Djédefrê
Djédefrê (ou Djidoufrâ, Rêdjédef), connu également sous la forme hellénisée de son nom Didoufri, est un roi égyptien de la IVe dynastie, sous l'Ancien Empire. Manéthon le nomme Ratoises. Il aurait régné une décennie ou plus entre le début du XXVIe siècle et le milieu du XXVe siècle[note 1], succédant à Khoufou (Khéops) et précédant Khâefrê (Khéphren) ou l'éphémère roi Bikhéris constructeur de la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan[1], que certains chercheurs pensent être son fils Baka. Sa mère n'est pas connue avec certitude. Il fut le roi qui introduisit le titre royal Sa-Rê (signifiant « Fils de Rê ») et le premier à relier le nom de son cartouche au dieu soleil Rê. Il n'a laissé que peu de traces de son règne, d'autant plus éclipsé que placé entre les trois rois illustres de la dynastie, Khéops, Khéphren et Mykérinos. Son complexe funéraire est situé à Abou Rawash, au nord du Caire.
| Djédefrê | |
Tête de Djedefrê, Musée du Louvre | |
| Période | Ancien Empire |
|---|---|
| Dynastie | IVe dynastie |
| Fonction principale | roi |
| Prédécesseur | Khéops |
| Dates de fonction | XXVIe siècle / XXVe siècle AEC[note 1] |
| Successeur | Khéphren ? Bikhéris ? |
| Famille | |
| Grand-père paternel | Snéfrou |
| Grand-mère paternelle | Hétep-Hérès Ire |
| Père | Khéops |
| Mère | ? |
| Conjoint | KhentetenkaHétep-Hérès II |
| Enfant(s) | ♂ Setka♂ Baka♂ Hernet♂ Nykaou-Djédefrê (?)♀ Néferhétepès♀ Hétep-Hérès |
| Fratrie | ♂ Khaefrê (Khéphren)♂ Kaouab Ier♂ Khoufoukhaf Ier♂ Hordjédef♂ Khnoumbaef♂ Minkhâf♂ Djaty Ier♂ Kaemsekhem♂ Douaenhor♂ Mindjédef♂ Horbaf (?)♂ Iounou (?)♂ Khentikai (?)♂ Snéfrouseneb (?)♂ Kaemâh (?)♂ Oupemneferet (?)♂ Babaef Ire (?)♂ Baoufrê (?)♀ Hétep-Hérès II♀ Mérésânkh II♀ Khâmerernebty Ire♀ Néfertkaou♀ Mérititès♀ Mérititès♀ Ounshet♀ Iabtet♀ Sédit♀ Néfertiabet (?) |
| Sépulture | |
| Nom | Pyramide de Djédefrê |
| Type | Pyramide à faces lisses |
| Emplacement | Abou Rawash |
| modifier |
|
Généalogie
modifierAscendance
modifierÉpouses
modifierDjédefrê eut au moins trois épouses car trois de ses fils portent le titre de « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw)[3]. Deux d'entres sont connues :
- Hétep-Hérès II, sœur ou demi-sœur de Djédefrê, fille de Khéops et veuve de Kaouab Ier[4],[5],
- Khentetenka, qui nous est connue par des fragments de statue dans le temple mortuaire d'Abou Rawash[6],[7].
Descendance
modifierLes fils connus de Djédefrê sont :
- Setka, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw) ; il est connu par une statue de scribe trouvée dans le temple mortuaire de son père[8],[9], potentiel roi ;
- Baka, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw) ; il est connu grâce à une base de statue trouvée dans le temple mortuaire de son père, le représentant avec sa femme Hétep-Hérès, ainsi que probablement une seconde statue sans provenance connue[10],[11] ;
- Hernet, connu grâce à un socle de statue le représentant lui et sa femme ainsi qu'un second socle de statue, tous deux trouvés dans le temple mortuaire de son père[12],[13] ;
- Nykaou-Djédefrê, « fils du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f), enterré dans la tombe F15 dans la nécropole d'Abou Rawash ; il est possible qu'il n'était pas un fils de Djédefrê mais qu'il ait vécu plus tard et que son titre soit seulement honorifique[8],[14].
