou un petit-fils passionné du cheval de trait reprenant l'activité de ses parents ou grands-parents[S 13]. Celle-ci prend la forme d'une initiation pratique[S 14]. Un tel élevage est peu rentable : selon l'expression populaire des éleveurs eux-mêmes, « les trois-quarts des éleveurs de trait finissent criblés de dettes »[S 15]. Le Boulonnais fait partie des races de chevaux dont les éleveurs peuvent bénéficier de la « Prime aux races menacées d'abandon » (PRME), mise en place en 1997, d'un montant de 100 à 150 € en 2004[P 1]. Le Syndicat Hippique Boulonnais (SHB) distribue des subventions aux éleveurs, afin de les inciter à faire perdurer la race[49].
En 2001, l'écrivain Daniel Babo se déclare pessimiste quant à l'avenir de cette race[50]. Une nouvelle étude génétique est menée en 2008 par l'INRA[S 4]. Elle considère le Boulonnais comme « en voie de disparition », ainsi que quatre autres races françaises. Elle suggère de le placer en conservation prioritaire du fait de l'originalité de son patrimoine génétique, afin de maintenir au maximum la diversité génétique des effectifs français[S 4].
Quatre plans de sauvegarde sont mis en place entre 2011 et 2026[W 4]. En 2015, le Boulonnais reste l'une des races équines les plus menacées de France, une situation aggravée par l'absence de possibilités de croisement avec des races proches[P 2]. Ses éleveurs bénéficient d'aides financières[P 3]. Vers 2015, l'élevage de tels chevaux est redevenu rentable pour le marché de la viande, bien que les débouchés des éleveurs restent limités[P 4].
Description
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Types historiques
modifierLe Boulonnais historique est un cheval de traction travaillant au trot[H 23]. Plusieurs variétés ont existé : le Mareyeur chargé de tracter les chargements de poisson frais entre les grands ports de pêche (Boulogne-sur-Mer ou Dieppe par exemple) et Paris, le Bourbourien (ou Funes-Ambact), le plus imposant de tous, dans le Nord[H 24],[13], le Cauchois en Seine-Maritime, et le Picard ou « trait au trot » en Picardie[H 24]. Une lignée réputée vers 1845 est connue sous le nom de « cheval de Ponthieu »[H 32]. Seules quelques nuances les séparent. Toutes ces variétés ont disparu lors de la réduction des effectifs de la race.
Vers 1850, le boulonnais est déjà un cheval de grande taille, jusqu'à 1,65 m et au-delà[H 33]. Les membres sont courts, forts, robustes et nerveux, couverts de crins épais et touffus ; le corps est fortement musclé et raccourci ; l'encolure est épaisse et courte, la crinière touffue tombant de chaque côté ; la tête est grosse, avec les ganaches fortes et le chanfrein presque droit ; l'œil est généralement petit ; le poitrail est large ; le ventre est rond, volumineux ; la croupe large, avalée, est double[H 33]. La couleur de sa robe est encore extrêmement variée[H 33]. Ces chevaux sont réputés doux et dociles, d'un tempérament sanguin, remarquables par la puissance de leur système musculaire, résistants aux fatigues, et dotés d'un trot à la fois rapide et léger[H 34].
« On voit, par ces caractères, qu'il s'agit ici d'une constitution véritablement athlétique ; et il faut ajouter que le cheval boulonnais ne dément point, pour son compte, l'attribut habituel de l'Hercule antique : il est aussi débonnaire que fort ; on le renomme pour sa docilité. Il est, de plus, leste et agile pour un si volumineux personnage. C'est que chez lui le fond est à la hauteur de la forme, et qu'il est doué d'une vigueur et d'une énergie qui se reflètent dans la douceur de son regard résolu. »
— André Sanson, Applications de la zootechnie, 1867[H 35]
Mareyeur
modifierLes juments boulonnaises étaient privilégiées pour l'activité de transport de poisson, et surnommées « les mareyeuses »[H 5],[5],[14]. Cette variété historique de la race fut utilisée pour le mareyage (traction de lourds chargements de poisson au trot rapide, à raison d'une allure de 16 à 18 km/h pendant 100 à 120 kilomètres[H 13]). Elle est hautement réputée jusqu'au milieu du XIXe siècle[10], et donne naissance à l'expression « trot de maquereau », désignant le trot rapide dans le jargon cavalier[51]. La renommée acquise par ces chevaux fait monter leur prix[H 5].
