Tamines
Tamines (en wallon Tamène) est une section de la commune belge de Sambreville, située en Région wallonne dans la province de Namur. C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977.
| Tamines | |||||
Les environs de l’église Saint-Martin à Tamines. | |||||
Héraldique |
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| Administration | |||||
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| Région | |||||
| Communauté | |||||
| Province | |||||
| Arrondissement | Namur | ||||
| Commune | Sambreville | ||||
| Code postal | 5060 | ||||
| Code INS | 92137D | ||||
| Zone téléphonique | 071 | ||||
| Démographie | |||||
| Gentilé | Taminois(e) | ||||
| Population | 7 671 hab. (1/1/2025) | ||||
| Densité | 1 249 hab./km2 | ||||
| Géographie | |||||
| Coordonnées | 50° 26′ nord, 4° 36′ est | ||||
| Superficie | 614 ha = 6,14 km2 | ||||
| Localisation | |||||
| Géolocalisation sur la carte : Belgique
Géolocalisation sur la carte : Belgique
Géolocalisation sur la carte : Région wallonne
Géolocalisation sur la carte : province de Namur
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Toponymie
modifierDans les sources médiévales, le nom Tamines apparaît sous des formes variées, que Jean Ficheret signale comme appartenant à deux grands ensembles graphiques : l’un conservant une initiale en th, l’autre l’abandonnant progressivement[1]. Les graphies anciennes, attestées entre 1192 et 1538, montrent des fluctuations du suffixe, un dédoublement du n, l’emploi de y à la place de i, ou encore l’ajout d’un s final. Certaines variantes, telles que Thaminnes (1192), Thamines (1214–1331) ou Thamyenne (1538), se rapprochent du parler local Tamenne, ce que Ficheret interprète comme un indice de continuité phonétique[1].
Parallèlement, un second groupe de formes, déjà présent dès 1232, évolue vers l’orthographe moderne en éliminant l’initiale th. On y rencontre des graphies comme Tamine (1534, 1637), Tamines (1232–1647), Taminez (1497, 1538), Taminne (1772), Tamynnes (1227, 1282) ou encore le singulier Tammez (1553)[1]’[2]. Jean Ficheret note également une occurrence isolée de Taminnes sur Sambre en 1616. Malgré ces variations, une constante demeure : le mot ne comporte jamais qu’un seul m, et le suffixe féminin latin -ina se maintient sous les formes modernes -in(ne) ou -enne, cette dernière reflétant la prononciation wallonne[3].
Pour l’interprétation du nom, Ficheret cite le chanoine Roland, qui voit dans cette stabilité morphologique la trace d’un dérivé formé sur un anthroponyme germanique[3]. Le nom du domaine franc aurait pu provenir de Tamms, devenu Tamines par évolution linguistique. Cette hypothèse est reprise par Vincent, tandis que Carnoy propose une lecture différente : Tamines pourrait signifier « prés pour la fenaison », même s’il juge plus plausible un lien avec le nom germanique Tamma[3].
Géographie
modifierSituation générale
modifierArrimée en rive gauche de Sambre, Tamines se situe à 18 km de Charleroi, 25 de Namur, et à 8 km de Fleurus et de Fosses-la-Ville, aux coordonnées GPS N 50° 26.000 E 04° 36.000. Le village est au centre du territoire communal de Sambreville, cerné par Velaine-sur-Sambre au nord, Auvelais à l'est, Falisolle au sud et Moignelée à l'ouest.
Géographie physique
modifierTamines s’inscrit dans l’ensemble géomorphologique de la vallée de la Sambre, dont l’orientation générale suit un axe ouest‑est. Cette vallée, large de 2 à 3,5 km entre les rebords de ses versants, présente une profondeur moyenne de 40 à 65 m[4]. Elle constitue une dépression notable au sein des plateaux de la Belgique centrale, entre la vallée de la Meuse et le bassin formé, en amont de Charleroi, par la confluence de la Sambre avec les vallées de l’Eau d’Heure et du Piéton[5].
Malgré cette configuration encaissée, la vallée n’a jamais constitué une barrière majeure à la circulation. La Sambre, navigable à l’état naturel avant sa canalisation, assurait des liaisons fluviales vers la Meuse et le Hainaut. Ses gués, nombreux et praticables, facilitaient le franchissement du cours d’eau et reliaient les plateaux situés au nord et au sud. Ces passages furent utilisés dès la préhistoire et intégrés aux réseaux routiers antiques, faisant de la vallée un axe de transit ancien[5].
À proximité de Tamines, plusieurs vallées affluentes prolongent la Sambre vers les régions voisines. Sur la rive droite se trouvent les vallées de la Biesme d’Oret (Aiseau) et de la Biesme de Fosses (Auvelais), tandis que la rive gauche est marquée par la vallée de l’Orneau (Jemeppe‑sur‑Sambre). Ces couloirs naturels ont servi de voies de pénétration pour les routes puis pour les infrastructures ferroviaires[6].
L’intégration des localités de la vallée dans un réseau de communications plus dense ne s’est véritablement affirmée qu’au XIXe siècle, avec l’arrivée du chemin de fer, qui a facilité les échanges entre les villages riverains[7]’[8].
La vallée comporte des terrasses légèrement surélevées par rapport à la plaine alluviale, à l’abri des crues. Ces espaces plats ont constitué des sites privilégiés pour l’habitat, notamment à Moignelée, Tamines, Ham-sur-Sambre, Moustier, Floreffe et Franière[7]. Leur relative isolation, due à la rareté des chemins praticables et au faible nombre de ponts, a longtemps favorisé une certaine autonomie des communautés locales[7].
Les plateaux environnants offrent des sols limoneux et d’importantes surfaces boisées, ressources qui ont contribué à l’alimentation des populations et à l’établissement de relations commerciales, notamment avec Fleurus, centre agricole doté d’un marché[7].
La situation de Tamines sur le bassin houiller a joué un rôle déterminant dans son développement industriel[7]. L’exploitation du charbon a structuré l’économie locale et attiré une activité soutenue. Les vallées secondaires renferment par ailleurs des bandes calcaires fournissant des matériaux de construction, des pierres à chaux et des ressources utilisées depuis longtemps. Certaines grottes de ces zones ont été occupées par des populations anciennes[7].
La configuration physique de la vallée, combinée aux ressources du sous‑sol, a fait de la région un espace propice aux circulations, aux implantations humaines et aux activités économiques. La maîtrise de ces voies de passage a souvent entraîné la présence de forces militaires et donné lieu à des affrontements. Les sites d’habitat y sont occupés depuis des périodes très anciennes[7]. Au fil des siècles, l’aire d’influence de Tamines s’est étendue, principalement sous l’effet des actions humaines, qui ont amplifié les potentialités offertes par le milieu naturel[7].
Géologie
modifierLe sous‑sol de Tamines, tel que l’a décrit Jean Ficheret dans son étude de 1963[9], se manifeste clairement dans les versants de la vallée de la Sambre ainsi que dans ceux des ruisseaux du Ponciat et de la Praile. Les travaux humains tranchées routières vers Falisolle, Auvelais ou Velaine, ouvertures de chantiers, excavations de briqueteries ou forages de puits ont également mis en évidence la nature géologique locale. Les terrils issus de l’activité charbonnière en offrent une illustration supplémentaire, révélant la diversité des matériaux extraits[9].
Le territoire taminois repose principalement sur des formations du Primaire, auxquelles s’ajoutent, de manière plus ponctuelle, des terrains du Secondaire, tandis que des dépôts du Quaternaire recouvrent l’ensemble en surface. Le soubassement primaire est constitué de terrains houillers appartenant au bord septentrional du bassin charbonnier de la Basse‑Sambre, une structure synclinale orientée d’ouest en est et dont le fond se relève progressivement vers Namur. Les recherches menées depuis le début du XXe siècle, notamment celles du géologue Xavier Stainier, ont permis d’enrichir considérablement la connaissance de ce bassin, jusqu’à des profondeurs avoisinant les 500 mètres dans la concession de Tamines[9].
Le substrat houiller y apparaît fortement plissé et traversé de nombreuses failles suivant l’axe du synclinal. Il se compose d’un empilement de schistes, de grès, de psammites et de phtanites renfermant des veines de houille inclinées de manière variable et présentant une qualité anthraciteuse marquée. L’affleurement des couches dans les vallées, combiné à la faible épaisseur des terrains superficiels ailleurs, explique la découverte précoce de ces ressources par les habitants et l’ancienneté de leur exploitation. La présence d’une vingtaine de couches exploitables, d’une puissance généralement comprise entre 0,25 et 1 mètre, leur faible teneur en grisou et leur richesse en carbone ont fait de l’extraction du charbon l’élément central de l’activité industrielle taminoise[9].
