Histoire de l'Everton FC
L'histoire de l'Everton Football Club commence en 1878 à Liverpool avec la création du St. Domingo's Football Club, renommé Everton Football Club l'année suivante. Le club figure en 1888 parmi les douze membres fondateurs de la Football League et remporte son premier championnat d'Angleterre en 1891. Un conflit portant sur la propriété, le financement et la gouvernance du club entraîne son départ d'Anfield en 1892 : Everton s'installe alors à Goodison Park, tandis que John Houlding et ses partisans fondent le Liverpool Football Club. Goodison reste le domicile de l'équipe masculine d'Everton pendant 133 ans, jusqu'à son déménagement dans le Hill Dickinson Stadium en 2025.
Au cours de la première moitié du XXe siècle, Everton s'établit durablement parmi les principaux clubs anglais. Il remporte la FA Cup en 1906, devient champion en 1915 puis connaît une nouvelle période de succès autour de Dixie Dean, auteur de 60 buts en championnat en 1927-1928, saison du troisième titre national du club. Everton est de nouveau champion en 1932, gagne la FA Cup en 1933 et remporte un cinquième championnat en 1939. La Seconde Guerre mondiale disperse cette équipe et le club décline après la reprise des compétitions, jusqu'à une relégation en 1951. Revenu dans l'élite en 1954, Everton retrouve le sommet sous la présidence de John Moores et la direction de Harry Catterick, avec les championnats de 1963 et 1970 et la FA Cup 1966.
Après une période de transition dans les années 1970, Everton retrouve les trophées sous Howard Kendall, qui dirige l'équipe de 1981 à 1987. Le club gagne la FA Cup en 1984, le championnat et la Coupe des vainqueurs de coupe en 1985, puis un nouveau championnat en 1987. L'exclusion des clubs anglais des compétitions européennes après le drame du Heysel prive toutefois Everton de la Coupe des clubs champions après ses deux titres. Le club recule ensuite dans la hiérarchie nationale tout en participant à la création de la Premier League en 1992. La FA Cup remportée en 1995 est son dernier trophée majeur à la fin de la saison 2025-2026. Entre 2002 et 2013, David Moyes rétablit une plus grande stabilité sportive, avec plusieurs qualifications européennes et une quatrième place en Premier League en 2005.
À partir de 2016, l'arrivée de Farhad Moshiri entraîne une forte hausse des investissements mais aussi une succession de changements d'entraîneurs et de stratégies de recrutement. Les pertes financières accumulées conduisent notamment Everton à subir deux sanctions au titre des règles de rentabilité et de durabilité de la Premier League en 2023-2024, pour un total définitif de huit points retranchés. En décembre 2024, The Friedkin Group prend le contrôle du club et met fin à l'ère Moshiri ; David Moyes revient comme entraîneur le mois suivant. L'équipe masculine dispute son dernier match à Goodison Park en mai 2025 avant de s'installer au Hill Dickinson Stadium pour la saison 2025-2026, tandis que Goodison est conservé comme domicile d'Everton Women. La période marque ainsi un changement simultané de propriété, de gouvernance et d'enceinte sportive.
Des origines paroissiales à la rupture d'Anfield (1878-1892)
modifierFondation et premiers terrains (1878-1888)
modifierLes origines de l'Everton Football Club remontent à la congrégation de la chapelle méthodiste St. Domingo's, située dans le quartier d'Everton, au nord de Liverpool. En 1878, dans un contexte où les organisations religieuses et associatives encouragent la pratique sportive parmi les jeunes hommes, une équipe de football est constituée autour de la communauté de St. Domingo's. Elle complète notamment les activités pratiquées pendant les mois d'été et prend initialement le nom de St. Domingo's Football Club[1].
L'équipe attire rapidement des joueurs et des sympathisants extérieurs à la congrégation. En novembre 1879, ses membres adoptent le nom d'« Everton Football Club », qui renvoie au quartier dans lequel le club s'est développé[1]. Cette évolution accompagne son passage progressif d'une équipe paroissiale à une organisation sportive locale dont le recrutement et l'audience dépassent le cercle religieux dont elle est issue.
Everton dispute d'abord ses rencontres sur un terrain ouvert de Stanley Park. L'augmentation de la fréquentation et la nécessité de disposer d'un terrain clos permettant notamment de contrôler les entrées conduisent ensuite le club à utiliser un terrain de Priory Road au début des années 1880. Cette installation n'est toutefois que temporaire. En 1884, Everton s'établit à Anfield, sur un terrain initialement détenu par John Orrell et dont l'utilisation est facilitée par l'homme d'affaires et futur président du club John Houlding[1].
L'installation à Anfield accompagne la transformation rapide d'Everton. Des tribunes sont construites et le terrain est progressivement aménagé pour accueillir des foules plus importantes. Dans le même temps, le football anglais entre dans une phase de professionnalisation qui transforme la nature des principaux clubs : les recettes aux guichets, le recrutement de joueurs et la gestion des infrastructures prennent une importance croissante. Everton s'inscrit dans ce mouvement et passe en quelques années du statut d'équipe locale issue d'une congrégation à celui de l'un des principaux clubs du nord de l'Angleterre[1].
Membre fondateur de la Football League et premier titre (1888-1891)
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En 1888, Everton figure parmi les douze clubs qui fondent la Football League, première compétition nationale organisée sous la forme d'un championnat. Les archives du club montrent que son comité décide formellement d'adhérer à la nouvelle organisation le 23 avril 1888[2]. L'adhésion à la Football League consacre la place acquise par Everton dans le football professionnel anglais à peine une décennie après sa création.
Après une huitième place lors de la première édition du championnat, Everton termine deuxième en 1889-1890, derrière Preston North End. La progression aboutit la saison suivante au premier grand succès de l'histoire du club : Everton remporte le championnat 1890-1891[3]. Ce titre intervient alors qu'Anfield a été considérablement développé et que les recettes et l'audience du club ont fortement augmenté[3].
Cette réussite sportive renforce cependant les enjeux financiers et institutionnels qui entourent Everton. John Houlding, brasseur, homme politique conservateur local et important soutien financier du club, est devenu une figure centrale de son développement. Il est également lié au contrôle des terrains utilisés à Anfield et finance certains travaux réalisés dans l'enceinte. À mesure que le club prend de la valeur et que ses besoins financiers augmentent, ses relations avec une partie de ses dirigeants et de ses membres deviennent plus conflictuelles[4].
La crise d'Anfield et la scission de 1892
modifierLa crise qui conduit Everton à quitter Anfield est traditionnellement présentée comme un conflit portant sur le montant du loyer réclamé au club. Cette dimension financière joue effectivement un rôle important, notamment à travers les conditions de location du terrain et le financement des aménagements du stade. Les recherches historiques consacrées à la scission montrent cependant que le désaccord est plus profond[5].
Deux conceptions du développement du club s'opposent progressivement. Autour de Houlding se dessine un modèle dans lequel le développement d'Everton doit s'appuyer davantage sur les investisseurs ayant engagé leurs capitaux et sur une organisation commerciale centralisée. Ses opposants, parmi lesquels George Mahon, William Clayton et James Clement Baxter, défendent au contraire une structure donnant une place plus importante aux membres du club et limitant la concentration du pouvoir économique[6].
Ces divergences s'inscrivent également dans le contexte politique de Liverpool à la fin de l'époque victorienne. Houlding appartient au Parti conservateur et exerce son activité dans le commerce de la bière, tandis que plusieurs de ses adversaires sont proches des milieux libéraux et du mouvement de tempérance. Kennedy et Collins soulignent néanmoins que la crise ne peut être réduite ni à l'alcool, ni aux questions religieuses : elle met principalement aux prises des conceptions concurrentes de la propriété, du contrôle et du rôle social d'un club professionnel devenu une institution locale importante[6].
Au cours de la saison 1891-1892, le compromis devient progressivement impossible. Le groupe conduit par Mahon recherche un autre terrain et obtient la possibilité de louer un site situé à Mere Green, au nord de Stanley Park, qui devient ensuite Goodison Park. Les livres de comptes et procès-verbaux conservés dans l'« Everton Collection » documentent la décision des dirigeants de quitter Anfield à la suite de leur désaccord avec Houlding sur les conditions d'occupation du terrain[7].
La rupture entraîne simultanément une réorganisation du football professionnel à Liverpool. Houlding et ses partisans constituent une société destinée à exploiter Anfield et tentent dans un premier temps de conserver le nom d'Everton. La majorité des membres étant restée avec le club qui quitte Anfield, cette tentative n'aboutit pas et l'organisation installée à Anfield devient finalement le Liverpool Football Club[8]. La scission donne ainsi naissance à deux clubs distincts et à deux modèles de gouvernance initialement différents[5].
Everton se constitue à son tour en société, l'« Everton Football Club Company, Limited », enregistrée le 14 juin 1892[9]. Le déplacement vers Goodison Park ne constitue donc pas uniquement un changement de stade : il marque une rupture institutionnelle majeure. En quatorze ans, le club né autour d'une congrégation méthodiste est devenu champion d'Angleterre, membre fondateur de la Football League et une organisation professionnelle suffisamment importante pour que sa propriété et sa gouvernance deviennent un enjeu économique et politique local[6].
Goodison Park et l'affirmation parmi l'élite anglaise (1892-1915)
modifierInstallation à Goodison Park et consolidation du club (1892-1905)
modifierLe départ d'Anfield oblige Everton à construire en quelques mois un nouveau cadre pour son développement. Le club s'installe à Mere Green, au nord de Stanley Park, où est édifié Goodison Park. Le stade est officiellement inauguré le 24 août 1892. Construit en quelques mois, il dispose dès son ouverture de tribunes sur trois côtés, ainsi que d'installations réservées aux joueurs, aux arbitres et à l'administration du club, ce qui en fait alors l'une des enceintes les plus modernes du football anglais[10].
Le premier match de football joué dans la nouvelle enceinte est une rencontre amicale remportée 4-2 contre Bolton Wanderers le 2 septembre 1892. Le lendemain, Everton y dispute son premier match de championnat, conclu par un match nul 2-2 contre Nottingham Forest[11]. Le déménagement ne provoque donc pas la rupture sportive que les dirigeants du club pouvaient redouter quelques mois plus tôt.
Goodison devient rapidement davantage que le terrain d'Everton. Dès 1894, la Football Association y organise la finale de la FA Cup entre Notts County et Bolton Wanderers, signe de l'importance acquise par l'enceinte dans le football anglais[12]. En octobre de la même année, Everton y reçoit pour la première fois en championnat le Liverpool Football Club, promu en première division après sa création consécutive à la rupture de 1892. Everton remporte ce premier derby de championnat à Goodison sur le score de 3-0[13].
La séparation entre les deux clubs entraîne également la formation progressive de deux organisations distinctes. Les travaux de l'historien David Kennedy montrent que la décennie suivant la scission voit Everton et Liverpool développer leurs propres structures de gouvernance et leurs identités institutionnelles, alors que le football professionnel anglais connaît lui-même une expansion économique et populaire rapide[14].
Sportivement, Everton demeure durant cette période l'un des clubs les plus compétitifs du championnat sans parvenir immédiatement à reproduire son titre de 1891. Dès la première saison disputée à Goodison, le club atteint la finale de la FA Cup 1893, perdue 1-0 contre Wolverhampton Wanderers. Everton retrouve la finale quatre ans plus tard, mais s'incline 3-2 contre Aston Villa en 1897[12].
Parallèlement, le club reste régulièrement engagé dans la lutte pour le championnat. Il termine notamment deuxième en 1894-1895, 1901-1902 et 1904-1905. Cette dernière saison est particulièrement disputée : Everton termine son calendrier avec encore une possibilité de titre, mais la victoire de Newcastle United lors de son dernier match permet au club du Nord-Est de terminer devant Everton[15].
Ces résultats caractérisent les premières années à Goodison sans nouveau trophée. Everton s'est installé durablement parmi les principaux clubs du pays, dispose de l'une des enceintes majeures du football anglais et atteint régulièrement les dernières phases des compétitions nationales, mais reste pendant plus d'une décennie sans nouveau trophée[15].
Première victoire en FA Cup (1906-1914)
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Everton met fin à cette attente lors de la FA Cup 1905-1906. Après avoir notamment éliminé Liverpool en demi-finale, le club affronte Newcastle United en finale au Crystal Palace le 21 avril 1906. Un but d'Alexander « Sandy » Young permet à Everton de s'imposer 1-0 et de remporter la Coupe d'Angleterre pour la première fois de son histoire[12],[16].
Everton atteint de nouveau la finale dès la saison suivante, devenant l'une des rares équipes de cette période à défendre immédiatement son trophée jusqu'au dernier match de la compétition. Il s'incline cependant 2-1 face à The Wednesday en 1907[12].
Everton reste également régulièrement proche du titre national. Après sa deuxième place de 1905, le club termine encore vice-champion en 1908-1909 puis en 1911-1912. Entre les titres de 1891 et de 1915, Everton reste fréquemment au contact des meilleures équipes anglaises, sans parvenir à convertir cette régularité en domination durable[17].
L'importance prise par Goodison Park accompagne cette progression institutionnelle. Le stade continue d'être agrandi et accueille des événements dépassant le seul cadre des rencontres d'Everton. En juillet 1913, George V et la reine Mary visitent notamment Goodison Park lors d'un déplacement à Liverpool, première visite d'un souverain britannique en exercice dans une enceinte d'un club de Football League[18],[19].
Champion d'Angleterre pendant la Première Guerre mondiale (1914-1915)
modifierL'éclatement de la Première Guerre mondiale en août 1914 place le football professionnel anglais dans une situation sans précédent. Malgré la mobilisation et les critiques réclamant l'interruption des compétitions, la Football League décide de maintenir la saison 1914-1915. La poursuite du championnat devient progressivement controversée à mesure que des joueurs s'engagent dans les forces armées et que les besoins de guerre affectent les déplacements, les effectifs et l'utilisation de certaines enceintes sportives[20].
Dans ce contexte, Everton réalise l'une des meilleures saisons de son histoire d'avant-guerre. L'équipe est notamment portée par l'attaquant écossais Bobby Parker, qui inscrit 35 buts en 36 rencontres de championnat[21]. La lutte pour le titre oppose principalement Everton à Oldham Athletic jusqu'aux dernières rencontres de la saison.
Everton termine champion avec 46 points, soit un point de plus qu'Oldham, et remporte ainsi le deuxième championnat d'Angleterre de son histoire, vingt-quatre ans après son premier titre[21],[22]. La dernière journée reflète l'étroitesse de cette lutte : Everton concède un match nul tandis qu'Oldham s'incline, permettant à Everton de conserver la première place[21].
Le titre intervient toutefois au moment où les conditions permettant la poursuite du football professionnel disparaissent. À l'issue de la saison 1914-1915, la Football League suspend son programme national pour la durée de la guerre. Des compétitions régionales continuent d'être organisées, mais les résultats ne sont pas intégrés au championnat officiel[23].
Everton entre ainsi dans l'interruption provoquée par la guerre en qualité de champion d'Angleterre. Cette coupure met un terme à plus de deux décennies de développement continu depuis l'installation à Goodison Park : entre 1892 et 1915, le club s'est doté d'une structure institutionnelle autonome, s'est établi dans une enceinte devenue l'une des principales du pays, a remporté sa première FA Cup et ajouté un deuxième championnat à son palmarès[20],[24].
De l'après-guerre à la première relégation (1915-1930)
modifierReprise des compétitions et réorganisation sportive (1915-1925)
modifierLa suspension des compétitions nationales de la Football League à l'été 1915 interrompt la continuité sportive d'Everton au moment même où le club vient de remporter le championnat. Pendant la guerre, des compétitions régionales remplacent les tournois nationaux, avant le rétablissement de la Football League pour la saison 1919-1920. Le retour à la compétition officielle s'accompagne à Everton d'une évolution de l'organisation sportive du club[23].
À la fin de 1919, Everton recrute Tom McIntosh en provenance de Middlesbrough et en fait son premier secrétaire salarié à plein temps. Le club ne possède alors toujours pas de manager au sens moderne du terme : la sélection de l'équipe et le recrutement relèvent encore d'un fonctionnement collectif associant dirigeants, entraîneurs et capitaine. Le secrétaire exerce toutefois une fonction croissante dans la gestion quotidienne et sportive, ce qui place McIntosh au centre de la reconstruction de l'effectif au cours des années 1920[25],[26].
Les premières saisons d'après-guerre sont irrégulières. Everton ne retrouve pas immédiatement le niveau qui lui avait permis d'être champion en 1915 et connaît même plusieurs saisons difficiles, notamment en 1921-1922. Sous l'impulsion de McIntosh, le club renouvelle progressivement son équipe en recrutant notamment le milieu Neil McBain, l'attaquant Jack Cock et l'ailier écossais Alec Troup au début de 1923. Leur arrivée contribue à améliorer les résultats de la seconde moitié de la saison 1922-1923[27].
Cette reconstruction ne débouche cependant pas encore sur un nouveau cycle victorieux. Everton reste une équipe de première division sans parvenir à retrouver durablement les premières places. Le tournant intervient en mars 1925 avec le recrutement d'un avant-centre de dix-huit ans évoluant jusque-là au Tranmere Rovers, William Ralph Dean, bientôt connu sous le nom de Dixie Dean. Everton verse 3 000 livres pour le recruter le 16 mars 1925, McIntosh ayant personnellement participé à son repérage et aux négociations[26].
Dean dispute son premier match avec Everton cinq jours plus tard, contre Arsenal à Highbury. Dès sa première saison complète, en 1925-1926, il inscrit 32 buts en championnat, donnant à l'attaque d'Everton un point d'appui autour duquel l'équipe peut être reconstruite[28].
Dixie Dean et le titre de 1928 (1925-1928)
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L'ascension de Dean est brutalement interrompue durant l'été 1926 par un grave accident de motocyclette. L'attaquant manque environ quatre mois de compétition pendant la saison 1926-1927. Privé de son principal buteur pendant une partie de la campagne, Everton connaît une saison difficile et évite de peu la relégation[29].
Dean revient néanmoins à son meilleur niveau la saison suivante. Sa réussite intervient dans une période de forte augmentation du nombre de buts dans le football anglais, à la suite de la modification de la loi du hors-jeu adoptée en 1925. En 1926-1927, George Camsell, de Middlesbrough, établit un nouveau record de Football League avec 59 buts en championnat. Dean dépasse ce total dès la saison suivante[29].
Everton construit alors son jeu offensif autour de Dean, soutenu notamment sur les ailes par Sam Chedgzoy et Alec Troup. L'équipe s'installe en tête du championnat et s'assure le titre avant son dernier match. Le 5 mai 1928, lors de la dernière journée contre Arsenal à Goodison Park, Dean doit inscrire trois buts pour dépasser le record de Camsell. Il marque une première fois de la tête, transforme ensuite un penalty, puis inscrit à huit minutes de la fin le but qui porte son total à 60 réalisations en championnat. La rencontre s'achève sur le score de 3-3[30].
Everton remporte ainsi le troisième championnat d'Angleterre de son histoire, après ceux de 1891 et 1915. Le club termine la saison avec 102 buts inscrits en 42 rencontres de championnat, tandis que les 60 buts de Dean constituent plus de la moitié de ce total[31]. Le record individuel de Dean demeure par la suite le record de buts inscrits par un joueur au cours d'une saison de première division anglaise[30].
Le titre de 1927-1928 ne débouche cependant pas sur une période de domination durable[32].
Du titre à la relégation (1928-1930)
modifierDès la saison suivante, Everton retombe dans la seconde moitié du classement. Dean reste le principal buteur du club mais manque plusieurs rencontres, tandis que l'équipe termine à la dix-huitième place en 1928-1929[32]. La dégradation se poursuit en 1929-1930 et révèle un déséquilibre croissant entre une attaque toujours productive et une défense devenue trop perméable.
Everton inscrit 80 buts en championnat en 1929-1930, mais en concède 92. Dean lui-même marque 23 fois en 25 rencontres de championnat. Ces performances offensives ne suffisent pas à compenser les difficultés défensives et le club reste au bas du classement pendant la fin de saison[33].
Une amélioration tardive, avec quatre victoires au cours des cinq dernières rencontres, ne permet pas au club de se sauver. Everton termine à la dernière place de la First Division avec 35 points et est relégué pour la première fois depuis la fondation de la Football League en 1888[33]. Les procès-verbaux du conseil d'administration conservés dans l'Everton Collection témoignent de cette rupture : lors de la réunion du 6 mai 1930, les dirigeants enregistrent notamment un courrier de sympathie adressé au club après sa relégation en Second Division[34].