Les filles connues de Djédefrê sont :
- Néferhétepès, connue grâce à des fragments de deux statues trouvés dans le temple mortuaire de son père[8],[15] ;
- Hétep-Hérès, mentionnée sur un fragment de statue trouvé dans le temple mortuaire de son père[12],[16].
Règne
modifierLe Canon royal de Turin lui attribue un règne de huit ans, mais l'année la plus élevée connue à laquelle on se réfère durant ce règne semble être l'année de son 11e recensement du bétail, date retrouvée sur la face inférieure d'une des poutres massives du bloc de toiture qui recouvrait les fosses à bateaux du sud de la pyramide de Khéops[17]. Miroslav Verner note que dans les marques de maçon et les inscriptions de l'équipe de travail, « se trouvent exclusivement soit le nom de trône de Djédefrê, soit le nom d'Horus d'or[17] ». Verner écrit que l'opinion académique actuelle concernant l'attribution de cette date à Djédefrê est contestée par les égyptologues : Rainer Stadelmann, Vassil Dobrev, Peter Jánosi le datent de Djédefrê alors que Wolfgang Helck, Anthony Spalinger, Jean Vercoutter et W.S. Smith attribuent cette date à Khéops en supposant que « le bloc plafond avec la date avait été amené sur le chantier du puits du bateau déjà au temps de Khéops et mis en position seulement sous le règne de Djédefrê"[17] ».
Le chercheur allemand Dieter Arnold, dans un article de 1981 de MDAIK, a noté que les marques et les inscriptions des blocs de la fosse de Khéops semblent former une collection cohérente concernant les différentes étapes du même projet de construction réalisé par les équipes de Djédefrê[18]. Verner souligne que ces marques et inscriptions concernent généralement la casse des blocs dans la carrière, leur transport, leur stockage et leur manipulation sur le chantier[19] : « Dans ce contexte, l'attribution d'une seule inscription - et de surcroît la seule avec une date - sur tous les blocs de la fosse du bateau à une personne autre que Djédefrê ne semble pas très plausible[20] ».
Verner note également que l'équipe franco-suisse qui a fouillé la pyramide de Djédefrê a découvert que la pyramide de ce roi était vraiment terminée sous son règne. Selon Vallogia, la pyramide de Djédefrê utilisait en grande partie un promontoire rocheux naturel qui représentait environ 45% de son noyau ; le côté de la pyramide faisait deux-cents coudées de long et sa hauteur 125 coudées[21]. Le volume original du monument de Djédefrê était donc à peu près égal à celui de la pyramide de Mykérinos[21]. Par conséquent, l'argument selon lequel Djédefrê a bénéficié d'un court règne parce que sa pyramide était inachevée est quelque peu discrédité[22]. Cela signifie que Djédefrê a probablement gouverné l'Égypte pendant au moins onze ans si le recensement du cheptel bovin était annuel, ou vingt-deux ans s'il était bisannuel ; Verner, lui-même, soutient le chiffre plus court de onze ans et note que « les quelques monuments et documents laissés par Djédefrê ne semblent pas favoriser un très long règne » pour ce roi[22].
Comme pour son père Khéops, peu de représentations du roi subsistent en dehors des fragments statuaires en quartzite retrouvés dans son temple cultuel accolé à sa pyramide. Certains voient en Djédefrê le même personnage que le magicien Djédefhor du conte du papyrus Westcar bien qu'un personnage du même nom ait un mastaba aménagé sur le plateau de Gizeh. Dans ce conte célèbre de la littérature égyptienne antique, ce fils de Khéops fait venir à la cour le magicien Djedi qui, après un certain nombre de tours destinés à réjouir le cœur du roi, lui annonce sous forme de prédiction la naissance future de trois enfants mâles conçus par Rê et qui régneront sur le trône... mais ne sont pas de sa descendance. Cette prophétie est censée annoncer l'avènement de la Ve dynastie.