Trait picard
modifierLe trait picard, au statut de race controversé[H 36], est décrit comme une variété du Boulonnais, « le cheval le plus volumineux et le plus empâté, celui dont la peau est la plus épaisse et la robe la plus crépue »[H 21]. Il est nourri avec une grande quantité de foin, dont celui de prairies artificielles[H 21]. Ses formes sont plus lourdes que celles du Cauchois[H 37]. André Sanson estime que le trait picard n'est pas une race : dans les années 1860, l'assèchement des marais de la vallée de la Somme fait que le cheval Boulonnais est de plus en plus introduit pour remplacer la race du Flamand, qui avait fait souche dans cette région[H 36].
Bourbourien
modifierLe Bourbourien, également nommé Funes-Ambact, est à l'origine un type de cheval de trait propre au canton de Bourbourg, dans le département du Nord[H 24]. Probablement issu de croisements entre chevaux Boulonnais et Flamands[H 38], de robe grise ou baie[52], il est plus léger que les Boulonnais classiques, plus haut sur jambes, avec des membres plus fins mais néanmoins solides[52]. Il finit par être totalement absorbé par le Boulonnais au cours du XXe siècle[S 16].
Cauchois
modifierLes chevaux du pays de Caux, beaucoup moins massifs, ont aussi moins de fanons, des extrémités moins fortes, et la tête moins chargée que les Trait picard. Ils sont connus dans le commerce sous le nom de « chevaux du bon pays »[H 39], tandis que les lourds picards sont nommés « chevaux du mauvais pays ».
Taille et poids
modifierD'après Moll et Gayot (1861), le Boulonnais atteint sa taille et son poids adultes vers l'âge de cinq ans[H 37] ; cependant Jasper Nissen estime en 2003 qu'il atteint son plein potentiel de développement dès l'âge de 18 mois[53]. C'est l'un des chevaux de trait les plus imposants au monde[53].
La britannique Caroline Silver estime la taille (en 1984) dans une fourchette de 1,60 à 1,63 m[54]. L'auteur italien Maurizio Bongianni indique une vaste fourchette de tailles possibles, de 1,55 à 1,70 m, en 1987[11]. En 1997, l'autrice tchèque Helena Kholová donne 1,55 à 1,65 m[1]. Le guide Delachaux de 2016 cite 1,50 à 1,70 m[4]. Gouvion et Krümm donnent en 1998 une fourchette de 1,60 à 1,78 m[55] ; Bataille et Tsaag Valren indiquent en 2017 1,50 à 1,78 m[37]. Le site web officiel du SHB indique (consultation 2026) que ces chevaux peuvent atteindre 1,80 m[W 5].
Le poids va de 650 à 900 kg[55],[37], jusqu'à la tonne. Le guide Delachaux cite 600 à 1 000 kg[4].
Morphologie
modifierLe modèle est bréviligne[11] et assez proche du Percheron[54]. L'impression d'ensemble dégagée par un Boulonnais doit être celle d'un cheval arrondi, harmonieux et élégant[56],[13],[W 6]. Jasper Nissen estime que l'influence du cheval ibérique ou oriental est indéniable dans le physique du Boulonnais[13].
Tête
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La tête est fine[54],[1] et petite[11],[1], ou bien proportionnée au corps[36], inhabituellement petite et légère pour un cheval de trait[13]. Elle est assez courte[4],[37] et carrée[18]. Le profil en est rectiligne[11],[18],[1],[6],[8],[4] ou légèrement camus (concave)[54],[49],[37]. Les apophyses sont sèches[57],[37], les ganaches fortes et arrondies, relevées à angle droit et bien écartées[8]. Le front est large[11],[18],[36],[13],[10],[37] et plat[18],[36],[10],[37]. L'œil est grand[11],[1],[13], dans une orbite légèrement proéminente[18] mais peu saillante, avec de longs cils et des paupières un peu lourdes[13]. La bouche est petite[8], le museau relativement fin[13]. Les naseaux sont bien ouverts[1],[57],[10] et larges[11].
Les oreilles sont proportionnées[11], petites[54],[1],[37] et droites[18], convergentes et dotées d'un bout pointu[37]. Mobiles[1],[18],[10], elles sont préférées tournées vers l'avant[W 7].
L'attache tête-encolure ne doit pas être épaisse[37].
Avant-main, corps et arrière-main
modifierLa conformation de l'avant-main du Boulonnais est unique chez les races de trait[18]. Celle-ci est ample[54],[9].