La relégation survient seulement deux saisons après le titre de 1928. Everton conserve toutefois Dean et une partie de son ossature, qui participeront dès la saison suivante à la remontée en First Division[35].
De la deuxième division au titre de 1939 (1930-1939)
modifierRelégation, remontée et nouveau titre national (1930-1932)
modifierLa première relégation de l'histoire d'Everton ne provoque pas la désagrégation de l'équipe. Alors que certains grands clubs anglais connaissent des séjours prolongés hors de l'élite après une descente, les dirigeants choisissent de conserver l'essentiel de l'effectif et maintiennent leur confiance dans l'organisation sportive conduite par Tom McIntosh. Le président William Cuff affirme dès la relégation que le club retrouvera la First Division dès la saison suivante, position qui traduit l'absence de panique institutionnelle à Goodison Park[36].
En 1930-1931, Everton domine la Second Division, remportant 28 de ses 42 rencontres et inscrivant 121 buts. Le club termine champion avec 61 points, sept de plus que West Bromwich Albion, qui l'accompagne en première division[36]. Dixie Dean inscrit 39 buts en 37 rencontres de championnat[37].
De retour dans l'élite en 1931-1932, Everton commence la saison par trois victoires consécutives et retrouve rapidement les premières places[36]. Le gardien Ted Sagar devient titulaire au cours de cette campagne, tandis que Dean reste le principal buteur de l'équipe[37].
Everton remporte le championnat 1931-1932, quatrième titre national de son histoire, dès sa première saison après la remontée[38].
Sous le secrétariat de McIntosh, qui ne dispose pas encore seul des pouvoirs d'un manager moderne en matière de sélection et de recrutement, Everton remporte les championnats de 1928 et 1932 ainsi que la Second Division en 1931[26].
La FA Cup de 1933 (1932-1933)
modifierEverton ne conserve pas son titre en 1932-1933 mais atteint la finale de la FA Cup. L'équipe élimine successivement Leicester City, Bury, Leeds United, Luton Town puis West Ham United[36]. Dean marque lors de chacun de ces tours à l'exception de la demi-finale[39].
Le 29 avril 1933, Everton affronte Manchester City devant plus de 90 000 spectateurs à Wembley. Everton s'impose 3-0 grâce à des buts de Jimmy Stein, Dixie Dean et Jimmy Dunn, remportant la FA Cup pour la deuxième fois après leur victoire de 1906[36].
La finale occupe également une place particulière dans l'histoire de l'équipement du football anglais. À titre expérimental, les deux équipes portent des maillots numérotés : Everton utilise les numéros 1 à 11 et Manchester City les numéros 12 à 22. Dean porte ainsi le numéro 9 associé à la position d'avant-centre, plusieurs années avant la généralisation des numéros dans les compétitions de Football League[40],[41].
Entre 1930 et 1933, Everton remporte successivement la Second Division, le championnat d'Angleterre puis la FA Cup. Les résultats deviennent ensuite plus irréguliers au milieu de la décennie, à mesure que plusieurs cadres de cette équipe quittent le premier plan[42].
Fin du cycle McIntosh et succession de Dixie Dean (1933-1938)
modifierAprès la FA Cup de 1933, Everton ne parvient pas à maintenir la même régularité en championnat. Le club entre dans une phase de renouvellement de son effectif, tandis que Dean, malgré des statistiques toujours importantes, approche progressivement de la fin de sa carrière au plus haut niveau. Le changement est également institutionnel[43].
Tom McIntosh meurt d'un cancer en octobre 1935, à l'âge de 56 ans, après seize années au club[26]. Sa disparition met fin à une période au cours de laquelle Everton a remporté deux championnats de First Division, un championnat de Second Division et la FA Cup. Theo Kelly, jusque-là membre de l'encadrement administratif, devient secrétaire du club, tandis que la sélection de l'équipe continue de relever d'un fonctionnement associant l'encadrement et le conseil d'administration plutôt que d'un manager disposant seul des pouvoirs sportifs[44].
Le renouvellement est particulièrement visible au poste d'avant-centre. En 1937, Everton recrute à Burnley le jeune Tommy Lawton, appelé à succéder à Dean. D'abord intégré progressivement à l'équipe, Lawton devient l'avant-centre titulaire durant la saison 1937-1938 et inscrit 28 buts en championnat malgré les difficultés collectives du club[45].
Dean quitte finalement Everton pour Notts County en mars 1938, après près de treize années à Goodison Park[46]. Son départ clôt l'une des périodes individuelles les plus marquantes de l'histoire du club, mais la succession sportive est déjà engagée autour de Lawton.
La saison 1937-1938 reste cependant difficile. Everton lutte un temps pour éviter une nouvelle relégation et termine dans la seconde moitié du classement. Au printemps 1938, le retour de joueurs expérimentés comme Jock Thomson et Billy Cook contribue à stabiliser l'équipe[45]. Durant l'été, la formation participe à l'Empire Exhibition Trophy, tournoi organisé à Glasgow dans le cadre de l'Empire Exhibition. Everton atteint la finale, perdue face au Celtic. Plusieurs membres de l'équipe attribueront ensuite à ce séjour un rôle dans la cohésion du groupe qui aborde la saison suivante[45].
Le titre de champion de 1939
modifierL'équipe qui débute la saison 1938-1939 a été largement renouvelée depuis les trophées du début de la décennie. Autour du gardien expérimenté Ted Sagar figurent notamment les défenseurs Billy Cook et Norman Greenhalgh, les milieux Joe Mercer, Jock Thomson et Tommy « T. G. » Jones, ainsi qu'une attaque articulée autour de Tommy Lawton et complétée par Torry Gillick, Stan Bentham, Alex Stevenson et Wally Boyes[45].
Cette équipe est caractérisée dans les témoignages et travaux historiques par un jeu offensif fondé sur les échanges courts et les permutations. Elle reste fidèle à ce style même sur les terrains hivernaux difficiles, alors que plusieurs adversaires privilégient un jeu plus direct[45]. Lawton, devenu le successeur de Dean à la pointe de l'attaque, fournit l'essentiel de la puissance de finition, tandis que Mercer et T. G. Jones s'imposent comme des éléments essentiels de l'organisation collective.
Everton prend rapidement place parmi les prétendants au titre et, malgré une période plus irrégulière pendant l'hiver, retrouve la première place au cours de la seconde moitié de la saison. Le championnat est assuré avant la dernière journée : le club remporte ainsi en 1938-1939 le cinquième titre de champion d'Angleterre de son histoire[45]. Plusieurs titulaires de cette équipe sont encore au début ou au milieu de leur carrière.
Le développement sportif s'accompagne d'une nouvelle modernisation de Goodison Park. En 1938, des travaux au secteur de Gwladys Street permettent au stade de devenir la première enceinte anglaise dotée de tribunes à deux niveaux sur chacun de ses quatre côtés[19]. Everton associe ainsi à nouveau une équipe championne à une infrastructure figurant parmi les plus développées du football britannique.
La gouvernance sportive évolue à son tour après le titre. Theo Kelly, secrétaire depuis la mort de McIntosh, est officiellement investi de responsabilités de manager en 1939, Everton ayant longtemps conservé un modèle dans lequel le conseil d'administration participait directement à la sélection de l'équipe[45].
Le club aborde donc la saison 1939-1940 avec la perspective de prolonger ce nouveau cycle. Après trois journées de championnat, cependant, l'invasion de la Pologne par l'Allemagne puis l'entrée du Royaume-Uni dans la Seconde Guerre mondiale entraînent l'abandon de la compétition. Les résultats de ces premières rencontres sont annulés et les compétitions nationales régulières ne reprennent qu'après le conflit[45].
Comme en 1915, un titre de champion d'Everton est immédiatement suivi d'une interruption provoquée par une guerre mondiale. La suspension du championnat empêche l'équipe de 1939 de défendre son titre dans une compétition nationale régulière ; lorsque celle-ci reprend en 1946, l'effectif a été modifié par l'âge, les blessures et les départs[45].
De la guerre au retour des ambitions (1939-1961)
modifierUne équipe championne dispersée par la guerre (1939-1946)
modifierLe déclenchement de la Seconde Guerre mondiale interrompt la saison de l'équipe championne d'Angleterre. Après trois journées de 1939-1940, la Football League abandonne son championnat national et les résultats déjà enregistrés sont annulés. Pendant le conflit, le football professionnel se poursuit sous la forme de compétitions régionales et de rencontres de guerre, tandis que les effectifs sont modifiés par la mobilisation, les affectations militaires et le système des joueurs invités[45].
Plusieurs membres de l'équipe championne servent dans les forces armées. Joe Mercer et Tommy Lawton jouent notamment dans des équipes militaires, tandis que le gardien Ted Sagar est affecté au Royal Corps of Signals et sert notamment en Inde. Les joueurs stationnés à proximité de Liverpool peuvent encore apparaître ponctuellement sous le maillot d'Everton, alors que d'autres évoluent comme invités pour différents clubs selon leurs affectations[45],[36]. La continuité collective qui avait permis le titre de 1939 disparaît donc pendant six années au cours desquelles les joueurs vieillissent, se blessent ou poursuivent leur carrière dans des conditions très différentes de celles d'un championnat régulier.
En avril 1940, le club est également impliqué dans l'Affaire Joe Mercer, un conflit opposant le joueur à la direction d'Everton qui conduit à l'intervention de la Football Association.
La fin de la guerre ne permet pas de reconstituer l'équipe de 1939. Lawton, qui avait été meilleur buteur de la First Division lors des deux saisons précédant le conflit, demande à quitter Everton et rejoint Chelsea le 7 novembre 1945 pour 14 000 livres[47]. Mercer reste jusqu'à la reprise du championnat national mais quitte à son tour Goodison Park à l'automne 1946 pour rejoindre Arsenal, dont il devient rapidement le capitaine[48].
Ces départs touchent deux des figures centrales de la génération de 1939. D'autres joueurs ont perdu plusieurs saisons au sommet de leur carrière et certains ne retrouvent pas leur niveau d'avant-guerre. Lorsque la Football League reprend finalement ses compétitions nationales en 1946-1947, Everton possède donc encore plusieurs joueurs expérimentés, mais l'équipe championne sept ans auparavant n'existe plus comme ensemble cohérent[45].
La période de guerre entraîne également une évolution des installations du club. Everton commence à utiliser le domaine de Bellefield comme terrain d'entraînement et obtient en février 1946 un accord concernant son exploitation. Le développement du site demeure encore limité, et les joueurs continuent pendant plusieurs années à partager leur préparation entre Goodison Park et Bellefield[49].
Le déclin de l'après-guerre et la relégation de 1951 (1946-1951)
modifierSous la direction de Theo Kelly, Everton termine dixième lors de la saison 1946-1947. Ce classement masque cependant la fragilité d'un effectif en pleine recomposition. Le club recrute notamment plusieurs joueurs irlandais, parmi lesquels Peter Farrell et Tommy Eglington, qui deviennent des figures importantes de l'équipe d'après-guerre[50]. Cette politique de renouvellement ne suffit pourtant pas à replacer durablement Everton parmi les prétendants aux premières places.
Les résultats se détériorent progressivement : Everton termine quatorzième en 1947-1948 puis dix-huitième lors des deux saisons suivantes. En septembre 1948, Kelly abandonne ses fonctions d'entraîneur pour retrouver son rôle administratif de secrétaire du club. L'ancien milieu d'Everton Cliff Britton, qui avait conduit Burnley à la promotion en First Division et à la finale de la FA Cup, revient alors à Goodison Park comme entraîneur[51].
Britton tente de reconstruire une équipe compétitive, mais se heurte régulièrement aux limites du recrutement. Plusieurs tentatives ambitieuses échouent, notamment celle visant à attirer l'international anglais Wilf Mannion. L'entraîneur s'appuie donc largement sur des joueurs formés au club, des recrues venues de divisions inférieures et un important contingent irlandais. Farrell, Eglington, Eddie Wainwright, puis Dave Hickson et John Willie Parker figurent parmi les joueurs qui prennent progressivement de l'importance dans cette équipe[52].
En FA Cup 1949-1950, Everton atteint la demi-finale, perdue contre Liverpool à Maine Road[53]. En championnat, le club reste dans la partie inférieure du classement.
En 1950-1951, Everton ne remporte que 12 de ses 42 rencontres, inscrit 48 buts et en concède 86. Avec 32 points, le club termine dernier de First Division et est relégué pour la deuxième fois de son histoire[54]. Contrairement à 1930-1931, le retour dans l'élite n'est pas immédiat : Everton reste trois saisons en Second Division.
Trois saisons en deuxième division et retour dans l'élite (1951-1956)
modifierContrairement à 1930-1931, Everton ne retrouve pas immédiatement la First Division. L'équipe termine septième de Second Division en 1951-1952, puis seulement seizième en 1952-1953[52]. Cette seconde saison constitue l'un des points les plus bas de l'histoire sportive du club : un ancien champion d'Angleterre désormais éloigné des places de promotion doit reconstruire son effectif sans pouvoir compter sur une transformation rapide de ses moyens.
Britton conserve néanmoins la confiance du conseil d'administration. L'équipe se développe autour de joueurs comme Farrell, Eglington, Hickson et surtout John Willie Parker, dont les buts deviennent essentiels. La saison 1953-1954 marque enfin le redressement. Everton ne perd que six de ses 42 rencontres et inscrit 92 buts. Parker termine meilleur buteur du club avec 31 réalisations en championnat[55].
Le club termine deuxième avec 56 points, à égalité avec Leicester City mais derrière celui-ci au goal average, et obtient ainsi son retour dans l'élite[56]. La promotion est assurée lors de la dernière journée grâce à une victoire 4-0 sur le terrain d'Oldham Athletic[57].
À partir de la saison 1954-1955, Everton s'installe de nouveau durablement dans l'élite du football anglais. Le retour en First Division n'est cependant pas accompagné d'un retour immédiat au sommet. Everton termine onzième en 1954-1955 puis quinzième en 1955-1956[52].
Les relations entre Britton et le conseil d'administration se dégradent parallèlement. L'entraîneur, qui souhaite disposer d'une plus grande autonomie sportive et de davantage de moyens sur le marché des transferts, entre en conflit avec ses dirigeants sur plusieurs décisions. La nomination d'un membre de son encadrement pour diriger une tournée de fin de saison aux États-Unis contribue notamment à la rupture. Britton quitte finalement Everton en 1956[52].
Expérimentations sportives et modernisation de Goodison Park (1956-1960)
modifierAprès le départ de Britton, le conseil d'administration reprend temporairement une partie du contrôle de l'équipe avant de nommer l'Écossais Ian Buchan en 1956. Celui-ci reçoit officiellement le titre d'« entraîneur en chef » plutôt que celui de manager. Sa nomination s'inscrit dans une volonté de moderniser l'entraînement : Buchan accorde notamment une importance accrue à la préparation physique et introduit de nouvelles méthodes de travail[58].
L'expérience ne produit toutefois pas de progrès significatif en championnat. Everton termine quinzième en 1956-1957 et seizième en 1957-1958. Après six défaites consécutives au début de la saison 1958-1959, le conseil décide de rechercher un entraîneur disposant d'une expérience du football professionnel de première division[59]. Buchan est remplacé par l'ancien capitaine de Manchester United et entraîneur de Blackburn Johnny Carey.
Goodison Park continue parallèlement d'être modernisé. En octobre 1957, quatre pylônes de projecteurs sont installés autour du stade. L'année suivante, Everton devient le premier club anglais à équiper sa pelouse d'un système de chauffage souterrain : environ vingt miles de câbles électriques sont installés pour un coût de 16 000 livres. Le dispositif nécessite ensuite de nouveaux travaux de drainage[19].
Sous Carey, Everton commence également à réunir plusieurs joueurs qui formeront la base de l'équipe du début des années 1960. Le milieu écossais Bobby Collins, recruté en 1958, devient rapidement l'un des joueurs les plus influents de l'équipe[60]. Le recrutement du défenseur écossais Alex Parker, puis ceux de Roy Vernon et Jimmy Gabriel participent au renouvellement de l'effectif. En novembre 1960, Everton recrute également à Heart of Midlothian l'attaquant écossais Alex Young, futur « Golden Vision » de Goodison Park[61].
John Moores président et arrivée de Harry Catterick (1960-1961)
modifierUn changement intervient également à la direction du club. John Moores, fondateur de Littlewoods et déjà étroitement lié à la vie économique et sportive de Liverpool, entre au conseil d'administration d'Everton puis est élu président en juin 1960[49].
Moores ne considère pas le simple maintien en First Division comme un objectif suffisant. Les investissements dans l'effectif s'accélèrent et la politique du club devient ouvertement orientée vers le retour aux trophées. Les recrutements de Vernon, Gabriel et Young s'inscrivent dans cette transformation, tandis que les infrastructures d'entraînement de Bellefield doivent elles aussi être modernisées[62].
Les premiers résultats apparaissent dès la saison 1960-1961. Après plusieurs années passées dans la seconde moitié du classement, Everton termine cinquième de First Division, sa meilleure position depuis le titre de 1939[63]. Cette cinquième place ne satisfait toutefois pas Moores. En avril 1961, alors qu'il reste deux rencontres de championnat, Johnny Carey est congédié. L'épisode, annoncé à l'entraîneur lors d'un trajet en taxi londonien, devient l'un des exemples les plus célèbres de l'exigence imposée par le nouveau président[64].
Pour lui succéder, Moores choisit un ancien attaquant d'Everton devenu entraîneur, Harry Catterick, qui vient de conduire Sheffield Wednesday à lutter pour le titre de champion. Catterick arrive à Goodison Park en avril 1961 avec une mission claire : transformer un effectif coûteux mais encore irrégulier en équipe capable de remporter le championnat[65].
La nomination de Catterick intervient au terme d'une longue période de reconstruction. De 1939 à 1960, Everton a vu une équipe championne dispersée par la guerre, connu une longue érosion sportive et passé trois saisons en deuxième division. À l'inverse, le club qui entre dans les années 1960 possède désormais un propriétaire-président extrêmement fortuné et ambitieux, un effectif où figurent déjà plusieurs futurs champions et la volonté d'investir simultanément dans les joueurs et les infrastructures. Everton aborde ainsi les années 1960 avec des moyens financiers renforcés, un effectif renouvelé et un nouvel entraîneur[65].
L'ère Moores-Catterick (1961-1973)
modifierLes « Mersey Millionaires » et le titre de 1963 (1961-1963)
modifierL'arrivée de Harry Catterick en avril 1961 donne une direction sportive nouvelle aux ambitions de John Moores. Le président, enrichi par le développement de Littlewoods et décidé à replacer Everton au sommet du football anglais, met à la disposition de son entraîneur des moyens financiers importants. Cette puissance économique vaut progressivement au club le surnom de « Mersey Millionaires », qui traduit autant l'admiration que suscite sa capacité de recrutement que la pression imposée à une équipe désormais attendue parmi les candidats aux trophées[66],[62].
Catterick hérite d'une équipe talentueuse mais irrégulière où figurent notamment Roy Vernon, Alex Young, Brian Labone, Billy Bingham et Jimmy Gabriel. Il entreprend rapidement d'en modifier l'équilibre. Les arrivées de Dennis Stevens et du gardien Gordon West s'accompagnent du départ de Bobby Collins, pourtant très populaire auprès des supporteurs. Catterick fait également de Vernon son capitaine et renforce la discipline interne, affirmant une autorité beaucoup plus directe sur les choix sportifs que celle exercée par plusieurs de ses prédécesseurs[65],[66].
Le rôle de Catterick se rapproche progressivement de celui d'un directeur sportif moderne. Il délègue une part importante du travail quotidien d'entraînement à ses adjoints, tout en conservant le contrôle de la composition de l'équipe, de l'orientation tactique et surtout du marché des transferts[65],[66]. Avec le soutien de Moores, Everton associe ainsi les joueurs déjà présents, les jeunes issus de sa formation et plusieurs recrutements coûteux.
Cette politique produit ses premiers résultats lors de la saison 1962-1963. Everton lutte pour le titre avec Tottenham Hotspur, Burnley et Leicester City. L'hiver particulièrement rigoureux de 1962-1963 provoque de nombreux reports et une forte accumulation de rencontres au printemps. Pendant cette interruption, Catterick renforce encore son effectif en recrutant le milieu Tony Kay à Sheffield Wednesday et l'ailier écossais Alex Scott[65].
Everton termine champion avec 61 points, six de plus que Tottenham, et remporte le sixième championnat d'Angleterre de son histoire[67]. Roy Vernon inscrit un triplé lors de la victoire 4-1 contre Fulham qui conclut la saison à Goodison Park et confirme le titre[65]. Vingt-quatre ans après l'équipe championne de 1939, Everton est de nouveau au sommet du football anglais.