Sur ces terrains primaires reposent deux zones de formations du Crétacé supérieur, rattachées à l’Assise de Herve et constituées d’argiles jaunes et de silex clairs[Note 1]. Elles se situent notamment dans le secteur des Tombes, entre l’église des Alloux et le Trou Machot, et se prolongent vers la rue de Moignelée au Baty Sainte‑Barbe. La couverture superficielle est formée par des dépôts du Quaternaire : alluvions dans la vallée de la Sambre, terrains limoneux ou dépôts fluviatiles ailleurs. L’ensemble de ces formations géologiques est répertorié sur la carte géologique, qui signale seize points d’observation de roches. Une coupe de la tranchée de Falisolle y est également associée, accompagnée de la description des couches rencontrées[9].
La topographie de Tamines, décrite par Jean Ficheret (1963), s’organise autour de la vallée de la Sambre, dont le relief résulte principalement de l’érosion fluviale et des aménagements humains. Les hauteurs du Tienne d’Hamion et du Bois Cheslai offrent les meilleurs points d’observation, permettant de saisir l’ensemble du paysage, structuré en trois unités : les versants, les replats et la plaine alluviale. Les replats dominent largement la superficie communale et jouent un rôle essentiel dans l’occupation humaine grâce à leur altitude modérée, leur orientation favorable et leur protection naturelle contre les inondations[10].
Les versants présentent des pentes marquées, culminant autour de 165 à 175 mètres, tandis que le point le plus élevé du territoire se situe près de Keumiée. Les replats, formés d’anciennes terrasses alluviales, sont recouverts de limons fertiles et de cailloutis issus de la Sambre ; ils ont longtemps abrité une nappe aquifère alimentant les puits locaux. Leur surélévation de 12 à 15 mètres au-dessus de la plaine alluviale les met à l’abri de l’humidité et des crues[11]. La plaine alluviale, étendue sur environ 800 mètres à son maximum, a été fréquemment inondée avant les travaux hydrauliques modernes. Elle a longtemps servi de réserve de pâturages et de foin, bien que certaines zones aient été transformées en terrains marécageux par les affaissements miniers et les dépôts issus du dragage de la rivière[11].
L’origine de la vallée de la Sambre fait l’objet de deux interprétations. Pour Stainier (1919), elle résulte du dégagement d’un ancien sillon marin turonien et bruxellien[12]. Libotte (1959)[13],[14], au contraire, y voit l’œuvre progressive d’un réseau hydrographique postérieur au retrait de la mer bruxellienne, dont l’érosion aurait façonné la vallée en plusieurs étapes, laissant notamment les replats actuels comme témoins des anciens méandres[15]. Aux XIXe et XXe siècles, le relief a été profondément modifié par les infrastructures ferroviaires et les dépôts miniers. L’aménagement de la gare de Tamines a entraîné le déblaiement du bord méridional des replats et la création de talus artificiels, tandis que l’ensemble des installations ferroviaires et de leurs remblais a fini par occuper près de 30 hectares du territoire[16].
La plaine alluviale de Tamines, telle que décrite par Jean Ficheret (1963), a été profondément remodelée par l’implantation progressive des infrastructures ferroviaires. De vastes remblais, élevés et étendus, structurent aujourd’hui la convergence des lignes vers Landen, Namur et Fosses, auxquels s’ajoute le raccordement entre Fosses et Moignelée. Ces aménagements ont fragmenté la plaine en six espaces de dimensions inégales, réduisant l’étendue des prairies et compliquant leur accès. Cinq ponts y ont été établis, dont deux destinés à la circulation routière et trois aux voies ferrées. L’écluse de Moignelée, située sur le territoire de Tamines, a en outre isolé les terres de la Bachère de la boucle formée par l’ancien cours de la Sambre[17].
L’évolution du relief communal résulte ainsi de l’adaptation aux exigences croissantes des réseaux de transport, mais aussi de la nécessité d’entreposer les roches stériles issues d’un sous‑sol intensément exploité. Plusieurs zones ont été remblayées au XIXe siècle pour limiter les effets des crues de la Sambre, notamment la place Saint‑Martin en 1840, le chemin d’Oignies en 1850 et la route de Falisolle en 1885[18].
Quartiers
modifierQuartiers administratifs
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Le territoire est partagé en quatre quartiers administratifs. Saint-Martin regroupe les rues du centre, entre la Sambre et l’ancien hôtel de ville, incluant la gare et la rue Saint-Martin. Les Alloux regroupent les rues desservies par l’avenue Roosevelt et la rue des Alloux. La Praile est plus nettement défini, au-delà de la N90, autour de son église désaffectée. Les Bachères enfin se situent de part et d’autre de la rue du même nom et autour du square Jean Tousseul.
Toponymie des quartiers et lieux-dits taminois
modifierTamines est divisé en plusieurs lieux-dits et quartiers selon Jean Fichefet[19]et le Frère Gochet[20]:
- La Praile, attesté depuis 1334 ;
- Grogneaux, attesté depuis 1290 ;
- Les Pindants ou les Pendants attesté depuis 1849 ;
- Le Foriet,
- Le Ponciat, viendrait du cours d'eau qui arrose l'endroit ;
- Les Alloux, en 1292, Allous ; en 1690, Allouds et depuis 1849 Alloux. Selon le Frère Gochet, Alloux viendrait de alleux, terre franche et libre, donc les Alloux était un bien allodiale, c'est à dire de fondation très anciennes remontant à l'époque des invasions francs et germains[21];
- Campagne des Tombes, attesté depuis 1734. Selon Gochet, ça signifie que il y aurai eu un tumulus. Gochet indique qu'il y a eu des fouilles archéologiques sur le site en 1901 et on a trouvé des tuiles et des débris de poterie[22];
- Les Bachères, les Baissiers en 1538, Grandes et Petites Bassyères en 1636 et depuis 1849 Bachères ;
- Bois des Noix, attesté depuis 1849 ;
- Quartier Saint-Martin, c'est à dire la paroisse ;
- Les Cailloux, attesté depuis 1690 ;
- Terniat, viendrait du relief, en 1535 ; Tergniat ;
- Haute Tamines, c'est à dire le point le plus haut de la commune qui est attesté depuis 1747 ;
- Chaîne à l'Image, Chaisne a l'imaige en 1579. Autrefois boisé selon Fichefet, ce lieu-dit rappelle un petit édicule adossé à un arbre (un chêne) qu'il subside un emplacement[23];
- Les Fourches, attesté en 1849 ;
- Sainte-Barbe,
- Le Haz,
- Sous-la-Ville,
- Par-delà-l'eau.
Terrils
modifierTerril Sainte-Eugénie, terril Grogneau et terril de Falisolle.
Bois
modifierÀ l'origine, le territoire de la localité était couvert de forêts. Ces forêts étaient parcourus et occupés par les hommes préhistorique, les Celtes et enfin les Gallo-Romains. Selon l'historien Jean Fichefet, c'est au Néolithique seulement qu'on parle de clairière et plus tard, de défrichements. À la suite de la création de centre monastiques dans le voisinage de la commune de Tamines n'est pas étrangère à l'exploitation intensive du sol, au détriment des surfaces boisées[24].
La documentation sur les bois les plus anciens de Tamines demeure inexistante avant le XIIIe siècle. Jean Ficheret signale que seules quelques mentions isolées attestent alors l’existence de parcelles forestières appartenant au chapitre de Fosses et à l’abbaye d’Argenton[25]. En 1257, le chapitre possède quinze bonniers appelés « bos de Boignies », tandis qu’Argenton déclare plusieurs petites surfaces boisées réparties autour de la Sambre et du Voie, représentant environ un cinquième de ses biens. Selon Ficheret, le bois du Chapitre s’étendait sur les Alloux et la partie liégeoise, concédé en fief à Enguerrand de Bioul, qui en détenait un tiers, avec droit de construction et de sartage, mais sans exclusivité sur les pâtures[25].
Aucune trace ne montre que le comte de Namur ait possédé des bois aux Alloux à la fin du XIIIe siècle. Il faut attendre le début du XVIe siècle pour voir apparaître de nouvelles mentions, notamment des bonniers appartenant aux seigneurs d’Aiseau et de Sacquespée, dont certains bois portent les noms de « Bois de Loynois » ou « Flaminneus bois »[25]. Jean Ficheret relève qu’en 1579, un inventaire des biens de Jean de Bourgogne, seigneur de Froidmont, fournit une liste détaillée des bois dépendant de la ferme de la Tour, totalisant un peu plus de treize bonniers, mêlant véritables bois et haies exploitées en taillis, souvent coupées à intervalles réguliers[26].