L'encolure est courte, large et épaisse, légèrement rouée (en col de cygne)[11],[1],[10],[W 7]. Elle est cependant recherchée longue[37]. La crinière est généralement fournie[56],[10],[37], double[4],[10],[37] et de longueur modérée[58],[10]. L'épaule est musclée[11], oblique[4],[6] et longue, plus inclinée que chez les autres chevaux de trait[18]. Elle doit être sortie[37]. Il arrive cependant qu'elle soit un peu courte[6]. Le poitrail est large et ouvert[37], ample[11],[13] (le cheval « a du coffre »), avec des côtes arrondies[10],[37]. Le garrot est recherché sorti[1],[8],[37], mais il est souvent noyé dans les masses musculaires voisines[10],[37], peu saillant selon Edwards[18], large bas et musclé d'après Bongianni[11].
Le corps est profond et puissant[54]. La ligne dorso-lombaire est courte et droite[11]. Le dos est large[9],[37] et recherché bien tendu[37], mais il peut être ensellé chez certains sujets[54], et parfois un peu mou[13]. Un dos trop droit est pénalisé[37]. Les flancs sont courts[57], avec des côtes arrondies[57],[11]. Le ventre ne doit pas avoir un volume excessif[W 6]. Le passage de sangle est profond[59] et bien proportionné au cheval[1].
Les reins sont larges et courts, bien musclés[13]. La croupe est longue[13],[4],[37], musclée[6],[37], volumineuse[8],[49],[13] et légèrement oblique[11],[59],[6],[13],[4]. Elle est toujours fendue dans le milieu (en forme de pomme)[13]. La queue fournie est attachée plus haut que chez les autres chevaux de trait[1],[8],[49],[4],[9]. Les crins sont soyeux[1] et touffus[9]. Il était d'usage de la couper en forme de poire (caudectomie)[1], mais cette pratique a désormais disparu.
Membres
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Les membres sont forts, et paraissent relativement courts en rapport avec la masse du cheval[60],[11],[59]. Ils sont secs et nets[6],[13], bien que la réduction des effectifs ait fait rencontrer plus souvent des chevaux aux membres spongieux, galeux et gonflés[13]. Les articulations en sont saillantes[1], notamment celle des genoux[59]. Ces derniers doivent obligatoirement être larges et secs, bien dessinés et en saillie, laissant deviner la forme rectangulaire des os carpiens vus de face[61]. Toutes les articulations sont nettes et solides[36]. Bras et avant-bras sont musclés et très puissants[59]. L'avant-bras est long[61]. Les cuisses sont longues et musclées[11]. Le jarret est bien ouvert[36].
Le canon est court[59],[36], épais et large[59],[61]. Le boulet est sec et fort[61]. Le pied est correctement conformé[18], doté d'une couronne large[61].
Les fanons sont peu abondants[56],[59],[13], les membres n'ayant que de légères traces[1],[10], voire pas de fanons du tout[6].
Poils, peau et robe
modifierLe poil est soyeux[56],[13],[15], long, doux et abondant[13] sur une peau relativement fine et délicate[4],[37]. Celle-ci laisse deviner son réseau veineux superficiel, ce qui est unique chez un cheval de trait[59], et lui donne l'aspect du « marbre poli »[9].
Les robes admises chez le Boulonnais sont l'alezan, le bai, le gris, le noir, le rouan et l'aubère[W 8]. L'immense majorité des Boulonnais sont de robe grise[54],[11],[59],[1],[15],[4],[62],[9] : une expression populaire boulonnaise dit qu'« il a les couleurs des nuages de la côte »[39]. Les poulains naissent toujours de robe foncée, la majorité évoluant vers le gris, sous toutes les nuances des plus claires au foncé[36],[4]. Avec l'âge, ce gris peut tourner au blanc nacré et légèrement bleuté[W 9].
- Robe du Boulonnais
- Jument grise, Sophia du Flier
- Jument alezan aux crins lavés, Samer, 2018.