L'équipe championne de 1963 associe des joueurs déjà présents avant l'arrivée de Catterick, des éléments formés ou développés au club et plusieurs recrues coûteuses rendues possibles par les moyens de Moores[66].
Premières campagnes européennes et affaire Tony Kay (1963-1965)
modifierLe championnat permet à Everton de découvrir la Coupe d'Europe des clubs champions en 1963-1964. Le tirage lui oppose dès le premier tour l'Inter Milan d'Helenio Herrera, qui remporte finalement la compétition. Après un match nul 0-0 à Goodison Park, Everton est éliminé à San Siro sur le score de 1-0. Catterick profite néanmoins du déplacement à Milan pour faire débuter en équipe première le jeune milieu Colin Harvey, âgé de dix-huit ans[65],[68].
La saison suivante est marquée par une crise qui touche directement l'équipe championne. En avril 1964, la presse révèle l'existence d'un vaste scandale de paris truqués dans le football anglais. Tony Kay est impliqué pour avoir parié, avec deux coéquipiers de Sheffield Wednesday, sur la défaite de leur propre équipe contre Ipswich Town en décembre 1962, quelques semaines avant son transfert à Everton. L'affaire ne concerne donc pas un match disputé sous le maillot d'Everton, mais elle prive brutalement Catterick d'un joueur devenu essentiel à son milieu de terrain[69].
Kay avait rejoint Everton pour 60 000 livres, un montant alors présenté comme un record britannique, et avait participé à 44 rencontres lors de la campagne du titre[69]. Reconnu coupable avec plusieurs autres joueurs, il est condamné à une peine de prison et suspendu à vie par les autorités du football. Même si son interdiction est levée plusieurs années plus tard, sa carrière professionnelle est terminée[70]. Pour Everton, la disparition sportive de Kay accélère la transformation de l'équipe championne de 1963.
Catterick renouvelle progressivement son groupe. L'international anglais Ray Wilson arrive de Huddersfield Town en 1964, tandis que des joueurs issus de la formation comme Harvey, Tommy Wright et John Hurst gagnent en importance. Le club expérimente également différentes organisations tactiques, quittant progressivement les systèmes hérités du WM pour des formations plus flexibles[66].
La FA Cup de 1966 et la construction d'une nouvelle équipe (1965-1967)
modifierLa nouvelle génération obtient son premier grand résultat lors de la FA Cup 1965-1966. Everton atteint la finale sans avoir encaissé de but au cours de son parcours. En demi-finale contre Manchester United, Colin Harvey inscrit l'unique but de la rencontre et qualifie son club pour Wembley[68].
La finale du 14 mai 1966 oppose Everton à Sheffield Wednesday. Catterick prend avant la rencontre une décision risquée en titularisant Mike Trebilcock, encore peu expérimenté, à la place de l'attaquant Fred Pickering, diminué par les blessures[65]. Sheffield Wednesday mène 2-0 en seconde période, mais Trebilcock inscrit deux buts avant que Derek Temple ne marque le but de la victoire. Everton s'impose 3-2 et remporte la FA Cup pour la troisième fois de son histoire[12].
Cette remontée de deux buts reste l'une des finales les plus marquantes de la compétition : la Football Association relève qu'Everton demeure la dernière équipe à avoir remporté une finale de FA Cup 3-2 après avoir été menée de deux buts[71]. Trebilcock devient également, selon la FA, le premier joueur noir à remporter la Coupe d'Angleterre[72].
Quelques semaines après la finale, le football anglais connaît un autre événement majeur avec la victoire de l'Angleterre en Coupe du monde. Everton compte dans l'équipe nationale le latéral Ray Wilson, titulaire lors de la finale mondiale. Catterick profite surtout de l'été pour recruter à Blackpool l'un des joueurs les plus remarqués du tournoi, le milieu Alan Ball[65].
Ball devient immédiatement une pièce essentielle de la nouvelle équipe. Au début de l'année 1967, Catterick recrute également le jeune Howard Kendall à Preston North End. Avec Colin Harvey, les deux joueurs forment progressivement un milieu à trois dont la complémentarité technique et la mobilité deviennent caractéristiques du jeu d'Everton. Le trio sera ensuite désigné sous le nom de « Holy Trinity »[65],[73],[74].
Le développement de cette équipe repose sur un mélange de recrutement coûteux et de formation interne. Catterick fait moderniser Bellefield, où le travail technique en groupes réduits accompagne la mise en place d'un football plus fluide. À la fin des années 1960, six joueurs issus du système de formation du club figurent régulièrement parmi les titulaires, tandis que Ball, Kendall et plusieurs internationaux recrutés à l'extérieur apportent une qualité supplémentaire[65],[66].
De la finale perdue de 1968 à la « Holy Trinity » (1967-1969)
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Everton redevient rapidement l'un des prétendants réguliers aux trophées. La saison 1967-1968 conduit le club à une nouvelle finale de FA Cup. Face à West Bromwich Albion, les deux équipes restent à égalité après quatre-vingt-dix minutes, avant que Jeff Astle ne marque au début de la prolongation. Everton s'incline 1-0 et manque l'occasion de remporter une deuxième Coupe en trois saisons[12].
En championnat, la progression se poursuit. Le milieu Ball-Harvey-Kendall impose progressivement un jeu fait de passes rapides, de permutations et de mobilité, tandis que la défense s'appuie notamment sur le capitaine Brian Labone, Tommy Wright et le gardien Gordon West. En attaque, Joe Royle s'impose comme avant-centre titulaire. Cette évolution accompagne l'adoption par Catterick d'un 4-3-3 plus fluide que les systèmes utilisés au début de la décennie[66].
L'association Ball-Harvey-Kendall devient progressivement l'un des éléments caractéristiques de l'équipe de la fin des années 1960. Leur complémentarité accompagne l'adoption d'un jeu de passes et de permutations au milieu de terrain[74].
Le club termine troisième du championnat en 1968-1969 et atteint également la demi-finale de la FA Cup. Ces résultats annoncent une équipe arrivée à maturité mais qui doit encore convertir sa qualité de jeu en trophée. Catterick refuse alors d'abandonner son approche technique même lorsque les conditions de jeu hivernales incitent de nombreux clubs anglais à privilégier un football plus direct[65],[66].
Le titre de champion de 1970 (1969-1970)
modifierEverton commence la saison 1969-1970 sans recrutement majeur et s'appuie sur la continuité de l'équipe construite pendant les saisons précédentes. Son départ est remarquable : quinze victoires lors des dix-huit premières journées lui permettent de s'installer rapidement parmi les principaux candidats au titre[75].
Le principal adversaire est le Leeds United de Don Revie, champion en titre. Après une période plus irrégulière d'Everton autour de Noël, Leeds revient au contact et prend même brièvement l'avantage dans la course au titre. L'accumulation de rencontres de championnat, de FA Cup et de Coupe d'Europe finit cependant par peser sur l'effectif de Leeds, tandis qu'Everton retrouve sa régularité au printemps[76].
L'équipe de Catterick associe alors plusieurs générations. Labone reste le capitaine et le point de référence de la défense ; Tommy Wright joue les 42 rencontres de championnat au poste d'arrière droit ; Joe Royle mène l'attaque ; Ball, Harvey et Kendall contrôlent le milieu[77]. Le collectif repose sur la maîtrise technique plutôt que sur la seule puissance physique, avec une forte participation des latéraux et des échanges rapides entre les trois milieux[65].
Le 1er avril 1970, Everton reçoit West Bromwich Albion à Goodison Park avec la possibilité de devenir champion. Alan Whittle ouvre le score, puis Colin Harvey inscrit le deuxième but après une progression individuelle. La victoire 2-0 assure mathématiquement le septième championnat d'Angleterre de l'histoire du club[65],[68].
Everton achève le championnat 1969-1970 avec 66 points, neuf de plus que Leeds United[78]. Il s'agit du septième titre de champion d'Angleterre du club.
Pour de nombreux observateurs, cette équipe représente l'une des expressions les plus abouties de la « School of Science ». La réputation de la Holy Trinity et la qualité technique du 4-3-3 d'Everton prennent une place durable dans la mémoire du club, au point qu'un monument consacré à Ball, Harvey et Kendall sera érigé plusieurs décennies plus tard à proximité de Goodison Park[74].
Parcours européen et fin du cycle Catterick (1970-1973)
modifierLe titre de 1970 nourrit l'espoir d'une réussite européenne. Dans la Coupe des clubs champions européens 1970-1971, Everton élimine d'abord Keflavík, puis le Borussia Mönchengladbach au terme de la première séance de tirs au but de l'histoire de la Coupe d'Europe des clubs champions. Le club atteint les quarts de finale, son meilleur parcours dans la compétition jusque-là[79].
Everton y affronte le Panathinaïkós entraîné par Ferenc Puskás. Le match aller à Goodison Park se termine sur le score de 1-1, l'attaquant grec Antónis Antoniádis égalisant à neuf minutes de la fin. Le retour à Athènes s'achève sans but et Everton est éliminé selon la règle des buts inscrits à l'extérieur[80],[81]. Le club grec atteint ensuite la finale contre l'Ajax Amsterdam.
Cette élimination intervient alors que la défense du titre national tourne déjà mal. Les joueurs sont touchés par la fatigue et plusieurs blessures, notamment celles de Brian Labone, Johnny Morrissey et Joe Royle. Les recrutements destinés à renouveler l'équipe produisent moins d'effet que ceux de la décennie précédente, et Everton tombe rapidement dans la seconde moitié du classement[65],[66].
Le choix le plus controversé de cette période intervient en décembre 1971. Catterick accepte le transfert d'Alan Ball à Arsenal pour 220 000 livres, alors record britannique. Ball ne souhaite pas quitter Everton et l'opération provoque un profond choc parmi les supporteurs, car elle démantèle définitivement la Holy Trinity alors que le joueur n'a que vingt-six ans[82].
La crise sportive se double bientôt d'une crise personnelle pour l'entraîneur. Au début de janvier 1972, Catterick est victime d'un grave infarctus alors qu'il revient d'un déplacement d'observation. Il reprend ses fonctions quelques mois plus tard, mais sa santé demeure fragilisée et il ne parvient pas à inverser durablement la trajectoire de l'équipe[65].
En avril 1973, John Moores met fin à son mandat d'entraîneur et lui confie un rôle moins opérationnel au sein du club[65],[66]. Catterick quitte ainsi le banc après douze années pendant lesquelles Everton a remporté deux championnats d'Angleterre et une FA Cup, disputé une autre finale de Coupe et participé régulièrement aux compétitions européennes. Aucun autre entraîneur d'Everton avant lui n'avait dirigé deux équipes championnes distinctes à huit années d'intervalle.
Entre le titre de 1970 et le départ de Catterick en 1973, l'équipe est progressivement renouvelée sous l'effet des blessures, de plusieurs transferts importants et des problèmes de santé de l'entraîneur[66],[65].
Transition après Catterick (1973-1981)
modifierBilly Bingham et la reconstruction de l'après-Catterick (1973-1974)
modifierLe départ de Harry Catterick en avril 1973 clôt un cycle de douze années. Everton doit alors renouveler une équipe qui, trois saisons auparavant, avait été championne d'Angleterre. Le club choisit à l'été 1973 l'ancien ailier international nord-irlandais Billy Bingham, joueur d'Everton entre 1960 et 1963, pour lui succéder[83].
Bingham hérite d'un effectif qui a terminé dans la seconde moitié du classement et poursuit le renouvellement déjà engagé à la fin de l'ère Catterick. Plusieurs figures de l'équipe championne de 1970 quittent Goodison Park. Colin Harvey, Howard Kendall et Joe Royle sont notamment transférés, tandis que l'entraîneur cherche à donner davantage de puissance à son équipe en recrutant des joueurs comme l'international nord-irlandais Dave Clements et le milieu de Burnley Martin Dobson[83].
Le transfert le plus important intervient en février 1974. Everton recrute à Birmingham City l'avant-centre Bob Latchford dans une opération évaluée à 350 000 livres, qui comprend le départ de Howard Kendall et d'Archie Styles ainsi qu'une somme de 80 000 livres. Le montant total constitue alors un record britannique et reste inégalé pendant plus de trois ans[84]. L'arrivée de Latchford donne à Everton un nouvel avant-centre autour duquel reconstruire son attaque après les départs successifs de Royle et des principales figures offensives des années 1960.
Le changement sportif coïncide avec une évolution de la direction du club. John Moores, qui avait constitué avec Catterick le centre du pouvoir sportif d'Everton pendant les années 1960, abandonne de nouveau la présidence en 1973 avant de se retirer progressivement des affaires quotidiennes du club. Cette diminution de son implication marque la fin du modèle très centralisé qui avait accompagné les deux titres de l'ère Catterick et ouvre une période de transition institutionnelle qui se poursuit pendant le reste de la décennie[66].
La lutte pour le titre de 1974-1975
modifierAprès une première saison de transition, Everton redevient un candidat sérieux au titre en 1974-1975. Bingham dispose désormais d'une équipe organisée autour de Latchford en attaque, de Martin Dobson et Dave Clements au milieu, avec Roger Kenyon comme l'un des cadres de la défense. L'équipe adopte un jeu plus pragmatique que celui associé à la « School of Science » des années Catterick, approche qui lui vaut certaines critiques mais produit rapidement des résultats[83],[85].
Everton ne perd qu'une seule de ses vingt-et-une premières rencontres de championnat. Au printemps, dans une compétition particulièrement serrée, Everton prend la tête du classement. À Pâques, ils possèdent trois points d'avance alors qu'il leur reste sept rencontres à disputer[83]. Pour la première fois depuis le titre de 1970, Everton semble en position de redevenir champion.
Everton ne remporte que deux de ses sept dernières rencontres et termine finalement quatrième, trois points derrière le Derby County champion[83]. Les deux défaites contre Carlisle United, dernier du championnat, pèsent particulièrement dans ce recul.
Avec 17 buts de Latchford en championnat, le recrutement record de l'année précédente est néanmoins une réussite immédiate[84]. La quatrième place permet également à Everton de retrouver les compétitions européennes. En Coupe UEFA 1975-1976, le tirage l'oppose toutefois dès le premier tour à l'AC Milan. Après un match nul 0-0 à Goodison Park, Everton est éliminé par une défaite 1-0 à San Siro[86].
Bingham ne parvient pas à reproduire la campagne de 1974-1975. Everton retombe à la onzième place la saison suivante et connaît un début de saison 1976-1977 insuffisant malgré l'arrivée de joueurs comme le milieu Andy King et, en décembre 1976, l'attaquant spectaculaire Duncan McKenzie[83],[87]. Bingham est congédié peu après et Steve Burtenshaw assure l'intérim. L'effectif laissé par le Nord-Irlandais possède pourtant davantage de qualité que ne l'indiquent les résultats du championnat : il va atteindre deux des dernières étapes des coupes nationales au cours des mois suivants.
Arrivée de Gordon Lee et parcours en coupes (1977)
modifierEverton choisit en janvier 1977 Gordon Lee, alors entraîneur de Newcastle United, pour succéder à Bingham. Lee hérite d'une équipe située dans la partie inférieure du classement mais encore engagée dans les deux coupes nationales. Il remporte huit de ses treize premières rencontres et conduit Everton à la neuvième place finale du championnat[88].
Le premier grand rendez-vous est la finale de la League Cup 1977, première finale d'Everton dans cette compétition. Face à Aston Villa, le match disputé à Wembley le 12 mars se termine sur un score nul et vierge. Une première rencontre d'appui organisée à Hillsborough quatre jours plus tard s'achève sur le score de 1-1 après prolongation. La compétition doit donc recourir à une seconde rencontre d'appui, situation restée unique dans l'histoire de la finale de League Cup[89].
Le troisième match est disputé à Old Trafford le 13 avril. Bob Latchford donne l'avantage à Everton, mais Aston Villa revient au score. Après un nouveau but de Duncan McKenzie, Everton est encore en mesure de remporter le trophée avant que Villa n'égalise puis ne s'impose 3-2 après prolongation[90]. Trois rencontres et 330 minutes de football sont ainsi nécessaires pour désigner le vainqueur.
Dix jours après cette défaite, Everton affronte Liverpool en demi-finale de FA Cup à Maine Road. Le derby est particulièrement important dans un contexte où Liverpool vise simultanément le championnat, la FA Cup et la Coupe d'Europe. À 2-2 dans les dernières minutes, Bryan Hamilton détourne un ballon dans le but de Ray Clemence, mais l'arbitre Clive Thomas refuse le but pour une supposée main[91].
Thomas reconnaîtra par la suite qu'il n'avait pas vu le ballon toucher le bras ou la main de Hamilton ; les images montrent qu'il avait été dévié de la hanche du joueur[91]. Liverpool remporte la rencontre d'appui 3-0 quatre jours plus tard. Everton achève ainsi la saison sans trophée malgré une finale de League Cup et une demi-finale de FA Cup, ce qui installe durablement l'idée d'une équipe compétitive mais incapable de convertir ses parcours en titres.
Retour dans le haut du classement (1977-1979)
modifierLee modifie progressivement le profil de l'équipe. Il nomme Mick Lyons capitaine et recrute notamment le gardien George Wood ainsi que l'ailier Dave Thomas. La qualité des centres de Thomas complète particulièrement bien le jeu de Bob Latchford, tandis que Martin Dobson reste l'un des organisateurs du milieu[88].
Everton réalise une forte saison 1977-1978. L'équipe enchaîne notamment une longue série sans défaite et reste engagée dans la lutte pour les premières places pendant une grande partie du championnat. Elle termine finalement troisième avec 55 points, derrière le surprenant champion Nottingham Forest et Liverpool[92].
La saison est surtout associée aux trente buts de Latchford en championnat. Le Daily Express avait promis 10 000 livres au premier joueur atteignant ce total, qu'aucun buteur de première division n'avait réalisé depuis Francis Lee en 1971-1972. Lors de la dernière journée, le 29 avril 1978, Latchford doit encore inscrire deux buts contre Chelsea. Everton s'impose 6-0 et l'avant-centre marque à deux reprises, atteignant exactement trente réalisations et remportant la prime[93],[84].
Everton confirme sa présence dans le haut du classement en 1978-1979. Le début de saison est particulièrement solide et le club demeure invaincu lors de ses dix-neuf premières rencontres de championnat[75]. Le 28 octobre 1978, un but d'Andy King permet à Everton de battre Liverpool 1-0 à Goodison Park. Il s'agit de la première victoire d'Everton dans le derby depuis près de sept ans et elle acquiert une forte valeur symbolique dans une décennie dominée par le voisin d'Anfield[75],[94].
Everton termine quatrième avec 51 points[95]. En Coupe UEFA, Everton élimine largement les Irlandais de Finn Harps sur le score cumulé de 10-0, puis sont éliminés au deuxième tour par le Dukla Prague selon la règle des buts inscrits à l'extérieur après un score cumulé de 2-2[92].
Everton termine ainsi deux saisons consécutives parmi les quatre premiers, mais sans remporter de trophée. Dans le même temps, Liverpool accumule les titres nationaux et européens, ce qui accentue l'écart de palmarès entre les deux clubs au cours de la décennie[96],[97].
Recul sportif, transition à la présidence et fin de l'ère Lee (1979-1981)
modifierLa fin de la décennie correspond également à une transition institutionnelle. John Moores, déjà retiré de la présidence depuis 1973, quitte définitivement le conseil d'administration en 1977. Son ancien collaborateur de Littlewoods Philip Carter rejoint progressivement la direction du club et devient président en août 1978[98]. Le passage de Moores à Carter assure une forme de continuité avec l'univers de Littlewoods, mais intervient au moment où les résultats commencent à se dégrader.
Everton chute brutalement à la dix-neuvième place en 1979-1980. Il ne remporte que neuf de ses 42 rencontres de championnat et termine quatre points au-dessus de Bristol City, dernier club relégué[88]. Sa nouvelle campagne européenne se termine dès le premier tour : Feyenoord bat Everton 1-0 lors de chacune des deux manches de la Coupe UEFA[99].
Le parcours en FA Cup offre néanmoins un contrepoint à cette mauvaise saison de championnat. Everton atteint les demi-finales après avoir notamment éliminé Ipswich Town. Face à West Ham United, alors pensionnaire de deuxième division, la première rencontre disputée à Villa Park se termine sur le score de 1-1. Lors du match d'appui à Elland Road, Everton s'incline 2-1 après prolongation, Frank Lampard inscrivant le but qui envoie West Ham en finale[88]. Pour la deuxième fois sous Lee, Everton échoue ainsi en demi-finale de FA Cup.
