Histoire de la psychiatrie
L'histoire de la psychiatrie traite de l'évolution historique des connaissances scientifiques, sociales et médicales du traitement des maladies mentales et psychiques, mise en lien avec l'histoire de la folie ou d'autres données sociales telles que l'évolution des normes autour de différentes époques, l'étude des comportements déviants et de l'expérience individuelle.

L'appellation « psychiatrie », due au médecin Johann Christian Reil, est née en 1808 à Halle en Allemagne ; elle s'imposera en France au début du XXe siècle.
En Europe, les maladies mentales sont officiellement distinguées des comportements asociaux (mendicité, vols, meurtres, etc) à partir du début du XIXe siècle et des hôpitaux spécialisés (nommés asiles en France) sont alors ouverts. L'étude et la classification des différentes manifestations des affections mentales occupent les aliénistes (terme utilisé en France jusqu'au début du XXe siècle, remplacé par psychiatre) jusqu'à l’avènement des neuroleptiques, au milieu du XXe siècle, qui permettent des rémissions au moins partielles des malades.
Antiquité
modifierDans l’Antiquité, la folie est souvent attribuée à des forces surnaturelles, ce qui détermine des modes de prise en charge mêlant religion, chamanisme et médecine. La stigmatisation des fous a parfois déjà lieu, plusieurs cas ont été documentés de personnes chassées de leur communauté et vivant dans les bois pour y mener une vie sauvage, ces fous auraient donné naissance au mythe du lycanthrope (loup-garou)[1]. En tant que maladie, la lycanthropie est déjà connue dans l'Antiquité, depuis Marcellus de Side (117 à 161 apr. J.-C.)[2]. Elle désigne un trouble mental qui se trouve « très tôt associé à la mélancolie, pour être ensuite rattaché à la manie ou folie agitée »[3].
Babylone
modifierÀ Babylone, chaque maladie est associée à un démon ; celui qui cause la folie se nomme Idta. Les textes cunéiformes médicaux distinguent déjà l’épilepsie, la paranoïa et les hallucinations. La médecine babylonienne fait alors appel aussi bien au chaman, l’Asipu, qu’au médecin, l’Asu[1].
Empire perse
modifierDurant l'Empire perse, toutes les maladies sont aussi commandées par un démon malfaisant, Ahriman, opposé au dieu du bien et de la santé, Ahura Mazda. Trois prises en charge se distinguent alors, la chirurgie, la naturopathie et la parole. Cette dernière étant la parole sainte, qui apporte un bienfait à l’âme[1].
Égypte
modifierDans l’Égypte ancienne, au temple d'Apis à Memphis, des prêtres-médecins pratiquent des rituels de guérison thaumaturgiques, des ablutions, des remèdes et ont recours à une pharmacopée de drogues afin de soigner le malade ou de lui faire retrouver son cœur, siège de l'esprit selon eux, lorsque celui-ci est hanté par un démon[1].
Grèce
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En Grèce, ce sont traditionnellement les prêtres qui prennent soin de la santé, notamment dans les sanctuaires dédiés à Asclépios, dieu de la médecine et à sa fille Hygie, déesse de la santé. Ces prêtres forment une corporation de diététiciens, pharmaciens, chirurgiens, musicothérapeutes et, avant que le mot ne soit inventé, de psychothérapeutes. La folie y est souvent attribuée aux crimes les plus horribles, comme le parricide ou l'inceste et leurs conséquences psycho-traumatiques ou aux punitions divines, comme dans la mythologie et la poésie tragique[1].
Selon Claude Quétel, c'est la philosophie qui commença à apporter une réponse autre que mystique aux "troubles de l'âme", parlant de psychopathologie médicale et de psychopathologie philosophique. Pour Galien, médecin de l'Antiquité grecque ayant étudié la philosophie, il n'y a toutefois pas de séparation entre le corps et l'âme, les maladies de l'âme sont des maladies du corps. Platon, quant à lui distingue quatre démences de sources divines. La démence prophétique, inspirée par Apollon ; la démence rituelle et le délire extatique inspirés par Dionysos ; la démence poétique, inspirée par les muses ; et enfin la démence érotique, inspirée par Aphrodite et son fils Eros[4].
Hippocrate apportera un début de différenciation en distinguant des troubles mentaux tels la phrénétis, la manie ou la mélancolie et l'hystérie, qu'il interprète comme un mal féminin et l'attribue à un déplacement de l'utérus dans le corps de la femme. Hippocrate développa la théorie des humeurs continuée par Galien[5].
Caelius, autre médecin de l'Antiquité grecque décrit la mélancolie : « Ceux qui sont atteints d’une mélancolie réellement installée sont emplis d’anxiété et de malaise, avec en plus une tristesse accompagnée de mutisme et de haine de l’entourage. Tantôt ensuite, le malade désire vivre, tantôt mourir, et il soupçonne que des machinations sont ourdies contre lui »[6].
Chrétienté
modifierDans la Bible, le fou est d’abord celui qui tombe dans le péché. Mais dans le Nouveau Testament, Jésus guérit un épileptique en chassant le démon, et exorcise un homme « qui depuis longtemps ne mettait plus de vêtements et qui au lieu de demeurer dans une maison vivait au milieu des tombeaux. Souvent, il avait fallu l’entraver mais il brisait ses liens. À Jésus qui lui demanda son nom, l’homme répondit qu'il était « Légion » car beaucoup de démons étaient entrés en lui »[1].
Moyen Âge
modifierAu Moyen Âge, la folie est pensée dans un cadre à la fois théologique et somatique. Guillaume de Saint-Thierry, cistercien et auteur mystique de la première moitié du XIIe siècle, soutient que l’âme, immatérielle et incorruptible car elle est une émanation divine, ne peut pas être malade. Si ses facultés semblent atteintes, c’est que le corps l’empêche de les exercer. Par prudence face à l’Église qui condamne les hérétiques, les médecins évitent donc de traiter la question de l’âme en termes médicaux. Le mot possédé désigne communément la folie, tant celle-ci est assimilée au diable[7] et les médecins eux-mêmes remplacent parfois manie par demonium[8].
Théologie
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La charité chrétienne et l’assistance aux malades, aux indigents, aux pèlerins et aux faibles donnent naissance à l’hôpital, du latin hospitalis maison où l’on reçoit des hôtes. Aux XIIe et XIIIe siècles, les fondations hospitalières se multiplient avec le développement des villes, notamment en Italie et certains se spécialisent dans l'accueil des fous. À la fin du XIIe siècle, les statuts de l’hôpital du Saint-Esprit de Montpellier ordonnent d’accueillir les fous, de rechercher l’origine de leur folie pour y porter remède et de les isoler pour éviter qu’ils se blessent mutuellement ou s'automutilent. Des lits sont pourvus de fortes sangles pour les attacher si nécessaire. En Angleterre, l’hôpital Holy Trinity de Salisbury ou le Spittal sente Jorgen érigé en 1212 à Leipzig, en Saxe, en Allemagne, prévoient que les malades mentaux soient gardés à l’abri jusqu’à ce qu’ils aient retrouvé la raison. Le Bethlem Royal Hospital, à Londres, fut l'un des plus anciens asiles d'aliénés[9]. Cependant, les hôpitaux, souvent très modestes, ne comptent qu’une dizaine ou une vingtaine de lits et sont vite surpeuplés. Certains en viennent à limiter, voire à refuser, l’admission des incurables, notamment les fous, qui occupent des places longtemps ou nécessitent d’être isolés. Une contradiction apparaît alors entre l’idéal de charité et la pratique concrète, les limitations matérielles et économiques de l’hôpital[10].
À la fin du Moyen Âge, des « tours aux fous » apparaissent dans la plupart des villes, comme la tour Chatimoine à Caen, la porte Saint-Pierre à Lille ou les tours du Rosendal et de Lysel à Saint-Omer. On y enferme les plus furieux, entravés par des chaînes et de lourds anneaux qui les blessent. Mais les gardiens sont rares et la fuite est possible.
En parallèle, la folie fait l’objet de pèlerinages thérapeutiques. L'un des plus célèbres est celui de Geel, dans l’actuelle Belgique, consacré à sainte Dymphne, princesse irlandaise du VIIe siècle réfugiée en ces lieux pour échapper aux viols de son père. Celui-ci la retrouva et la fit décapiter. Des anges ayant replacé sa tête avant sa mise au tombeau, celui-ci devient très vite un objet de vénération pour ceux qui ont « perdu la tête ». La sainte devient leur patronne dès le Xe siècle. Devant l’afflux des pèlerins, une vaste église est construite au XIIIe siècle, et Geel devient la première colonie d’aliénés de l’Occident. D’autres pèlerinages existent : Larchant, en Gâtinais, dédié à saint Mathurin, autre patron des fous, d’où l’expression populaire « Il faut le conduire à saint Mathurin ! » ; Haspres dans le Nord, avec un hôpital fondé en 1218 ; Saint-Menoux, Saint-Méen, Locminé pour saint Colomban ; ou encore le tombeau de saint Dizier en Alsace. Les fous se déplacent accompagnés, hébétés ou agités, parfois furieux, ils sont poussés, portés ou entravés sur des litières et des brancards, et les plus récalcitrants sont menacés du fouet. Les possédés se débattaient en poussant des cris et des blasphèmes, l'arrivée des cortèges de fous attirait les badauds. Une des traditions imposait aux fous de rester neuf jours sur le lieu de pèlerinage, impliquant la population locale dans la prise en charge de la folie. Les possédés sont vêtus de robes rouges, et assistent à des rituels et des messes quotidiennes, parfois immergés dans une fontaine miraculeuse. L'exorcisme est encore pratiqué de nos jours, parfois en collaboration avec un psychologue ou un psychiatre[11]. L’Église tient les comptes des guérisons miraculeuses et les maladies mentales y arrivent au troisième rang, derrière les paralysies et les cécités[10].