Les clauses du bail de 1639 de la ferme de la Tour, citées par Ficheret, montrent que le fermier ne peut aliéner les terres ni abattre les grands arbres, sauf le taillis, et doit préserver un nombre minimal de jeunes chênes par bonnier[27]. Les bois seigneuriaux obéissent également à des règles d’usage : un record de 1534 précise que seuls les masuyers peuvent couper certaines essences, tandis que les manants encourent des amendes en cas d’infraction[28].
Les dénombrements du XVIIe siècle indiquent que les seigneurs de Ligny et de Velaine conservent environ quatre bonniers de bois aux Alloux, peut‑être vestiges des quinze bonniers du chapitre de Fosses mentionnés par Ficheret pour le XIIIe siècle. Au XVIIIe siècle, la Communauté de Tamines recense ses biens : les Alloux sont presque entièrement déboisés, et deux propriétaires le monastère d’Oignies et la famille Hanolet détiennent la quasi‑totalité des surfaces boisées[29]. En 1787, celles‑ci couvrent environ 94 hectares, soit un peu plus de 15 % du territoire. La carte de Ferraris (1778) permet pour la première fois de localiser précisément ces bois, répartis en deux grandes bandes continues et quelques blocs isolés, principalement en haute futaie au nord et en basse futaie au sud[30].
Au XIXe siècle, plusieurs bois subsistent encore, comme les Prisches, Sonseau, le bois des Noix ou le bois du Chêne aux Priesses, relevés dans l’Atlas communal de 1848[30]. Le recensement de 1846 attribue aux bois une superficie de 50 hectares, mais les défrichements se poursuivent, notamment au Bois des Pauvres (1859) et aux Hautes Prisches (1864). Jean Ficheret souligne qu’en trois quarts de siècle, la moitié des surfaces boisées a disparu, remplacée par des terres cultivées ou des zones bâties, notamment à la Praile[31]. En 1956, il ne reste qu’une dizaine d’hectares de bois dans le patrimoine communal[31].
À partir des années 1860, Tamines connaît une transformation profonde de son paysage rural. Jean Ficheret souligne que plus de la moitié des surfaces boisées et des prairies disparaissent alors, au profit de terres nouvellement consacrées à l’agriculture[32]. Les zones cultivées s’étendent nettement au nord et au sud des secteurs exploités un siècle plus tôt, ainsi qu’à l’emplacement des bois défrichés qui occupaient encore la terrasse à cette époque[32].
Parallèlement, l’espace bâti se modifie. De nouveaux hameaux apparaissent aux Bachères, aux Cailloux et à la Praile, tandis que l’habitat se disperse. Les voies de communication se multiplient : ramifications de chemins, lignes ferroviaires et routes traversent désormais les anciennes prairies[32]. Autour de la gare, l’urbanisation s’intensifie, gagne la rive droite de la Sambre et s’étend sur les Alloux. Ficheret note que cette dynamique marque une rupture nette avec l’organisation du territoire au XVIIIe siècle[33].
Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une étroite frange boisée en bordure de Velaine et de Falisolle. Les prairies ont été réduites à environ 20 % de leur superficie du XVIIIe siècle, tandis que les terres cultivées ne représentent plus qu’un quart de celles du milieu du XIXe siècle[33]. Ces dernières se concentrent dans le centre‑ouest du territoire et dans quelques zones marginales vers Keumiée et Grogneaux, souvent morcelées et voisines de terrils, de cités récentes ou de grands axes routiers[33].
La mutation la plus marquante, selon Jean Ficheret, est l’emprise croissante des surfaces bâties, des infrastructures de transport et des installations industrielles, qui couvrent aujourd’hui près de la moitié du territoire communal[33]. Cette urbanisation s’est accélérée au cours du dernier siècle, et plus encore durant les quarante dernières années, comblant les espaces entre les hameaux et les réseaux routiers. Elle a progressivement constitué un ensemble continu, réduisant chaque année la place disponible pour les dernières activités agricoles[33].
Hydrographie
modifierLe territoire de Tamines est bordé sur 6 kilomètres par la Sambre, qui décrit une large boucle autour du village, en l’entourant par le sud et l’est. À la suite de la canalisation progressive de la Sambre, au cours des XIXe et XXe siècles, deux bras morts, appelés « noues » existent encore dans le paysage ; l’une en rive gauche, dans le quartier des Alloux, l’autre en rive droite à proximité du centre de Tamines.
Ont note la présence des affluents de la Sambre : le ruisseau du Fond Ponciat qui fait la limite avec Moignelée, le Ri de la Praile qui a une longueur de 2 480 m[34]. Un mince ruisseau tributaire de la Sambre traverse le territoire de Tamines : le Bruzero, au nord du territoire, descendant du Bois du Chesselet. Le territoire compte de nombreux ruisselets, transformés en fossés de drainage ou en canalisations d'égout, parfois encore à ciel ouvert ou recouverts, et portant toujours les anciennes appellations de ruisselets des Haz, de Sous-la-Ville et de Par-delà-l'Eau[34].
Des marais ont été classés en réserve naturelle, en rive gauche de la Sambre, à proximité du centre de Tamines. Ils portent le nom d’Espace Jean Poulain, du nom d’un ancien bourgmestre de Sambreville.
Voies de communication
modifierOutre l’autoroute E42 qui passe 7 km au nord du territoire, deux axes principaux traversent Tamines. Le premier porte aujourd’hui le matricule N 988 ; il relie depuis 1841 le plateau de Hesbaye (Ligny) à l’entre-Sambre-et-Meuse (Denée). Le second, la N 90, a été achevé dans les années 1990, et relie Namur à Charleroi avec deux fois deux bandes.
Le village possède une gare ferroviaire de relative importance, sur la ligne SNCB (L130) reliant Namur à Charleroi.
Dans un rayon de 25 km se trouvent encore l’aéroport de Charleroi, Brussels South Airport, et des connexions autoroutières et ferroviaires vers Bruxelles et Luxembourg.
Climat
modifierTamines jouit globalement d'un climat tempéré d'influence océanique.
Urbanisation
modifierAvant 1840, Tamines n’a pas connu d’évolution majeure dans sa trame urbaine. Idéalement positionné sur une dernière basse terrasse face à un gué sur la Sambre, à l’abri des inondations majeures, le village ancien s’est développé autour de l’enclos paroissial. Deux voies principales le quittaient par le nord, l’une reliant l’enclave namuroise des Alloux (à une époque où Tamines relevait de l’autorité du Prince-Evêque de Liège), l’autre prenant la direction de Fleurus.
Situé sur d’importants gisements houillers, le village a profité très tôt de la Sambre pour exporter sa production, avant de voir s’ériger une station ferroviaire sur la ligne reliant Charleroi à Namur et Liège. À partir de 1850-1860, la croissance démographique découlant de l’essor économique va densifier considérablement la trame urbaine, avec l’empierrement progressif des voiries historiques et la création d’une nouvelle chaussée. L'habitat, autrefois groupé mais lâche, évolue vers la mitoyenneté, tant dans le centre ancien que le long des nouvelles voiries. Après la Seconde Guerre mondiale, l'urbanisation se poursuit dans les campagnes, vers l'ouest du territoire, privilégiant l'habitat à quatre façades dans les lotissements aisés et les habitations jumelées ou triplées dans les lotissements ouvriers ou sociaux. Principale conséquence de cette urbanisation massive du sol, la surface disponible est aujourd'hui considérablement réduite et l'agriculture a pratiquement disparu du paysage urbain.
Environnement
modifierParcs
modifierLe parc entourant le monument de la place Saint-Martin a fait l’objet d’un classement accompagnant celui du Cimetière des fusillés, non loin de là. C’est là en effet que furent assassinés 383 civils le . Il s’agit d’un espace de pelouses ceinturées par des haies de lauriers cerise maintenues basses, à l’ombre de hauts peupliers qui furent abattus vers 2019 ou 2020. Des panneaux d’information viennent éclairer le passant sur la Tragédie de Tamines.
Ailleurs, de petits squares ponctuent la trame urbaine, mais aucun n’est aménagé en parc au sens strict.
Sites d’intérêt paysager ou écologique
modifierAucune analyse paysagère n’a été publiée sur le seul territoire de Tamines, les sites d’intérêt ne sont donc pas reconnus comme tels. Plus de 35 hectares (sur 614, soit 5,7 % du territoire) présentent par contre un intérêt écologique reconnu ; il s’agit pour l’essentiel de plans d’eau issus de la canalisation progressive de la rivière et d’un ancien terril.
Noue « amont » (0,7 ha)
modifier« Cette ancienne noue est située en rive droite de la Sambre canalisée, en aval de Tamines. Elle se présente actuellement comme un petit plan d'eau allongé aux berges largement boisées. Certains tronçons sont aménagés à des fins récréatives (aire de pique-nique, jeux pour enfants, promenade aménagée) et pour la pratique de la pêche. L'intérêt du site est avant tout floristique et ornithologique mais d'une manière générale, la faune demeure largement méconnue. »[35].