La saison 1980-1981 ne produit pas le redressement attendu. Everton atteint encore les quarts de finale de FA Cup après avoir éliminé Arsenal, Liverpool et Southampton, mais est éliminé par Manchester City[88]. En championnat, le club ne termine que quinzième. Après quatre saisons durant lesquelles il a conduit Everton à une finale de League Cup, deux demi-finales de FA Cup et deux classements dans les quatre premiers, Gordon Lee est congédié à l'issue de la saison[100].
Son mandat laisse pourtant plusieurs éléments importants pour l'avenir du club. Lee donne notamment sa première chance en équipe première au défenseur gallois Kevin Ratcliffe et recrute le jeune attaquant écossais Graeme Sharp, arrivé de Dumbarton[100]. Tous deux deviendront des figures majeures de l'équipe des années 1980. Le départ de Lee marque donc moins une rupture totale qu'une nouvelle étape dans une reconstruction entamée depuis plusieurs années.
Entre 1973 et 1981, Everton a ainsi connu plusieurs situations où le retour au premier plan paraît proche sans jamais déboucher sur un trophée : une avance en tête du championnat en 1975, une finale de League Cup et une demi-finale de FA Cup en 1977, puis deux classements consécutifs parmi les quatre premiers. Cette succession d'occasions manquées contraste fortement avec l'ascension de Liverpool pendant la même décennie. Elle explique également l'impatience qui entoure en 1981 le choix du nouvel entraîneur : Everton doit désormais s'appuyer sur les ressources encore disponibles, sa tradition de formation et quelques jeunes joueurs prometteurs pour construire un projet capable de renouer avec les titres[101].
Premier mandat de Howard Kendall (1981-1987)
modifierLe retour de Kendall et une reconstruction difficile (1981-1983)
modifierÀ l'été 1981, Everton confie son équipe première à Howard Kendall, l'un des trois membres de la « Holy Trinity » championne d'Angleterre en 1970. Âgé de trente-cinq ans, Kendall vient de conduire Blackburn Rovers de la troisième division aux portes d'une deuxième promotion consécutive. Sa nomination s'inscrit dans la volonté du président Philip Carter de renouer avec une identité sportive plus directement liée à l'histoire récente du club[102].
Kendall revient d'abord comme joueur-manager, mais ne dispute que quelques rencontres avant de mettre définitivement fin à sa carrière de joueur. Il constitue autour de lui un encadrement comprenant notamment son ancien partenaire Colin Harvey, tandis que Mick Heaton prend une place importante dans le travail quotidien à Bellefield[103].
La reconstruction ne repose pas sur l'achat de vedettes déjà établies. Kendall prospecte largement dans les divisions inférieures et recrute progressivement plusieurs joueurs qui deviendront le noyau de son équipe. Le gardien gallois Neville Southall arrive de Bury, le milieu Peter Reid de Bolton Wanderers, Kevin Sheedy de Liverpool et, en 1983, Trevor Steven de Burnley. Le club investit davantage pour l'attaquant Adrian Heath, recruté de Stoke City en janvier 1982 pour 700 000 livres[102],[104]. Graeme Sharp, recruté par Gordon Lee peu avant l'arrivée de Kendall, est parallèlement intégré progressivement à l'équipe première.
Les résultats restent pourtant irréguliers. Everton termine huitième en 1981-1982 puis septième en 1982-1983, sans donner encore l'impression d'être en mesure de rivaliser durablement avec Liverpool, qui domine alors le football anglais. Kendall subit une pression croissante, d'autant que certains de ses choix de recrutement mettent du temps à porter leurs fruits. À un moment où Everton ne remporte que six de vingt-et-une rencontres de championnat, l'entraîneur va jusqu'à proposer sa démission, refusée par les dirigeants[102].
Le club montre néanmoins quelques signes de progression dans les coupes. En 1982-1983, Everton atteint notamment les quarts de finale de FA Cup et domine longuement Manchester United à Old Trafford avant d'être éliminé par un but tardif[105]. La qualité de plusieurs jeunes joueurs et la progression de Southall, Sharp, Heath et Reid donnent à Kendall des raisons de conserver sa confiance dans son projet malgré l'impatience autour de Goodison Park.
Le tournant de la saison 1983-1984 et la FA Cup
modifierLa première moitié de la saison 1983-1984 constitue le point le plus critique du mandat de Kendall. Everton peine à marquer en championnat et se trouve dans la partie inférieure du classement. L'entraîneur est ouvertement contesté par une partie du public et sa position paraît fragile lorsque l'équipe se déplace au Manor Ground d'Oxford United le 4 janvier 1984 pour un quart de finale de League Cup[102].
Oxford, alors en troisième division, mène 1-0 à quelques minutes de la fin lorsqu'une passe en retrait mal ajustée de Kevin Brock est interceptée par Adrian Heath. Celui-ci égalise et arrache un match d'appui à Goodison Park, remporté ensuite par Everton[102],[104]. L'épisode devient rétrospectivement le symbole du basculement de l'ère Kendall. S'il est difficile d'établir que le poste de l'entraîneur dépendait littéralement de cette seule action, plusieurs témoignages contemporains et rétrospectifs présentent le but de Heath comme le moment où Everton évite une nouvelle élimination et commence à renverser sa saison[102].
Everton élimine ensuite Aston Villa en demi-finale et atteint pour la première fois depuis 1977 la finale de la League Cup. Le 25 mars 1984, la première finale entièrement liverpuldienne de l'histoire de la compétition oppose Everton à Liverpool à Wembley. Le match se termine sur le score de 0-0. Trois jours plus tard, Liverpool remporte la rencontre d'appui disputée à Maine Road 1-0 grâce à un but de Graeme Souness[106]. La défaite confirme encore la domination du voisin d'Anfield, mais la qualification pour la finale montre qu'Everton est redevenu compétitif dans les matchs à élimination directe.
Le parcours en FA Cup se poursuit parallèlement. Everton doit notamment passer par plusieurs rencontres d'appui, mais atteint Wembley après une victoire contre Southampton en demi-finale. Southall s'impose comme l'un des joueurs déterminants du parcours, tandis que l'équipe gagne progressivement en assurance au cours du printemps[107].
En finale, le 19 mai 1984, Everton affronte le Watford de Graham Taylor. Graeme Sharp ouvre le score en première période et Andy Gray, recruté quelques mois auparavant de Wolverhampton Wanderers, inscrit le second but après la pause. Everton s'impose 2-0 et remporte sa quatrième FA Cup[12]. Le trophée met fin à quatorze années sans titre majeur depuis le championnat de 1970.
La FA Cup de 1984 est le premier trophée du mandat de Kendall. Everton termine également la saison de championnat à la septième place après avoir remonté le classement au cours des derniers mois. Après Wembley, l'entraîneur réaffirme son objectif de gagner le championnat[108].
Le titre de champion 1984-1985
modifierPendant l'été 1984, Kendall complète son milieu de terrain avec Paul Bracewell, recruté à Sunderland. Son association avec Peter Reid forme le cœur récupérateur et organisateur de l'équipe, entouré de Trevor Steven et Kevin Sheedy sur les côtés. En défense, le capitaine Kevin Ratcliffe, Derek Mountfield, Gary Stevens et Pat Van Den Hauwe protègent Neville Southall. Devant, Andy Gray et Graeme Sharp constituent un duo combinant puissance, jeu aérien, mobilité et finition[102].
Everton ouvre la saison par une victoire contre Liverpool dans le Charity Shield à Wembley. Le début du championnat reste cependant irrégulier et l'équipe perd ses deux premières rencontres[109]. Le 27 octobre, une victoire 5-0 à Goodison Park contre Manchester United, alors considéré comme l'un des principaux candidats au titre, change la perception de la saison. Everton domine nettement son adversaire et se présente désormais comme un prétendant crédible au championnat[105].
Après une courte période de ralentissement avant Noël, Everton entame à partir de la fin décembre une longue série sans défaite. La profondeur de l'effectif, la complémentarité du milieu et la progression de plusieurs joueurs recrutés dans les divisions inférieures donnent au club une régularité que les équipes de Kendall n'avaient pas encore atteinte[107]. Sharp produit plusieurs buts décisifs, Sheedy devient l'une des principales sources de créativité et Southall s'impose comme l'un des meilleurs gardiens britanniques de sa génération.
La lutte pour le titre bascule définitivement au printemps. Everton gagne notamment sur le terrain de Tottenham, autre prétendant majeur, puis assure mathématiquement le championnat le 6 mai 1985 grâce à une victoire 2-0 contre Queens Park Rangers[110]. Everton termine avec 90 points, treize de plus que Liverpool, après 28 victoires en 42 rencontres[111]. Il s'agit du huitième titre national de l'histoire du club et du premier depuis quinze ans.
La domination est également reflétée par les distinctions individuelles. Southall reçoit le titre de joueur de l'année de la Football Writers' Association, tandis que Peter Reid est élu joueur de l'année par ses pairs[107]. La réussite d'Everton tient toutefois moins à une vedette isolée qu'à l'équilibre d'un groupe où plusieurs joueurs atteignent simultanément leur meilleur niveau.
La Coupe des vainqueurs de coupe 1984-1985
modifierGrâce à sa victoire en FA Cup, Everton participe parallèlement à la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe. Après avoir éliminé successivement University College Dublin, l'Inter Bratislava et Fortuna Sittard, le club affronte le Bayern Munich en demi-finale[112].
Le match aller à Munich se termine sur le score de 0-0. Le 24 avril 1985, Goodison Park accueille une des rencontres les plus célèbres de son histoire. Le Bayern mène 1-0 à la mi-temps grâce à Dieter Hoeneß, mais Everton renverse la rencontre après la pause. Graeme Sharp égalise, Andy Gray donne l'avantage aux Anglais et Trevor Steven inscrit un troisième but en fin de match. La victoire 3-1 qualifie Everton pour la première finale européenne de son histoire[113].
La finale est disputée le 15 mai 1985 à Rotterdam contre le Rapid Vienne. Everton s'impose 3-1 grâce à des buts d'Andy Gray, Trevor Steven et Kevin Sheedy et remporte le premier trophée continental de son histoire[112],[114]. Trois jours seulement séparent cette finale européenne de la finale de FA Cup, ce qui place l'équipe de Kendall devant la possibilité de réaliser un triplé championnat-Coupe d'Europe-FA Cup.
Everton affronte Manchester United à Wembley le 18 mai. Après un match sans but dans le temps réglementaire, United est réduit à dix après l'expulsion de Kevin Moran, première exclusion d'un joueur lors d'une finale de FA Cup. Everton, marqué par l'accumulation des rencontres, ne parvient toutefois pas à profiter durablement de cette supériorité numérique. En prolongation, Norman Whiteside inscrit l'unique but et Manchester United s'impose 1-0[105].
Malgré cet échec final, la saison 1984-1985 constitue l'apogée sportive d'Everton. Le club remporte simultanément le championnat avec une marge considérable et son premier trophée européen, tout en atteignant la finale de la FA Cup. À ce moment, l'âge de la plupart des cadres et la progression du groupe laissent envisager la possibilité d'une présence durable au sommet du football anglais et européen[102].
Heysel et l'exclusion des clubs anglais des compétitions européennes (1985)
modifierCette perspective est bouleversée moins de deux semaines après la finale de Rotterdam. Le 29 mai 1985, avant la finale de Coupe d'Europe des clubs champions entre Liverpool et la Juventus au stade du Heysel à Bruxelles, des violences et l'effondrement d'une structure du stade provoquent la mort de 39 personnes, principalement des supporteurs italiens. Le drame entraîne une crise majeure pour le football anglais[110].
L'UEFA exclut alors les clubs anglais des compétitions européennes pour une durée indéterminée. La sanction prive immédiatement Everton, champion d'Angleterre, de la Coupe d'Europe des clubs champions 1985-1986[115]. Everton aurait également dû disputer la Supercoupe d'Europe contre la Juventus en qualité de vainqueur de la Coupe des vainqueurs de coupe, mais la rencontre n'a jamais lieu[116].
L'impact sur Everton est à la fois sportif et institutionnel. Le club vient d'atteindre le sommet de son histoire européenne mais ne peut pas mesurer son équipe aux champions du continent dans la compétition majeure. Howard Kendall expliquera plus tard que l'interdiction européenne a joué un rôle central dans sa décision de quitter finalement le club, son ambition étant de continuer à entraîner au plus haut niveau continental[109]. L'interdiction ne provoque pas immédiatement l'effondrement de l'équipe, qui reste l'une des meilleures d'Angleterre pendant deux saisons supplémentaires, mais elle ferme une voie de développement sportive et financière au moment précis où Everton paraît le mieux armé pour l'exploiter.
Pour compenser partiellement l'absence des compétitions UEFA, les clubs anglais qui auraient dû être engagés en Europe participent à la Football League Super Cup, compétition créée spécialement pour la saison 1985-1986. Everton atteint la finale contre Liverpool, mais l'épreuve attire peu le public et disparaît après cette unique édition[117].
La saison 1985-1986
modifierKendall modifie son attaque pendant l'été 1985. Andy Gray quitte le club et Everton recrute à Leicester City l'avant-centre international anglais Gary Lineker. L'arrivée d'un buteur plus mobile et particulièrement efficace dans la surface transforme une attaque qui reste soutenue par Sharp, Steven, Sheedy et Heath[118].
La saison produit l'une des courses au titre les plus serrées de l'histoire du club. Lineker inscrit 40 buts toutes compétitions confondues et Everton prend progressivement la tête du championnat[119]. Le 22 février 1986, Everton gagne 2-0 à Anfield grâce notamment à Lineker et possède alors trois points d'avance en tête[120].
Liverpool, désormais entraîné par le joueur-manager Kenny Dalglish, réalise toutefois une fin de saison exceptionnelle. Après cette défaite, Liverpool remporte dix de ses onze rencontres suivantes[121]. Everton reste en tête mais laisse échapper des points décisifs, notamment lors d'une défaite 1-0 à Oxford United le 30 avril, sur le même terrain où Everton avait évité l'élimination en League Cup en janvier 1984[121].
Liverpool devient champion lors de la dernière journée. Everton bat West Ham United 3-1 à Goodison Park mais termine deuxième avec 86 points, deux derrière son rival[122]. Une semaine plus tard, les deux clubs se retrouvent à Wembley pour la première finale de FA Cup entièrement liverpuldienne. Lineker ouvre le score pour Everton, mais Liverpool renverse la rencontre en seconde période et s'impose 3-1, réalisant le doublé championnat-FA Cup[123].
Everton achève ainsi une saison où une équipe capable de produire 87 buts en championnat et portée par le meilleur buteur de la division ne remporte aucun des deux grands trophées nationaux[122]. Le contraste avec 1984-1985 renforce la rivalité entre les deux clubs de Liverpool, qui occupent alors simultanément le sommet du football anglais.
Lineker quitte Everton à l'été 1986 après une seule saison pour rejoindre le FC Barcelone[124]. Son départ, ajouté aux blessures qui affectent plusieurs cadres, oblige Kendall à reconstruire une nouvelle fois une équipe qui vient pourtant de terminer deuxième du championnat et finaliste de la FA Cup.
Le titre de champion 1986-1987
modifierLa saison 1986-1987 met particulièrement à l'épreuve la profondeur de l'effectif. Everton commence la campagne sans disposer régulièrement de plusieurs joueurs qui avaient constitué le cœur de l'équipe championne de 1985. Paul Bracewell manque l'ensemble ou presque de la saison en raison d'une grave blessure à la cheville, Peter Reid est souvent indisponible et Neville Southall revient d'une blessure qui l'avait déjà privé de la fin de la saison précédente[125].
Kendall compense par des solutions moins attendues. Le vétéran Paul Power, recruté à Manchester City à trente-deux ans, fournit expérience et polyvalence, tandis qu'Alan Harper peut occuper plusieurs positions. Trevor Steven et Kevin Sheedy conservent un rôle offensif essentiel, Adrian Heath retrouve une place importante et Graeme Sharp reste la référence de l'attaque[125],[126].
La course au titre évolue fortement pendant l'hiver. Liverpool possède à un moment une avance importante, mais Everton profite de sa propre régularité et des difficultés de son rival pour revenir en tête au printemps[127]. La capacité de Kendall à modifier son milieu de terrain au gré des blessures devient l'un des traits distinctifs de cette campagne : sur le quatuor Reid-Bracewell-Steven-Sheedy qui avait dominé deux ans auparavant, seul Steven est disponible de façon véritablement régulière[127].
Le 25 avril 1987, Everton peut presque assurer le titre lors d'un derby à Anfield, mais Liverpool s'impose 3-1[75]. La défaite ne dérègle toutefois pas l'équipe. Le 4 mai, Everton gagne 1-0 sur le terrain de Norwich City grâce à un but de Pat Van Den Hauwe et devient champion d'Angleterre pour la neuvième fois[128].
Everton termine avec neuf points d'avance sur Liverpool. Kevin Ratcliffe est le seul joueur à participer aux 42 matchs de championnat, tandis que Trevor Steven est le meilleur buteur du club en championnat avec 14 réalisations, devant Kevin Sheedy[128]. Contrairement au titre de 1985, remporté par une équipe dont le onze-type est particulièrement stable, celui de 1987 repose donc sur l'adaptation permanente à une succession de blessures et au départ du meilleur buteur de la saison précédente.
Ce neuvième championnat constitue le quatrième grand trophée remporté par Everton pendant le premier mandat de Kendall, après la FA Cup 1984, le championnat 1985 et la Coupe des vainqueurs de coupe 1985. Il confirme que le succès de 1984-1985 n'était pas un épisode isolé : entre 1984 et 1987, Everton termine également deuxième du championnat et dispute trois finales consécutives de FA Cup[114].
Départ de Kendall et conséquences de l'exclusion européenne (1987)
modifierLe titre de 1987 ne débouche cependant pas sur une nouvelle campagne en Coupe d'Europe. Deux ans après Heysel, l'interdiction imposée aux clubs anglais reste en vigueur et Everton est de nouveau privé de la Coupe des clubs champions[129].
Pour Kendall, cette situation devient déterminante. Après avoir remporté deux championnats anglais en trois saisons mais sans possibilité de retrouver les compétitions continentales, il accepte durant l'été 1987 de devenir entraîneur de l'Athletic Club, à Bilbao[109]. Son adjoint Colin Harvey lui succède à Goodison Park.
Le départ de l'entraîneur met fin au premier cycle de Kendall, marqué par plusieurs succès majeurs. Kendall avait repris en 1981 une équipe installée dans le milieu du classement et confrontée à la domination de Liverpool. Six ans plus tard, il laisse un club qui a remporté quatre trophées majeurs, joué sept finales ou courses décisives pour des titres nationaux et européens et été champion d'Angleterre à deux reprises[114],[102].
L'interdiction européenne prive Everton de la Coupe des clubs champions après ses titres de 1985 et 1987. Le club ne peut donc pas participer à cette compétition avec les équipes championnes du premier mandat de Kendall[115].
De la fin de l'équipe championne à la création de la Premier League (1987-1992)
modifierColin Harvey hérite des champions (1987-1988)
modifierLe départ de Howard Kendall pour l'Athletic Club à l'été 1987 conduit Everton à privilégier la continuité. Son adjoint Colin Harvey, autre membre de la « Holy Trinity » de 1970 et entraîneur de l'équipe première pendant la période la plus victorieuse du premier mandat de Kendall, devient entraîneur. L'encadrement est réorganisé autour de plusieurs anciens joueurs du club, notamment Peter Reid, désormais joueur-entraîneur, et Mick Lyons, chargé de l'équipe réserve[49].
Harvey reprend un effectif encore très proche de celui qui vient de remporter le championnat. Neville Southall, Kevin Ratcliffe, Trevor Steven, Kevin Sheedy, Peter Reid, Graeme Sharp et plusieurs autres cadres restent au club. Cette stabilité permet à Everton de demeurer dans le haut du classement, mais contraste avec la profonde reconstruction menée simultanément par Liverpool, qui recrute notamment John Barnes, Peter Beardsley, John Aldridge et Ray Houghton[130].
Everton termine quatrième de First Division en 1987-1988, avec 70 points[131]. Ce classement, qui aurait normalement placé le club en situation de retrouver une compétition continentale, reste sans conséquence européenne puisque l'interdiction des clubs anglais décidée après le drame du Heysel demeure en vigueur.
La saison révèle surtout les premières limites d'une politique fondée sur la conservation de l'équipe championne. Plusieurs cadres approchent ou dépassent la trentaine, d'autres sont touchés par des blessures récurrentes, et la profondeur qui avait permis à Kendall de remporter le titre de 1987 commence à diminuer. L'historien d'Everton Gavin Buckland identifie cette période comme le début d'un recul qui ne tient pas uniquement aux résultats : le club tarde à adapter simultanément son effectif et son fonctionnement institutionnel à une phase de transformation rapide du football anglais[132].