Médecine
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Dans les pays d’islam, la transmission du savoir médical grec, enrichi et commenté par les auteurs arabes, a joué un rôle décisif dans la formation de la médecine occidentale. Rhazès (865-925), médecin arabe fidèle à Hippocrate, défend une représentation somatique des troubles mentaux. Il privilégie la description clinique des maladies de la tête et reprend le catalogue des affections mentales définies dans l’Antiquité. Avicenne (980-1037), à la fois médecin, philosophe et mystique musulman, divise les maladies provoquant des troubles mentaux en trois groupes. Le premier comprend les inflammations cérébrales, sources de léthargie et de frénésie. Le deuxième rassemble les affections qui perturbent les facultés mentales comme l'aliénation, la confusion, les troubles de la mémoire, la corruption de l’imagination, la manie, la mélancolie, la lycanthropie et l'amour, ce dernier étant considéré comme une maladie dans le tableau nosographique arabe de l'époque. Le troisième concerne les troubles du mouvement, comme le vertige et l’épilepsie. Enfin, trois facultés mentales président à cette répartition, la mémoire, l’imagination et le jugement. Arnaud de Villeneuve (1250-1313), médecin du roi d’Aragon et du pape, également traducteur de l’arabe, avance que le tempérament est un élément important de la guérison[12].
À la fin du XIe siècle, Constantin l’Africain, installé au monastère bénédictin du Mont-Cassin, traduit de l’arabe vers le latin un opuscule sur la mélancolie, reprenant la recherche des anciens. Au Moyen Âge, la manie, la mélancolie, l’épilepsie et la léthargie ont leurs médicaments. Dans le De virtutibus herbarum ou l’Antidotario de Nicolas de Salerne, deuxième livre le plus édité après la Bible au XIIIe siècle, l'auteur fait un inventaire quasi officiel de la pharmacopée médicale. Les médicaments de la folie se divisent en quatre catégories, selon la théorie des humeurs. Les calmants, comme l’opium et les solanacées telles que la mandragore ou la belladone ; en toniques, comme l’absinthe, l’anis, l’ortie, la menthe sauvage, la coriandre, la sauge ou la cardamome. S’y ajoutent les antispasmodiques et les purgatifs en décoctions ou en clystères, tandis que les sangsues et les saignées complètent l’arsenal des évacuants. Ces plantes, rarement employées seules, entrent dans des préparations complexes.
Jacques Despars (1380-1458), qui enseigne la médecine à Paris, s’élève contre l’assimilation de la folie au démon, et critique les théologiens qui disent que les malades mentaux ont "le diable au corps" car ce sont souvent les malades eux-mêmes qui se disent possédés et dès lors ne recherchent pas l’aide des médecins. Mais les traitements pratiques varient, Gilbertus Anglicus (1180-1250), écrit que le bain est en tout temps utile aux mélancoliques, car il dissout les fumées qui les tourmentent. Il conseille aussi de réveiller les léthargiques en criant leur nom dans leurs oreilles, en jouant de la trompette ou encore en tenant des truies par les pieds devant leur lit. C'est le début des traitements violents expérimentés sur les fous et les marginaux. Arnaud de Villeneuve (1240-1311) propose de faire pleurer les maniaques en les effrayant ou en les battant à coups de fouet ou de verges. Les cautères appliqués sur le crâne rasé peuvent, dans certains cas, être prolongés par des trépanations.
Bien que rarement dangereux, le malade mental peut troubler l’ordre public. Agité ou prostré, violent, impudique ou suicidaire, il est jugé sur son comportement plus que sur un diagnostic. C'est pourquoi les malades mentaux sont généralement retenus par leur famille, qui les enferment parfois durablement. Les fous errants, dits « sans aveu », c’est-à-dire sans famille ni responsable, sont expulsés ou, exceptionnellement par faute de place, emprisonnés. Au début du XIVe siècle, Bernard de Gordon, l’un des principaux maîtres de l’école de Montpellier, range parmi les mélancoliques ceux qui se croient prophètes et qui prédisent l’état futur du monde ou la venue de l’Antéchrist. Ces prédicateurs eschatologiques bénéficient d’abord d’un préjugé favorable car jugés irresponsables, mais certains deviennent célèbres et doivent éviter de passer pour hérétiques, car partout en Europe l'inquisition condamne au bûcher des dizaines de milliers de personnes pour sorcellerie et pour hérésie. Bien des fous, mélancoliques ou non, facilement convaincus qu'ils ont pactisé avec le diable, meurent sur les bûchers de l’Inquisition[13].
Renaissance
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Au début de la période moderne, les malades mentaux étaient souvent retenus en captivité dans des cages ou enfermés à l'intérieur des murs de la ville, ou bien ils étaient contraints de divertir les membres de la société courtoise[14]. Quelques médecins, comme Jean Wier ou Juan Luis Vives s'insurgent contre la pratique du bûcher pour les fous. Ils estiment que ces derniers doivent être traités avec bienveillance et qu'il y a espoir de guérison[15].
Les hôpitaux
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Dans la deuxième moitié du XVIe, la pauvreté fait des ravages, 20 % de la population européenne serait concernée selon Fernand Braudel. En conséquence plusieurs États interdisent la mendicité et, après avoir été accueillis dans les hôpitaux, les pauvres y sont retenus de force. L'idée se répand qu'une partie des pauvres sont des fainéants et qu'ils doivent être enfermés. Un premier hôpital général est fondé en 1581 par le pape Grégoire XIII, où 850 mendiants, estropiés et aveugles sont enfermés. En Angleterre, on dénombre 44 Acts contre la mendicité et le vagabondage entre 1331 et 1492. En France, en 1526, François 1er déclare que « vagabonds oisifs, mal vivans, gens sans aveu, joueurs de cartes et de dés, blasphémateurs du nom de Dieu, ruffians, mendians sains de leur corps pouvant autrement gagner leur vie… » doivent être emprisonnés. À sa suite, Henri II, Louis XIII et Louis XIV continueront d'ouvrir des lieux d'enfermement, de travail forcé et d'aumôneries, jusqu'à la dotation financière régulière bien qu'insuffisante des hôpitaux généraux en 1656. Mais si ces lieux laïques disposent d'infirmeries, ce ne sont pas pour autant des lieux de soin. En 1664, l'hôpital Saint-Germain, appelé Petites-Maisons, ayant réputation d'asile pour fous, comptent 500 pauvres et personnes âgées, 120 teigneux, 100 malades de la syphilis et 80 fous. à la fin du XVIIe l’hôpital de la Salpêtrière réservé aux femmes et enfants dénombre 92 « épileptiques de divers âges » et 300 « folles violentes ou innocentes » sur 5 276 internées, et en 1769, environ 700 folles sur 7 800 femmes et enfants. Mais considérées comme incurables, toujours aucun soin n'est mis en place. Au Bicêtre, l'hôpital pour hommes, il y a en 1726, sur 2454 indigents, 208 fous. Le quartier des insensés est appelé le 7e emploi ou Saint Prix, tandis que les "gateux", les "imbéciles" et les épileptiques sont au 6e emploi ou Saint François. Les épileptiques, qui sont reconnus comme n'étant pas fous, sont autorisés à aller à la messe. Seulement six garçons de service à temps partiel, recrutés parmi les enfermés et payés d'une double ration de nourriture, gardent le 7e emploi, pour plus de 150 insensés. Ceux-ci sont enfermés dans des cellules de 2 m2 sans chauffage et sans air, et attachés avec cordes ou chaînes au moindre signe d'agressivité. Il arrive qu'un insensé soit transféré à l'Hôpital dit Hôtel Dieu pour y recevoir un soin temporaire, ou qu'il soit relâché lorsqu'il n'y a plus de raison de s'en plaindre. Dans les hôpitaux généraux des petites villes, les administrateurs refusent souvent les insensés sous prétexte que les différents édits d’enfermement ne les mentionnent pas explicitement et de nombreux transferts ont lieu en direction de la capitale. Ils reçoivent toutefois, de l'hôpital, un pain par jour[16].
D'autres institutions voient le jour en Espagne, en Italie, en Angleterre et en Allemagne. Dans la Russie de Catherine II on reconnaît la différence entre l'hôpital, la maison d'aliénés et la maison correctionnelle. Dans le sud de la France, à Marseille, en 1671 l'initiative d'un prêtre permet de réunir quelques insensés. Ils investissent en 1699 un ancien hôpital de lépreux, l’hôpital Saint-Lazare, dans le but de « soulager les personnes qui se trouvent malheureusement aliénées d’esprit, extravagantes et souvent furieuses (...) et prévenir les désordres qu’elles pouvaient causer ». L'hôpital qui dépend de l'Hôtel Dieu est racheté par la ville et passe sous le contrôle de l'Église. De 30 aliénés en 1700, ils passent à 114 en 1788, pour 60 chambres. Des travaux permettent que 24 chambres, chauffées la nuit, bénéficient d'une fenêtre et d'un lit. Les internées non violents sont libres dans l'enceinte de l'hôpital. Les hommes et les femmes ont accès à une cour séparée et à une chapelle commune. Un chirurgien y dispense potions, saignées et pansements. Les internés participent aux travaux et, le dimanche, les curieux peuvent venir voir les fous pour un sou, mais d'après le trésorier, « l’hôpital est plus gueux qu’un rat d’église ». À l'hôpital d'Aix, on s'applique à ne pas garder les fous plus que nécessaire, surtout ceux qui ont de larges périodes de lucidité. À Albi et à Lyon, les insensés doivent payer leur pension, mais ils y sont considérés comme des malades et reçoivent une visite médicale quotidienne.