- Noir
Lors d'un premier recensement effectué en 1778 par les haras nationaux, beaucoup de Boulonnais étaient noirs et bai foncé[W 9]. En 1867, la robe est indifféremment claire ou foncée[H 40]. La sélection fait qu'à la fin du XIXe siècle, le gris est en majorité, et sous l'effet de la mode puis des critères de pureté de race, les robes foncées disparaissent[32]. Cette particularité s'explique par le travail avec les chevaux de nuit : les robes claires sont très appréciés car beaucoup plus visibles[29],[32]. Les robes plus sombres étaient donc recherchées et appréciées autrefois, mais elles se sont raréfié[59]. Les haras nationaux ont agréé un étalon reproducteur de robe noire en 1994, Ésope, qui est longtemps resté le seul reproducteur Boulonnais de cette couleur en France[15]. 12 % des juments boulonnaises sont alezanes en 2011[61]. En 2024, d'après le Syndicat hippique boulonnais, les trois quarts des chevaux sont gris, 20 % sont alezans, et les 5 % restants sont bais ou noirs[P 5]. Des efforts d'élevage visent à multiplier la fréquence des robes autres que le gris[P 3]. Cependant, une partie des éleveurs traditionnels continuent (en 2015) à être choqués par la présence de chevaux noirs, et il arrive que ces derniers soient discriminés sur des concours de race[P 6].
Tempérament, entretien et santé
modifierLe Boulonnais a la particularité d'être plus vif que la plupart des autres chevaux de trait[4], pouvant soutenir un trot souple et énergique sur de longues distances[59],[4]. Son ascendance arabe supposée est invoquée comme explication[63]. C'est un cheval réputé énergique et intelligent[54], ainsi que courageux[38], tout en restant docile[1],[53],[38] et facile à vivre[53]. Il est rustique et peut vivre à l'extérieur toute l'année[29],[4].
En raison de la présominance de la robe grise, le Boulonnais est vulnérable aux mélanomes du cheval gris[61]. Il est peut-être touché par la myopathie à stockage de polysaccharides, mais la prévalence éventuelle n'en est pas connue[61].
Allures et aplombs
modifierLe Boulonnais est réputé pour la légèreté de ses allures[6], ainsi que pour leur équilibre et leur allongement[37]. Le pas est énergique, allongé et très vigoureux[1], couvrant beaucoup de terrain[13]. Il est recherché souple, avec un engagement des postérieurs (l’empreinte des membres postérieurs sur le sol lorsque le cheval marche doit être en avant de celle des antérieurs). Le trot est réputé pour être actif et rapide[38], il est recherché avec un bonne poussée des postérieurs[61]. Grâce à ses origines de cheval de poste et de mareyeur[64], le Boulonnais a hérité d'un trot soutenu et exceptionnellement énergique[13].
Les allures et les aplombs du cheval sont particulièrement observés (à l'arrêt et en mouvement) lors des approbations[W 8]. Les chevaux aux membres très cagneux sont sanctionnés à l'approbation[W 8].
Sélection et promotion
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Le Syndicat Hippique Boulonnais (SHB) a été reconnu comme association nationale de race en 2003, par décret du ministère de l'agriculture[W 10],[W 4]. Il est appuyé par l'association pour la promotion du cheval Boulonnais[W 11], l'institut français du cheval et de l'équitation, la région des Hauts-de-France, la Communauté de communes de Desvres - Samer et les espaces naturels régionaux pour s'occuper de cette race[W 12]. Les efforts portent sur la réduction du taux de consanguinité, extrêmement préoccupant, faisant du Boulonnais la race de chevaux de trait la plus menacée de France[65],[61].
L'insémination artificielle et le transfert d'embryons sont autorisés pour la reproduction, mais pas le clonage[W 13]. Ce cheval se reproduit généralement en liberté, sans intervention humaine (exception faite des étalons nationaux, par le passé)[29]. Des contrôles de filiation[W 14] et un plan de gestion génétique[W 15]. sont mis en place afin de renouveler les lignées.
Les représentants de la race boulonnaise étaient marqués au fer rouge sur le côté gauche de l'encolure, cette marque représentant une ancre de marine[11],[9],[37], en référence au lien historique entre cette race de chevaux et l'activité économique maritime[9]. L'apposition de cette marque n'est plus obligatoire[W 9].
Concours de race
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Divers concours locaux et régionaux sont organisés pour assurer la gestion professionnelle et la promotion des animaux, à Hucqueliers[P 7], Rue[P 8], Saint-Pol-sur-Ternoise[P 9], Bernaville, Samer, Bourbourg[P 10], Marquise[P 11], Desvres, Arnèke[P 12], Fruges, Bonningues-lès-Ardres, Thérouanne, Saint-Omer, Genech, Herly, ou encore Houdain. Chaque année, 12 concours sont organisés par le SHP[W 16]. Le concours national annuel de la race avait lieu à Wimereux[49],[10] ; il se tient depuis 2018 à Samer[P 13]. Ce cheval est régulièrement présenté au salon international de l'agriculture de Paris[W 17],[P 14], au salon du cheval de Paris[49],[W 17], et sur différentes autres manifestations équestres comme Equita'Lyon et le salon du cheval d'Angers[W 17]. En 2023, les subventions du ministère de l'agriculture pour l'organisation des concours de race du Boulonnais sont supprimées, ce qui fait peser une incertitude sur leur pérennité[P 15].