Renouvellement de l'effectif et finale de FA Cup (1988-1989)
modifierÀ l'été 1988, Harvey engage finalement une importante rénovation de l'effectif. Gary Stevens rejoint les Rangers et Everton recrute Neil McDonald, Pat Nevin, Stuart McCall et surtout Tony Cottee[130]. L'avant-centre de West Ham United est recruté pour 2,2 millions de livres, montant qui constitue alors un nouveau record pour un transfert réalisé par un club britannique[133].
Cottee inscrit trois buts dès ses débuts contre Newcastle United, mais son association avec Graeme Sharp ne produit pas immédiatement l'équilibre attendu. Le nouvel attaquant expliquera plus tard avoir dû s'adapter à une équipe habituée depuis plusieurs saisons à rechercher directement Sharp, tandis que l'intégration simultanée de plusieurs recrues crée une distinction naturelle entre les nouveaux joueurs et les membres de la génération championne[130]. Everton termine huitième du championnat, loin des positions occupées au cours des deux saisons précédentes[131].
La saison prend néanmoins une dimension beaucoup plus importante dans les coupes. Everton atteint la finale de la Full Members' Cup, compétition créée pendant la période d'exclusion des clubs anglais des compétitions européennes, mais s'incline face à Nottingham Forest. Surtout, l'équipe se qualifie pour la finale de la FA Cup, où elle doit retrouver Liverpool[134].
Cette campagne est bouleversée par la catastrophe de Hillsborough du 15 avril 1989, survenue lors de la demi-finale entre Liverpool et Nottingham Forest. Le 3 mai, Everton accueille Liverpool à Goodison Park pour le premier match officiel disputé par son voisin depuis la catastrophe. La rencontre se termine sur le score de 0-0, mais l'événement sportif devient secondaire face au deuil commun : des écharpes rouges et bleues entrelacées sont portées autour du terrain et une banderole dans la tribune des supporteurs de Liverpool remercie la population et les supporteurs d'Everton pour leur solidarité[135].
La finale de FA Cup du 20 mai se déroule elle aussi dans ce contexte. Liverpool ouvre rapidement le score par John Aldridge, mais Stuart McCall égalise à la dernière minute du temps réglementaire. En prolongation, Ian Rush redonne l'avantage à Liverpool ; McCall égalise une seconde fois avant que Rush n'inscrive le but décisif. Everton s'incline 3-2[136].
Everton termine la saison 1988-1989 sans trophée malgré ses finales de Full Members' Cup et de FA Cup. En championnat, le club ne retrouve pas les positions occupées sous le premier mandat de Kendall[134].
Recul sportif et retour de Howard Kendall (1989-1992)
modifierHarvey poursuit le renouvellement en recrutant notamment l'attaquant Mike Newell et l'ancien international de Manchester United Norman Whiteside. L'effectif conserve cependant plusieurs figures de l'équipe du milieu des années 1980, si bien que la transition entre les deux générations demeure incomplète[130].
Everton réalise un début de saison encourageant et occupe brièvement la tête du championnat à l'automne. Il ne parvient toutefois pas à maintenir ce rythme et termine sixième avec 59 points[131]. Cette position confirme que le club reste dans la première moitié de l'élite sans retrouver le niveau nécessaire pour lutter jusqu'au bout pour le titre.
La période est d'autant plus importante qu'elle correspond au retour progressif du football anglais dans les compétitions continentales. La suspension générale imposée après Heysel prend fin en 1990, mais Everton n'obtient pas de place européenne pour la saison suivante. L'équipe qui avait été directement privée de Coupe d'Europe après ses titres de 1985 et 1987 se retrouve ainsi en dehors des premières campagnes de réintégration du football anglais[115].
Le décalage entre la position historique d'Everton et son évolution récente devient plus visible. Dans son étude consacrée aux années 1985-1994, Gavin Buckland relie le recul du club à une combinaison de renouvellement sportif insuffisant, d'indécision au niveau du conseil et d'incertitude croissante autour de la propriété, alors même qu'une nouvelle économie du football anglais commence à se dessiner[132].
Le début de la saison 1990-1991 transforme ce recul en crise ouverte. Everton réalise son plus mauvais départ depuis plusieurs années et se retrouve dans la lutte pour le maintien. Le 31 octobre 1990, Colin Harvey est démis de ses fonctions[137].
Le club se tourne immédiatement vers Howard Kendall. Après son départ de Goodison Park en 1987, celui-ci a entraîné l'Athletic Club puis Manchester City, qu'il a conduit dans le haut du classement de First Division. Il accepte néanmoins de revenir à Everton au début du mois de novembre 1990. Colin Harvey reste au club et redevient son adjoint, reconstituant ainsi le tandem technique de la période victorieuse des années 1980[102].
Kendall retrouve toutefois un Everton très différent de celui qu'il avait quitté champion. Plusieurs cadres de 1987 sont partis ou approchent de la fin de leur carrière, et les recrues de Harvey n'ont pas encore formé une équipe cohérente. Le nouvel entraîneur cherche d'abord à stabiliser les résultats. Everton remonte progressivement au classement et termine neuvième[131].
La saison reste surtout marquée par la FA Cup. Après un premier match nul à Anfield, Everton et Liverpool se retrouvent le 20 février 1991 à Goodison Park pour le match retour de FA Cup. Liverpool prend quatre fois l'avantage ; Everton égalise quatre fois. Graeme Sharp inscrit les deux premiers buts d'Everton, avant que Tony Cottee, entré en fin de rencontre, n'égalise à 3-3 puis à 4-4 pendant la prolongation[138].
Deux jours après ce match, Kenny Dalglish démissionne de son poste d'entraîneur de Liverpool, expliquant par la suite que l'épuisement accumulé, notamment depuis Hillsborough, l'avait empêché de prendre certaines décisions avec la lucidité nécessaire[138]. Everton remporte le second match d'appui 1-0 grâce à un but de Dave Watson, puis est éliminé par West Ham United en quart de finale[135].
La victoire dans cette série de derbies ne signifie pas le retour de l'Everton des années 1980, mais elle offre au deuxième mandat de Kendall son premier moment marquant. Le club atteint également la finale de la Full Members' Cup, perdue contre Crystal Palace après prolongation. Il reste néanmoins sans trophée et termine la saison dans le milieu du classement[138].
Kendall entreprend pendant l'été 1991 une transformation plus profonde. Graeme Sharp, l'un des derniers piliers offensifs de l'équipe championne de 1985, quitte Everton pour Oldham Athletic après onze saisons à Goodison Park. Stuart McCall rejoint les Rangers, tandis que plusieurs autres joueurs de l'équipe constituée sous Harvey sont également transférés[139].
Parmi les recrues figure Peter Beardsley, acheté à Liverpool pour environ un million de livres en août 1991. À trente ans, l'ancien international anglais devient immédiatement le principal créateur offensif d'Everton[140]. Kendall recrute également Mo Johnston, Mark Ward, fait revenir Alan Harper et continue de renouveler un groupe dans lequel Neville Southall, Kevin Ratcliffe, Kevin Sheedy et Dave Watson assurent encore un lien avec la génération précédente[130].
Cette politique ne produit pas de retour immédiat dans le haut du classement. Everton termine douzième de la First Division en 1991-1992, son plus mauvais classement depuis plus d'une décennie[131]. Beardsley est pourtant l'une des réussites de la saison et termine meilleur buteur du club en championnat avec quinze réalisations[141].
Le contraste avec 1987 est désormais considérable. Cinq ans auparavant, Everton venait de remporter son deuxième championnat en trois saisons. À l'été 1992, il demeure un club important de First Division, mais les principaux éléments de l'équipe de Kendall ont été dispersés et quatre saisons consécutives se sont achevées sans classement dans les trois premiers ni trophée majeur[142].
Everton parmi les fondateurs de la Premier League (1990-1992)
modifierCe recul sportif intervient alors qu'Everton joue un rôle important dans la transformation institutionnelle du football anglais. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, le club appartient au groupe surnommé le « Big Five », avec Arsenal, Liverpool, Manchester United et Tottenham Hotspur. Les représentants de ces clubs participent aux discussions visant à accroître le contrôle des principales équipes sur les revenus télévisuels et à créer une compétition indépendante de la Football League[143].
Le président Philip Carter est lui-même l'une des figures de ce mouvement. Il participe depuis les années 1980 à des discussions sur une réorganisation du sommet du football britannique et joue ensuite un rôle dans le groupe de dirigeants qui pousse à la création de la nouvelle ligue[143].
En mai 1992, les clubs de First Division démissionnent collectivement de la Football League et fondent la Premier League, dont la première saison commence le 15 août suivant. Everton figure parmi les vingt-deux membres fondateurs[144].
Everton participe donc à la création d'une compétition destinée à accroître les revenus et l'autonomie des clubs de l'élite au moment où ses propres résultats déclinent. Buckland relie cette période au renouvellement de l'effectif, aux hésitations du conseil et aux incertitudes de propriété[132].
La création de la Premier League en 1992 ouvre ainsi une nouvelle période pour Everton. Everton, membre fondateur de la Football League en 1888, devient également membre fondateur de la Premier League cent quatre ans plus tard. Mais alors que le club avait abordé la première révolution comme l'une des forces sportives ascendantes du pays, il entre dans la seconde après cinq années de recul depuis son dernier titre national. La question centrale de la période suivante n'est plus seulement de retrouver un trophée : elle devient celle de la capacité d'Everton à préserver son statut parmi les grandes institutions anglaises dans un football désormais transformé par la télévision et l'accélération des revenus commerciaux[143],[145].
Des débuts de la Premier League à l'arrivée de David Moyes (1992-2002)
modifierPremières saisons en Premier League (1992-1994)
modifierEverton aborde la première saison de la Premier League avec Howard Kendall à la tête d'une équipe qui n'a plus la stature sportive de celle qu'il avait conduite au titre cinq ans auparavant. Le club demeure l'une des grandes institutions historiques du football anglais et a participé activement aux discussions ayant conduit à la création de la nouvelle compétition, mais son effectif est désormais engagé dans une reconstruction permanente. Les revenus croissants de la télévision commencent parallèlement à modifier l'économie du championnat, donnant une importance nouvelle à la capacité des clubs à investir, à développer leurs infrastructures commerciales et à rester régulièrement dans le haut du classement[132].
Everton termine treizième de la première édition de la Premier League en 1992-1993[131]. Le classement confirme son éloignement du groupe de tête, malgré la présence de joueurs expérimentés comme Neville Southall, Dave Watson, Peter Beardsley ou Tony Cottee. Kendall poursuit son renouvellement mais ne parvient pas à former une équipe suffisamment régulière pour retrouver les places européennes.
Le deuxième mandat de l'entraîneur s'achève en décembre 1993. Après avoir été confronté à plusieurs désaccords avec le conseil d'administration sur la politique sportive et le recrutement, Kendall démissionne alors qu'Everton est installé dans la seconde moitié du classement[102]. Jimmy Gabriel assure brièvement l'intérim avant que le club ne recrute en janvier 1994 Mike Walker, dont le travail à Norwich City avait été remarqué après une troisième place en Premier League et un parcours européen.
Le changement d'entraîneur intervient au moment où la propriété du club évolue également. L'homme d'affaires Peter Johnson, alors propriétaire de Tranmere Rovers, prend le contrôle d'Everton au cours de la saison 1993-1994. Il acquiert environ 68 % du capital pour un investissement de l'ordre de dix millions de livres et promet de replacer le club parmi les principales forces du football anglais[146]. Cette prise de contrôle crée de nouvelles attentes, mais ne produit pas immédiatement de stabilité sportive.
Walker obtient d'abord plusieurs résultats positifs mais Everton s'effondre pendant la seconde moitié du printemps. À l'approche de la dernière journée de 1993-1994, le club risque une relégation qui mettrait fin à quarante saisons consécutives dans l'élite. Everton doit battre Wimbledon à Goodison Park tout en dépendant des résultats de plusieurs concurrents directs[147].
La rencontre du 7 mai 1994 devient l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire moderne de Goodison. Wimbledon mène 2-0 après une dizaine de minutes. Graham Stuart réduit l'écart sur penalty avant que Barry Horne n'égalise d'une frappe lointaine. À neuf minutes de la fin, Stuart inscrit le but du 3-2. Everton achève ainsi la journée hors de la zone de relégation, tandis que Sheffield United descend en deuxième division[147],[148].
Le maintien de 1994 intervient deux saisons après la création de la Premier League, alors qu'Everton avait lui-même participé aux discussions ayant conduit à sa fondation. Le club termine finalement dix-septième[147].
Joe Royle, des « Dogs of War » à la FA Cup (1994-1995)
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Le maintien de mai 1994 ne sauve que temporairement Mike Walker. Everton commence la saison 1994-1995 par une série de mauvais résultats et reste au bas du classement. En novembre, après un début de championnat qui n'a produit que huit points en quatorze rencontres, Johnson met fin au contrat de l'entraîneur[146].
Le club fait alors appel à Joe Royle, ancien avant-centre d'Everton devenu entraîneur après une longue carrière à Oldham Athletic. Royle retrouve Goodison avec une mission immédiate de maintien. Son premier match, le 21 novembre 1994, est un derby contre Liverpool. Everton s'impose 2-0, résultat qui contribue à transformer l'atmosphère autour d'une équipe jusqu'alors dernière du championnat[149].
Royle organise son équipe autour d'une forte intensité défensive et d'un milieu particulièrement combatif. Barry Horne, Joe Parkinson, John Ebbrell et Graham Stuart incarnent cette approche, bientôt associée au surnom de « Dogs of War ». L'expression, d'abord utilisée avec une part d'ironie par l'entraîneur, devient l'une des caractéristiques les plus connues de cette équipe[150]. Elle ne résume toutefois pas entièrement le groupe, où figurent également des joueurs créatifs comme Anders Limpar ainsi que des attaquants aux profils différents, parmi lesquels Paul Rideout, Daniel Amokachi et Duncan Ferguson.
Ferguson prend rapidement une importance particulière. Initialement prêté par les Rangers, l'attaquant écossais est recruté définitivement au cours de la saison. Sa puissance dans le jeu aérien et son tempérament en font rapidement une figure majeure de Goodison, malgré des blessures et des problèmes disciplinaires qui accompagnent une partie de sa carrière[150].
En championnat, Everton reste engagé dans la lutte pour le maintien jusque dans les dernières semaines. Royle parvient néanmoins à stabiliser suffisamment l'équipe pour qu'elle conserve sa place dans l'élite, terminant quinzième[131]. Parallèlement, le parcours en FA Cup transforme la saison.
Everton élimine notamment Newcastle United puis domine Tottenham Hotspur 4-1 en demi-finale à Elland Road. En finale, le 20 mai 1995, le club affronte le tenant du trophée, Manchester United, à Wembley. United est largement favori et cherche à éviter une saison sans trophée après avoir perdu le championnat lors de la dernière journée[151].
À la demi-heure de jeu, Graham Stuart frappe la barre transversale après une contre-attaque ; Paul Rideout reprend de la tête le ballon revenu dans la surface et marque l'unique but de la finale[151]. Everton résiste ensuite aux offensives de Manchester United, Neville Southall réalisant plusieurs interventions importantes en fin de rencontre, et s'impose 1-0[152].
La victoire offre à Everton sa cinquième FA Cup et son premier trophée majeur depuis le championnat de 1987. À la fin de la saison 2025-2026, elle demeure le dernier trophée majeur remporté par le club[151].
Saisons 1995-1997
modifierLa victoire en Coupe donne à Royle les moyens de renforcer son équipe. Durant l'été 1995, Everton réalise l'un des recrutements les plus remarqués du marché anglais en faisant venir de Manchester United l'ailier russe Andreï Kanchelskis[146]. Sa vitesse et sa capacité à marquer apportent au jeu offensif une dimension plus directe et plus technique que celle associée à la seule image des « Dogs of War ».
Everton réalise en 1995-1996 sa meilleure saison de championnat depuis le départ du premier Howard Kendall. L'équipe termine sixième de Premier League[131]. Kanchelskis devient l'un des joueurs les plus décisifs, tandis que Duncan Ferguson, Gary Speed, Neville Southall et Dave Watson fournissent un noyau d'expérience. En novembre 1995, deux buts de Kanchelskis permettent notamment à Everton de gagner 2-1 à Anfield, prolongeant le redressement dans le derby amorcé sous Royle[153].
Le club participe également à la Coupe des vainqueurs de coupe, sa première campagne européenne depuis l'interdiction consécutive au Heysel. L'aventure s'arrête toutefois dès le deuxième tour face au Feyenoord Rotterdam. Le retour en Europe reste donc bref et ne débouche pas sur la restauration du statut continental qu'Everton avait acquis en 1985[154].
Les ambitions augmentent encore à l'été 1996 avec le recrutement de Nick Barmby à Middlesbrough pour 5,75 millions de livres, nouveau record du club[146]. Mais la dynamique se renverse. Les blessures, l'irrégularité offensive et plusieurs désaccords concernant le recrutement détériorent les relations entre Royle et la direction. Kanchelskis est vendu à la Fiorentina en février 1997 pour huit millions de livres[146].
Le mois suivant, Royle souhaite renforcer son équipe avant la fermeture du marché mais le conseil refuse plusieurs opérations, dont un projet de recrutement de Tore André Flo. L'entraîneur démissionne en mars 1997[146],[155]. Le capitaine Dave Watson assure l'intérim jusqu'à la fin de la saison, Everton terminant quinzième.
La dynamique ouverte par la FA Cup 1995 et la sixième place de 1995-1996 ne se prolonge pas. En mars 1997, Royle a quitté le club, Kanchelskis a été transféré et Everton retrouve la seconde moitié du classement[156].
Troisième mandat de Kendall et maintien de 1998
modifierPendant l'été 1997, Everton se tourne une troisième fois vers Howard Kendall. Ce troisième recours à Kendall illustre la difficulté du club à définir une direction sportive indépendante de son passé victorieux. Kendall revient pourtant dans des conditions encore plus difficiles que lors de son deuxième mandat : les relations entre Peter Johnson et une partie du conseil et des supporteurs se détériorent, tandis que les moyens de recrutement restent limités par rapport à ceux des clubs désormais installés au sommet de la Premier League[102].
La saison 1997-1998 tourne rapidement à la lutte pour le maintien. Everton éprouve de grandes difficultés offensives malgré la présence de Duncan Ferguson et de jeunes joueurs comme Michael Ball. Le club atteint la dernière journée avec un point de retard sur Bolton Wanderers et doit obtenir un résultat contre Coventry City à Goodison tout en surveillant la rencontre de Bolton à Chelsea[157].
Le 10 mai 1998, Everton concède un match nul 1-1 contre Coventry. Le résultat ne suffit que parce que Bolton perd à Stamford Bridge. Les deux clubs terminent avec le même nombre de points, mais Everton conserve sa place en Premier League grâce à une meilleure différence de buts[157]. Duncan Ferguson, alors capitaine, décrira plus tard l'intensité de la pression entourant cette rencontre et l'effondrement émotionnel qui suit le maintien[158].
Everton termine ainsi dix-septième, évitant la relégation pour la deuxième fois en quatre ans lors de la dernière journée[131]. Kendall quitte le club d'un commun accord en juin 1998[102]. Le contraste avec ses deux premiers mandats est particulièrement fort : l'homme qui avait conduit Everton au sommet de l'Angleterre et de l'Europe dans les années 1980 quitte cette fois après avoir simplement assuré, de justesse, la survie dans l'élite.
Walter Smith face à la crise financière et institutionnelle (1998-2000)
modifierEverton recrute le 1er juillet 1998 Walter Smith, qui vient de quitter les Rangers après avoir remporté une série de titres en Écosse. Il devient le quatrième entraîneur permanent du club en quatre ans[159]. Son expérience contraste avec l'instabilité récente de Goodison, mais sa capacité à reconstruire l'équipe est rapidement limitée par les finances du club.
La crise éclate publiquement en novembre 1998. Après une victoire contre Newcastle United, Duncan Ferguson apprend lui-même à Smith qu'il vient d'être vendu au club du Nord-Est pour huit millions de livres. Le transfert a été négocié sans l'accord ni même la connaissance préalable de l'entraîneur[160]. La direction indique à Smith que l'argent servira principalement à réduire un découvert bancaire estimé à environ vingt millions de livres plutôt qu'à financer de nouveaux joueurs[160].