Noue « aval » (1,12 ha)
modifier« Cette ancienne noue est située en rive gauche de la Sambre canalisée, en aval de Tamines, en face des usines d'Auvelais. Elle se présente actuellement comme un petit plan d'eau allongé prenant place dans une zone boisée au caractère sauvage. L'intérêt du site est avant tout floristique et ornithologique mais d'une manière générale, la faune demeure largement méconnue. »[36].
Réserve naturelle Jean Poulain, rue des Pachis (7,7 ha) – 2003
modifier« Cette réserve est constituée d'un complexe de prairies marécageuses dans la plaine alluviale de la Sambre. On y trouve divers groupements végétaux comme des roselières, des cariçaies, des groupements à bidents colonisant les vases exondées, des bosquets de saules, etc. Les Pachis constituent assurément un refuge précieux pour l'avifaune (tant nicheuse que migratrice) dans cette zone industrielle fort dégradée. »[37].
Terril Sainte-Eugénie, (24,6 ha)
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« Situé en Basse Sambre, au nord de Tamines, ce terril fut érigé entre 1880 et 1965, dans le cadre des activités du charbonnage Sainte-Eugénie, et fut ensuite remanié durant les années 1980. Si le site du charbonnage est en cours de reconversion industrielle, le terril par contre est laissé à la nature et au développement de la biodiversité. Il se présente actuellement comme une colline irrégulière au couvert végétal nul ou peu développé, à l'exception de son flanc nord occupé par un peuplement forestier varié. Un plan d'eau est présent sur le site, bordé de roselières et accueillant la reproduction de plusieurs espèces d'amphibiens. On y observe notamment le crapaud calamite (Bufo calamita), espèce Natura 2000. Un oiseau très menacé en Wallonie, l'alouette lulu (Lullula arborea), a niché sur le terril en 2010. Parmi les insectes, on soulignera plus particulièrement la présence de deux papillons rares au nord du sillon sambro-mosan : l'argus vert (Callophrys rubi) et le point de Hongrie (Erynnis tages). »[38].
Zone humide de la rue de l’abattoir (0,5 ha)
modifier« Situé en rive droite de la Sambre, non loin de la noue de Tamines amont » issue de la canalisation progressive de la rivière, « le site est constitué d'un complexe de prairies humides à joncs et de mégaphorbiaies, incluant des mares à massettes ainsi qu'une petite prairie de fauche sèche. Sur le plan floristique, on y signale une population d'œnanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa), ombellifère très menacée en Wallonie. La prairie sèche héberge l'œillet velu (Dianthus armeria). La faune renferme plusieurs espèces peu communes dont le criquet des marais (Stethophyma grossum), un orthoptère écologiquement très exigeant et typique des près humides. La zone est incluse dans le site Natura 2000 "Basse Sambre". »[39].
Sentiers et voies lentes
modifierLe village est encore traversé par quelques sentiers piétonniers, qui témoignent d’anciennes voies herdales (chemins empruntés par les troupeaux communaux). Certains portent un nom, d’autres pas.
Le sentier de grande randonnée GR 412, appelé aussi Sentier des terrils, traverse Tamines au nord du territoire, par le quartier de la Praile puis des Alloux.
Le Ravel 1 – ouest reliant Charleroi à Namur passe par les berges de la Sambre à Tamines. Il est asphalté sur toute la section concernant le village.
Démographie
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- Sources : INS. Rem. : 1831 jusqu'en 1970 = recensements, 1976 = nombre d'habitants au 31 décembre.
Histoire
modifierToponymie et archéologie
modifierIl n’y a aucune hypothèse sérieuse sur l’étymologie de Tamines, et aucune fouille archéologique n’y a été menée. Cependant, les travaux de l’historien Jean Fichefet, en 1963, ont pointé un certain nombre de lieux-dits laissant supposer une présence dès la fin de l’âge du fer et le début de la période romaine belge.
Préhistoire et Protohistoire
modifierLe Paléolithique
modifierLe Paléolithique inférieure
modifierLa région de Tamines présente, selon Jean Ficheret, des traces attestant une présence humaine très ancienne, antérieure à l’arrivée des Romains. Les découvertes fortuites réalisées lors de travaux ferroviaires à Aiseau, Tamines, Ham‑sur‑Sambre et Floreffe ont révélé des outils en silex caractéristiques des premières industries du Paléolithique inférieur, enfouis sous des dépôts limoneux et des sédiments fluviaux. Ces vestiges témoignent d’occupations successives liées aux particularités du relief de la vallée de la Sambre, dont les différents niveaux ont servi de lieux d’établissement au fil des millénaires[40].
L’environnement quaternaire, marqué par l’alternance du pléistocène et de l’holocène, a vu se développer les industries paléolithiques puis néolithiques. Au Paléolithique moyen, le refroidissement du climat a conduit les groupes humains à rechercher des abris dans les cavités calcaires des vallées secondaires, notamment les grottes de Spy, Presles et Floreffe. C’est dans la grotte de Spy qu’ont été mis au jour en 1886 deux squelettes attribués à l’Homme de Néandertal, dont la morphologie robuste et les traits crâniens particuliers correspondent aux populations qui occupaient l’Europe occidentale il y a environ 40 000 ans[41].
Le milieu naturel, dominé par une végétation de type taïga et une faune adaptée au froid, imposait un mode de vie fondé sur la chasse, complété par la pêche et la cueillette. Les outils en silex racloirs, pointes, coups de poing ainsi que les objets façonnés en os, ivoire ou coquillages, illustrent les pratiques techniques de ces groupes. L’usage du feu et l’abattage d’arbres à l’aide de haches en silex ont contribué à dégager les abords des grottes. La rareté du silex local suggère enfin des déplacements étendus ou des échanges avec d’autres régions mieux pourvues en matière première[42]. De même, les vestiges humains découverts en 1988 dans la grotte de Claminforge, à Falisolle, attestent d'une occupation de la région au Mésolithique (entre -10 000 et -5 000). Enfin, les polissoirs de Velaine-sur-Sambre (commune de Sambreville) témoignent d’une présence au Néolithique, vers – 3 500.
Le Paléolithique moyen
modifierSelon Jean Ficheret et le Frère Gochet, le Paléolithique moyen dans la région de Tamines correspond à une phase de refroidissement marqué qui a conduit les groupes humains à se réfugier dans les cavités calcaires des vallées secondaires de la Sambre, notamment les grottes de Spy, Presles et Floreffe[43]’[22]. Ces abris naturels, liés aux formations des terrasses fluviales, ont servi de lieux d’occupation à une faune adaptée au froid et aux communautés néandertaliennes. C’est dans la grotte de Spy qu’ont été découverts en 1886 deux squelettes attribués à l’Homme de Néandertal, représentant une population robuste, de petite stature, au crâne allongé, qui occupait l’Europe occidentale et une partie de l’Eurasie il y a environ 40 000 ans[41].
Le milieu, dominé par une végétation de type taïga, imposait un mode de vie fondé sur la chasse, complété par la pêche et la cueillette. Les déplacements dans la vallée de la Sambre étaient motivés par la recherche de gibier, tandis que les grottes pouvaient être disputées avec les animaux cherchant refuge[42]. Le matériel retrouvé dans ces cavités outils en silex, pointes, racloirs, ainsi que objets façonnés en os, ivoire ou coquillages illustre les pratiques techniques et les débuts de parure. L’usage du feu et l’abattage d’arbres à l’aide de haches en silex ont contribué à dégager les abords des grottes. La rareté du silex local implique enfin des déplacements étendus ou des échanges avec des régions plus riches en matière première[44].
Le Paléolithique supérieur
modifierLe Paléolithique supérieur marque, selon Jean Ficheret, une phase décisive du retrait glaciaire qui transforme profondément les milieux naturels de nos régions. La disparition progressive de la faune froide, comme le renne ou le mammouth, accompagne l’installation d’espèces forestières telles que le cerf, le chevreuil, l’élan ou le sanglier[42]. Cette évolution environnementale s’inscrit dans une économie humaine encore fondée sur la chasse, la pêche et la cueillette, mais déjà tournée vers des pratiques qui préfigurent la domestication animale. La population néandertalienne locale, représentée notamment par l’homme de Spy, s’éteint tandis que des groupes venus du Sud s’implantent, appartenant au type humain de Cro‑Magnon. Leur morphologie, caractérisée par un front large, un crâne allongé et une stature élancée, correspond à des communautés de chasseurs et de pêcheurs parfaitement adaptées aux nouveaux paysages boisés[45].