Arabo-boulonnais
modifierDes croisements ont été conseillés entre des juments de race Boulonnais et des étalons Arabe, pour alléger le modèle et limiter la consanguinité chez la race[W 18]. Il en résulte un cheval raffiné de type trait léger[66]. En 2010, un stud-book B est ouvert pour enregistrer les animaux issus de ces croisements, nommés « Araboulonnais »[P 2] ou Arabo-boulonnais[4]. Si un Araboulonnais est une jument et qu'elle est saillie par un étalon Boulonnais, le poulain reste considéré Araboulonnais. Si l'Araboulonnais de deuxième génération est une femelle et qu'elle est saillie par un étalon Boulonnais, ce poulain de troisième génération, à 75 % d'origines Boulonnais, pourra être éventuellement, après avis de la commission du stud-book, intégré au livre A de la race[W 19]. Les Araboulonnais de première génération pèsent en principe moins de 600 kg[67].
Utilisations
modifierLe Boulonnais est essentiellement un cheval de traction lourde et d'attelage[61],[62].
Utilisations historiques
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De toutes les races de trait françaises connues dans les années 1850, le Boulonnais est réputé être la plus massive (beaucoup moins cependant que le Trait hollandais et le Flamand)[H 21]. Son développement précoce lui vaut d'être utilisé, dès l'âge de dix-huit mois, aux travaux d'agriculture[H 37]. Il n'est en principe jamais monté[H 21]. Les activités sont multiples : traction de la herse et du rouleau, traction du matériel de ramassage des algues, etc[7].
Traction lourde
modifierEn 1834, le vicomte Louis-Guillaume de Puibusque affirme qu'aucun animal ne peut se comparer, pour la force, au cheval Boulonnais : « seul et sans effort, le cheval boulonnais met en mouvement la charge que quatre gros chevaux de trait allemands ne feraient pas changer de place »[H 41]. Qualifié de « plus grande et plus précieuse race chevaline de trait en France » par l'auteur américain Matt Anderson, le Boulonnais est utilisé à Paris, vers 1884, pour déplacer des blocs de pierre de construction lourde, des équipages de six à huit chevaux tirant des blocs de plusieurs tonnes[H 42]. Sa force lui vaut de former, à Paris, la cavalerie des brasseries pour le gros roulage[H 33] et l'essentiel de la cavalerie parisienne de gros transport au pas[H 43]. Le Boulonnais se retrouve partout où il y a de pénibles travaux, exigeant des chevaux une grande puissance[H 23]. Il tracte les charrettes des meuniers[H 21], et assure la remontée des flobarts, grosses barques de pêche typiques de la région boulonnaise[39]. Les plus grands modèles de Boulonnais travaillent dans les champs de betteraves, tirent des charrois, et servent aux déplacements en ville[H 44]. Ils tractent des machines agricoles et sont aussi, mais plus rarement, utilisés comme chevaux de fond dans les mines. Au XXe siècle, le Grand Boulonnais est utilisé par l'armée française à l'attelage[H 44]. Il est très estimé comme cheval d'artillerie et de train[H 44],[H 45], tout particulièrement durant la guerre franco-allemande de 1870[H 45].
Mareyage
modifierLe mareyage est l'activité historique liée au cheval boulonnais dit « mareyeur », à partir du Moyen-Âge[17]. Elle consiste à amener le poisson frais depuis les côtes (des régions de Boulogne-sur-Mer ou de Dieppe par exemple[H 5]) jusqu'à Paris, à la Porte des Poissonniers qui doit son nom à cette activité[68]. Les chevaux sont attelés à des voitures à deux roues, et menés par les chasse-marées. Ils transportent le poisson frais en moins de 24 heures dans de grands paniers protégés par des algues, à pleine charge. Dès la mi-avril, il fait déjà trop chaud pour livrer les poissons de Boulogne-sur-Mer aux Halles de Paris, même pour ces chevaux puissants[S 17].