En dépit du mouvement de charité qui avait permis la création des hôpitaux, et du nombre toujours croissant de pensionnaires, au milieu du XVIIIe siècle, ceux-ci font faillite. Les conditions d'accueil sont dramatiques et les hôpitaux menacent de tomber en ruine[16].
Les maison de force
modifierLes lettres de cachet permettent aux familles nobles de faire enfermer de force quelqu'un qui les déshonore, monnayant leur pension en maison de correction. Cette méthode permet alors de placer les fous qui ne sont ni indigents, ni errants. Toutefois, pour placer ainsi un malade atteint de folie, les suicidaires et les incendiaires, il est nécessaire de produire un rapport circonstancié et collectif, très souvent accompagné d'un certificat signé par un curé. C'est encore l'observation du comportement par la communauté qui fait foi, non un diagnostic médical et il n'est pas rare que la demande soit refusée ou ajournée, d'autant plus que le nombre de prisons est limité. C'est presque toujours l'administration royale qui décide, mais dans certains cas, l'internement peut être décidé par un tribunal. En France, à la fin du XVIIIe, les maisons de correction enferment près de 40% des insensés, disposant d'un confort en théorie différent selon la somme payée par la famille[17].
Publications notables
modifierAprès la publication de William Harvey (1578-1657) sur la circulation du sang, la saignée est prescrite dans presque tous les cas de folie. Certains médecins expérimentent alors aussi les transfusions, utilisant parfois du sang animal, mais le nombre de décès conduit à une condamnation de cette pratique au début du XVIIIe siècle.
Bien que le doyen de l'université d’Oxford, Robert Burton ne fût pas médecin mais théologien, dans son livre The Anatomy of Melancholy, paru en 1621, il rassemble tout ce qui avait été écrit sur la mélancolie. En dépit des croyances superstitieuses encore présentes, il propose une réflexion personnelle et introspective sur ce que l’on nommerait plus tard la dépression. L'ouvrage fut amplement diffusé et réédité à son époque.
En Italie, Giovanni Battista Morgagni (1682-1771), l’un des créateurs de l’anatomopathologie, consacre plusieurs études à l’examen du cerveau dans les paralysies et les démences. En 1763, sa nosologie décrit environ 2 000 maladies réparties en classes, ordres et genres. Chaque catégorie est subdivisée : dix sous-catégories pour l’hypocondrie, douze pour la démence et quatorze pour la mélancolie. La huitième classe est réservée aux troubles des facultés de l’entendement. Le premier ordre regroupe les hallucinations ou erreurs de l’esprit, qui proviendraient d’un organe situé hors du cerveau et causeraient une erreur d’imagination ; on y trouve le vertige, la berlue, la bévue et le tintouin (hallucinations auditives), le somnambulisme et l'hypocondrie. Le deuxième ordre rassemble les « morosités et bizarreries » comme le pica, la boulimie, la polydipsie, l'antipathie, la nostalgie, le satyriasis, la nymphomanie, le tarentisme et l'hydrophobie. Le troisième ordre concerne les délires, définis comme des erreurs du jugement causées par un vice du cerveau. Le quatrième ordre comprend les folies atypiques, dont l’amnésie et l’insomnie[18].
Fin du XVIIIe siècle
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Le médecin hygiéniste Jean Colombier, qui a travaillé comme inspecteur général des Hôpitaux, dépôts de mendicité et prisons, en 1780, rencontre à l'hôpital de Bicêtre le surveillant Jean-Baptiste Pussin, dont les conceptions se rapprochent des siennes[19]. En France, la situation de l’Hôtel-Dieu et de l’Hôpital général est lamentable, et les établissements de province, considérés comme de petits Hôtel-Dieu, dissimulent les mêmes horreurs. Les cachots et les chaînes, ainsi que la santé ostensiblement dégradée des internés, attendrit quelques riches philanthropes. Suzanne Curchod épouse du ministre des finances de Louis XVI, Jacques Necker, ouvre un petit hôpital qui se veut modèle, rue de Sèvres à Paris. Les tours aux fous du Moyen Âge sont progressivement vidées. En 1785, Louis XVI demande à l’Académie des sciences un avis sur la réforme des hôpitaux, et le chirurgien Jacques-René Tenon est dépêché en Angleterre, où les hôpitaux ont une excellente réputation. L’idée de spécialiser les hôpitaux refait surface. Tenon rapporte au sujet des hôpitaux pour fous, que l'établissement fait lui-même office de traitement et qu’il faut y aménager le plus de liberté et d'occupations possibles et le moins de contrariétés pour les internés. Colombier publie en 1785 Instruction sur la manière de gouverner les insensés, et de travailler à leur guérison dans les asyles qui leur sont destinés[20], pour accueillir les insensés dans de meilleures conditions et leur apporter des soins médicaux, mais la plupart des hôpitaux n'ont pas les moyens de les appliquer. En 1787, on note tout de même moins de décès d’insensés que l’année précédente, mais la Révolution met fin aux réformes en cours[21].
Après la Révolution de 1789 les fous sortent des prisons pour les asiles d'aliénés. Le rôle du personnel se réduit cependant trop souvent à celui des gardiens. Philippe Pinel, arrivé à Paris en 1778 pour y faire carrière, est engagé en 1786 à la maison de force privée, la pension Belhomme pour y soigner ses premiers malades mentaux. La pension sert sous la Terreur, de refuge clandestin à de nombreux nobles qui paient des prix exorbitants pour y être internés et échapper au Tribunal révolutionnaire. À la mort de Jacques Belhomme en 1824, son fils aîné, médecin, lui succéde et inaugure le concept de la maison de santé[21]. En 1791, le médecin Joseph Daquin publie un ouvrage intitulé La Philosophie de la folie tiré de son expérience de médecin-chef de l'Hôtel-Dieu de Chambéry et de l'hospice des incurables du couvent de Sainte-Marie-Égyptienne où il aurait porté un intérêt particulier au département des fous[22]. C'est le début du mouvement aliéniste. Le souhait des aliénistes de l'époque est de faire de ces maisons d'aliénés un lieu de guérison. Philippe Pinel rencontre à son tour le surveillant Jean-Baptiste Pussin à l'asile de Bicêtre lorsqu'il y est nommé en 1793 ; puis, nommé médecin-chef de la Salpêtrière en 1795, avec Pussin qui y fut muté quelques années plus tard à la demande de Pinel, ils décident de retirer leurs chaînes aux fous et de les remplacer par des camisoles. Pussin influença considérablement Pinel, après avoir constaté que certains fous ne le sont pas en permanence, ils mettent en place une méthode de traitement "morale" et entreprennent de classer les maladies mentales en catégories selon leurs signes cliniques, leur continuité ou discontinuité, les crises de folie, etc[23].
L'ère asilaire
modifierFondations
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Au début du XIXe siècle à Halle, en Allemagne, le médecin Johann Christian Reil affirme que le traitement des maladies mentales relève de la médecine et de la chirurgie. Il invente le mot psychiatrie en 1808[24],[25]. La psychiatrie est née. Cependant, le concept de lésion synonyme de maladie perdure, on ne parle pas encore de maladies à causes psychiques. Reil suggère une de méthode de soin expérimentale : la « torture inoffensive » (unschädliche Tortur). Il prescrit notamment de suspendre les aliénés au moyen de cordages et de les laisser ainsi ; il recommande aussi de terroriser les aliénés, par exemple en tirant près d'eux avec des armes à feu ; il reprend à son compte le piano à chats (Katzenklavier) décrit par le père Kircher, jésuite allemand du XVIIe siècle. Cet instrument aurait été conçu pour dissiper la mélancolie d’un prince. Neuf chats, choisis selon le timbre de leurs miaulements, sont enfermés dans les cages étroites reliées au piano dont chaque touche actionne une pointe acérée qui pique le chat et déclenche ainsi le miaulement voulu. Reil précise que le malade doit être placé de manière à ne rien perdre de la physionomie et de la mimique des animaux[18].
En 1820 Jean-Etienne Esquirol succède à Philippe Pinel à la Salpêtrière. Esquirol reprend les idées de son prédécesseur pour donner naissance à la réglementation psychiatrique de 1838, restée en vigueur jusqu’en 1990. Un hôpital psychiatrique par département et deux mesures d'internement : le placement d'office (PO) et le placement volontaire (PV de par la volonté du peuple). Il s'agit là d'une loi de protection de la société avant tout. Un malade peut être hospitalisé avec son consentement. Il est alors en service libre.

La psychiatrie se développe aussi outre-Atlantique, portée aux États-Unis par Dorothea Dix qui crée les premiers établissements pour personnes en situation de handicap mental et fait adopter des lois pour le développement de la prise en charge des aliénés dans plusieurs États[26] ; et par Eli Todd, qui défend aussi la nécessité de soin des malades mentaux. Il fonde en 1823 l'asile de Hartford[27].
La vie dans les grands hôpitaux psychiatriques (ou asiles) était rythmée de façon immuable. Toute transgression était sévèrement punie, les traitements curatifs peu nombreux. Des méthodes comme la saignée, l'utilisation de purgatifs, sédatifs (type bromure de potassium, vomitifs ou de l'eau), la balnéothérapie pour ses vertus relaxantes (techniques relevant de la théorie des humeurs) côtoient des méthodes violentes (comme faire frôler la mort au malade pour provoquer un état de choc). Le choix du personnel commence à évoluer. Ces grands hôpitaux vivent en autarcie. Les malades, le personnel, les médecins vivent ensemble à l'intérieur des murs. Les sorties sont rares et les malades sont souvent internés à vie car la guérison est rare (5 % des patients de la clinique de Passy de l'aliéniste Émile Blanche ressortent guéris)[28], si bien qu'en France le nombre d'aliénés passe de 10 000 en 1838 à 110 000 en 1939 (époque où les asiles sont huit fois plus peuplés que les prisons de droit commun)[29], le Centre hospitalier général de Clermont-de-l'Oise étant alors le plus grand asile d'Europe. Ce constat pessimiste aboutit au milieu de ce siècle à la théorie de la dégénérescence.