L'épisode met en évidence le décalage entre les ambitions sportives affichées au début de la présidence Johnson et la situation financière réelle du club. Quelques jours plus tard, Johnson annonce son retrait de la présidence et met sa participation majoritaire en vente[146]. Everton entre alors dans une longue période de négociation autour de son contrôle.
Sur le terrain, Smith parvient à éloigner progressivement l'équipe de la zone de relégation et Everton termine quatorzième en 1998-1999[159]. L'entraîneur construit une équipe autour de plusieurs joueurs expérimentés, dont Richard Gough, David Weir, Don Hutchison et Kevin Campbell. L'arrivée de Campbell en prêt au printemps 1999 est particulièrement importante : ses buts contribuent fortement au maintien avant son recrutement définitif.
La saison suivante apporte davantage de stabilité et Everton termine treizième[131]. Mais l'événement institutionnel majeur a lieu hors du terrain. Après plus d'une année de négociations, un consortium conduit par le producteur de théâtre et administrateur du club Bill Kenwright rachète les 68 % détenus par Peter Johnson. L'opération, d'un peu plus de vingt millions de livres, est finalisée le 25 janvier 2000[161].
Kenwright prend le contrôle par l'intermédiaire de True Blue Holdings avec plusieurs partenaires. Il présente l'acquisition comme la première étape d'un projet destiné à replacer Everton au niveau correspondant à son histoire[161]. Le changement met fin à l'ère Johnson mais ne supprime pas les contraintes financières qui pèsent sur le club.
Contraintes financières et fin du mandat Walter Smith (2000-2002)
modifierLe début des années 2000 confirme les difficultés structurelles d'Everton. Smith dispose de peu de marge financière et doit souvent équilibrer ses recrutements par des ventes. Plusieurs joueurs prestigieux mais vieillissants, comme Paul Gascoigne, arrivent à Goodison, tandis que le club continue de s'appuyer sur ses jeunes joueurs et sur des recrues à coût limité[162].
La nécessité de réduire l'endettement entraîne notamment les ventes de Francis Jeffers à Arsenal et de Michael Ball aux Rangers en 2001. Au moment du départ de Smith, la presse souligne que ces opérations ont contribué à préserver la stabilité financière du club mais ont également réduit les possibilités sportives de l'entraîneur[163].
Everton termine seizième en 2000-2001[131]. La saison suivante suit une trajectoire similaire. Une série d'une seule victoire en treize rencontres ramène l'équipe au voisinage immédiat de la zone de relégation au début du printemps 2002[163]. L'élimination 3-0 contre Middlesbrough en quart de finale de FA Cup précède de peu la décision du conseil.
Le 13 mars 2002, Walter Smith est congédié après trois ans et demi à Goodison. Everton n'a remporté aucun trophée ni retrouvé les places européennes pendant son mandat, mais l'évaluation de cette période ne peut être séparée des difficultés financières et des tensions de propriété qui ont limité ses possibilités. Son passage se déroule dans un club que son propre obituary du Guardian décrit comme fortement contraint par le manque de liquidités, même si Smith contribue à maintenir Everton dans l'élite pendant la transition entre Johnson et Kenwright[162].
Cette faiblesse financière se manifeste également dans la question du stade. Goodison Park reste un lieu central de l'identité du club, mais ses recettes sont désormais faibles par comparaison avec celles des enceintes modernisées ou agrandies de plusieurs concurrents. Sous Kenwright, Everton s'intéresse au projet de construction d'un nouveau stade dans le cadre du réaménagement de King's Dock. Le club espère qu'une nouvelle enceinte pourra augmenter durablement ses revenus, mais peine déjà à réunir la contribution financière nécessaire[164].
Au début des années 2000, l'écart économique avec les clubs régulièrement qualifiés pour la Ligue des champions est devenu considérable. Le Guardian évalue en 2002 le chiffre d'affaires annuel d'Everton autour de 38 millions de livres, contre environ 83 millions pour Liverpool[164]. Ce décalage résume une grande partie de la décennie : Everton avait été l'un des acteurs de la création de la Premier League, mais n'avait pas réussi à profiter de la croissance de la compétition au même rythme que les clubs occupant régulièrement ses premières places.
La stabilisation sous David Moyes (2002-2013)
modifierArrivée de Moyes et émergence de Wayne Rooney (2002-2003)
modifierAprès le départ de Smith, la direction se tourne vers David Moyes, jeune entraîneur de Preston North End. Âgé de trente-huit ans, l'Écossais a conduit Preston de la troisième division aux play-offs d'accession à la Premier League et est considéré comme l'un des entraîneurs britanniques les plus prometteurs de sa génération[165].
Everton obtient son arrivée le 14 mars 2002 moyennant une indemnité d'environ un million de livres versée à Preston[165]. Moyes accepte immédiatement la proposition, qu'il présente comme l'occasion de rejoindre un grand club malgré sa situation sportive difficile. Avant de prendre ses fonctions, il rencontre Walter Smith afin de discuter des forces et faiblesses de l'effectif[165].
Le nouvel entraîneur débute par une victoire 2-1 contre Fulham à Goodison Park. Everton s'éloigne progressivement de la zone de relégation et termine finalement quinzième[131]. Le maintien clôt une décennie pendant laquelle le club a changé six fois d'entraîneur permanent, survécu deux fois lors de la dernière journée, connu deux changements majeurs de contrôle actionnarial et remporté un seul trophée, la FA Cup 1995.
La nomination de Moyes intervient ainsi dans un contexte de forte instabilité sportive et institutionnelle. Everton cherche alors une stabilité qui lui a manqué depuis la fin des années 1980. Le club reste contraint financièrement, Goodison produit moins de revenus que les stades de plusieurs concurrents et l'écart avec les puissances nouvelles de la Premier League s'est fortement creusé[164]. Le mandat ouvert en mars 2002 doit permettre de déterminer si Everton peut reconstruire une équipe compétitive sans disposer des moyens financiers des clubs qui dominent désormais le championnat.

Au printemps 2002, David Moyes hérite d'un club installé depuis plusieurs années dans la seconde moitié du classement et dont les moyens financiers restent limités. Dès sa présentation, le jeune entraîneur écossais insiste sur la nécessité de reconstruire une culture de travail et de redonner au club une identité forte[166].
Le maintien acquis, Moyes entreprend dès son premier été une rénovation de l'effectif. Il cherche à abaisser l'âge moyen d'une équipe qui comptait encore plusieurs joueurs proches de la fin de leur carrière et accorde davantage de place aux jeunes du centre de formation[167]. Cette politique coïncide avec l'émergence du joueur le plus attendu par l'académie d'Everton depuis plusieurs décennies : Wayne Rooney.
Rooney, âgé de seize ans, dispute son premier match de Premier League le 17 août 2002 contre Tottenham Hotspur[168]. Le 19 octobre suivant, il entre en jeu contre Arsenal, champion en titre et invaincu depuis trente rencontres de championnat. Dans les dernières minutes, Rooney marque d'une frappe lointaine qui donne à Everton une victoire 2-1. Âgé de seize ans et 360 jours selon le décompte actuel de la Premier League, il devient alors le plus jeune buteur de l'histoire de la compétition, record rapidement battu ensuite par James Milner puis par un autre joueur d'Everton, James Vaughan[169].
L'impact de Rooney dépasse ses buts. Son apparition donne une nouvelle visibilité nationale à Everton et accompagne le redressement collectif entrepris par Moyes. Après plusieurs saisons consacrées à éviter la relégation, le club reste pendant une grande partie de 2002-2003 parmi les six premiers. Il termine finalement septième, échouant de peu à obtenir une qualification pour la Coupe UEFA lors de la dernière journée[170]. Cette place constitue son meilleur classement depuis la sixième position obtenue sous Joe Royle en 1995-1996.
Saison 2003-2004, King's Dock et départ de Rooney
modifierEverton ne confirme pas immédiatement sa septième place. L'équipe éprouve davantage de difficultés offensives pendant la saison 2003-2004 et retombe dans la lutte pour le maintien. Elle termine dix-septième, une place seulement au-dessus de la zone de relégation[171]. Ce recul contraste avec la progression observée lors de la première saison complète de Moyes.
Les difficultés sportives se doublent d'un revers stratégique concernant le stade. Depuis le début de la présidence de Bill Kenwright, Everton cherche à quitter ou à transformer Goodison Park afin d'accroître ses recettes de match. Le projet le plus ambitieux prévoit la construction d'une nouvelle enceinte sur le site de King's Dock, sur le front de mer de Liverpool. Le club est choisi comme partenaire privilégié du projet mais ne parvient pas à réunir les fonds nécessaires. L'opération est abandonnée en 2003[172].
L'avenir de Rooney devient justement le principal dossier sportif de l'été 2004. Après deux saisons en équipe première et un Euro 2004 qui confirme son statut international, l'attaquant souhaite rejoindre un club disputant régulièrement les compétitions européennes. Everton refuse d'abord plusieurs offres, Moyes affirmant publiquement que le joueur ne sera vendu qu'au prix fixé par le club[173].
Rooney rejoint finalement Manchester United le 31 août 2004. Le montant initial est d'environ vingt millions de livres et peut atteindre environ vingt-sept millions selon différentes clauses, ce qui fait alors de lui le joueur adolescent le plus cher de l'histoire du football[174]. La vente est douloureuse sportivement et symboliquement, mais elle apporte au club des ressources financières considérables par rapport à ses moyens de l'époque[167].
Quatrième place et qualification européenne (2004-2005)
modifierLe départ de son joueur le plus talentueux, ajouté à la dix-septième place de la saison précédente, fait d'Everton l'un des candidats annoncés à une nouvelle lutte pour le maintien en 2004-2005. Moyes doit également composer avec des tensions au niveau de la propriété du club et ne peut pas réinvestir immédiatement l'intégralité du produit du transfert de Rooney[171].
L'entraîneur recrute néanmoins deux joueurs qui deviennent importants dans la reconstruction : l'attaquant Marcus Bent et surtout le milieu australien Tim Cahill, acheté à Millwall pour environ 1,5 million de livres[175]. Cahill incarne rapidement plusieurs caractéristiques recherchées par Moyes : activité, agressivité dans les duels, capacité à se projeter dans la surface et efficacité sur les coups de pied arrêtés. Sa réussite illustre la politique de recrutement à faible coût menée par Moyes[176].
Everton adopte un jeu compact et discipliné, fondé sur une défense solide et un milieu de terrain travailleur. L'équipe s'installe dès l'automne parmi les premières places et résiste pendant toute la saison à la concurrence de Liverpool pour la quatrième position. En janvier 2005, Moyes obtient également le prêt du milieu espagnol Mikel Arteta, qui apporte davantage de créativité au jeu[177].
Le 7 mai 2005, Liverpool perd sur le terrain d'Arsenal. Le lendemain, Everton bat Newcastle United 2-0 à Goodison Park, avec notamment un but de Tim Cahill, et s'assure la quatrième place de Premier League[178],[179].
Everton termine quatrième et obtient le droit de participer aux tours qualificatifs de la Ligue des champions. Le club devance Liverpool en championnat, tandis que son voisin remporte quelques semaines plus tard la compétition européenne[178].
Élimination en Ligue des champions et consolidation (2005-2007)
modifierLa qualification en Ligue des champions ne se transforme pas en participation à la phase de groupes. Le tirage du troisième tour préliminaire oppose Everton à Villarreal, demi-finaliste de la Coupe UEFA la saison précédente et future demi-finaliste de cette édition de la Ligue des champions. Everton perd 2-1 à Goodison Park puis sur le même score en Espagne, soit 4-2 sur l'ensemble des deux rencontres[180],[181].
La réponse de Moyes consiste à poursuivre la construction d'un groupe plus stable. Le défenseur Phil Neville avait rejoint le club en 2005 et devient progressivement capitaine ; le gardien américain Tim Howard arrive en 2006, d'abord en prêt avant un transfert définitif. Joleon Lescott est également recruté à Wolverhampton Wanderers. Ces joueurs, ajoutés à Arteta, Cahill, Leon Osman, Tony Hibbert et plusieurs membres déjà présents, donnent à Everton une ossature plus régulière[167].
En 2006-2007, Everton termine sixième et retrouve une qualification pour la Coupe UEFA[167]. La saison confirme surtout que la quatrième place de 2005 n'a pas été suivie d'un retour durable dans la lutte pour la Ligue des champions, mais qu'Everton peut désormais viser régulièrement la première moitié du classement et les places européennes. Cette évolution marque une rupture avec la décennie précédente, au cours de laquelle le club avait alterné quelques bonnes saisons et plusieurs luttes pour le maintien.
Cinquième place et parcours européen (2007-2008)
modifierL'été 2007 renforce cette stratégie de continuité. Moyes recrute notamment le défenseur Phil Jagielka à Sheffield United et le latéral gauche Leighton Baines à Wigan Athletic pour un montant estimé à six millions de livres[182]. L'attaquant nigérian Yakubu rejoint également Everton et devient alors l'une des acquisitions les plus coûteuses de l'histoire du club.
La saison 2007-2008 est la plus dense depuis 2004-2005. En League Cup, Everton atteint les demi-finales, où Chelsea l'élimine en deux manches. En Coupe UEFA, le club remporte ses quatre matchs de phase de groupes, puis élimine le club norvégien de Brann. La victoire 6-1 au retour à Goodison constitue alors un record d'Everton dans une rencontre européenne, Yakubu inscrivant un triplé[183].
En huitième de finale, Everton affronte la Fiorentina. Après une défaite 2-0 en Italie, Everton remporte à son tour le match retour 2-0 à Goodison Park. La qualification se décide aux tirs au but ; Jagielka manque le dernier penalty et la Fiorentina se qualifie[184].
En championnat, Everton lutte longtemps avec Liverpool pour la quatrième place avant de terminer cinquième. Il obtient ainsi une nouvelle qualification européenne[185]. Pour la première fois depuis les années 1980, le club enchaîne donc plusieurs saisons consécutives au cours desquelles la qualification continentale devient un objectif régulier.
Cinquième place et finale de FA Cup (2008-2009)
modifierLa saison 2008-2009 révèle simultanément la solidité et les limites du modèle construit depuis 2002. Everton traverse un été difficile sur le marché des transferts et ne réalise l'essentiel de ses recrutements que dans les derniers jours. Le 1er septembre, le club paie environ quinze millions de livres au Standard de Liège pour le milieu belge Marouane Fellaini, nouveau record de transfert d'Everton[186].
La même semaine, la prise de contrôle de Manchester City par l'Abu Dhabi United Group souligne brutalement l'évolution financière de la Premier League. Bill Kenwright reconnaît publiquement qu'Everton ne peut pas continuer à financer les ambitions de Moyes par l'emprunt et réaffirme sa recherche d'un investisseur disposant de moyens supérieurs[187].
Sportivement, l'équipe réussit pourtant à maintenir sa position. Yakubu subit une grave blessure au tendon d'Achille et Everton est privé pendant une partie de l'hiver de presque tous ses attaquants reconnus. Moyes utilise alors régulièrement Tim Cahill ou Fellaini en pointe, tandis que la défense menée par Jagielka, Lescott, Baines et Howard assure une grande stabilité[188].
Everton termine cinquième de Premier League pour la deuxième saison consécutive[185]. La continuité au sommet de la seconde moitié du « Big Four » est remarquable compte tenu de la différence de moyens. Moyes estime à la veille de la finale de FA Cup que l'effectif de Chelsea représente environ 330 millions de livres d'investissement contre environ 90 millions pour celui d'Everton[189].
Le parcours en FA Cup offre au club sa meilleure possibilité de trophée depuis 1995. Everton élimine notamment Liverpool après un match d'appui à Goodison Park, puis affronte Manchester United en demi-finale à Wembley. Après un 0-0, Tim Howard arrête les tirs au but de Dimitar Berbatov et Rio Ferdinand, avant que Phil Jagielka n'inscrive le penalty décisif[190].
En finale, le 30 mai, Everton affronte Chelsea. Louis Saha ouvre le score après environ vingt-cinq secondes, établissant alors le but le plus rapide de l'histoire d'une finale de FA Cup. Chelsea égalise par Didier Drogba puis prend l'avantage en seconde période grâce à Frank Lampard et s'impose 2-1[12].
Everton termine cinquième pour la deuxième saison consécutive mais reste sans trophée. Les comparaisons financières publiées à l'époque montrent que son effectif et sa masse salariale restent nettement inférieurs à ceux des principaux clubs du haut du classement[189],[185].
Projet de stade et actionnariat (2006-2010)
modifierLa régularité sportive contraste avec l'absence de solution durable aux problèmes d'infrastructure et de financement. Après l'échec de King's Dock, Everton étudie le projet de stade à Kirkby, en dehors des limites administratives de Liverpool. Le plan, développé avec Tesco, prévoit une enceinte d'environ 50 000 places intégrée à un vaste projet commercial[191].
Le projet divise profondément les supporteurs. Lors d'un vote organisé en 2007, une majorité d'environ 59 % des votants se prononce en faveur du déménagement, mais une importante opposition demeure, notamment en raison du départ hors de Liverpool et des interrogations sur les gains financiers attendus[192].
Après une enquête publique, le gouvernement rejette finalement le projet en novembre 2009. Everton se retrouve une nouvelle fois sans solution de remplacement pour Goodison Park[193]. Moyes affirme alors son intention de rester mais appelle ouvertement à l'arrivée de nouveaux investissements[194].
Les comptes illustrent cette tension. Pour l'exercice clos en mai 2008, Everton affiche 76 millions de livres de chiffre d'affaires, une masse salariale de 44,5 millions et environ 39 millions de dettes[185]. L'année suivante, malgré un chiffre d'affaires record de 79,7 millions de livres et une cinquième place en championnat, le club annonce une perte d'exploitation de 6,7 millions[195].
Everton se trouve donc dans une position inhabituelle : les résultats sportifs sont beaucoup plus stables que pendant les années 1990, mais le club ne dispose ni d'un propriétaire capable de financer durablement une forte expansion, ni d'un nouveau stade susceptible de transformer ses recettes commerciales. Ce décalage devient l'un des principaux éléments explicatifs de la seconde moitié du mandat Moyes[185].
Régularité en championnat (2009-2012)
modifierLes saisons suivantes illustrent de plus en plus les contraintes financières. Moyes doit régulièrement vendre avant de pouvoir recruter et recourt aux prêts ou à des transferts relativement peu coûteux. L'arrivée temporaire de Landon Donovan pendant l'hiver 2009-2010 symbolise cette recherche d'opportunités adaptées aux moyens disponibles[196].
Ces efforts ne suffisent pas toujours à retenir les principaux actifs. Arteta rejoint Arsenal le dernier jour du marché des transferts de l'été 2011, tandis que d'autres départs permettent régulièrement d'équilibrer les comptes ou de financer les recrutements suivants. Moyes doit donc renouveler son effectif sans disposer d'un budget comparable à celui des clubs placés devant Everton[167].
Malgré ce contexte, les résultats restent remarquablement réguliers. Everton termine septième en 2010-2011 puis de nouveau septième en 2011-2012[167]. L'équipe de la fin de période s'appuie sur Howard, Jagielka, Baines, Sylvain Distin, Osman et Fellaini, auxquels s'ajoutent plusieurs recrues à forte valeur relative comme Steven Pienaar ou des joueurs issus de l'académie.
L'utilisation croissante de l'analyse statistique contribue également au fonctionnement du club. Sous Moyes, Everton développe des outils permettant d'assister le recrutement, l'analyse des adversaires et l'évaluation des performances. Des études consacrées à l'évolution de l'analyse de données dans le football anglais citeront ensuite Everton comme l'un des clubs ayant régulièrement obtenu des résultats supérieurs à ce que suggéraient ses moyens salariaux et financiers[197].
Le développement de la formation accompagne cette approche. Après Rooney, Everton donne notamment une place importante à Jack Rodwell et prépare l'intégration de Ross Barkley. Le centre d'entraînement de Finch Farm, qui regroupe équipe première et académie, devient le cadre de cette politique de développement[167].
Dernière saison et départ de Moyes (2012-2013)
modifierLa saison 2012-2013 constitue l'une des plus abouties du mandat sur le plan du jeu. Moyes dispose d'un groupe expérimenté auquel s'ajoutent plusieurs joueurs capables d'apporter davantage de créativité et de puissance offensive. Fellaini est utilisé plus haut sur le terrain, Nikica Jelavić puis Kevin Mirallas apportent différentes solutions offensives, tandis que Baines et Séamus Coleman donnent à l'équipe une forte capacité de progression sur les côtés[167].
Le club termine finalement sixième de Premier League et devant Liverpool pour la deuxième saison consécutive[167]. Cette régularité contraste avec les dix saisons précédant le premier exercice complet de Moyes : Everton avait alors terminé entre la treizième et la dix-septième place à huit reprises. Au cours des dix saisons suivantes, il termine notamment quatrième une fois, cinquième deux fois, sixième deux fois et septième à plusieurs reprises[167].