Les vestiges découverts à Spy témoignent d’une industrie lithique et osseuse diversifiée : lames de silex retouchées, grattoirs massifs, outils étroits en museau, ainsi que l’emploi de matériaux comme le phtanite houiller ou le grès bruxellien. L’outillage en os comprend pointes, épingles et bâtons façonnés dans des bois de cervidés[46]. Parmi les objets remarquables figurent trois pendeloques en forme d’oreille humaine, révélant une maîtrise technique avancée dans le travail de l’ivoire fossile de mammouth. À Tamines, quelques pièces en silex têtes de haches ou de couteaux auraient été signalées au lieu‑dit du Chêne à l’Image, mais leur attribution au Paléolithique demeure très incertaine[46].
Néolithique
modifierLa période néolithique, telle que décrite par Jean Ficheret pour la région de Tamines, correspond à un long adoucissement climatique entre 9000 et 3000 avant notre ère, qui favorise l’abandon des habitats en grotte et l’essor d’une faune et d’une flore proches de celles de l’Europe occidentale actuelle[46]. Une population venue du Sud-Est, probablement par la vallée de la Meuse, se mêle alors aux descendants du type Cro‑Magnon. Ces groupes, de stature moyenne et aux traits brachycéphales, s’installent sur les hauteurs sablonneuses et les zones limoneuses bordant la vallée de la Sambre, où ils développent des habitats circulaires semi‑enfouis, dotés d’un foyer central et d’une charpente de branchages[47].
Les plateaux de la région livrent de nombreux indices d’occupation : outils polis, grattoirs, tranchets, meules à grain, céramiques grossières, ainsi qu’une faune domestique comprenant chien, bœuf, mouton, chèvre et sanglier. L’économie, jusque‑là fondée sur la prédation, devient progressivement agricole et pastorale, marquant le passage à la sédentarité[48]. Le filage et le tissage du lin, la chasse et la pêche complètent ces activités. Les premières communautés structurées, organisées en clans agricoles, édifient des monuments mégalithiques tels que les menhirs attestés à Velaine et Auvelais, dont la Pierre‑qui‑Tourne constitue un vestige notable[47].
Les zones limoneuses au nord de la Sambre concentrent l’essentiel de cette civilisation, tandis que les plateaux de Hamion, Oignies, Aiseau, Lambusart, Velaine et Auvelais montrent les traces les plus proches de Tamines, bien qu’aucune découverte directe n’y ait été faite. Les habitats regroupent en moyenne quarante à soixante individus et s’insèrent dans un réseau de pistes reliant les plateaux aux anciennes grottes[49]. La civilisation néolithique locale disparaît entre la fin du IIIe millénaire et le début du IIe, laissant entrevoir un environnement où le futur site de Tamines devait nécessairement s’inscrire dans les zones de chasse et de circulation de ces communautés[50].
La période du Fer
modifierLa période du Fer, telle que l’a décrite Jean Ficheret, correspond aux derniers siècles précédant notre ère, durant lesquels l’exploitation de gisements métallifères situés de part et d’autre de la Sambre est attestée par la présence de dépôts de scories connus sous le nom de crayats de Sarrazins[51]. Des traces d’activité sidérurgique ont été relevées à Le Roux, où un bas‑fourneau a été découvert sous les vestiges d’une dépendance romaine, ainsi qu’à Aiseau, où des résidus métallurgiques enfouis sous une villa antique suggèrent une exploitation antérieure. D’autres concentrations de scories apparaissent dans la vallée de l’Orneau, près de la grotte de Spy et sur le plateau de Froidmont[51].
Cet âge voit l’installation durable des Celtes dans la région, depuis le IXe siècle avant notre ère jusqu’à leur intégration au monde gallo‑romain. Les Aduatiques, population d’origine germanique arrivée vers le IIe siècle av. J.-C., étaient déjà largement celtisés à l’époque de César[52]. Faute de découvertes archéologiques précises autour de Tamines, la toponymie éclaire cette présence : plusieurs hydronymes locaux Samera (Sambre), Geldio (Jodion), Ur (Eau‑d’Heure), Beverna (Biesme) dérivent de racines celtiques, tout comme les noms de Malonne et Tongrinne[53].
L’empreinte celtique se manifeste également dans le tracé des voies anciennes. Des chercheurs comme Dom Jonckheere et M. Pirsoul ont reconstitué des itinéraires préromains traversant le territoire de Tamines, reliant notamment Velaine, Falisolle, Oignies et Aiseau par des passages proches de la grotte de Presles et de la villa romaine d’Aiseau[Note 2]. Un autre chemin, franchissant la Sambre près des Alloux, reliait Auvelais à Moignelée[54].
Des indices topographiques et linguistiques suggèrent l’existence d’un site fortifié gaulois au nord du ruisseau de la Praile, installé sur un promontoire naturellement protégé par les vallons environnants. Ce relief, doté d’un replat dominant la vallée de la Sambre, aurait pu servir de refuge en période d’insécurité[55]. Le bois de Cheslai, dont le nom serait d’origine celtique, ainsi que des traces de chemins creux, renforcent cette hypothèse. Un tel oppidum s’inscrirait dans une série de fortifications gauloises connues dans la vallée, dont celle de Boubier à Couillet‑Bouffioulx constitue l’exemple le mieux documenté[55].
Période romaine (52 ACN. - 476 PCN.)
modifierLa région de Tamines, telle que décrite par Jean Ficheret (1963), apparaît comme un espace densément romanisé, comme en témoignent les nombreux vestiges mis au jour dans les localités voisines d’Aiseau, Arsimont, Auvelais, Fosses, Lambusart, Moignelée, Le Roux, Velaine-sur-Sambre et Vitrival. Les découvertes de villas, sépultures, poteries, tuiles, fragments de verre et monnaies indiquent une occupation durable des bords de la Sambre par une population intégrée à la civilisation gallo‑romaine. La conquête du territoire par Jules César entre 57 et 50 av. J.-C., suivie de l’avancée des légions le long d’anciens chemins gaulois situés au nord de la rivière, entraîna une transformation profonde du paysage et des pratiques agricoles. La paix romaine favorisa l’essor des cultures, l’extension des défrichements et l’amélioration du niveau de vie[56].
À Tamines, plusieurs toponymes comme Tienne des Villers, Prés sous la Ville ou Sonderville suggèrent l’existence d’une villa antique[22], hypothèse renforcée par la découverte de tuiles romaines aux Alloux et de monnaies d’Auguste et d’Albinus au lieu‑dit Les Tombes[22] selon Gochet. Une villa plus clairement attestée se trouvait à Aiseau, organisée autour d’une vaste cour et composée de bâtiments résidentiels, de pièces de service et d’installations thermales, dont un hypocauste. Le mobilier retrouvé poteries sigillées, dolia, carreaux d’hypocauste, verres colorés, pentures en fer témoigne d’un équipement soigné. À proximité, un cimetière a livré des urnes cinéraires. Ces éléments illustrent l’écart entre l’architecture romaine et les habitations plus frustes encore utilisées par une partie de la population[57].
L’introduction de nouvelles cultures comme le froment et la vigne, l’abandon de l’écobuage au profit d’une rotation régulière des céréales et l’amélioration de l’outillage agricole modifièrent profondément l’exploitation du sol. Le régime de propriété évolua également : les terres furent attribuées à des vétérans, à des citoyens romains ou à des élites gauloises romanisées, tandis que les domaines étaient cultivés par des colons souvent métayers, aidés d’esclaves. Malgré ces progrès, une majorité d’habitants continua à vivre dans des constructions modestes, reflet d’une société où la romanisation cohabitait avec des formes de vie plus anciennes[58].
Selon Jean Ficheret (1963), les vestiges de la villa d’Aiseau montrent qu’elle connut plusieurs phases de destruction et de reprise. Les pierres calcinées, les clous massifs et les monnaies retrouvées à différents niveaux des substructions indiquent un incendie suivi d’une reconstruction. L’interruption de l’occupation correspond à l’invasion des Chauques vers 172‑174, avant une réutilisation du site jusqu’à son abandon définitif lors des incursions des Francs en 275‑276[Note 3]. Les bâtiments romains présents sur le territoire de Tamines semblent avoir connu une évolution comparable[59].
L’espace correspondant à l’actuelle localité de Tamines ne portait probablement pas de nom identifié à l’époque romaine. Les populations locales adoptèrent progressivement les usages romains : noms de famille, religion polythéiste proche de leurs croyances, et surtout la langue latine. De son évolution naquirent le roman, puis le français et les parlers wallons[Note 4], témoignant de la profonde romanisation culturelle de la région[60].
