Grizzly du Mexique
Le Grizzly du Mexique est une population[1] éteinte[2] de Grizzly (Ursus arctos horribilis), une sous-espèce de mammifères de l'ordre des carnivores et de la famille des ursidés.
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EX : Éteint
- Ursus nelsoni Merriam, 1914 (Protonyme)
Le spécimen ultérieurement désigné comme holotype d'« Ursus arctos nelsoni » a été abattu par H. A. Cluff à Colonia Garcia, dans l'État de Chihuahua, en 1899[3]. Le Grizzly de Californie, également éteint, s'étendait légèrement au sud jusqu'en Basse-Californie. Les ours présents dans les États de Durango, de Chihuahua, de Sonora et dans le centre du Mexique étaient vraisemblablement plus étroitement apparentés aux populations de l'Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas qu'à celles de Californie[4].
Dénominations
modifier- Nom normalisé anglais : Mexican grizzly bear ;
- Nom vulgaire typiques en français : Grizzly du Mexique, Grizzly mexicain ;
- Autres noms vulgaires : Ours gris du Mexique, Ours gris de Nelson ;
- Noms vernaculaires : Grizzly, Ours brun, Ours.
Cet ours est connu dans la langue des Ópatas sous le nom de pissini[5].
Phylogénie et évolution
modifierLe Grizzly du Mexique décrit par Clinton Hart Merriam en 1914, constituait la population la plus méridionale de l'ours brun en Amérique du Nord, occupant historiquement les massifs boisés et semi-arides du nord du Mexique (notamment le Chihuahua, le Sonora et le Durango) ainsi que le sud-ouest des États-Unis[6]. Déclarée éteinte dans les années 1960 à la suite de persécutions intenses et de la destruction de son habitat, cette sous-espèce a longtemps manqué de données moléculaires directes en raison de sa disparition précoce[6].
Les analyses phylogéographiques des ours bruns nord-américains et eurasiens ont établi que les populations continentales d'Amérique du Nord (Canada, Rocheuses et zones contiguës des États-Unis) appartiennent à une radiation matrilinéaire commune désignée sous le nom de Clade 4[7],[8]. Ce clade rassemble l'ensemble des formes traditionnellement rattachées au grizzly continental ainsi que la lignée méridionale d'Hokkaidō au Japon, témoignant d'une expansion via la Béringie au cours du Pléistocène supérieur[9],[7].
Sur le plan de l'histoire évolutive, la présence du grizzly au Mexique résulte de la progression méridionale maximale des ours bruns continentaux à travers l'Amérique du Nord consécutive aux cycles glaciaires. Ces populations périphériques du sud, isolées dans des biotopes de montagnes insulaires et de forêts de pins clairsemées au climat plus chaud et sec, se sont différenciées par un gabarit plus modeste et une robe plus claire tout en s'inscrivant dans l'assemblage évolutif du Clade 4[6],[7] :
| Ursus arctos |
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Description
modifierCe grizzly était l'un des mammifères les plus lourds et les plus imposants du Mexique. Il atteignait une longueur allant jusqu'à 1,82 m et un poids moyen de 318 kg[10]. En raison des reflets argentés de son pelage, il était souvent nommé en espagnol el oso plateado (« l'ours argenté »)[11]. Il a également été décrit comme ayant une robe sombre, ne présentant que rarement un pelage roussâtre[12].
Le Grizzly du Mexique était plus petit que les grizzlis des États-Unis et du Canada. Sa couleur générale était d'un chamois jaunâtre pâle[13] virant au blanc grisâtre, grisonnant en raison de la couleur plus foncée du sous-poil. Les individus au pelage usé tournaient au brun jaunâtre et au roux[5]. Les poils les plus longs se trouvaient sur la gorge et les flancs. Le ventre n'était que peu fourni en poils et était dépourvu du sous-poil épais recouvrant le dos et les flancs[3].
Répartition et habitat
modifierL'ours occupait les territoires septentrionaux du Mexique, en particulier les prairies tempérées et les forêts de pins en montagne. Son ancienne aire de répartition s'étendait à travers l'Aridoamérique, depuis l'Arizona jusqu'au Nouveau-Mexique, au Texas et au Mexique. Il semble peu probable que ces ours entraient en hivernation, bien qu'ils aient pu passer une partie de l'hiver dans des tanières[14].