Panorama international
modifierLes aliénistes visitent les asiles des autres pays et comparent les différents systèmes. Les idées et théories sur les troubles mentaux circulent[30].
En Belgique, en 1862, la colonie de Geel devient propriété de l’État. Un dispensaire puis un asile s’y ajoutent. La loi du 28 décembre 1873 modifie et complète la précédente, le directeur de l’asile, est désormais nommé directement par le ministre de la Justice et non par celui de la Santé. Ces dispositions, très attentives aux libertés, permettent une évolution vers des services ouverts.
En Allemagne, une maison de santé pour malades mentaux est construite à Bayreuth en 1805, et un asile à Schleswig en 1820. En 1899, le pays compte 279 asiles d’aliénés, dont 254 entièrement nouveaux. Entre 1840 et 1869, 106 asiles privés sont construits. L’asile de Clèves ouvre en 1911 et est prévu pour 2 200 malades. La psychiatrie allemande est influencée par le romantisme et cherche à réhabiliter le concept de maladie de l’âme. Le musicien Johann-Christian Heinroth (1770-1846) est le premier à employer le terme psychosomatique. Wilhelm Griesinger (1817-1868), l’un des fondateurs de la neuropsychiatrie, dirige l’asile de Gabersee en Haute-Bavière et occupe la chaire de psychiatrie à Munich. Le gouvernement bavarois lui confie Louis II, dit le roi fou. Enfermé au château de Berg, le 13 juin 1886 au soir, Louis II étrangle Griesinger puis se suicide.
En Autriche, il faut attendre 1853 pour qu’un établissement de 700 places pour aliénés soit construit dans un grand parc. À l’exemple de l’asile de Prague, fondé en 1822, les thérapies par le travail manuel sont mises en avant et la loi interdit tout internement sans certificat d’un médecin ou d'un fonctionnaire d’arrondissement ou de commune. En urgence, ce certificat peut être différé de 24 heures au maximum. Les aliénés, guéris ou non, sont libérés à la demande de leurs proches, si ceux-ci garantissent leur surveillance. Ernst von Feuchtersleben (1806-1849) est le principal représentant de la psychiatrie romantique autrichienne. Dans Hygiène de l’âme, édité quarante fois en vingt-cinq ans et traduit dans plusieurs langues, il enseigne qu’il faut combattre sans cesse les germes de folie présents en chacun.
La Suisse présente deux particularités, il n’y a pas de séparation entre pratique et théorie, les médecins sont à la fois directeurs d’asiles et enseignants. Autre particularité, la psychiatrie et la neurologie sont nettement séparées, la neurologie relevant de la médecine interne.
En Russie, ce n’est qu’en 1861, après l’abolition du servage, que les zemstvos, assemblées locales de notables, commencent à créer des colonies agricoles pour aliénés. À partir de 1869, de nombreuses villes russes se dotent d’asiles. Vladimir Bekhterev (1857-1927) est nommé en 1893 à la chaire des maladies mentales et nerveuses de Saint-Pétersbourg, qu’il occupe vingt ans et réorganise l’enseignement clinique. Il fonde en 1907 un Institut de recherches sur le cerveau. Peu avant sa mort, il envisage un Panthéon neuroanatomique pour conserver et étudier les cerveaux d’hommes de génie.
En Italie, seule la Toscane promulgue une loi spéciale sur l’internement des aliénés. Elle soumet l’admission et la sortie à l’autorisation d’un tribunal. En 1875, lors de la première enquête nationale, l’Italie compte 43 établissements et 12 913 internés. En 1914, elle compte 140 établissements et 54 311 internés, mais le personnel médical et infirmier reste toujours réduit au minimum.
En Angleterre, en 1844, on compte 36 asiles autorisés dans les districts de la métropole londonienne, dont 33 ne reçoivent que des pensionnaires payants.
Au Brésil, nouvellement indépendant, la médecine se tourne vers l’Europe. Une campagne pour l’assistance aux aliénés est menée au sein de la Société de médecine et de chirurgie, fondée en 1829. En 1830, le docteur José Martins da Cruz Jobim (pt) présente devant la Commission de salubrité générale un rapport indigné sur les conditions d'internement des aliénés internés à l’hôpital Santa Casa de Misericordia à Rio de Janeiro. Un premier établissement pour aliénés est créé sur le modèle français en 1852 à Rio de Janeiro, puis devient hôpital national en 1890, mais il faut attendre 1893 pour les premiers statuts légaux déterminant les modalités d’internement, et 1903 pour la première loi réglant entièrement l’assistance aux aliénés.
Aux États-Unis, en 1880, un recensement fédéral enregistre que pour 50 millions d’habitants, il y a 41 500 aliénés dans les asiles d’État et 83 000 dans les hospices[30].
En France, un rapport national estime à 8,24 % de guérisons pour la période 1856-1860 et 62 % des « guéris » étaient sortis de l'asile avant 6 mois. Après 2 ans il n'y a plus que 10 % de sorties. Le pourcentage de décès à l’asile est de 53,1 %[31].
Decouvertes et reculs cliniques
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En Allemagne, le médecin Wilhelm Griesinger prend la direction d'une institution pour enfants handicapés mentaux à Mariaberg et promeut en 1860 la création de l’Hôpital psychiatrique du Burghölzli à Zurich[32]. Entre 1883 et 1915, le médecin Emil Kraepelin publie plusieurs éditions de son Traité de psychiatrie de classification des maladies mentales, où il distingue notamment les psychoses maniaco-dépressives et les démences précoces aujourd'hui appelées schizophrénie, qu'il décrit comme une psychose chronique survenant chez un adolescent ou un jeune adulte, caractérisée par de graves troubles intellectuels et affectifs, avec une évolution progressive vers un effondrement psychique. Kraepelin utilise le terme de psychose pour désigner des altérations profondes de la conscience du sujet, ses troubles graves de l’identité et de son rapport à la réalité[33].
James Frame publie en 1860 The Philosophy of Insanity, dans lequel il témoigne de son expérience à l'asile de Gartnavel à Glasgow en Écosse, et où il évoque les traitements psychiatriques de son époque[34].
Les analgésiques et anesthésiques utilisés déclenchent des toxicomanies, qui rentrent dans les nouvelles nosographies au côté de l'alcoolisme. Pour sevrer les morphinomanes, on prescrit des bromures, de l’arsenic, de l’alcool, du haschich, de la cocaïne, de l’éther ou de l’héroïne. La cocaïne étant commercialisée depuis 1859 et intégrée dans des produits de consommation courante, le diagnostic de cocaïnomanie ne pourra être posé qu'au siècle suivant. Synthétisée en 1898 à partir de la morphine, l’héroïne est rapidement interdite aux États-Unis, mais en France, elle demeure prescrite contre les insomnies et les migraines jusqu'en 1920. Le neurologue Carl Westphal, devenu morphinomane en travaillant sur la morphinomanie, meurt en chambre d'isolement pour sevrage[35].
Carl Westphal (1833-1890) publie en 1870 un article remarqué sur l'homosexualité parlant de maladie et de sentiments inversés.
En 1886, le psychiatre austro-allemand Richard von Krafft-Ebing (1840-1902) publie un traité destiné aux médecins légistes dans lequel il définit le sadisme, le masochisme et la relation sado-masochiste.
Cesare Lombroso (1836-1909), chargé de l’enseignement de la pathologie mentale à Pavie, publie des travaux sur la dégénérescence et avance le concept de « criminel né ». L’alcoolisme, considéré comme héréditaire, occupe alors une place centrale dans la théorie de la dégénérescence mentale. À l'hôpital Sainte-Anne, en 1870, 28,43 % des hommes et 6,77 % des femmes, sont internés pour alcoolisme. La théorie est entre autres soutenue par Valentin Magnan, Griesinger et Krafft-Ebing et inspire l’eugénisme ; aux États-Unis, des lois interdisent alors le mariage des épileptiques, des alcooliques et des syphilitiques.
Le terme de névrose, utilisé par la plupart des médecins, commence à se préciser avec les travaux de Paul Briquet (1796-1881) sur l’hystérie.
Jules Seglas (1856-1939) et Gilbert Ballet (1853-1916) décrivent la psychose hallucinatoire chronique en 1911.
Jules Dejerine (1849-1917) met en avant l'importance d'un lien de confiance entre médecin et patients.
Le suisse Eugène Bleuler (1857-1939) substitue à l’idée de démence précoce évolutive celle de dissociation et propose le mot schizophrénie.
Gatian de Clérambault (1872-1934) développe la théorie de l’automatisme mental.
Émile Durkheim (1858-1917) ouvre la voie pour une approche sociologique, parle de « vie psychique collective » et d’interaction entre les malades mentaux et l'environnement social[36].