Le chargement est appelé « ballon », et peut atteindre un poids de 4 tonnes[S 18]. Il est tracté au trot, à une vitesse moyenne de 16 km/h[69]. La distance à franchir va de 100 à 120 kilomètres en une journée[H 5], pour un total de 240 à 300 km[69]. Les mareyeurs assurent, depuis le XVIIe siècle, le transport du poisson entre les ports de pêche et les étals des poissonniers[69]. Il leur faut de solides chevaux capables de parcourir rapidement de longues distances sans fatigue, généralement un attelage de cinq, deux au timon et trois en volée[70]. Les cochers se livrent souvent à des courses de rue, mettant en valeur la puissance et la rapidité de leurs chevaux[14]. L'activité des chasse-marées perdure plusieurs siècles, nuit et jour[71], puis elle prend fin entre Boulogne et Paris avec l'arrivée du chemin de fer en 1848[H 46],[69]. La marque au fer rouge en forme d'ancre marine, apposée sur le côté gauche de l'encolure des chevaux boulonnais, est un souvenir de cette ancienne activité[29].
La course d'attelage nommée « Route du Poisson » remet cette utilisation traditionnelle des chevaux de trait à l'honneur[S 18],[72].
Utilisations actuelles
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Devenu cheval de boucherie depuis la fin de son utilisation au travail, le Boulonnais a toutefois fait un retour à l'attelage, dans le sport, les loisirs et l'activité agricole, depuis les années 1990.
Boucherie
modifierLe principal débouché de la race est la production de viande[W 3],[5],[S 18],[73]. Le Boulonnais est apprécié comme cheval à viande en raison de sa croissance et de sa maturité rapides[1], mais aussi de sa structure osseuse relativement légère et de la qualité du produit carné, réputé délicieux et fin[S 16],[14],[10]. Les chevillards et bouchers chevalins lui accordent leur préférence ; cependant, les consommateurs interrogés déclarent ne pas percevoir de différence entre la viande du Boulonnais et celle d'autres races[S 16]. Cette sélection bouchère entraîne un risque de perte définitive des anciennes qualités de la race, la prise de poids rapide et le type lourd et gras (cheval lourd) étant incompatibles avec le maintien d'une excellente locomotion[13].
Son destin final, surtout pour les mâles, est donc le plus souvent la boucherie. Sur la génération de 1990, 98 % des poulains mâles sont vendus aux abattoirs, et 2 % sont conservés jusqu'à l'âge de deux ans pour les concours régionaux, l'attelage, ou pour devenir des étalons reproducteurs[S 19]. 32 % des femelles deviennent des poulinières, 36 % vont à l'attelage et les 32 % restantes à l'abattoir[S 19]. La consommation de la viande d'un cheval de trait local est alors une spécificité française, un tel usage étant totalement impensable en Allemagne ou en Angleterre[14].
En 2010, 60 % du total des chevaux boulonnais est destiné à la boucherie, et 80 % de ces chevaux à viande sont exportés (surtout en Italie) en vue d'être engraissés avant l'abattage[P 16]. Ce secteur entre en crise au début des années 2000, en raison de la chute des cours, des controverses sociétales et des importations de viande à bas prix[49]. Philippe Blondel, ancien étalonnier et président du SHB, a créé en 1994 (ou 1997[74]) un label « Poulains du Nord », afin de valoriser la viande de ce cheval et de lutter contre des importations sans traçabilité, au bilan carbone important[P 16]. Ce label n'a pas rencontré de succès auprès des consommateurs[74]. Après un regain à la suite de la crise de la vache folle, la consommation de viande de cheval a fortement baissé, bien que le Nord-Pas-de-Calais reste historiquement la région la plus hippophage de France[P 16]. Les déclarations de Philippe Blondel, qui estime que seule l'hippophagie peut sauver la race boulonnaise, font controverse notamment auprès de vétérinaires pour qui élever un cheval à seule fin de l'abattre est inacceptable[P 17]. La plupart des éleveurs estiment néanmoins que le maintien de cette production bouchère est indispensable à la survie de la race[P 18].
Attelage de loisir et de compétition
modifierLe Boulonnais est très apprécié pour l'attelage, en raison de ses allures, de ses caractéristiques et de sa robe[75],[65],[61]. L'attelage de compétition est évoqué comme débouché d'avenir pour la race[76], car il y réalise de bonnes performances[4],[9].