La principale limite demeure l'absence de trophée. La finale de FA Cup 2009 reste le meilleur résultat du club dans une grande compétition sous Moyes. En mars 2013, une défaite 3-0 à domicile contre Wigan Athletic en quart de finale de FA Cup provoque une forte déception et alimente les critiques d'une partie des supporteurs sur la capacité de l'équipe à franchir un dernier palier[167].
Cette frustration est liée aux contraintes économiques persistantes. Au printemps 2013, Everton dispose seulement de la dixième masse salariale de Premier League, ne bénéficie pas d'un financement important de la part de ses propriétaires et continue à emprunter contre des revenus futurs. Le club affiche alors des pertes malgré ses classements régulièrement supérieurs à ce que suggère sa puissance financière[198].
La situation change après l'annonce de la retraite d'Alex Ferguson à Manchester United. Le 9 mai 2013, Manchester United annonce que Moyes lui succédera à partir du 1er juillet. L'Écossais explique qu'il n'avait pas initialement prévu de quitter Everton et que son choix s'est imposé lorsque Ferguson lui a proposé de prendre sa succession[199],[200].
Son départ met fin à un mandat de plus de onze ans. Moyes quitte Everton sans trophée, mais après avoir installé le club de façon régulière dans la première moitié du classement et obtenu plusieurs qualifications européennes[201].
Cette amélioration n'a cependant pas résolu les problèmes structurels identifiés au début de son mandat. Everton reste à Goodison Park après les échecs de King's Dock et de Kirkby, continue de rechercher de nouveaux investissements et possède des ressources salariales nettement inférieures à celles des principales puissances de la ligue[198]. La réussite du cycle Moyes repose en grande partie sur la stabilité de l'encadrement, la qualité du recrutement, la formation et l'exploitation de moyens limités. Son départ met fin à onze années de continuité sur le banc et ouvre une période de changements plus fréquents à la tête de l'équipe.
Nouvelles ambitions et instabilité sportive (2013-2021)
modifierRoberto Martínez (2013-2016)
modifierAprès le départ de David Moyes pour Manchester United, Everton choisit en juin 2013 Roberto Martínez, qui vient de remporter la FA Cup avec Wigan Athletic malgré la relégation de son équipe[202].
Martínez ne cherche pas à rompre entièrement avec l'héritage de Moyes. Il conserve une grande partie du noyau constitué au cours de la décennie précédente, notamment Leighton Baines, Phil Jagielka, Séamus Coleman, Leon Osman et Tim Howard, mais modifie sensiblement l'approche avec ballon. Everton adopte davantage de possession et relance plus systématiquement depuis la défense, tout en donnant des responsabilités croissantes aux jeunes Ross Barkley et John Stones[203].
Le recrutement repose largement sur les prêts. Gareth Barry arrive de Manchester City, Gerard Deulofeu du FC Barcelone et surtout Romelu Lukaku de Chelsea. L'attaquant belge inscrit quinze buts en Premier League et donne à Everton une puissance offensive qui complète le jeu plus technique recherché par Martínez[204].
Pour sa première saison, Martínez conduit Everton à la cinquième place avec 72 points, meilleur total du club dans l'ère Premier League[204].
Pendant l'été 2014, Everton cherche à transformer le succès de la saison précédente en projet durable. Le club recrute définitivement Gareth Barry et réalise surtout le transfert le plus cher de son histoire en achetant Romelu Lukaku à Chelsea pour 28 millions de livres[204]. L'opération marque une évolution importante par rapport aux années Moyes : Everton accepte désormais de concentrer une part considérable de ses ressources sur un joueur considéré comme capable de porter l'équipe sur plusieurs saisons.
La campagne européenne commence de manière encourageante. Qualifié pour la Ligue Europa 2014-2015, Everton termine premier de son groupe devant Wolfsburg, Lille et Krasnodar, puis élimine les Young Boys de Berne en seizièmes de finale. En huitièmes, il bat le Dynamo Kiev 2-1 à Goodison Park mais s'effondre au retour en Ukraine, perdu 5-2. Le Dynamo se qualifie 6-4 sur l'ensemble des deux rencontres[205].
Le contraste avec le championnat est marqué. Everton ne retrouve ni la fluidité ni la régularité de 2013-2014. Martínez attribue en partie le recul à la charge de la compétition européenne, mais l'équipe souffre également de problèmes défensifs et d'une circulation de balle devenue plus lente face aux adversaires regroupés[64].
La troisième saison de Martínez accentue le décalage entre le potentiel individuel de l'effectif et ses résultats. Everton dispose alors de Lukaku, Barkley, Stones, Coleman, Jagielka, Baines, James McCarthy, Gerard Deulofeu et plusieurs autres internationaux, mais reste particulièrement irrégulier à Goodison Park. Les qualités offensives de l'équipe sont fréquemment compromises par son incapacité à conserver un avantage ou à contrôler les transitions adverses[64].
Les coupes entretiennent plus longtemps les espoirs. Everton atteint la demi-finale de League Cup contre Manchester City et remporte le match aller 2-1 à Goodison, avant d'être éliminé au retour. En FA Cup, l'équipe bat notamment Chelsea en quart de finale et retrouve Wembley. Face à Manchester United, Lukaku manque un penalty et Everton égalise en seconde période avant qu'Anthony Martial n'inscrive le but décisif dans le temps additionnel. United s'impose 2-1[206].
Ces deux demi-finales ne suffisent pas à calmer la contestation. Le style de jeu de Martínez, initialement associé au renouveau de 2013-2014, est désormais critiqué pour son manque d'équilibre défensif. Plusieurs manifestations de mécontentement visent l'entraîneur et la direction, tandis que les résultats à domicile atteignent un niveau historiquement faible pour Everton dans un système à trois points par victoire[207].
Martínez est finalement congédié le 12 mai 2016, avant la dernière rencontre de championnat[208]. Martínez quitte Everton après trois saisons : la première s'est achevée à la cinquième place avec 72 points, les deux suivantes dans la seconde moitié du classement. Son mandat a également vu la progression de Lukaku, Barkley et Stones[203].
Farhad Moshiri : changement d'échelle financier (2016)
modifierLa fin du mandat Martínez coïncide avec un changement majeur de l'actionnariat. Le 27 février 2016, Everton annonce l'acquisition de 49,9 % du capital par l'homme d'affaires irano-britannique Farhad Moshiri, qui vient de vendre sa participation dans Arsenal à son associé Alisher Usmanov[209].
L'arrivée de Moshiri met fin à la longue recherche menée sous Bill Kenwright pour trouver un investisseur capable d'apporter des capitaux beaucoup plus importants au club. Kenwright reste président et conserve une participation, mais Moshiri devient le principal actionnaire et prend progressivement une influence déterminante sur les grandes décisions sportives et financières[210].
Son arrivée modifie immédiatement l'horizon économique. Là où l'ère Moyes puis les premières années Martínez avaient été structurées par la nécessité de vendre régulièrement des joueurs ou de rechercher des transferts à forte valeur relative, Everton peut désormais envisager des dépenses beaucoup plus élevées. Moshiri finance également le désendettement par des prêts sans intérêts et augmente progressivement sa participation[211].
Ronald Koeman et Steve Walsh (2016-2017)
modifierPour ouvrir cette nouvelle période, Moshiri et Kenwright recrutent Ronald Koeman, qui vient de conduire Southampton à la sixième place de Premier League. Le Néerlandais signe en juin 2016 un contrat de trois ans[212].
La structure sportive évolue elle aussi. En juillet, Everton recrute Steve Walsh, responsable du recrutement de Leicester City champion d'Angleterre, comme premier directeur du football de l'histoire moderne du club[213]. Le modèle associe donc désormais un propriétaire disposé à investir, un entraîneur à forte réputation européenne et un directeur du football chargé de coordonner le recrutement.
Les résultats sont encourageants. Everton termine septième en 2016-2017 et obtient une qualification pour les tours préliminaires de la Ligue Europa[214]. Lukaku réalise une nouvelle saison très prolifique et termine parmi les meilleurs buteurs du championnat. L'équipe reste nettement derrière le groupe des six clubs les plus riches mais apparaît comme le candidat le plus crédible pour tenter de briser cette hiérarchie.
Parallèlement, le projet de nouveau stade franchit une étape décisive. En mars 2017, Everton annonce un accord de principe pour établir son futur stade à Bramley-Moore Dock, sur les quais au nord du centre de Liverpool. Le site doit permettre au club de quitter Goodison Park tout en restant dans la ville et de construire une enceinte capable d'accroître significativement les recettes de match et commerciales[215].
La septième place et la vente annoncée de Romelu Lukaku conduisent Everton à engager pendant l'été 2017 la campagne de recrutement la plus ambitieuse de son histoire. Le club recrute notamment le gardien Jordan Pickford, le défenseur Michael Keane, le capitaine de l'Ajax Davy Klaassen, Gylfi Sigurðsson et fait revenir Wayne Rooney à Goodison Park[216].
Les dépenses brutes approchent 140 à 150 millions de livres, un niveau sans précédent pour Everton[217]. Une partie importante est compensée par la vente de Lukaku à Manchester United pour 75 millions de livres, ainsi que par les départs de Gerard Deulofeu et Tom Cleverley[216]. Mais l'enjeu n'est plus seulement le montant net : Everton dispose désormais de la possibilité de renouveler massivement son équipe.
La politique de recrutement manque cependant d'équilibre. Plusieurs nouveaux joueurs, notamment Rooney, Sigurðsson et Klaassen, sont plus à l'aise dans des zones centrales similaires, tandis qu'aucun avant-centre reconnu n'est recruté pour remplacer directement Lukaku. Le club ne renforce pas non plus suffisamment certains postes latéraux malgré les blessures de Coleman et Bolasie[217].
Les conséquences apparaissent immédiatement. Everton traverse les tours qualificatifs de Ligue Europa mais commence très mal sa phase de groupes et s'enfonce simultanément en championnat. Après une défaite 5-2 à domicile contre Arsenal le 22 octobre, l'équipe se trouve dans la zone de relégation avec seulement deux victoires lors de ses treize derniers matchs toutes compétitions confondues. Koeman est congédié le lendemain, seize mois seulement après son arrivée[218].
Mandat de Sam Allardyce (2017-2018)
modifierL'entraîneur des moins de vingt-trois ans David Unsworth assure l'intérim après le départ de Koeman. Everton envisage plusieurs candidats mais tarde plus d'un mois avant de nommer un successeur permanent. La dégradation des résultats conduit finalement Moshiri à privilégier l'expérience de Sam Allardyce, réputé pour sa capacité à stabiliser des équipes menacées de relégation[219].
Everton termine finalement huitième de Premier League. Le classement est honorable au regard de la situation de novembre mais ne suffit pas à réconcilier l'entraîneur avec une partie importante du public. Son approche prudente, plusieurs prestations peu offensives face aux équipes du haut du tableau et ses déclarations sur la qualité des résultats alimentent une forte opposition dans les tribunes[220].
Le 16 mai 2018, Everton met fin au contrat d'Allardyce après seulement six mois. Le même jour, Steve Walsh quitte également son poste de directeur du football et est remplacé par Marcel Brands, recruté au PSV Eindhoven[221]. Ce double changement reconnaît implicitement que la crise de 2017 ne relevait pas du seul entraîneur mais aussi de l'organisation du recrutement.
Marcel Brands et Marco Silva (2018-2019)
modifierMoshiri choisit Marco Silva comme nouvel entraîneur. Le Portugais, déjà convoité par Everton lorsqu'il entraînait Watford quelques mois auparavant, signe un contrat de trois ans le 31 mai 2018[222].
La différence essentielle réside dans les pouvoirs accordés à Brands. Le nouveau directeur du football reçoit une autorité plus large que Walsh sur la stratégie sportive, avec pour objectif de réduire l'effectif surdimensionné, rajeunir les recrutements et créer davantage de cohérence entre les besoins de l'entraîneur et la valeur à long terme des joueurs[223].
Everton recrute notamment Richarlison, Lucas Digne, Yerry Mina, Bernard et André Gomes. Richarlison arrive de Watford pour une opération pouvant atteindre environ quarante millions de livres, investissement important mais effectué sur un joueur de vingt et un ans que Silva connaît déjà[224].
Les résultats s'améliorent au printemps. Everton bat notamment Chelsea 2-0, Arsenal 1-0 puis Manchester United 4-0 à Goodison Park[225].
L'été 2019 doit permettre de franchir une nouvelle étape. Everton recrute définitivement André Gomes et ajoute notamment Fabian Delph, Jean-Philippe Gbamin, Moise Kean et Alex Iwobi. Dans le même temps, Brands continue d'essayer de réduire un effectif alourdi par les contrats distribués pendant les premières années Moshiri[226].
Les comptes de l'exercice clos en juin 2019 font apparaître une perte de 111,8 millions de livres. La masse salariale atteint environ 160 millions, soit 85 % du chiffre d'affaires, tandis que Moshiri a alors injecté environ 350 millions dans le club sous différentes formes[227].
Les résultats ne justifient pas cette augmentation des coûts. Plusieurs recrues connaissent des blessures ou peinent à s'intégrer et Everton commence mal la saison. Le 4 décembre 2019, une défaite 5-2 à Anfield laisse l'équipe dans la zone de relégation. Silva est congédié le lendemain[228].
Mandat de Carlo Ancelotti (2019-2021)
modifierLe 21 décembre 2019, Everton annonce la nomination de Carlo Ancelotti pour quatre ans et demi. L'Italien arrive avec un palmarès comprenant trois Ligues des champions comme entraîneur et des titres nationaux en Italie, Angleterre, France et Allemagne[229].
La décision traduit la volonté de Moshiri d'accélérer encore le projet plutôt que d'entreprendre une reconstruction lente. Ancelotti accepte notamment après avoir obtenu des assurances sur les ambitions du club et les moyens disponibles pour renforcer l'effectif[230].
Ses premiers mois améliorent les résultats et mettent particulièrement en valeur Dominic Calvert-Lewin et Richarlison. La pandémie de Covid-19 interrompt cependant le championnat en mars 2020. La compétition reprend en juin à huis clos, privant Goodison Park de son public pendant la majeure partie de la fin de saison. Everton termine douzième. Cette position conduit Ancelotti à poursuivre la réorganisation de l'effectif pendant l'été[228].
Everton commence bien la saison 2020-2021, en remportant notamment son premier match à Tottenham, tandis que Calvert-Lewin inscrit plusieurs buts au cours des premières journées[231].
Le 20 février 2021, Everton gagne 2-0 à Anfield grâce à des buts de Richarlison et Gylfi Sigurðsson. Il s'agit de sa première victoire sur le terrain de Liverpool depuis septembre 1999[232].
Everton reste encore dans la course européenne au printemps mais perd plusieurs rencontres à domicile contre des équipes moins bien classées. Il termine finalement dixième avec 59 points, trois points derrière la sixième place[233].
Projet de stade à Bramley-Moore Dock (2017-2021)
modifierPendant que le projet sportif change régulièrement de direction, le dossier du stade progresse avec une continuité beaucoup plus grande. Après l'accord de 2017, Everton conclut un bail de 200 ans sur le site de Bramley-Moore Dock, sous réserve d'obtenir les financements et autorisations nécessaires[234].
En juillet 2019, le club dévoile les plans conçus autour d'une enceinte d'environ 52 000 places sur le front de mer, dont une importante tribune derrière un but doit rappeler les grands « kop » européens. Le projet est alors évalué à environ 500 millions de livres et doit s'accompagner d'une reconversion communautaire du site de Goodison Park[235].
Le projet soulève des objections patrimoniales en raison du remplissage du bassin historique et de l'impact sur le site portuaire classé de Liverpool. Everton modifie certains éléments de conception, notamment la hauteur du toit et les aménagements périphériques, tout en maintenant le principe d'une construction dans le dock[236].
Le 23 février 2021, le conseil municipal de Liverpool approuve à l'unanimité le projet d'un stade de 52 888 places. Un mois plus tard, le gouvernement britannique annonce qu'il n'interviendra pas pour annuler ou réexaminer la décision, ce qui donne au club l'autorisation définitive de poursuivre la construction[237].
Départ d'Ancelotti et bilan financier (2021)
modifierÀ la fin de la saison 2020-2021, Ancelotti affirme encore vouloir prolonger son contrat et conduire Everton dans le futur stade. Son projet s'interrompt pourtant brutalement. Le 1er juin 2021, le Real Madrid lui propose de succéder à Zinédine Zidane. L'Italien demande à quitter Everton et retourne immédiatement dans le club espagnol, expliquant qu'il ne pouvait refuser cette opportunité inattendue[238].
Les conséquences financières deviennent parallèlement plus importantes. Les années de dépenses élevées ont laissé un effectif comportant plusieurs contrats difficiles à amortir et réduit progressivement la marge de manœuvre vis-à-vis des règles de rentabilité de la Premier League. À l'été 2021, les analyses estiment que Moshiri a injecté environ 500 millions de livres dans Everton depuis son arrivée sans obtenir le retour sportif attendu[233].
Crise sportive, financière et institutionnelle (2021-2024)
modifierMandat de Rafael Benítez (2021-2022)
modifierLe départ inattendu de Carlo Ancelotti vers le Real Madrid replonge Everton dans une recherche d'entraîneur alors que le club dispose désormais de beaucoup moins de marge financière qu'au début de l'ère Moshiri. Le 30 juin 2021, Everton nomme Rafael Benítez pour trois saisons. Le choix est immédiatement controversé en raison du long passé du technicien espagnol à Liverpool, mais aussi parce qu'il est perçu comme une nouvelle nomination directement portée par Farhad Moshiri malgré l'existence d'une structure sportive dirigée par Marcel Brands[239].
Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, Benítez ne bénéficie pas d'un vaste budget. Everton doit déjà composer avec les règles de rentabilité et de durabilité de la Premier League après plusieurs exercices lourdement déficitaires. Le club réduit sa masse salariale et limite fortement les dépenses de transfert : lors de son premier mercato, Benítez ne dépense qu'environ 1,7 million de livres en indemnités, essentiellement pour l'ailier Demarai Gray[240].
L'organisation sportive se désagrège parallèlement. Marcel Brands quitte son poste de directeur du football le 5 décembre 2021 après trois années à Goodison Park, alors que les critiques visant la direction et Moshiri s'intensifient[241]. Son départ renforce temporairement l'influence de Benítez sur le recrutement, mais l'entraîneur ne dispose pas du temps nécessaire pour reconstruire l'effectif.
Le 15 janvier 2022, Everton perd 2-1 contre Norwich City, alors dernier du championnat. Benítez est congédié le lendemain après seulement vingt-deux rencontres à la tête de l'équipe[242]. Le club n'a remporté qu'un de ses treize derniers matchs de Premier League et se trouve désormais engagé dans une lutte pour le maintien.
Arrivée de Frank Lampard et maintien de 2022
modifierAprès un nouvel intérim de Duncan Ferguson, Everton nomme Frank Lampard le 31 janvier 2022[243]. Quelques semaines plus tard, le club recrute Kevin Thelwell, ancien directeur sportif de Wolverhampton Wanderers et responsable du sport des New York Red Bulls, comme nouveau directeur du football[244]. Thelwell devient le troisième directeur du football de l'ère Moshiri et reçoit la mission de reconstruire une organisation sportive devenue fragmentée.
Cette lutte intervient dans un contexte financier de plus en plus préoccupant. Les comptes publiés en mars 2022 font apparaître une perte supérieure à cent millions de livres pour la troisième année consécutive[245]. Dans le même temps, le déclenchement de l'invasion russe de l'Ukraine entraîne la mise sous sanctions de l'oligarque Alisher Usmanov, dont les entreprises étaient devenues d'importants partenaires commerciaux du club. Everton suspend le 2 mars 2022 ses accords avec USM, MegaFon et Yota[246]. Ces contrats comprenaient notamment des droits commerciaux liés à Finch Farm et une option de trente millions de livres sur le nom du futur stade[247].
Le maintien est assuré le 19 mai contre Crystal Palace. Everton, mené 2-0 à la mi-temps à Goodison Park, revient grâce à des buts de Michael Keane, Richarlison et Dominic Calvert-Lewin. La tête de Calvert-Lewin à la 85e minute donne une victoire 3-2 et garantit mathématiquement le maintien avant la dernière journée[248].