En France, le médecin Ernest-Charles Lasègue s'intéresse aux troubles psychosomatiques. En 1852, il décrit le délire de persécution, connu sous le nom de « maladie de Lasègue » qui est une forme de paranoïa[37], donne la première description complète de l’anorexie mentale[38], puis étudie un large éventail de troubles, parmi lesquels l'exhibitionnisme, la mélancolie perplexe et la folie à deux. Jean-Martin Charcot, clinicien et anatomo-pathologiste et chef de file de l'École de la Salpêtrière, déclare à la suite de ses études sur l'aphasie, le sommeil et l'hystérie, que pour certaines affections (des paralysies, principalement), il n'y a aucune lésion organique[39]. Il invente le concept de lésion dynamique fonctionnelle, sans pour autant se prononcer en faveur d'une étiologie purement psychique des maladies mentales. Les traitements expérimentaux pratiqués par Charcot et son équipe sur les femmes atteintes de trouble dissociatif de l'identité ou d'hypersexualité en lien avec des traumatismes psychiques d'agressions sexuelles ou de maltraitances subies dans l'enfance, lesquels étaient depuis l'Antiquité réunis sous le diagnostic d'hystérie, consistent en une alternance d'agressions sexuelles, d'humiliations, d'électrochocs, des bains d'eau froide, provoquer des hallucinations en induisant des états modifiés de conscience par l'hypnose ou encore l'utilisation de drogues addictives telles que la morphine, l'ether et l'opium, quelquefois cumulées pour en observer les effets. Tandis que les confidences d'avoir été victimes d'inceste et autres violences sexuelles sont retournées contre elles en prétendant qu'il s'agit en réalité de rêves ou de fantasmes. Ces mauvais traitements auraient été infligés jusqu'à la moitié du XXe siècle[40],[41],[42].

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Charcot fait des présentations de malades pour expliquer le déroulement des crises hystériques, auxquelles Sigmund Freud, alors jeune médecin, assiste. C'est à la suite de cela que Freud étudie l'effet de pratiques comme l'hypnose sur les malades et, n'étant pas satisfait par cette méthode, décide d'écouter et de faire parler les personnes atteintes de pathologies mentales. Il crée ainsi la psychanalyse.
Josef Breuer et Sigmund Freud écrivent dans une publication de 1895 : « C’est à la sexualité, source de traumatismes psychiques et facteur motivant du rejet et du refoulement de certaines représentations hors du conscient, qu’incombe dans la pathologie de l’hystérie un rôle déterminant. » Poursuivant dans cette voie, Freud distingue une sexualité infantile, où il recherche le traumatisme originel. Les symptômes hystériques sont pour lui des messages inconscients, qui doivent être décryptés pour qu'ils cessent et ce serait le rôle du thérapeute que d'aider le patient à le faire, mais quelques années plus tard, il abandonne la réalité du traumatisme sexuel pour parler de fantasmes[35].
Les femmes en psychiatrie
modifierÀ partir du XIXe siècle, les psychiatres jouent un rôle actif dans la répression des femmes. Ils nourrissent les discours pseudo scientifiques sur l’infériorité des femmes, utilisant des expressions comme « sexe faible », véhiculent l'idée que les femmes sont hystériques ou dépressives, et hospitalisent celles qui refusent de se conformer aux désirs masculins ou aux normes sociales imposées par les hommes. En 1879, en Grande-Bretagne, James Crichton-Browne (en), cofondateur de la revue Brain, dissèque 400 cerveaux d’aliénés et en conclut que le cerveau féminin, plus léger, rend les femmes intellectuellement diminuées. Cette théorie maintient fermées les portes des grandes écoles et assigne les femmes aux tâches domestiques et parentales. Le monde de la psychiatrie entretient alors une forte connivence masculine et traiter le bas-ventre d’une femme reviendrait à traiter son esprit, le mystère de la psyché féminine se logerait dans les ovaires, l’utérus et la vulve, ce qui justifie des pratiques comme la stimulation génitale, l’ovariectomie et la clitoridectomie[44],[45],[40].
Proches de Darwin, Henry Maudsley et John Crichton-Browne en Grande-Bretagne, ainsi que Valentin Magnan en France, substituent à l’explication morale en vogue celle de la dégénérescence héréditaire, justifiant par là même l’échec asilaire. Selon eux, si les aliénés ne guérissent pas, ce n’est pas la faute des médecins, mais parce qu’ils sont incurables[44].
Louisa Lowe (en) fonde en 1874 la Alleged Lunatics' Friend Society (en), première entreprise féminine de déconstruction du discours psychiatrique et Ann Pratt (en), depuis Kingston en Jamaïque, suscite une enquête administrative sur l’ensemble du système asilaire colonial[44].
C'est aux USA que la première femme médecin se spécialise en psychiatrie. En 1880, Alice Bennett (1851-1925) devint médecin-chef du département des femmes du nouvel asile de Norristown. En Grande-Bretagne, c'est Eleanora Fleury (1867-1960) qui fut la première femme diplômée en médecine de la Royal University of Ireland, obtenant son doctorat avec médaille d'or en 1893. En 1894, elle devint la première femme membre du Medico-Psychological Association, l'ancêtre du Royal College of Psychiatrists. Elle exerça au Richmond District Lunatic Asylum de Grangegorman. Ce sont ensuite Madeleine Pelletier et Constance Pascal qui accèdent à des postes de psychiatres en France au début du XXe siècle[46],[47],[48].
De l'expérimental à l'industriel
modifierAu début du XXe siècle on trouve encore dans certains ouvrages de médecine les traitements suivants : bromure de potassium, valériane, opium, morphine[49]. Pour le traitement de la crise : eau froide, compression des ovaires, clitoridectomie, flagellation, cure de Sakel, et les électrochocs qui ne sont plus utilisés aujourd'hui que dans des conditions rigoureuses lors de dépression mélancolique grave ou de schizophrénie résistant aux traitements médicamenteux. Vers les années 1960 des méthodes comme le pack ou packing (méthode d'enveloppement humide) sont également utilisées en traitement de l'autisme et des psychoses[50], ces méthodes discréditeront un temps les tenants de la psychiatrie organiciste en faveur d'une causalité biologique des troubles mentaux et d'un traitement spécifique[51]. De nombreux courants d'idées souvent antagonistes apparaissent, par exemple psychiatrie biologique contre psychanalyse et psychothérapie, ambulatoire contre enfermement, institution publique contre clinique privée.
En 1937, en France, le terme d'« asile » disparait de la terminologie officielle pour être remplacé par celui d'« hôpital psychiatrique ». Le terme d'« aliéné » restera en vigueur jusqu'en 1958[52].
La psychiatrie coloniale
modifierJusqu'à la construction d'asiles dans les colonies, au premier tiers du XXe siècle, les aliénés et les alcooliques, qu'ils soient colons ou autochtones, sont transférés vers les hôpitaux de la métropole ou vers les bagnes. En 1912, le rapport de Reboul et Régis sur les aliénés des colonies, discuté au Congrès de Tunis, critique le rapatriement en métropole des colons installés depuis plusieurs générations. La psychiatrie coloniale est alors traversée par des tensions entre l'ambition thérapeutique des médecins et l'entreprise de domination des puissances impérialistes européennes, souhaitant soigner sans tenir compte des particularités culturelles, comme les rites de possession traditionnels à Madagascar ou la consommation de cannabis en Inde, et utilisant parfois les asiles comme des moyens policiers d'enfermement. La construction des asiles offre alors un soutien médical local aux troupes d'occupation coloniale et une école de psychiatrie est fondée à Alger avec le concours du psychiatre spécialisé dans les pathologies des militaires, Antoine Porot[53],[54].
Psychanalyse et psychiatrie
modifierLa psychanalyse reçoit une vive opposition de la communauté de psychiatres. D'après Freud, cela est dû à la crainte commune à tous, de mettre en lumière ce qui à été refoulé[55].
Parmi « les premiers psychanalystes », Sandor Ferenczi (1873-1933), médecin et neurologue de formation, devient en 1918 le président de l’Association psychanalytique internationale fondée en 1910.
Selon Freud : « Le champ d’action de la psychanalyse est limité par la forme même de la maladie. Le traitement analytique est tout indiqué dans les névroses de transfert, les phobies, les hystéries, les névroses obsessionnelles, ainsi que dans les anomalies de caractère qui se manifestent parfois en lieu et place de ces affections. Partout ailleurs, dans les états narcissiques, psychotiques, etc., la psychanalyse est plus ou moins contre-indiquée »[55].
Freud et Bleuler
modifierEugen Bleuler en étroite relation professionnelle avec Freud jusqu'en 1910, s'approprie le vocabulaire de la psychanalyse et assouplit par là même la rigidité nosographique de la psychiatrie. Bleuler diffuse largement les concepts freudiens à ces élèves de toutes origines au Burghölzi, par exemple, Karl Abraham (1877-1925), Ludwig Binswanger (1881-1966), Abraham Arden Brill (1874-1948) et Carl Gustav Jung (1875-1961), qui les diffuseront à leur tour.
Dans Dementia praecox oder Gruppe der Schizophrenien (1911), Bleuler définit l'« autisme » (allemand Autismus), mot dérivé du grec αυ ̓ το ́ ς (soi-même), comme un détachement de la réalité accompagné d'une prépondérance de la vie intérieure : l'autisme est à peu près la même chose que ce que Freud nomme autoérotisme, dit-il[56].
Dissidences et courants inspirés de la psychanalyse
modifierEn 1911, Alfred Adler (1870-1933), minimise le rôle du refoulement et de l’origine sexuelle des névroses en y privilégiant celui du sentiment d’infériorité. Il est le fondateur de la « psychologie individuelle ».
En 1913, Carl Gustav Jung élabore sa propre doctrine de la « psychologie analytique » où il distingue notamment un « inconscient collectif » déterminant, contrairement à Freud qui attribue ce rôle à l'enfance.
Ludwig Binswanger, au croisement de la psychanalyse et de la phénoménologie, développe une méthode d' « analyse existentielle ».
En 1925, à Paris, un petit groupe appelé « l'évolution psychiatrique » se constitue autour du psychanalyste et psychiatre René Laforgue.
Franz Alexander (1891-1964), psychiatre puis psychanalyste, fonde à Chicago en 1936, un institut de psychanalyse assimilé à une « psychiatrie dynamique ».