Moyen Âge
modifierTamines, selon l’analyse de Jean Ficheret, s’inscrit après l’époque romaine dans le cadre administratif et religieux qui structure les régions de la Sambre entre le VIe et le Xe siècle. Sous Rome, le territoire relève de la civitas Tongrorum, intégrée à la Germanie seconde, et pourrait avoir été subdivisé en un pagus correspondant au futur pagus de Lomme. Celui‑ci, survivance probable de l’organisation romaine, devient à l’époque franque l’un des quatre grands pagi du diocèse de Liège. Il englobe l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse ainsi que les régions de Gembloux et Nivelles, et inclut le secteur où se situe Tamines, dans une subdivision nommée Darnuensis. Administré par un comte dépendant successivement des souverains austrasiens puis carolingiens, ce pagus constitue l’ancêtre du comté de Namur[61]. Selon le Frère Gochet, Tamines est mentionnée pour la première fois à la fin du XIe siècle. Dans une lettre adressée à l'évêque Otbert, entre le siège de Liège de 1091 et 1119, les moines de l’abbaye de Lobbes se plaignent des dilapidations de leur prévôt Oilbaud. Ce dernier est accusé d’avoir gaspillé les revenus destinés au culte divin, à l’entretien des religieux, des pauvres et des voyageurs, tout en laissant d’autres s’approprier les dîmes de Ferrières, de Ham et de Tamines[2].
La population y mêle un substrat belgo‑romain et des éléments francs, dont certaines familles possèdent des biens privés complétés par des terres fiscales liées au domaine royal. Dès le VIIe siècle, une partie de ces possessions est transférée à des fondations religieuses. La plus proche est celle de Fosses, établie vers 650 grâce aux donations d’Itte, veuve de Pépin 1er. Son vaste domaine, s’étendant de Fosses à Auvelais, touche Tamines et pourrait en avoir inclus une portion. Jusqu’au XVIIe siècle, le chapitre de Fosses y conserve des biens et exerce l’une des juridictions locales[62].
Le mouvement monastique atteint également la vallée de la Sambre avec l’abbaye de Moustier, probablement fondée au VIIe siècle[62]. À partir du XIIe siècle, une nouvelle vague d’établissements religieux marque la région : l’abbaye de Floreffe, fondée en 1121, détient longtemps la dîme de Tamines[Note 5] ; le prieuré d’Oignies, créé en 1187, acquiert progressivement l’ensemble du territoire taminois, y perçoit la dîme, y institue un échevinage et exerce une influence religieuse et culturelle durable[63]. Le monastère d’Argenton, d’origine cistercienne, possède également des biens à Tamines dès le XIIIe siècle, tandis que l’abbaye de Villers détient en 1214 le droit de pêche sur la Sambre. L’abbaye de Gembloux, en revanche, ne semble pas y jouer de rôle notable[64].
Ainsi, dès le haut Moyen Âge, Tamines est marqué par l’emprise de plusieurs institutions religieuses, proches ou éloignées, qui y exercent droits, obligations et influences territoriales. À ces dominations ecclésiastiques s’ajoute, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’intégration de Tamines dans l’espace politique et juridique lié à la principauté de Liège[63].
Selon Jean Ficheret, l’intégration de Tamines dans la mouvance liégeoise résulte d’une évolution politique amorcée après l’époque carolingienne. La politique impériale d’Otton 1er, visant à faire des évêques des agents directs du pouvoir, transforme profondément l’équilibre régional : les évêques de Liège, nommés par l’empereur, deviennent des seigneurs dotés de vastes domaines et exercent des droits régaliens sur le patrimoine de leur Église. Sous l’épiscopat de Notger, ils acquièrent des territoires dans le pagus de Lomme, intégrant notamment les domaines des abbayes de Fosses, Malonne et Lobbes au patrimoine de Saint‑Lambert[65].
Cette politique crée, dans la vallée de la Sambre, des enclaves liégeoises comprenant des biens monastiques et des fragments isolés de l’ancien domaine des comtes de Namur. Tamines se retrouve ainsi, pour l’essentiel de son territoire, dans la sphère d’influence de Liège. Entre les Xe et XIe siècles, les évêques parviennent à détacher du comté de Namur plusieurs portions significatives, modifiant la cohérence territoriale de ce dernier[65].
Les textes permettent de suivre ces transferts pour les établissements religieux, mais les localités rurales dont Tamine restent mal documentées. On perçoit toutefois une longue rivalité entre Liège et Namur, cristallisée autour des dix‑sept villes contestées, parmi lesquelles figure Tamines[Note 6]. Ces terres de débats, situées en zone frontalière, font l’objet d’un statut particulier. La marche allant de Tamines à Gilly possède un tribunal mixte, connu par un acte de 1345, composé de représentants des deux principautés et chargé de juger les délits commis par des ressortissants sur le territoire adverse. Malgré une décision favorable au comte de Namur en 1375, jamais appliquée, ces terres demeurent liégeoises[66].
Pour le XIIIe siècle, Ficheret souligne que l’organisation foncière de Tamines conserve des traces d’un ancien domaine rural, peut‑être issu d’une villa romaine disparue. Les toponymes relevés dans les biens de l’abbaye d’Argenton tels que les keutures des Awées ou de Mosson renvoient à des terres appartenant à l’ancienne réserve seigneuriale, témoignant d’une exploitation agricole structurée dès le haut Moyen Âge. Ces keutures s’opposent aux « quartiers », comme le quartier Saint‑Martin, correspondant à des tenures concédées à des cultivateurs. Vers 1300, le quartier sert d’unité de référence pour les redevances seigneuriales[67].
Les possessions d’Argenton sur les seigneuries des Alloux et de Tamines comprennent alors une trentaine de bonniers répartis en bois, prés et terres, assortis de cens versés au prieuré d’Oignies, à l’abbaye de Floreffe et au curé local. Ces données offrent un aperçu rare de la structure foncière taminoise et introduisent les mécanismes de la société féodale fiefs, seigneuries, tenures qui marqueront durablement l’histoire locale[68].
L'habitat du village pendant le Moyen Âge
modifierSelon les analyses archéologiques rapportées par Jean Ficheret dans son étude sur l’histoire de Tamines (1963), l’occupation humaine du territoire remonte à la période gauloise. Les traces les plus anciennes semblent se concentrer dans la zone sud‑est, où l’on suppose l’existence temporaire d’un oppidum aux limites de Keumiée et de Velaine[69]. La partie méridionale constitue le noyau primitif de l’habitat, établi sur la terrasse dominant la Sambre et sur une étroite bande de plaine alluviale, à proximité du gué et à l’origine des anciens chemins menant vers Fleurus et Velaine. Cet espace triangulaire est considéré comme le secteur où se sont implantées les premières constructions[69].
Les sources manuscrites disponibles à partir du XIIIe siècle évoquent l’existence de bâtiments sans en préciser l’emplacement. Ces mentions, limitées à la zone relevant de Liège, décrivent des maisons accompagnées de petites parcelles agricoles ou de jardins. Pour les Alloux, aucune taxe sur les feux n’est attestée en 1294, ce qui suggère l’absence de demeures dotées d’une cheminée[69]. Toutefois, l’apparition, en 1345 et 1350, d’un Henry d’Aymeries, tenancier du chapitre de Fosses et relevant de la juridiction des Alloux, indique la présence d’une famille occupant une ferme identifiée plus tard, en 1469 puis en 1602, sous le nom d’Aymeries et intégrée au recensement des bâtiments de cette partie de Tamines[70].
Les fermes et la tour médiévale de Tamines
modifierLes anciennes exploitations agricoles situées près de l’église Saint‑Martin à Tamines formaient un ensemble plus vaste que les bâtiments représentés sur la gouache traditionnelle. D’après Jean Ficheret, leur existence est attestée bien avant le XVe siècle, et leur configuration n’est connue avec précision qu’à partir de la carte de Ferrari de 1772[71]. Ces constructions correspondaient au type régional des censes dotées d’une cour intérieure, entourée de bergeries, étables et granges accessibles par un porche. Seule la partie résidentielle était couverte d’ardoises avant le XVIIIe siècle, tandis que les murs, en briques renforcées de pierre de taille, donnaient à l’ensemble une silhouette massive dominée par de longues granges[72].
Selon Ficheret, ces deux exploitations relevaient de seigneuries distinctes, séparées par la rue Saint‑Martin, où passait également la limite entre les terres liégeoises[72]. L’une d’elles est mentionnée en 1519 sous le nom de « maison et cense et blochuz de la Thour de Tamines »[73], en raison d’un bâtiment élevé occupant un côté de la cour, entre la grange et le logis du fermier[Note 7]. Cette tour, comparable à un petit donjon, dépassait en hauteur les constructions voisines et rivalisait avec le clocher de l’église[72].