- Boulonnais à l'attelage de loisir ou de compétition
- Attelage à quatre au Salon de la nature et de la chasse de Wailly-Beaucamp, 2007
- Route du Poisson, Compiègne, 2012
- Épreuve de maniabilité du concours Tait avenir attelage, Paris, 2013
- Jument attelée à un fiacre dans l'Avenue des Champs-Élysées, Paris, 2018
Depuis 1991, une course d'attelage d'endurance de 24 heures est organisée certaines années à la mi-septembre entre Boulogne-sur-Mer et Paris : la Route du Poisson[15],[9]. L'équipe boulonnaise l'a remportée lors de sa première édition en 1991[47],[75], puis en 2001 et 2003. Gérard Jégou, champion de France 2001 de labour équin et deux fois vainqueur de la route du Poisson avec ses Boulonnais venus de son domaine à Bulles, dans le Beauvaisis, met en avant son élevage de chevaux « puissants, mais sveltes et vifs » tels que ses parents en possédaient comme clé de son succès, mais aussi la conduite au cordeau (avec une guide dans les mains et non deux comme sur les attelages traditionnels)[77]. Il est employé pour des promenades en calèche[S 18].
Travail attelé
modifierLe Boulonnais fait un excellent cheval de traction grâce à son poitrail large[5]. Son endurance le rend particulièrement résistant au travail[49].
Il est employé dans l'entretien des plages[P 19], des vignes[49],[P 20], et pour le tourisme villageois[49]. Il est utilisé par des débardeurs[5],[S 18], par exemple à Desvres en 2013[P 21].
Un Boulonnais nommé Mermoz est devenu célèbre fin 2025 à Sarcelles, où il est utilisé pour tracter un véhicule de collecte des biodéchets[P 22],[P 23].
Selle et autres utilisations
modifierLe Boulonnais peut aussi être monté, car il ne pèse pas sur la main, tout en offrant une bonne bouche et de l'équilibre[57],[61]. Il doit cependant être réservé à des cavaliers capables de canaliser son énergie et sa puissance[4]. Quelques pêcheurs de crevettes du Pas-de-Calais continuent de le monter pour la pêche[5],[7] : le cheval entre dans l'eau jusqu'aux épaules et tire un filet de pêche[7]. Les pêcheurs parviennent à vider le filet et à remplir leur sac sans descendre de cheval[7].
Diverses brigades de police montée utilisent ce cheval[61], dont une à Boulogne-sur-Mer[P 24]. Le théâtre équestre Zingaro utilise un Boulonnais dans son spectacle Ex Anima[P 25].
Croisements
modifierDès le milieu du XIXe siècle, le Boulonnais est utilisé en croisement « améliorateur » sur d'autres races de chevaux, plus particulièrement le type d'Abbeville, plus petit[14]. Divers conseils généraux votent des fonds pour l'acquisition d'étalons de type mareyeur : de 1825 à 1840, plus de quarante départements français se procurent ces étalons en vue de les croiser avec leurs races locales[H 5]. En 1905, le Boulonnais est considéré comme « l'améliorateur des races de trait par excellence »[H 47], une bonne réputation qu'il conserve de nos jours malgré ses effectifs réduits[10]. Il a été largement utilisé dans toute l'Europe pour accroitre la taille et la masse de races locales[78].
Il entre dans la formation du Comtois vers le XVIIe siècle[79]. Des croisements avec le Boulonnais sont effectués pour faire évoluer l'Ardennais vers un cheval de traction lourde à la fin du XIXe siècle[80],[30],[81], de même qu'en ce qui concerne l'Auxois[82] et le Breton[83]. Sanders estime que la recherche d'un plus grand format chez le Percheron a aussi motivé ce type de croisements[H 7]. Le Boulonnais influence un peu l'Anglo-normand[84] et le Trait italien[85]. L'étalon Faust Boulonnais, né en 1949, a été importé en Allemagne pour être croisé avec le Trait du Schleswig à partir de 1955[14],[86]. Le Boulonnais a enfin influencé l'ancien Trotteur Norfolk[11].
Il est importé à la fin du XXe siècle dans le nord de l'Espagne pour accroitre le format des races locales[87]. Au début des années 2020, il est croisé avec le Breton et le Comtois dans les régions d'élevage hippophagique du Sud-Ouest de la France afin d'agrandir le format des poulains de boucherie[W 20].
Diffusion de l'élevage
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La base de données DAD-IS classe le Boulonnais comme une race de chevaux locale native du nord de la Picardie, en France, et menacée de disparition[W 3]. Par ailleurs, l'ouvrage Equine Science (4e édition de 2012) le classe parmi les races de chevaux de trait peu connues au niveau international[88]. L'étude menée par l'Université d'Uppsala, publiée en août 2010 pour la FAO, le signale comme race de chevaux locale européenne et transfrontière, en danger d'extinction[W 21]. L'évaluation de la FAO publiée en 2007 classe le Boulonnais en « D », soit endangered (« en danger »)[W 22].