Guerres
modifierLa Première Guerre mondiale apporte de nouveaux sujets d'études. Les psychiatres considèrent que la peur est une émotion anormale qui devrait s'effacer derrière le patriotisme et parlent de troubles émotionnels. Ils inventent le terme d'obusite pour commencer à décrire les symptômes de stress post-traumatique : « il a subi un bombardement intense et depuis lors n’a pas cessé de trembler […]. Depuis huit jours, les symptômes d’hyperémotivité sont plus accusés » ; « Couvert par les débris de trois de ses camarades tués auprès de lui. Le lendemain, au cours d’une attaque, s’est bien conduit, mais, depuis cette époque, mutisme absolu ». Des services psychiatriques sont créés sur les lignes d'évacuation du front[35].
Selon Max Lafont, le nombre des malades mentaux qui succombent à la famine dans les hôpitaux psychiatriques en France, de 1940 à 1944, est de 40 000. Ce bilan s'explique par l'indifférence et l'oubli contre lesquels ne s'élèvent que de très rares et faibles protestations. Les artistes Sylvain Fusco, Camille Claudel et Séraphine de Senlis font partie de ces victimes[57].
Aux États-Unis, pendant la Seconde Guerre mondiale, les malades mentaux sont parfois confiés aux objecteurs de confiance, qui témoignent au lendemain de la guerre des sévices physiques et sexuels commis par les gardiens ou médecins restés en poste. Dans l'hôpital d'État de Philadelphie, le nombre de médecins passe de 65 à 18, et les gardiens de 1 pour 25 patients à 1 pour 500[55].
Les psychiatres de l'Axe (Allemagne, Japon, Italie), utilisent les malades mentaux comme cobayes humains. Après la guerre la plupart des documents attestant de ces expériences sont détruits. Une étude de 2022, s'appuyant sur une base de données collaborative, recense 28 655 victimes soumises à 359 expériences médicales distinctes sous le régime nazi. Parmi ces victimes, on dénombre 2078 enfants nés entre 1930 et 1944, dont 1 154 garçons, 916 filles et 8 enfants dont le genre n'est pas précisé. La majorité de ces enfants auraient été exploités pour la recherche en génétique, immunologie, et neuropathologie, dont une partie au camp d'Auschwitz par le docteur Josef Mengele. Parmi les expériences connues, dans le camps d'Auschwitz, le psychiatre et prisonnier Zenon Drohocki fut contraint de fabriquer un instrument d'électroconvultion et de mener des expériences sur d'autres prisonniers, notamment sous les ordres de Mengele. Dans les années 1950, les thérapies par électrochocs sont progressivement abandonnées par les psychiatres en raison des séquelles causées. La thérapie par électrochocs reste tout de même employée dans de rares cas de schizophrénie et de dépression grave et résistante à toute autre forme de traitements. Sous le régime nazi, à l'hôpital psychiatrique de Kaufbeuren, un groupe d'enfants est soumis par Georg Hensel à une vaccination expérimentale dont aucun n'a survécu. Les tissus cérébraux de certaines victimes firent l'objet de publications scientifiques. 789 enfants sont aussi tués à l'hôpital psychiatrique de Steinhof à Vienne afin d'étudier leurs cerveaux. De nombreux cerveaux d'enfants utilisés pour la recherche immunologique sont conservés, certains sont envoyés au département de neuropathologie de Willibald Scholz à la Deutsche Forschungsanstalt für Psychiatrie. À la clinique psychiatrique de Wittenau à Berlin, les cerveaux des enfants utilisés par Gerhardt Kujath sont partagés entre les neuropathologistes Julius Hallervorden et Berthold Ostertag. Après la fin officielle du programme T4 d'euthanasie, l'organisation T4 poursuit l'administration de la recherche clinique dans de grandes institutions psychiatriques, notamment à Brandenburg-Görden et à la clinique psychiatrique de Heidelberg, sous la direction du psychiatre Carl Schneider. Ce dernier continue les recherches du XIXe siècle sur la dégénérescence, spécialement sur « l'idiotie héréditaire ». 52 enfants et adolescents sont soumis à un programme de diagnostic approfondi, après quoi, 21 sont qualifiés d'« idiots » et assassinés à l'asile psychiatrique d'Eichberg. Leurs cerveaux sont conservés jusqu'en 1989, puis éliminés pour essayer d'éviter une controverse. Certains de ces cerveaux se trouvent aujourd'hui dans une salle commémorative de l'institut Max Planck[58],[59]. Les médecins, comme la plupart des scientifiques nazis sont recrutés dès la fin de la guerre dans les départements de recherche américains (opération Paperclip) ou soviétique (opération Osoaviakhim). Les théories sur l'idiotie héréditaire ont été depuis, démenties par la communauté scientifique[60],[61],[62].
En Italie, sous le régime fasciste, la propagande fait la promotion d'internements préventifs, y compris pour les opposants politiques, et de thérapies provoquant des convulsions (insulinothérapie, choc cardiaque, électrochoc). Mais pendant la guerre, la mobilisation militaire provoque une évacuation forcée des institutions psychiatriques. Les psychiatres sont mobilisés pour gérer les symptômes complexes post traumatiques des troupes. Parmi les prisonniers de guerre des symptômes d'introversion, de manies et de phobies sont observés. Parmi la population civile, il y a une augmentation des névroses et psychoses pour lesquels la prolongation du conflit est un facteur aggravant. Au 23e Congrès national de la Société italienne de psychiatrie, tenu à Rome en octobre 1946, l'ensemble des psychiatres se prononcent pour l'abolition des principes de recherche fascistes et pour un nouveau départ scientifique[63].
Jusqu'à la guerre du Vietnam, les psychiatres avaient pour principal objectif le retour des soldats sur le front, mais les enjeux éthiques et politiques de l'époque interroge la communauté soignante. Le conflit de loyauté entre l'intérêt de leurs patients et l'intérêt présumé de la nation orientent la recherche. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est intégré au manuel de diagnostic américain le DSM-3 afin d'apporter un soin efficace aux traumatisés de guerre et éviter la reproduction traumatique de violences de guerre sur le territoire américain par ses propres soldats. Le TSPT est aussi associé à des risques accrus d'alcoolisme et de violences conjugales. Les psychiatres observent alors que les symptômes de guerre sont les mêmes pour les victimes d'agressions sexuelles, viol, inceste et violences conjugales. La reconnaissance sociale et politique du traumatisme psychique met en lumière l'instrumentalisation des victimes, maintenues dans un état de dépendance et de vulnérabilité[64],[65],[66].
Contrôle
modifierÀ partir de 1933, l'URSS investit massivement dans la psychiatrie, passant de 33 772 places à 390 000 en 1974. Toutefois, l'enfermement en hôpital psychiatrique devient un instrument de coercition de la dictature et de faux diagnostics sont utilisés à des fins de répression de dissidents. Ces méthodes seraient encore usitées au début du XXIe siècle[67].
De 1953 à 1976, aux USA et au Canada, de nombreuses expérimentations sur des patients non avertis, ont lieu dans les hôpitaux psychiatriques de Boston, de Manhattan, de Lexington et de Montréal. Les expériences incluent entre autres, des essais pharmaceutiques, des électrochocs à très haut voltage et des agressions sexuelles, sous couvert du programme de recherche Mk Ultra sur le contrôle mentale, le lavage de cerveau et les techniques d'interrogatoire, mené par la CIA[68],[69]. Dans les établissements psychiatriques américains, le nombre d'admissions restera supérieur au nombre de décharges jusqu'en 1970, soit 15 ans après l'introduction des neuroleptiques. La diminution du nombre de résidents fut causé par une augmentation du taux de mortalité entre 1955 et 1970, à 9 % par an environ, et une modification progressive de la composition démographique des hôpitaux : moins de psychotiques et moins de déments[70]. En 1955, le pays comptera 559 000 internés, soit 0,33 % de la population. La même année, en France 0,23 %[30].
Stérilisation, lobotomie et extermination
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Sous l'influence de théories eugénistes sur la transmission génétique des maladies mentales, des programmes de stérilisation contrainte sont mis en place dans de nombreux pays, comme les USA, le Mexique, le Canada, la Suède, la Norvège, le Danemark, la Finlande, l'Estonie, l'Allemagne, l'Islande, la Suisse, l'Autriche et le Japon, faisant des centaines de milliers de victimes parfois adolescentes. L'Allemagne nazi fait à elle seule entre 360 000 et 400 000 stérilisations forcées. Le cadre légal qui recommande ces pratiques n'est abrogé en Suède (32 000 victimes) que dans les années 1970, dans les années 1980 en Suisse dans le canton de Vaud et en 1996 au Japon (16 500 victimes)[71],[72],[73].
L'Allemagne nazie extermine les malades mentaux dans le cadre de l'Aktion T4. Au Brésil, à partir de 1930, l'hôpital Colônia de Barbacena est le théâtre de "L'holocauste brésilien", avec plus de 60 000 personnes mortes dans les services de garde à la suite de fautes médicales, d'expérimentations, de viols et de tortures et ce jusqu'à sa fermeture en 1980[74].
La lobotomie (aussi appelée leucotomie), opération chirurgicale du cerveau qui consiste en une section ou une altération de la substance blanche d'un lobe cérébral, est formalisée en 1935 par les neurologues portugais Egas Moniz et Almeida Lima de l'Université de Lisbonne, ce qui leur vaut un Prix Nobel en 1949[75]. Entre 1933 et 1944, certains médecins allemands nazis s'essaient à la lobotomie, souvent sans anesthésie ni antiseptique, sur les prisonniers des camps de concentration.