L’édifice, toujours conservé, est considéré par Jean Ficheret comme le vestige presque intact d’une structure médiévale[72]. Son interprétation s’inscrit dans le contexte d’une région longtemps disputée entre les comtes de Namur et les évêques de Liège aux XIIIe et XIVe siècles, et dans celui d’une enclave liégeoise entourée de territoires namurois et brabançons[74]. La surveillance du passage routier franchissant la Sambre pourrait également avoir motivé la présence d’un bâtiment fortifié[75].
Ficheret souligne que la tour a pu servir à affirmer matériellement l’autorité liégeoise sur Tamines, sans qu’un texte ne permette d’en attribuer la construction à un seigneur foncier ou à un prince‑évêque[Note 8]. L’hypothèse d’une résidence seigneuriale temporaire paraît néanmoins plausible[75]. L’organisation intérieure cave ou cellier, deux salles superposées dotées de cheminées, puis un grenier confirme la possibilité d’un séjour[Note 9]. Les éléments défensifs, tels que meurtrières, entrée unique et étroite, murs épais d’environ un mètre et traces possibles de mâchicoulis, suggèrent une fonction de refuge pour les habitants des fermes voisines en période d’insécurité. Malgré ces indices, la destination exacte et l’origine de la tour demeurent incertaines, comme le rappelle Jean Ficheret[76].
Conflits militaires durant l'époque médiévale
modifierSelon Jean Ficheret, Tamines a connu, bien avant l’époque contemporaine, une longue histoire de violences militaires, de réquisitions et de dévastations. Les sources médiévales montrent que la vallée de la Sambre fut régulièrement traversée par des armées dont le passage entraînait pillages, incendies et insécurité durable. Les troupes ne devaient pas nécessairement séjourner à Tamines pour y causer des dommages : les réquisitions provenaient parfois de garnisons installées à plusieurs kilomètres[77]. En 1325, les soldats du comte de Namur envahissent les Alloux et malmènent le prieur d’Oignies. L’incident découle du transfert de la seigneurie d’Aiseau au duc de Brabant en 1321 : le comte tente de récupérer son domaine, tandis que le prieur soutient la cause brabançonne. Tamines se retrouve ainsi au cœur d’un conflit féodal[77].
En 1408, lors de la révolte des Liégeois contre leur évêque Jean de Bavière, celui‑ci appelle son frère Guillaume, comte de Hainaut, à l’aide. Les troupes hennuyères ravagent les terres liégeoises de la Sambre, incendient Fosses et détruisent Tamines au cours d’une campagne de huit jours[77]. Un nouveau conflit éclate en 1430 entre le comte de Namur et les Liégeois. Les Namurois, commandés par Antoine de Croy, remportent la bataille d’Aiseau. Les chroniques rapportent que plus de trois cents villages et hameaux des environs sont réduits en cendres, ce qui inclut nécessairement Tamines et ses alentours[78].
Tamines et ses dépendances
modifierPour les seigneurie, le territoire de Tamines était partagée par la seigneurie des Alloux et une double seigneurie de Tamines[79]. Les Alloux étaient une dépendance au comté de Namur tendis que le reste du village de Tamines dépanadait de la Principauté de Liège[80]’[81].
Au XIVe siècle, les Alloux relevaient du baillage namurois de Fleurus, l’un des six baillages du comté de Namur. Cette circonscription regroupait plusieurs dizaines de localités, mais l’autorité du bailli y demeurait limitée : il exerçait les prérogatives du pouvoir comtal sans empiéter sur la justice civile, administrée par le magistrat local, ni sur la justice criminelle, réservée aux seigneurs particulier[80]’[Note 10]. Les traces de son action apparaissent surtout dans les comptes, notamment lors de la perception des aides bourguignonnes à la fin du XVe siècle ou dans les frais liés à la réception des redevances dues par certains seigneurs au XVIe siècle[82]. En tant que territoire dépendant du comté de Namur puis des Pays-Bas espagnols et autrichiens, les Alloux étaient soumis aux ordonnances et fiscalités générales, ce qui entraînait des pratiques administratives distinctes de celles du Tamines liégeois, par exemple dans la tenue des registres paroissiaux sous Marie‑Thérèse et Joseph II[83]’[81].
À l’inverse, le Tamines liégeois appartenait au quartier d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse de la principauté de Liège, un ensemble territorial morcelé dont les enclaves étaient séparées par des terres brabançonnes, hennuyères ou namuroises[84]. Tamines formait l’extrémité septentrionale d’une de ces enclaves, éloignée de Liège et difficile d’accès. La principauté, attachée à une neutralité armée très limitée, ne pouvait y assurer une défense efficace : les armées étrangères y circulaient librement, et la localité subissait réquisitions et cantonnements[84]. Pour encadrer les échanges le long de la Sambre, Liège établit en 1699 un bureau de douane, le winage, complété par des postes de contrôle situés à Wainage, en territoire de Farciennes, et à la limite namuroise près de Fontenelle, afin de réguler les passages entre Tamines et Fleurus[85]’[86].
Les seigneuries et les seigneurs de Tamines
modifierLa formation des institutions communales de Tamines apparaît dès le XIIe siècle, lorsque l’organisation seigneuriale se substitue progressivement aux structures domaniales plus anciennes. La communauté rurale se constitue autour du seigneur, qui nomme mayeur et échevins parmi les habitants notables et leur délègue l’administration locale, la perception des droits, l’exercice de la justice et l’organisation des corvées[87]. Parallèlement, la collectivité villageoise développe ses propres mécanismes de représentation afin de défendre ses intérêts et de limiter les abus seigneuriaux, notamment par l’élection de responsables chargés de gérer les biens communs et les affaires publiques. Les décisions essentielles sont prises en assemblée générale, ou plaid, réunissant les chefs de famille aux grandes fêtes religieuses ou en séance extraordinaire[87].
Jusqu’en 1516, Tamines relève de trois juridictions distinctes le prieuré d’Oignies, le seigneur laïc et les Alloux avant que les deux premières ne fusionnent leurs cours échevinales, tandis que celle des Alloux demeure autonome pour la partie namuroise. Les échevins, nommés à vie, doivent être natifs du pays correspondant à leur ressort, selon les prescriptions namuroises du XVe siècle et les usages liégeois[88]. Ils enregistrent contrats, jugent les litiges et statuent sur les affaires criminelles, allant en rencharge auprès de la cour des Échevins de Liège lorsque nécessaire. À partir du XVIIIe siècle, ce recours s’estompe, tandis que la cour locale continue de défendre ses prérogatives, comme en témoigne le procès intenté au prieuré en 1778. Cette organisation, décrite par Jean Ficheret, illustre l’évolution progressive d’une communauté rurale cherchant à concilier autorité seigneuriale et autonomie villageoise[89].
La seigneurie des Alloux
modifierSelon Jean Ficheret, la seigneurie namuroise des Alloux apparaît comme un fragment ancien du domaine de Fosses, dont l’origine remonte au monastère irlandais fondé vers 650. Après la disparition de cette communauté au Xe siècle et son remplacement par un chapitre de chanoines, Fosses est rattaché à l’Église de Liège en 974. La juridiction des Alloux, connue sous le nom de Cour Saint‑Feuillien, demeure possession du chapitre jusqu’à la fin du XVIIe siècle et semble s’être établie sur une ancienne propriété fossoise[79]. Les chanoines, affaiblis par les raids normands, ne conservent qu’une emprise réduite sur Tamines, peut‑être sous forme d’un alleu devenu ensuite fief relevant du comte de Namur. Cette portion du territoire se situe à proximité d’un ancien gué de la Sambre et de la voie antique reliant Auvelais‑le‑Voisin à Moignelée[90].
À partir du XIIIe siècle, les Alloux relèvent clairement du comte de Namur. Les textes de 1265, 1294 et 1295 détaillent les revenus comtaux : la sisse ou taille, proportionnelle aux capacités d’exploitation, augmente d’un tiers en trente ans ; les droits de mortemain et de formorture s’appliquent aux successions et mutations de biens ; s’ajoutent les obligations militaires d’ost et de chevauchée. Le comte exerce ces droits tant sur les Alloux que sur certains fiefs situés dans la partie taminoise relevant de l’évêque de Liège, bien que les vassaux liégeois ne soient pas tenus de combattre sur les terres de la principauté[90]. Aux XVe et XVIe siècles, les aides et subsides imposés par les ducs de Bourgogne montrent une fiscalité variable : les Alloux versent entre 24 et 40 sous selon les années, puis 57 livres en 1570 lors de la perception du centième denier. Ces montants, modestes comparés à ceux de Fleurus, Jemeppe ou Velaine, reflètent une population peu nombreuse. En 1469, les Alloux ne comptent que quatre feux, contre vingt à Jemeppe ou Temploux et soixante‑dix à Fleurus[91].