Biologie
modifierÀ l'instar de tous les ours bruns, les grizzlis mexicains étaient des omnivores. Leur régime alimentaire se composait principalement de végétaux, de fruits et d'insectes ; il est rapporté qu'il appréciait particulièrement les fourmis, tout comme la plupart des ours bruns[12],[15]. Occasionnellement, il se nourrissait également de petits mammifères et de charognes. Les femelles donnaient naissance à un à trois oursons environ tous les trois ans[12]. Cet ours appartient au clade 4 de l'ADN mitochondrial (ADNmt), au même titre que tous les ours bruns nord-américains actuels[16].
Extinction
modifierLes premiers Européens à entrer en contact avec le Grizzly du Mexique furent les conquistadors au XVIe siècle, lors de l'expédition menée par Francisco Vázquez de Coronado à la recherche des Sept Cités d'or. Parti de Mexico en 1540, son périple se dirigea vers le nord, traversant le Nouveau-Mexique et les Grandes Plaines dans les actuels États du Texas et du Kansas.
S'attaquant de temps à autre au bétail, ces ours furent considérés comme des nuisibles par les éleveurs. Les grizzlis furent alors piégés, abattus et empoisonnés, devenant déjà très rares dès les années 1930. Leur territoire d'origine s'est réduit à trois massifs montagneux isolés (le Cerro Campana, le Cerro Santa Clara et la sierra del Nido), situés à 80 km au nord de la ville de Chihuahua, dans l'État éponyme. En 1960, on estimait qu'il ne subsistait qu'une trentaine d'individus. Malgré un statut d'espèce protégée, la chasse se poursuivit. En 1964, le Grizzly du Mexique fut considéré comme éteint[12].
À la suite de rumeurs signalant la survie de quelques individus dans un ranch près des sources du Río Yaqui dans l'État de Sonora en 1968, le biologiste américain Carl B. Koford entreprit des recherches pendant trois mois, mais sans succès[17]. Un ours fut abattu en 1976 dans le Sonora, constituant le quatrième cas confirmé dans cet État et le premier depuis plusieurs décennies[18]. Le Grizzly du Mexique est aujourd'hui présumé éteint, ou peut-être seulement extirpé localement à l'état sauvage[19].
Notes et références
modifierNotes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Mexican grizzly bear » (voir la liste des auteurs).
Références
modifier- ↑ (en) Gerardo Ceballos, Mammals of Mexico, Johns Hopkins University Press, (ISBN 978-1421408439)
- ↑ (en) Bear Specialist Group 1996, « Ursus arctos ssp. nelsoni » [archive du ], 2007 IUCN Red List of Threatened Species, UICN
- 1 2 (en) C. H. Merriam, « Descriptions of New Bears of North America », Proceedings of the Biological Society of Washington, vol. 27, , p. 173–196 (ISSN 1943-6327, lire en ligne)
- ↑ (en) E. Raymond Hall, « Geographic variation among brown and grizzly bears (Ursus arctos) in North America », Special Publication of the Museum of Natural History, University of Kansas, vol. 13, , p. 1–16 (lire en ligne)
- 1 2 (en) Rudo Ensayo, A Description of Sonora and Arizona in 1764, (lire en ligne [archive du ])
- 1 2 3 (en) Sébastien Calvignac, Sandrine Hughes, Christelle Tougard, Jacques Michaux, Michel Thevenot, Michel Philippe, Watik Hamdine et Catherine Hänni, « Ancient DNA evidence for the loss of a highly divergent brown bear clade during historical times », Molecular Ecology, vol. 17, no 8, , p. 1962–1970 (DOI 10.1111/j.1365-294X.2007.03631.x)