La lobotomie connaît son essor après la Seconde Guerre mondiale, notamment avec l'invention américaine de Walter Freeman : le pic à glace. On estime que quelque 100 000 patients furent lobotomisés dans le monde entre 1945 et 1954 dont la moitié aux États-Unis. Freeman parcourt les États-Unis dans les années 1950 dans un autocar équipé pour pratiquer des lobotomies « en série », enfonçant ce pic à glace dans le lobe orbitaire des patients après avoir soulevé la paupière (lobotomie trans-orbitale), moyennant parfois une anesthésie locale. Cette pratique, le plus souvent combinée à des électrochocs, a alors un grand succès (grand mouvement de « l'hygiène mentale ») et on estime que Freeman à lui seul lobotomisa entre 2 500 et 4 000 personnes. La lobotomie est alors utilisée pour traiter les maladies mentales, la schizophrénie, l'épilepsie et même les maux de tête chroniques. Dès les années 1950, de sérieux doutes concernant cette pratique commencent à se faire entendre et avec la découverte des produits neuroactifs plus efficaces et moins dangereux (les neuroleptiques), cette pratique décline dès les années 1960.
Les neuroleptiques
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En 1950, après avoir observé en anesthésie l'effet de distanciation psychique provoqué par un dérivé de phénotiazine, la prométhazine, le chirurgien Henri Laborit demande au chimiste Paul Charpentier au laboratoire Spécia de Rhône-Poulenc une molécule provoquant moins de sédation et plus de distanciation. Le , le RP4560, ou « chlorpromazine » est synthétisé. Il est baptisé « Largactil » pour souligner l'aspect large de son spectre d'action[75].
« Tu devrais essayer chez tes malades agités de Sainte-Anne. Tu n’aurais plus besoin de camisole de force »[76]. C'est en ces termes qu'à l'automne 1951, à Paris, à l’issue d’une séance de la Société française d’anesthésie, Henri Laborit présente pour la première fois la chlorpromazine au pharmacologue de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne, Jean Thuillier. Sans succès dans le milieu psychiatrique dans un premier temps, Laborit fait tester le nouveau médicament à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.
Le , à 10 heures du matin, Jacques Lh., 24 ans, est le premier patient au monde à recevoir une injection de 50 mg de chlorpromazine. Le , une première publication[77] fera état de ce nouveau traitement à la chlorpromazine.
En , le psychiatre Pierre Deniker demande des échantillons au laboratoire Spécia et effectue les premiers essais cliniques systématiques de la chlorpromazine dans son service à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne. En supprimant la réfrigération et les sédatifs qui accompagnaient son administration et en quadruplant la dose, Pierre Deniker prouve l'action de la chlorpromazine seule dans le traitement des états d'agitation maniaque et les psychoses aiguës[78]. Jean Delay baptise cette nouvelle classe de médicaments « neuroleptiques ». La psychopharmacologie moderne est née[75]. En 1957, le psychiatre suisse Roland Kuhn découvre le premier antidépresseur, l'imipramine.
La collusion entre la recherche sur les neuroleptiques et l'industrie pharmaceutique depuis les années 1950 est progressivement remise en cause. Les intérêts économiques et le lobbying de l'industrie, exercent une influence sur les diagnostics et les traitements proposés aux patients proposés par les psychiatres, quelques fois au détriment des patients. Généralement, la présentation des troubles psychiques dans la littérature est alors orientée en faveur de la médication et au détriment des facteurs psychologiques, sociaux ou environnementaux[79],[80],[81]. En 1968, le diazepam (Valium), prescrit massivement aux femmes, est commercialisé comme un tranquillisant mineur et remède aux femmes jugées socialement inadaptées, trop ambitieuses, négligées, célibataires ou ménopausées. C'est devenu le médicament le plus vendu au monde[82]. En France, en 2007 les médecins ont prescrit 109 millions de médicaments psychotropes[83].
Anti-psychiatrie
modifierLa psychiatrie, et la pratique de l’enferment asilaire qui l'accompagne, est critiquée depuis la fin du XIXe. À cette époque Dorothea Dix et Clifford Whittingham Beers défendent le droit des aliénés à être traités dignement, persuadés que les aliénés auraient de meilleures perspectives de rétablissement dans un cadre bienveillant, éloignés de tout environnement toxique[84].
Dans les années 1960, les revendications anti-psychiatriques sont portées par des penseurs comme Michel Foucault en France, Ronald Laing en Grande-Bretagne, Thomas Szasz aux États-Unis et Franco Basaglia en Italie. Ces auteurs défendent la position philosophique que la réalité personnelle et la liberté sont indépendantes de toute définition de la normalité imposée par la psychiatrie organisée, portent un regard critique sur le diagnostic médical de maladies mentales et dénoncent l'enfermement psychiatrique comme un moyen de contrôle social[85].
Au XXIe siècle certains anciens patients se définissent encore comme des survivants de l'asile psychiatrique et rejoignent les autres mouvements critiques pour dénoncer les conditions d'enfermement, l'administration d'un traitement pharmaceutique de force et la surmédication, les humiliations, l'absence d'intimité et parfois les abus de pouvoir du personnel soignant[84].
Psychiatrie de secteur
modifierEn 1976, en France, le nombre d'internement pour dépression et crise maniaco-dépressive dépasse celui pour schizophrénie. La diffusion de la psychopharmacologie limite les internements au profit de soins ambulatoires[86], et en 2020, c'est la première cause d'invalidité dans les pays développés. Les hospitalisations ne cessent d'augmenter jusqu'en 1970 avant de décroître sensiblement. 70 500 en 1916, 98 000 en 1954, 112 000 en 1962 et 160 000 en 1969. Les hôpitaux publics et les psychiatres libéraux se partagent en 1995, le suivi de 920 000 adultes et 330 000 enfants. Les hospitalisations sans consentement, augmentent de 86% entre 1992 et 2001[83].
En 1952, l'OMS s'exprime en faveur d'hospitalisations transitoires dans le parcours thérapeutique. Des modalités sont mises en oeuvre pour la réinsertion dans la vie active[83]. St. Alban marque la psychothérapie, Tosquelles, Bonnafé sont à l'origine de la notion de psychiatrie de secteur. Des psychanalystes de cette seconde moitié du XXe vont militer pour une prise en charge plus humaine dans la localité où vit le malade (le secteur) et dans de petits établissements médico-sociaux encadrés par du personnel éducatif. Tony Lainé psychiatre et psychanalyste, en 1957 effectue un stage de plusieurs mois à Saint-Alban. Il devient psychiatre au Pradon à Sainte-Geneviève-des-bois, hôpital de jour soignant des enfants avec autisme. L'hôpital est fermé en 1983 après un conflit sur la prise en charge et le financement RCB. Il va être également influencé par Bruno Bettelheim directeur de l'école orthogénique à Chicago.
En France, la circulaire ministérielle de crée la politique de secteur psychiatrique. Les grands hôpitaux psychiatriques et le cadre unique cèdent la place aux petites structures et au maintien des malades mentaux au sein de la cité. Les infirmiers psychiatriques deviennent infirmiers de secteur psychiatriques (dont la formation spécifique s'arrêtera en 1992) et les psychologues deviennent de plus en plus présents dans les services. Peu à peu les aides-soignants, les aides médico-psychologiques et les agents des services hospitaliers sont inclus dans les services ainsi que du personnel paramédical (ergothérapeutes, assistants sociaux, éducateurs spécialisés).
Parallèlement, la loi de 1838 va céder la place à celle du en mettant l'accent sur le soin et le renforcement des droits du malade. Elle conservera toutefois les deux modes d'hospitalisation sans consentement. Le placement d'office est remplacé par l'hospitalisation d'office. Le placement volontaire (sous-entendu, par la volonté du peuple) cède la place à l'hospitalisation à la demande d'un tiers. Les patients ayant donné leur consentement sont en hospitalisation libre.
XXIe siècle
modifierLa psychiatrie est toujours en pleine évolution et faire face aux « nouveaux maux » de la société. Certains pays proposent de nouvelles réformes, comme le plan santé mentale 2005/2008.
Soin en psychiatrie
modifierIl y a deux visions du soin :
- une approche organiciste, envahissante (c'est-à-dire centrée sur le corps du malade), la neurologie mais aussi très critiquée voir aujourd'hui interdite la lobotomie, le packing. Également les thérapies médicamenteuses neuroleptiques hypnotiques anxiolytiques
- les thérapies non envahissantes (intervenant sur la psyché) représentées par les psychothérapies dont la psychanalyse, la psychomotricité et le sport adapté, et l'ergothérapie dont l'art-thérapie. Toutes ces approches ne sont pas spécifiques de la psychiatrie et peuvent être pratiquées en libéral hors du champ des psychiatres (médecins, paramédicaux, coachs, thérapeutes non agréés). En France, elles peuvent être remboursées par la sécurité sociale ou par la MDPH ou payées uniquement par le client
La réadaptation psychosociale : traditionnellement, aux XIXe siècle et XXe siècle, le travail est au centre de la réadaptation en psychiatrie, qu'elle soit carcérale ou hospitalière. Toutefois ce que l'on nomme aujourd'hui réhabilitation psychosociale correspond aux approches paramédicales et démarches sociales pour réinsérer (réadapter) le patient. Cela évoque la rééducation du handicap physique ou la réadaptation visuelle de la basse vision. Toutes ces formes de réadaptations ont ouvert le champ à de nouvelles professions paramédicales surtout depuis les années 1950.
Psychothérapies
modifieril y a plusieurs types d'approches dans les prises en charge psycho-thérapeutiques : celles d'orientation psychanalytique, dont la psychothérapie institutionnelle, celles d'origine anglo-saxonne neuro-développementales, cognitives et/ou comportementales, celles humanistes, dont l'Approche centrée sur la personne et la Gestalt-thérapie, celles systémiques, et celles sous d'autres formes encore.