En France
modifierLa grande majorité des éleveurs se trouvent dans la région des Hauts-de-France[89]. En 2007, les trois-quarts des effectifs sont dans le seul département du Pas-de-Calais[39], avec la plus grande concentration d'éleveurs dans le haut-Boulonnais. Le Boulonnais sort peu de son aire d'élevage originelle, l'Artois, la Flandre française, la Picardie et l'ex Haute-Normandie[23]. Cela correspond aux départements modernes du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme, de la Seine-Maritime et de l'Oise[4]. Il reste en effet quelques éleveurs dans le berceau originel du cheval cauchois, en actuelle Seine-Maritime[89].
La division historique entre régions de naisseurs et régions d'élevage perdurait en 1999[S 14]. En 2022, le plus important élevage de Boulonnais est celui du Boncoin à Quaëdypre (Nord), appartenant à Christophe Debruyne, avec 17 juments ; celui de Terwan à Thérouanne est le second plus important, Philippe Méquinion ayant 11 juments boulonnaises[P 26]. En 2026, les chevaux représentent la moitié du chiffre d'affaires de l'élevage du Boncoin[P 20].
En 2002, la population française est estimée à 1 500 juments, et une soixantaine d'étalons[49]. À Hucqueliers, le nombre de poulains présentés annuellement a baissé de 60 % entre 2000 et 2018[P 27]. En 2023, le Boulonnais reste considéré par l'INRAE comme une race chevaline française menacée d'extinction[P 28]. Le faible nombre de 124 naissances en 2024 place toujours le Boulonnais parmi les races en voie de disparition[P 29].
| Année | Effectif total | Étalons en service | Naissances / an | Nombre d'élevages[Note 2] |
|---|---|---|---|---|
| 1983 | > 1 154[W 3] | |||
| 1990 | > 692[W 3] | |||
| 1999 | 48[50] | ~ 330[50] | > 270[50] | |
| 2001 | > 1 125[W 3] | |||
| 2006 | 58[90] | 266[90] | 228[90] | |
| 2013 | 41[89],[4] | 172[89],[4] | 161[89] | |
| 2014 | > 583[W 3] | |||
| 2018 | > 6 233[W 3] | |||
| 2020 | > 6 376[W 3] | |||
| 2024 | 32[W 23] | 145[W 23] | 72[W 23] |
On ne compte plus que 72 éleveurs de ce cheval en 2026, témoignant d'une baisse continue des vocations[P 30]. Le concours national de cette même année rassemble 160 juments[P 31].
Hors de France
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Le Boulonnais est toujours exporté hors des frontières de la France[4],[P 20], mais lorsqu'il quitte celles de l'Europe, il peut être pris à tort pour un Percheron. En 1999, quinze poulains sont exportés au Brésil, et un étalon en Argentine[P 32]. Au début du XXIe siècle, une dizaine de chevaux Boulonnais sont exportés chaque année, principalement au Brésil et en Belgique pour l'élevage, et en Allemagne pour le débardage[P 32]. Les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg et les Amériques comptent des Boulonnais, destinés aux loisirs montés et attelés dans ce dernier cas[W 24]. Entre 2006 et 2009, l'étalon Pequo et des juments reproductrices ont été exportés vers le Danemark dans le but de créer un berceau d'élevage allochtone dans ce pays[P 33].
Il est enfin exporté vers la Bulgarie pour le travail agricole[P 20].
Dans la culture
modifierLe Boulonnais n'a pas la même notoriété que le Percheron, beaucoup plus connu que lui[7], et avec lequel il reste trop souvent confondu[16]. Il constitue néanmoins l'un des patrimoines vivants de la région des Hauts-de-France[W 25]. Les chevaux de l'élevage du Boncoin tractent le char du géant de Dunkerque[P 20].
Une maison du cheval Boulonnais est mise en travaux de 2015[P 34] à 2019[P 35], à la ferme de la Suze à Samer, dans l'objectif de créer un pôle de sauvegarde pour la race[P 36]. Comptant un centre de documentation et de recherches, ainsi qu'un centre de reproduction[P 37], elle ouvre finalement en 2020[P 38].
Notes
modifier- ↑ À la lumière de découvertes plus récentes, il est peu probable que les montures des chevaliers médiévaux aient été d'énormes chevaux de trait.
- ↑ Toute personne ayant au moins une jument à la reproduction est comptabilisée comme gérant un élevage.
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Boulonnais (horse) » (voir la liste des auteurs).
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Annexes
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
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