Deuxième lutte consécutive pour le maintien (2022-2023)
modifierPendant l'été 2022, Everton doit réduire sa masse salariale et générer des revenus de transfert. Richarlison, meilleur buteur du club la saison précédente, rejoint Tottenham Hotspur pour cinquante millions de livres garantis, montant pouvant augmenter avec des bonus[249]. La vente aide le club à se rapprocher des exigences de rentabilité de la Premier League mais retire à Lampard son attaquant le plus fiable.
Le 23 janvier 2023, après une défaite 2-0 à West Ham United, Lampard est congédié. Everton est alors dix-neuvième, à deux points du premier non-relégable, après six défaites lors de ses sept derniers matchs de Premier League[250].
Everton vend ensuite le jeune international anglais Anthony Gordon à Newcastle United pour environ quarante millions de livres[251]. Malgré cette entrée d'argent et l'urgence offensive, Everton ne recrute aucun joueur pendant le mercato de janvier et devient le seul club de Premier League à ne réaliser aucune arrivée durant cette fenêtre[252].
Le 30 janvier 2023, Everton nomme Sean Dyche, ancien entraîneur de Burnley, pour deux ans et demi[253]. Everton avait également discuté avec Marcelo Bielsa, entraîneur au profil tactique très différent de Dyche, avant de retenir l'ancien entraîneur de Burnley[254].
Le 28 mai 2023, Everton reçoit Bournemouth en sachant qu'une victoire garantit son maintien. Après une heure sans but, Abdoulaye Doucouré marque d'une frappe puissante depuis l'extérieur de la surface. Everton conserve son avantage et s'impose 1-0[255]. Leicester City et Leeds United sont relégués.
Crise de gouvernance et recherche d'un repreneur (2023)
modifierLe 12 juin 2023, la directrice générale Denise Barrett-Baxendale, le directeur financier Grant Ingles et l'ancien joueur Graeme Sharp, administrateur non exécutif, quittent simultanément le conseil d'administration[256]. Malgré l'annonce initiale d'une décision rapide concernant sa position, Bill Kenwright reste président à la demande de Moshiri pendant la transition[257].
Le 15 septembre 2023, Moshiri annonce avoir conclu un accord avec la société d'investissement américaine 777 Partners pour lui vendre l'intégralité de sa participation de 94,1 % dans Everton[258]. La transaction reste soumise à l'approbation de la Premier League, de la Football Association et de la Financial Conduct Authority.
Le 23 octobre, Bill Kenwright meurt à l'âge de 78 ans après dix-neuf années comme président et plus de trois décennies au conseil d'administration[259]. Sa disparition clôt une époque institutionnelle ouverte bien avant l'arrivée de Moshiri, mais intervient alors qu'Everton ne dispose plus d'un conseil d'administration complet et attend toujours l'issue du projet de rachat.
Deux procédures financières et maintien en 2023-2024
modifierLa crise financière produit en novembre 2023 une conséquence sportive directe. Le 17 novembre, une commission indépendante de la Premier League juge Everton en infraction avec les règles de rentabilité et de durabilité (Profitability and Sustainability Rules, PSR) pour la période comptable se terminant en 2021-2022 et impose une déduction immédiate de dix points[260].
La commission retient que les pertes ajustées d'Everton dépassent de 19,5 millions de livres le seuil autorisé de 105 millions sur la période concernée[261]. La sanction, alors la plus lourde déduction de points imposée à un club dans l'histoire de la Premier League, fait passer Everton de quatorze à quatre points et le replace dans la zone de relégation[260].
Everton reconnaît le principe du dépassement mais conteste la méthode de calcul de certains éléments et surtout la proportionnalité de la sanction. Le club dépose un appel portant sur neuf motifs relatifs à la peine[262].
Le 26 février 2024, le comité d'appel donne partiellement raison au club. Deux des neuf arguments sont retenus et la sanction est ramenée de dix à six points, avec effet immédiat[262]. Everton remonte ainsi au quinzième rang, mais reste menacé à la fois sportivement et juridiquement puisqu'une deuxième procédure PSR est déjà en cours.
Le 15 janvier 2024, Everton est de nouveau accusé d'avoir enfreint les règles de rentabilité et de durabilité, cette fois pour la période se terminant en 2022-2023[263]. Le club soutient notamment que certaines dépenses et pertes liées au nouveau stade et à la rupture des accords commerciaux associés à Usmanov doivent être traitées différemment dans le calcul.
Le 8 avril, une nouvelle commission indépendante impose une déduction de deux points après qu'Everton a reconnu un dépassement de 16,6 millions de livres pour la période concernée[264]. Les deux procédures portent sur des périodes comptables qui se chevauchent, question prise en compte parmi les facteurs de mitigation par la commission.
Everton se retrouve donc amputé de huit points au total au cours de la même saison : six au titre de la première affaire après appel, puis deux au titre de la seconde. Le club annonce d'abord son intention de contester la nouvelle sanction avant de retirer cet appel en mai, laissant les deux points définitivement retranchés pour la saison 2023-2024[265].
Trois jours plus tard, une victoire 1-0 contre Brentford assure mathématiquement le maintien alors qu'il reste encore trois rencontres[266]. Contrairement aux deux saisons précédentes, Everton ne dépend donc pas d'un résultat lors de la dernière journée malgré les sanctions.
L'équipe termine quinzième avec quarante points après déduction. Sans les huit points de pénalité, son total sportif aurait été de quarante-huit points. La Premier League souligne dans son bilan de saison que seules trois équipes ont encaissé moins de buts qu'Everton et que onze de ses treize victoires ont été obtenues sans concéder de but[267]. Le développement de Jarrad Branthwaite aux côtés de James Tarkowski et la constance de Pickford donnent à Dyche l'une des défenses les plus solides du championnat.
Financement du nouveau stade (2021-2024)
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Le stade reste le principal projet stratégique de Moshiri, mais son mode de financement devient de plus en plus problématique. Everton avait mandaté JPMorgan et MUFG en 2020 pour rechercher plusieurs centaines de millions de livres de financement externe. En 2022, cette recherche n'avait toujours pas débouché sur une solution complète ; le club finançait une partie importante des travaux par ses propres fonds et par l'endettement[268].
À mesure que Moshiri cesse d'injecter directement les mêmes montants qu'auparavant, Everton recourt à des prêteurs extérieurs. Le club emprunte notamment auprès de Rights and Media Funding, puis de MSP Sports Capital et de 777 Partners. Ces prêts garantissent la poursuite du chantier et le fonctionnement courant, mais alourdissent considérablement le bilan financier[269].
Au printemps 2024, les comptes publiés pour l'exercice 2022-2023 font apparaître une dette nette de 330,6 millions de livres, fortement accrue par la construction du nouveau stade[270]. Le nouveau stade, conçu initialement comme l'instrument permettant de combler une partie de l'écart commercial avec les clubs les plus riches, devient ainsi simultanément une source de pression financière majeure avant même son ouverture.
Échec du rachat par 777 Partners (2024)
modifierL'accord avec 777 Partners devait initialement être finalisé avant la fin de 2023. Pendant les mois suivants, la Premier League demande cependant à l'investisseur américain de satisfaire plusieurs conditions concernant son financement et la structure de l'opération. En attendant, 777 continue de prêter à Everton afin d'assurer son fonds de roulement[269].
Au printemps 2024, ces avances approchent ou dépassent deux cents millions de livres[269]. Elles s'ajoutent à environ 225 millions dus à Rights and Media Funding et à quelque 160 millions prêtés par MSP Sports Capital et ses partenaires[270]. Cette dépendance place Everton dans une position particulièrement vulnérable : l'entreprise qui souhaite acheter le club fournit en même temps l'argent nécessaire à son fonctionnement alors qu'elle n'a toujours pas reçu l'autorisation de conclure le rachat.
La situation de 777 elle-même se dégrade fortement. La société est confrontée à des difficultés de liquidité, à plusieurs contentieux et, au printemps 2024, à une action civile aux États-Unis comportant des accusations de fraude qu'elle conteste. Son projet de rachat d'Everton devient progressivement improbable[271].
Face à l'incertitude, les dirigeants d'Everton consultent au printemps le cabinet de restructuration Teneo. La possibilité d'une administration est évoquée publiquement si le financement courant venait à manquer, même si cette procédure n'est finalement pas engagée[272].
Le 31 mai 2024, la période d'exclusivité accordée à 777 expire sans que l'acquisition soit finalisée. L'opération échoue après près de neuf mois de négociations et Everton redevient disponible pour d'autres investisseurs[273].
Changement de propriétaire et fin de l'ère masculine à Goodison Park (2024-2025)
modifierReprise du processus de vente (été 2024)
modifierL'échec définitif du projet de rachat par 777 Partners à la fin du mois de mai 2024 ne règle pas la question de la propriété d'Everton. Farhad Moshiri reste détenteur de 94,1 % du capital mais cherche toujours à vendre, tandis que le club doit simultanément financer son fonctionnement courant et achever la construction de son nouveau stade à Bramley-Moore Dock. Plusieurs créanciers disposent désormais d'intérêts financiers importants dans Everton, ce qui complexifie toute nouvelle opération de prise de contrôle[273].
En juin 2024, The Friedkin Group, société américaine contrôlée par l'homme d'affaires Dan Friedkin et déjà propriétaire de l'AS Rome, entre en négociations exclusives avec Moshiri. Le groupe fournit environ 200 millions de livres pour participer au financement de l'achèvement du stade et du fonctionnement du club[274].
Le 19 juillet, Friedkin se retire cependant du projet de rachat. Les incertitudes entourant les quelque 200 millions de livres prêtés précédemment par 777 Partners, et les droits détenus sur cette créance, rendent alors la transaction trop complexe pour être conclue dans les conditions envisagées[274]. Everton demeure donc à vendre malgré l'amélioration temporaire de sa trésorerie.
Dernière saison à Goodison Park et fin de l'ère Moshiri (août-décembre 2024)
modifierLa dernière saison masculine prévue à Goodison Park commence très mal. Everton perd ses quatre premières rencontres de Premier League, situation qu'il n'avait plus connue depuis 1958[275]. Deux de ces défaites sont particulièrement révélatrices : contre Bournemouth puis Aston Villa, l'équipe mène 2-0 avant de perdre 3-2.
Deux mois après avoir interrompu ses premières négociations, The Friedkin Group revient dans le processus de vente. Le 23 septembre 2024, Everton et Blue Heaven Holdings annoncent un accord sur les conditions de la cession de la participation majoritaire de Moshiri à TFG[276]. Friedkin conserve notamment la créance accordée au club pendant les négociations précédentes et organise une opération visant à reprendre ou restructurer plusieurs autres dettes.
Après les contrôles réglementaires, le conseil d'administration de la Premier League approuve le 19 décembre l'acquisition de 98,8 % d'Everton par Roundhouse Capital Holdings Limited, société appartenant à The Friedkin Group[277]. Le rachat est finalisé le même jour[278].
L'opération met fin à près de neuf années de contrôle par Farhad Moshiri. The Friedkin Group réorganise immédiatement la gouvernance : Dan Friedkin devient président du club, Marc Watts président exécutif et Ana Dunkel rejoint le conseil d'administration[279].
La restructuration financière est aussi importante que le changement de propriétaires. Une partie des anciens prêts de Moshiri est convertie en fonds propres, tandis que plusieurs dettes à court terme et à taux élevé sont refinancées ou remplacées par des conditions plus favorables[280]. L'objectif immédiat est de sortir Everton de la dépendance aux financements provisoires qui avait marqué les dernières années de l'ère Moshiri.
Le lendemain du rachat, Everton prend formellement possession de son nouveau stade après la remise du bâtiment par l'entreprise Laing O'Rourke. La phase principale de construction est ainsi achevée après environ trois ans et demi de travaux, même si plusieurs mois d'aménagements et de tests restent nécessaires avant l'ouverture au public[281].
Fin du mandat Dyche et retour de David Moyes (janvier 2025)
modifierLe changement de propriétaire ne provoque pas immédiatement le départ de Sean Dyche. The Friedkin Group lui apporte publiquement son soutien après la prise de contrôle, mais l'entraîneur reconnaît lui-même que les résultats détermineront son avenir et que les contraintes PSR empêchent encore les nouveaux propriétaires de transformer immédiatement l'effectif[281].
La situation sportive se dégrade cependant au tournant de l'année. Après une défaite 1-0 à Bournemouth le 4 janvier, Everton reste sur cinq matchs de championnat sans victoire. Le club n'a marqué que quinze buts en dix-neuf rencontres de Premier League, seul Southampton ayant fait moins bien[282]. L'équipe est seizième et ne possède qu'un point d'avance sur la zone de relégation.
Le 9 janvier, The Friedkin Group congédie Dyche quelques heures seulement avant un match de FA Cup contre Peterborough United[282]. Leighton Baines, responsable des moins de dix-huit ans, et le capitaine Séamus Coleman prennent temporairement la direction de l'équipe, qui gagne 2-0 dans la soirée[283].
Deux jours plus tard, Everton annonce le retour de David Moyes, presque douze ans après son départ pour Manchester United, cette fois sous de nouveaux propriétaires et alors que le club prépare son déménagement dans le nouveau stade[284].
Son premier match se termine par une défaite 1-0 à domicile contre Aston Villa le 15 janvier. Quatre jours plus tard, Everton bat Tottenham Hotspur 3-2 après avoir mené 3-0 à la mi-temps. Il s'agit de la première victoire du second mandat de Moyes et d'un changement immédiat dans la production offensive d'une équipe qui avait jusque-là très peu marqué[285].
Après la victoire contre Tottenham, Everton gagne contre Brighton puis Leicester City et obtient treize points lors des six premières rencontres de championnat suivant le retour de Moyes[286]. L'équipe s'éloigne rapidement de la zone de relégation malgré une série de blessures touchant notamment Dominic Calvert-Lewin, Orel Mangala et Dwight McNeil.
Le 12 février 2025, lors du dernier derby masculin disputé à Goodison Park, Everton ouvre le score par Beto, mais Liverpool revient puis prend l'avantage 2-1 grâce notamment à Mohamed Salah. Dans la huitième minute du temps additionnel, James Tarkowski reprend de volée un ballon au second poteau et égalise à 2-2[287]. Tarkowski devient ainsi le dernier buteur d'un derby masculin disputé à Goodison Park. Plusieurs exclusions interviennent après le coup de sifflet final. Le nul 2-2 clôt ainsi l'histoire des derbies masculins dans l'enceinte.
Dernier match masculin à Goodison Park (mai 2025)
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Pendant que le maintien devient assuré, The Friedkin Group prend une décision importante concernant l'avenir de Goodison Park. Le projet élaboré sous l'ère Moshiri prévoyait essentiellement la démolition du stade et la transformation du site dans le cadre du programme Goodison Legacy. Le 13 mai 2025, Everton annonce au contraire que Goodison sera conservé et deviendra à partir de 2025-2026 le domicile permanent d'Everton Women[288].
Trois jours plus tard, Everton annonce que son nouveau stade prendra le nom de Hill Dickinson Stadium dans le cadre d'un accord de droits de dénomination avec le cabinet juridique Hill Dickinson, fondé à Liverpool[289]. Le stade est désormais destiné à recevoir l'équipe masculine à partir de la saison suivante.
Le 18 mai 2025, Everton dispute contre Southampton son dernier match masculin à Goodison Park. Iliman Ndiaye inscrit les deux buts d'une victoire 2-0, à la sixième minute puis dans le temps additionnel de la première période[290]. Il devient ainsi le dernier buteur de l'équipe masculine dans le stade en Premier League.
Everton termine ensuite sa saison par une victoire 1-0 à Newcastle United grâce à Carlos Alcaraz et se classe treizième avec 48 points[291]. La progression depuis janvier est nette : à partir du week-end de la première victoire de Moyes contre Tottenham, seuls Liverpool, Manchester City et Chelsea prennent davantage de points de Premier League qu'Everton jusqu'à la fin de la saison[292].
Première saison au Hill Dickinson Stadium (2025-2026)
modifierNouvelle organisation et débuts au Hill Dickinson Stadium (été-septembre 2025)
modifierLa première intersaison complète sous le contrôle de The Friedkin Group ne concerne pas seulement l'effectif. Everton modifie également son organisation sportive. Kevin Thelwell, directeur du football depuis 2022, quitte le club à l'expiration de son contrat, tandis qu'Angus Kinnear, jusque-là directeur général de Leeds United, devient directeur général d'Everton le 1er juin 2025. Les nouveaux propriétaires abandonnent le modèle reposant sur un directeur du football unique au profit d'une direction sportive répartie entre plusieurs responsables spécialisés, David Moyes conservant une influence importante sur les décisions de recrutement[293].
Everton renouvelle une partie de son secteur offensif pendant l'été 2025. L'avant-centre français Thierno Barry arrive de Villarreal, tandis que Kiernan Dewsbury-Hall est recruté à Chelsea et Jack Grealish obtenu en prêt de Manchester City. Le club investit également sur le jeune ailier Tyler Dibling[294],[295],[296].

Le déménagement devient effectif au début de la saison 2025-2026. Le Hill Dickinson Stadium, d'une capacité officielle de 52 769 places, devient la 62e enceinte différente à accueillir un match de Premier League et la septième plus grande de la compétition cette saison-là[297].
Le 24 août, Everton bat Brighton 2-0. Iliman Ndiaye inscrit le premier but de Premier League de l'histoire du Hill Dickinson Stadium, quelques mois après avoir marqué le dernier but de championnat de l'équipe masculine à Goodison Park. James Garner inscrit le second but. Jack Grealish délivre les deux passes décisives pour sa première titularisation avec Everton et Pickford arrête un penalty de Danny Welbeck[298].
Le changement de stade ne met parallèlement pas fin à l'utilisation de Goodison Park par Everton. L'enceinte devient le domicile permanent d'Everton Women. Le 14 septembre 2025, l'équipe féminine y dispute son premier match compétitif comme résidente permanente, face à Tottenham Hotspur en Women's Super League. La rencontre attire 6 473 spectateurs mais se termine par une défaite 2-0[299]. Pour la première fois, les deux équipes seniors du club disposent ainsi simultanément de deux enceintes distinctes directement liées à l'histoire d'Everton.
Saison sportive et premier derby au nouveau stade (2025-2026)
modifierSur le terrain, la première saison au nouveau stade diffère rapidement des campagnes précédentes. Everton ne s'installe pas dans la lutte pour le maintien qui avait structuré les années 2021-2024. Les résultats restent irréguliers, particulièrement à domicile, mais l'équipe se maintient durablement dans le milieu du classement. À la fin du mois de janvier 2026, elle occupe la dixième place[300].
Moyes conserve une approche fondée sur une organisation défensive structurée mais cherche davantage qu'au cours de ses premiers mois de retour à faire progresser l'équipe avec le ballon[301]. Grealish, Ndiaye et Dewsbury-Hall occupent une place importante dans la création, tandis que Barry s'adapte progressivement au championnat. L'attaquant français marque notamment quatre fois en cinq rencontres entre la fin de l'année et janvier, dont le but d'une victoire 1-0 à Aston Villa qui met fin à une série de onze succès consécutifs des Villans à domicile toutes compétitions confondues[302],[303].
Au printemps, Everton se rapproche temporairement des places européennes. Le 21 mars, le club bat Chelsea 3-0 au Hill Dickinson Stadium, avec deux buts de Beto et une réalisation d'Iliman Ndiaye[304]. Après cette victoire, Everton se trouve à trois points de la cinquième place[301].
Le 19 avril, Everton reçoit Liverpool pour le premier derby de la Mersey disputé au Hill Dickinson Stadium ; Liverpool s'impose 2-1[305]. Everton ne remporte ensuite plus aucun match de championnat après sa victoire contre Chelsea du 21 mars[301].
Everton termine treizième avec 49 points, 13 victoires, 10 matchs nuls et 15 défaites[306]. Le classement est identique à celui de 2024-2025 et le total progresse d'un point.
Stabilisation financière et nouveau cadre institutionnel
modifierLa première saison au Hill Dickinson Stadium correspond également à la consolidation financière engagée par The Friedkin Group. Les comptes 2024-2025, publiés en mars 2026, détaillent plusieurs opérations réalisées pendant et après l'exercice suivant le rachat. Des prêts d'actionnaires d'un montant de 450,7 millions de livres sont convertis en capitaux propres et plusieurs emprunts existants sont remboursés ou restructurés. Everton obtient également un financement à long terme de 350 millions de livres pour le stade, remboursable sur trente ans[307].
La structure sportive reflète la même volonté de stabilisation. Sous la direction générale d'Angus Kinnear, les fonctions auparavant concentrées entre les mains d'un directeur du football sont réparties entre plusieurs responsables spécialisés dans la stratégie, les données, le recrutement, la formation et les transactions de joueurs, Moyes conservant le dernier mot sur les transferts de l'équipe première[308].
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