- 1 2 3 (en) Daisuke Hirata, Tsutomu Mano, Alexei V. Abramov, Gennady F. Baryshnikov, Pavel A. Kosintsev, Alexandr A. Vorobiev, Evgeny G. Raichev, Hiroshi Tsunoda, Yayoi Kaneko, Koichi Murata, Daisuke Fukui et Ryuichi Masuda, « Molecular Phylogeography of the Brown Bear (Ursus arctos) in Northeastern Asia Based on Analyses of Complete Mitochondrial DNA Sequences », Molecular Biology and Evolution, vol. 30, no 7, , p. 1644–1652 (DOI 10.1093/molbev/mst077)
- ↑ (en) Tianying Lan, Stephanie Gill, Eva Bellemain, Richard Bischof, Muhammad Ali Nawaz et Charlotte Lindqvist, « Evolutionary history of enigmatic bears in the Tibetan Plateau – Himalaya region and the identity of the yeti », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 284, no 1868, , p. 20171804 (PMID 29187630, PMCID 5740279, DOI 10.1098/rspb.2017.1804)
- ↑ Tamako Matsuhashi, Ryuichi Masuda, Tsutomu Mano, Koichi Murata et Awirmed Aiurzaniin, « Phylogenetic Relationships among Worldwide Populations of the Brown Bear Ursus arctos », Zoological Science, vol. 18, no 8, , p. 1137–1143 (DOI 10.2108/zsj.18.1137, lire en ligne)
- ↑ (en) « Brown bear » [archive du ], sur Wildscreen Arkive (consulté le )
- ↑ (en) D. Day, The Doomsday Book of Animals, Londres, Ebury Press, (ISBN 0-670-27987-0, lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) David E. Brown, The Grizzly in the Southwest: Documentary of an Extinction, University of Oklahoma Press, (ISBN 978-0-8061-2880-1, lire en ligne)
- ↑ (en) Henry William Wright, The Grizzly Bear, University of Nebraska Press, , p. 192
- ↑ (en) « Mexican grizzly bear (extinct) », sur Bear Conservation (consulté le )
- ↑ (en) Ignaz Pfefferkorn, Sonora: A Description of the Province, vol. 12, University of New Mexico Press, (ISBN 9780816535965, OCLC 1016808569)
- ↑ (en) C. R. Miller, L. P. Waits et P. Joyce, « Phylogeography and mitochondrial diversity of extirpated brown bear (Ursus arctos) populations in the contiguous United States and Mexico », Molecular Ecology, vol. 16, no 14, , p. 4477–4485 (PMID 17107477, DOI 10.1111/j.1365-294X.2006.03097.x, Bibcode 2006MolEc..15.4477M)
- ↑ (en) C. B. Koford, « The last of the Mexican grizzly bear », IUCN Bulletin, vol. 2, no 12, , p. 94
- ↑ (en) Juan-Pablo Gallo-Reynoso, « Probable occurrence of a brown bear (Ursus arctos) in Sonora, Mexico, in 1976 », The Southwestern Naturalist, vol. 53, no 2, , p. 256–260 (DOI 10.1894/0038-4909(2008)53[256:pooabb]2.0.co;2, S2CID 85724524, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Tania Escalante, David Espinosa et Juan J. Morrone, « Using parsimony analysis of endemicity to analyze the distribution of Mexican land mammals », The Southwestern Naturalist, vol. 48, no 4, , p. 563–578 (DOI 10.1894/0038-4909(2003)048<0563:UPAOET>2.0.CO;2, S2CID 84332084)
Bibliographie
modifierDocument original
modifier- (en) Clinton Hart Merriam, « Descriptions of thirty apparently new grizzly and brown bears from North America », Proceedings of the Biological Society of Washington, Washington, vol. 27, , p. 173-196 (ISSN 0006-324X, OCLC 1536434, lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie externe
modifier- (en) Julian Huxley et Martyn Bramwell et al., The Atlas of World Wildlife,
- (en) David Day, The Doomsday Book of Animals, Londres, Ebury Press, (ISBN 0-670-27987-0)
- (en) Jane Thornback et Martin Jenkins, The IUCN Mammal Red Data Book. Part 1: Threatened mammalian taxa of the Americas and the Australasian zoogeographic region (excluding Cetacea), Gland, Suisse, Union internationale pour la conservation de la nature, , p. 339
- (en) Walton Beacham, World Wildlife Fund Guide to Extinct Species of Modern Times, (ISBN 0-933833-40-7)
- (en) A. Starker Leopold, Wildlife of Mexico – The Game Birds and Mammals,