Ce qui est certain, c'est que Djedferê est le premier pharaon à porter le qualificatif de fils de Rê dans sa titulature et que le choix du site de sa pyramide rattache un peu plus encore son règne à la théologie héliopolitaine, car située en face de la ville du dieu soleil.
D'après l'égyptologue Vassil Dobrev, Djédefrê pourrait être le constructeur du sphinx de Gizeh dont le visage serait celui de son père Khéops.
Monuments et statues
modifierAu musée du Louvre à Paris, on trouve deux représentations du pharaon Djédefrê. Découvertes par Émile Chassinat dans le complexe funéraire de la pyramide de Djédefrê à Abou Rawash, entre 1900 et 1901, elles ne constituent aujourd'hui que des pièces partielles. En effet, aucune d'entre elles n'est complète : l'une dont il ne reste que des fragments et l'autre pouvant avoir eu à l'arrière un lion couché (représentant alors un sphinx, sous sa forme complète). Les deux statues sont datées entre 2565 et 2558 av. J.-C.
La première, la statue fragmentaire, ou statue humaine (si on prend en compte le fait que l'autre statue représente un sphinx), sous sa forme complète, représente le roi, assis, portant une couronne. Elle a été construite en ronde-bosse. Il est accompagné, à sa gauche, d'une statue agenouillée de son épouse Khentetenka, d'une taille plus petite que celle du roi en raison de l'utilisation par l'art égyptien de proportions hiérarchiques. À sa droite, au niveau de ses jambes, sur le piètement de son siège, se situe son cartouche royal. Le matériau utilisé est essentiellement le quartzite égyptien, donnant à la statue un teint rougeâtre. Le fragment du visage a appartenu un moment au collectionneur Maurice Nahman. Le Louvre l'a acquis par achat en 1909[23].
La deuxième, la tête de Djédefrê est constituée uniquement de la tête du roi, coiffé d'un némès. La tête a une hauteur de 28,5 cm, une largeur de 33,5 cm ainsi qu'une profondeur de 28,8 cm. Elle fut introduite au Louvre en 1907 et possède les mêmes caractéristiques que la statue précédente (ronde-bosse et quartzite égyptien).
- Fragments de la statue humaine de Djédefrê
- Tête de Djédefrê
Sépulture
modifierDjédefrê poursuivit son déplacement vers le nord, en construisant sa pyramide (aujourd'hui en ruines) à Abou Rawash, à environ huit kilomètres au nord de Gizeh. C'est la partie la plus septentrionale de la nécropole memphite.
Certains croient que le sphinx de sa femme, Hétep-Hérès II, fut le premier sphinx créé. Il faisait partie du complexe pyramidal de Djédefrê à Abou Rawash.
Alors que les égyptologues pensaient auparavant que sa pyramide sur le site fortement dénudé d'Abou Rawash - quelque huit kilomètres au nord de Gizeh - était inachevée à sa mort, des fouilles plus récentes de 1995 à 2005 ont établi qu'elle était effectivement terminée[24]. Les preuves les plus récentes indiquent plutôt que son complexe pyramidal a été largement pillé dans les périodes ultérieures alors que les statues du roi ont été détruites vers le IIe siècle de notre ère[24].
En raison du mauvais état du monument, seules de petites traces de son complexe mortuaire ont été trouvées : sa chaussée pyramidale s'est avérée s'étendre du nord-est vers le sud-ouest et être reliéz au milieu du côté nord de l'enceinte, alors que la chaussée était conventionnelle construite de l'est vers l'ouest et reliée à l'enceinte vers le milieu de la face est ; quant au temple de la vallée, il n'a pas été trouvé[25]. Seul le plan grossier de son temple mortuaire en briques de terre cuite a été tracé - avec quelques difficultés - à l'endroit habituel sur la face est de la pyramide[26].