Actuellement la HAS préconise dans ses recommandations (conférences de consensus) des approches cognitivo-comportementales TEACCH, etc.
Controverses
modifier
Diagnostic
modifierEn 2021, le professeur de psychiatrie et d'Histoire de la médecine Edward Shorter, publi une critique du manuel de diagnostic DSM- (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), l'accusant de tordre les diagnostics pour satisfaire l'industrie pharmaceutique au détriment des patients[79]. Depuis le début du siècle plusieurs études soutiennent le même constat. Les chercheurs critiquent la communauté psychiatrique de tirer profit de l'approche du soin biomédicale largement soutenue par l'industrie de la psychopharmacologie dans la recherche scientifique et dans les publications spécialisées[87]. Une méta-analyse des sites internet dédiés à la santé mentale révèle que 46% des sites reçoivent des financements de l'industrie pharmaceutique et sont significativement biaisés en faveur des théories génétiques sur les troubles psychiques et des traitements médicamenteux[81], une autre étude présente des exemples concrets où la publicité pharmaceutique va jusqu'à proposer des traitements médicamenteux à des personnes en bonne santé[88]. D'autres études critiquent les sommes versées directement aux psychiatres. Bien que cela ne concernerait que 1% de la totalité des psychiatres américains, 56% des rédacteurs du DSM-4 ont reçu des financements privés et 60% des rédacteurs du DSM-5 ont reçu un total de 13 millions d'euros entre 2016 et 2019[89],[80],[90]. L'analyse des biais qui influencent les psychiatres dans leur pratique met à jour un cadre systémique qui dépasse le conflit d'intérêt, la soumission de la recherche aux intérêts économiques de l'industrie serait une stratégie de corruption institutionnelle qui organise la dépendance de la psychiatrie aux laboratoires[91].
Malgré les recherches scientifiques récentes qui étayent le modèle traumatique du trouble dissociatif de l'identité (TDI) et le fonctionnement de la mémoire dissociative, le débat sur l'étiologie de ce trouble demeure vif au sein de la communauté scientifique et psychiatrique. Les recherches en neuro-imagerie mettent en évidence des anomalies structurelles et fonctionnelles chez les patients atteints de TDI, notamment au niveau de la connectivité des réseaux cérébraux, ce qui conforte l'hypothèse d'une origine traumatique. Une étude comparative montre que les patients avec un TDI ne présentent pas une propension à la fantaisie ou à la suggestibilité plus élevée que les autres groupes, et qu'ils ne généraient pas davantage de faux souvenirs, ce qui remet en question les hypothèses du modèle sociocognitif. Toutefois, le modèle sociocognitif, qui envisage le TDI comme une construction influencée par des facteurs sociaux et culturels, aussi appelé modèle fantasmatique qui défend que le TDI est simulé et les souvenirs traumatiques induits par un thérapeute, trouve l'adhésion d'une partie de la communauté scientifique et plus de la moitié des psychiatres d'après une enquête de 2023. Ses partisans avancent l'absence de preuves biologiques définitives de perte de mémoire et la difficulté à relier directement le trouble de l'identité aux traumas du fait des comorbidités psychiatriques généralement associés au TDI, comme l'anxiété, la dépression, le trouble de stress post-traumatique complexe, etc[92],[93],[94]. Une étude de 2025, auprès de 1581 adultes américains, a montré que 94% pensent possible d'oublier des événements traumatisants, 77% pensent que le corps s'en souvient et 3,6% déclarent avoir des souvenirs revenus à leur mémoire avec un taux de confiance en la véracité de leurs souvenirs de 75%[95].
Traitements
modifierMalgré l'évolution technique et la rareté de son utilisation, la thérapie par électrochocs demeure controversée. Une enquête en ligne menée dans 44 pays auprès de 858 patients ayant reçu des Électro-convulsivo-thérapie (ECT) et de 286 de leurs proches, met en évidence une fréquence élevée de troubles de la mémoire. Parmi les patients interrogés 84,5% signalent spontanément des perte de mémoire, environ 55% des répondants estiment que leur amnésie rétrograde s’est beaucoup aggravée, 42% disent la même chose pour la amnésie antérograde. Ces déficits persistent pendant au moins trois ans chez 65% des personnes touchées par l’amnésie antérograde et chez 81% pour l’amnésie rétrograde. Les mesures sont corrélées au nombre d’ECT reçues et sont plus marquées en cas de placement bilatéral ; ce qui est le cas pour 78 % des répondants. Aucune réduction récente de ces pertes de mémoire n’est observée. Les auteurs de l'étude recommandent davantage de recherches sur les effets à long terme, une information fondée sur les preuves pour les patients et leurs familles, une surveillance des effets indésirables ainsi qu’une évaluation et une réhabilitation adaptées pour les nombreux patients qui se sentent durablement affectés[96].
Le traitement contre l'hyperactivité et les troubles de l'attention, est synthétisé en 1944, par le chimiste italien Leandro Panizzon pour son épouse, surnommée « Rita » qui souhaitait améliorer sa concentration au tennis ; la Ritaline est un dérivé d'amphétamines. Le nombre d'enfants hyperactifs serait sur-diagnostiqué alors que les risques lié à la médication seraient sous-estimés et les causes du trouble sous-évaluées. Ce médicament est de plus en plus prescrit, entre 6,1% et 16,3% des enfants de 3 à 18 ans aux États-Unis selon les États, et 62 000 enfants en France. Efficace pour améliorer la concentration, il fait l'objet de trafics sous le nom de « drogue de la réussite »[97],[98],[99]. Une méta-analyse regroupant 212 études, soit 16 302 participants entre 3 et 18 ans et d'un âge moyen de 9,8 ans, montre que trois fois plus de garçons que de filles sont diagnostiqués Trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et que 41% des recherches sont financées par l'industrie pharmaceutique. Les résultats cliniques, stipulant que le methylphenidate améliore l'état des patients avec des effets secondaires mineurs comme des troubles du sommeil et de l'alimentation, pourraient donc souffrir de biais, et doivent être considérés comme incertains[100]. Une analyse systématique des thèses de médecine sur le TDAH en France, montre une distorsion majeure des connaissances scientifiques concernant l’étiologie, le diagnostic ou les bénéfices du traitement médicamenteux. Cela suggère une idéologie médicale persistante et un risque de surmédication des enfants[101].
Le traitement de la dysphorie de genre chez les mineurs nourrit de nombreuses controverses et la récupération politique de cette souffrance impacterait la recherche scientifique[102]. Les attaques personnelles aux chercheurs, auraient influencé la pratique clinique et empêché l'ouverture des enquêtes scientifiques. Les fondements scientifiques et éthiques des soins proposés sont questionnés. Les cadres politiques et législatifs favorisent le modèle du stress des minorités, c'est-à-dire le stress lié à la stigmatisation et la peur du rejet, tout en limitant les alternatives. Ce modèle est souvent invoqué pour expliquer la souffrance psychique des patients mais occulte les comorbidités psychiatriques associées à la dysphorie de genre, au détriment d’une exploration des facteurs développementaux, familiaux ou sociaux. Les psychothérapies se voient parfois assimilées à des thérapies de conversion, ce qui restreint l’éventail des soins possibles et la recherche des autres causes de mal-être. Les preuves d’innocuité et d’efficacité à long terme des bloqueurs de puberté et des hormones de transition restent limitées, notamment concernant la fertilité, la densité osseuse et le bien-être psychique. Ce qui interroge le bien fondé de l’irréversibilité de certains traitements sans avoir fait d'évaluation complète, plurielle, prudente et individualisée[103],[104].
Sécurité
modifierEn France, des faits divers comme l'Affaire Romain Dupuy en 2004 à Pau ; celui de l'affaire Canarelli, au cours de laquelle un psychiatre hospitalier a été poursuivi pour un meurtre commis par un patient ; l'affaire Luc Meunier à Grenoble le où un étudiant est tué par un schizophrène, , relancent régulièrement les débats politiques sur la prise en charge des malades mentaux et la sécurité. Ainsi, dès le , Nicolas Sarkozy qui veut une réforme du droit pour la psychiatrie, annonce un nouveau un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques devant un parterre de médecins :
- 30 millions seront débloqués pour « mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements et prévenir les fugues » ;
- mise en place du « dispositif de géolocalisation » qui, s'il sort du périmètre autorisé par le médecin, déclenchera l'alerte ;
- des unités fermées, équipées de portes et de systèmes de vidéosurveillance, seront installées dans chaque établissement qui le nécessite ;
- 200 chambres d'isolement seront aménagées pour les « patients qui peuvent avoir des excès de violence envers le personnel ».
De nombreuses voix s'élèvent contre ces réformes et cela prend même une tournure politique (opposition du Parti socialiste en particulier).
L'affaire de Luc Meunier conduit à une première en France en 2018, la condamnation en appel à 18 mois de prison avec sursis de Lekhraj Gujadhur, psychiatre hospitalier, pour avoir sous-estimé la dangerosité de son patient[105].
Grands courants de la psychiatrie
modifierGrands noms de la psychiatrie (ordre chronologique)
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Voir aussi
modifierBibliographie
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- Marie Didier, Dans la nuit de Bicêtre, Gallimard, Paris, 2006 ; rééd. Folio, 2008
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Michel Caire, « Histoire de la psychiatrie en France », sur psychiatrie.histoire.free.fr
- « Histoire de la psychiatrie » [archive du ], sur ch-charcot56.fr via Wikiwix
- Lois régissant la psychiatrie en France : Code de la santé publique, Livre II : Lutte contre les maladies mentales : Titre Ier : Modalités de soins psychiatriques, Titre II : Organisation.
- « Exposition virtuelle Scènes de la psychiatrie ordinaire » [archive du ], sur univ-lemans.fr via Internet Archive