Titulature
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- 1 2 En termes de chronologie absolue, la détermination de dates exactes de début et de fin de règne est un exercice périlleux du fait de l'ancienneté du règne, plusieurs chercheurs ont fait chacun des propositions ; on trouve par exemple :
- 2580 à 2570 AEC selon R. Krauss,
- 2584 à 2576 AEC selon D. B. Redford,
- 2556 à 2547 AEC selon J. von Beckerath,
- 2520 à 2512 AEC selon D. Arnold,
- 2566 à 2558 AEC selon Shaw,
- 2528 à 2520 AEC selon Allen,
- 2526 à 2518 AEC selon Málek,
- 2516 à 2509 AEC selon P. Vernus & J. Yoyotte),
- 2447 à 2439 AEC selon Dodson.
Références
modifier- ↑ Monnier 2017, p. 164-165.
- ↑ Dodson et Hilton 2004, p. 52-53.
- ↑ Callender 2011, p. 91-92.
- ↑ Baud 2005, p. 527-528.
- ↑ Callender 2011, p. 96-102.
- ↑ Baud 2005, p. 559.
- ↑ Callender 2011, p. 89-92.
- 1 2 3 Dodson et Hilton 2004, p. 61.
- ↑ Baud 2005.
- ↑ Dodson et Hilton 2004, p. 56, 58.
- ↑ Baud 2005, p. 578.
- 1 2 Dodson et Hilton 2004, p. 58.
- ↑ Baud 2005, p. 522.
- ↑ Baud 2005, p. 482.
- ↑ Baud 2005, p. 492.
- ↑ Baud 2005, p. 529.
- 1 2 3 Verner 2001, p. 375.
- ↑ Dieter Arnold, MDAIK 37 (1981), p. 28.
- ↑ Verner, Baugraffiti der Ptahscepses-Mastaba, Praha, 1992, p. 184.
- ↑ Verner 2001, p. 376.
- 1 2 Valloggia 1997, p. 418.
- 1 2 Verner 2001, p. 377.
- ↑ Statue - Collections Louvre (E 11167)
- 1 2 Monnier 2017, p. 150.
- ↑ Monnier 2017, p. 151.
- ↑ Monnier 2017, p. 152.
Bibliographie
modifierBibliographie sur la famille royale
modifier- Michel Baud, Famille royale et pouvoir sous l'Ancien Empire égyptien, t. 2, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, coll. « Bibliothèque d'étude » (no 126/2), , 2e éd. (1re éd. 1999), 678 p. (ISBN 2-7247-0248-4 et 2-7247-0250-6, ISSN 0259-3823, lire en ligne) ;
- (en) Vivienne Gae Callender, In Hathor's Image : The Wives and Mothers from Egyptian Kings from Dynasties I-VI, vol. I, Prague, Czech Institute of Egyptology, Charles University in Prague, , 406 p. (ISBN 978-80-7308-381-6) ;
- (en) Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, Londres, Thames & Hudson, , 320 p. [détail des éditions] (ISBN 978-977-424-957-0) ;
- Joyce Anne Tyldesley (trad. Aude Gros de Beler et Pierre Girard), Chronique des reines d'Égypte : Des origines à la mort de Cléopâtre [« Chronicle of the queens of Egypt: from early dynastic times to the death of Cleopatra »], Arles, Actes Sud, (1re éd. 2006), 224 p. (ISBN 978-2-7427-7566-8).
Autres références
modifier- Franck Monnier, L'ère des géants : Une description détaillée des grandes pyramides d'Égypte, Paris VIe, Editions de Boccard, , 268 p. (ISBN 978-2-7018-0493-4) ;
- Michel Valloggia, « La descenderie de la pyramide de Radjedef à Abu Rawash », dans Catherine Berger, Bernard Mathieu (dir.), Etudes sur l'Ancien Empire et la nécropole de Saqqâra dédiées à Jean-Philippe Lauer, vol. 2, Montpellier, Université Paul Valéry, coll. « Orientalia Monspeliensia » (no IX), , XVIII + 494 (ISBN 2-84269-047-8 et 2-84269-046-X), p. 415–428 ;
- (en) Miroslav Verner, « Archaeological Remarks on the 4th and 5th Dynasty Chronology », Archiv Orientální, vol. 69, no 3, , p. 363-418.