Le dénombrement de 1602 identifie ces quatre habitations et leurs occupants, ainsi que les terres attenantes. Le territoire comprend alors des jardins, héritages, terres labourables, prairies et bois, pour une superficie totale d’environ quarante bonniers. Une part importante des terres dépend de propriétaires résidant dans les seigneuries liégeoises de Tamines ou des seigneurs de Ligny et de Velaine. Le censier d’Aymerie exploite à lui seul trente‑six bonniers sur le Tamines liégeois, ce qui en fait l’un des principaux fermiers de la région[92]. En 1679, un nouveau mesurage confirme une superficie similaire, répartie en cinquante‑trois parcelles, et signale l’apparition de trois maisons supplémentaires depuis 1602. À la fin du XVIIe siècle, une verrerie à vitre s’installe aux Alloux, suivie au XVIIIe siècle par une exploitation charbonnière. Le dénombrement de 1753 mentionne quinze feux, sept hommes mariés, neuf garçons et cinquante‑deux bêtes à cornes, sans chevaux ni chariots, tandis que la carte de Ferraris (1778) localise ces habitations dans les rues Sainte‑Barbe, de l’Isle et des Alloux, où se distingue une grande ferme ou le vestige de la verrerie fondée en 1694[93]. Selon Jean Ficheret, la cartographie du XVIIIe siècle permet de saisir l’évolution du paysage des Alloux : toute trace de bois y a disparu, conséquence d’un déboisement continu depuis environ cent cinquante ans, tandis que les prairies occupent désormais près d’un tiers du territoire[94]. L’intérêt majeur du document réside dans le tracé précis du contour de la seigneurie, unique témoignage graphique de ses limites. Celles‑ci forment trois côtés rectilignes, complétés par la courbe de la Sambre autour du Trou Mahy. Au sud, la frontière suit les rues du Baty Sainte‑Barbe et de Moignelée, sans inclure la chapelle Sainte‑Barbe ; au nord, elle traverse la rue Haute près de l’actuel passage à niveau de la ligne de Fleurus, puis rejoint la Sambre en passant par la Grotte Mahy. Ce tracé confirme les indications du record de 1738[95].
En 1784, un relevé établi par les États de Namur pour le Conseil Privé fournit des données démographiques détaillées : les Alloux comptent alors 74 habitants répartis dans 20 maisons. La population se compose de 11 hommes mariés ou veufs, 10 garçons de moins de douze ans, 13 garçons de douze ans et plus, 16 femmes mariées ou veuves, 7 filles de moins de douze ans et 17 filles de douze ans et plus. À la même date, le Tamines liégeois atteint environ 600 habitants, ce qui souligne le caractère très limité et rural de la seigneurie des Alloux par rapport au reste du territoire taminois[96].
La seigneurie liégeoise de Tamines
modifierSelon Jean Ficheret, la partie taminoise située hors des Alloux formait deux seigneuries relevant de l’évêque de Liège : l’une tenue en fief par le seigneur de Loverval, l’autre directement mouvante de l’évêque. Le prieuré d’Oignies acquiert la première moitié en 1282 et la seconde en 1711, en même temps que les Alloux. Ainsi, durant près de six siècles pour la majeure partie du territoire, et durant trois quarts de siècle pour le reste, les prieurs d’Oignies furent les seigneurs immédiats de Tamines[97]. Cette continuité, exercée par des religieux installés à proximité de leurs domaines, diffère nettement de l’influence des seigneurs laïcs, dont les lignages, extérieurs à la région, se succédèrent sans établir de résidence locale. Tamines ne possédant aucun château féodal, l’abbaye d’Oignies joua en partie le rôle de centre protecteur pour la population[97]’[86].
Les seigneurs et leurs familles
modifierL'auteur note la liste des prieurs, au nombre de trente‑cinq, commence avec Jean de Walcourt (1276‑1297), qui obtient en 1282 la moitié de Tamines et un quart de Wanfercée par échange avec la terre de Beauvechain, puis en 1295 la moitié de la dîme de Tamines. Sous Jean de Fosses (1297‑1324), un accord est conclu avec Henri de Bierbais concernant le patronage de l’église, desservie dès 1299 par Oignies[98]. Les prieurs du XIVe siècle Nicolas le Charlier, Arnould de Walgnies, Alard de Ciney sont liés à divers conflits féodaux, notamment ceux opposant le prieuré au seigneur d’Aiseau, Jean Brants, dont les actions violentes entraînent l’incendie de Fleurus, Wanfercée et Tamines. Les tensions culminent en 1372 avec l’assassinat du prieur par deux habitants de Tamines, événement qui marque durablement l’histoire locale[99]. Au XVe siècle, les prieurs se succèdent rapidement, tandis que Jean d’Aymeries l’aîné (1372‑1425) et son successeur Jean d’Aymeries junior (1425‑1447) se distinguent par leur rôle dans les relations féodales avec Aiseau. Aux XVIe et XVIIe siècles, plusieurs prieurs Jean de Becka, Jean Waffelaer, Maximilien du Buisson, Antoine Montifaulx, Jacques Bricquelet interviennent dans la gestion paroissiale, la reconstruction des bâtiments ou l’acquisition de nouvelles terres[99]. Bernard Denys (1694‑1731) achève l’intégration des possessions taminoises, tandis qu’Isidore Frère (1731‑1777) restaure la ferme d’Oignies. Les derniers prieurs, Isidore Dellemelle[Note 11] et Grégoire Pierlot, exercent jusqu’en 1796, date de la suppression du prieuré[99].
Les seigneurs laïcs de Tamines apparaissent sur les terres liégeoises et namuroises. Leur hiérarchie féodale se répartit en trois portions : la première dépend du chapitre de Saint‑Lambert via le seigneur de Loverval ; la seconde relève directement du chapitre ; la troisième dépend du comte de Namur[99]. Ces seigneurs, parfois vassaux, parfois arrière‑vassaux, représentent des lignages extérieurs à Tamines. La première partie liégeoise semble issue d’une ancienne possession des comtes de Namur intégrée au domaine liégeois au Xe siècle, dans le cadre du partage tripartite des biens de l’Église de Liège instauré sous Notger[100]. Les seigneurs de Loverval, vassaux du chapitre, apparaissent dès la fin du XIe siècle. Les premiers personnages cités Johannes de Lovierval, Adelardus de Lovival sont témoins dans des actes liégeois ou lobbaines. Leur lignée se rattache à la maison de Rumigny‑Florennes : Arnould de Morialmé, fils d’Ermengarde de Rumigny, hérite de Loverval avant de devenir moine ; sa sœur Alpaïde fonde une branche dont descendent les seigneurs de Loverval, notamment Godescal II et ses fils Arnould, Wauthier et Oston. Plusieurs membres de cette famille sont chanoines de Liège, ce qui éclaire leur lien féodal avec le chapitre, même si leur rôle précis à Tamines demeure difficile à établir[101].
Selon Jean Ficheret, un accord conclu le entre le prieuré d’Oignies et le seigneur de Loverval précise les obligations féodales liées au relief : le seigneur revendiquait l’annate, équivalente à une année de revenus du fief, ainsi qu’une « lasse de levriers blancs » et la fourniture d’un homme armé. L’arrangement fixe finalement une redevance de douze écus pour tous les reliefs, passés et futurs, et le prieur s’engage à fournir l’homme armé sur réquisition. Trois interventions des seigneurs de Loverval sont connues. La première, en 1292, voit Arnould approuver une cession de terres à Tamines effectuée par le prieur au profit d’Henri de Horpmael, en échange de biens situés à Beauvechain[102]. En 1295, la dîme détenue par Oignies est explicitement reconnue comme fief relevant d’Ernoul de Loverval. Enfin, en 1516, Philippe de Marbais confirme que l’exécution des criminels à Tamines doit être assurée conjointement par les seigneurs concernés, conformément à une sentence de la Cour féodale de Liège. La seconde partie liégeoise de Tamines fut tenue par des seigneurs distincts, parmi lesquels la famille de Tamines, attestée dès la fin du XIIe siècle. Présents dans les actes jusqu’au XIVe siècle, ses membres apparaissent comme hommes de fief, témoins dans de nombreux documents et détenteurs de divers privilèges. Leur ancienneté est confirmée par la mention d’un chanoine nommé Bernardus de Tamines au XIe siècle, signe d’un statut social élevé[103]. Le premier personnage bien documenté est Philippe de Tamines, cité en 1198 comme témoin dans les chartes relatives à la fondation du prieuré d’Oignies. Il occupe le dernier rang dans la liste des chevaliers, ce qui suggère un fief modeste ou un statut inférieur. En 1220, il détient le droit de pêche sur la Sambre, mais son titre de dominus reflète simplement sa qualité de chevalier. Son frère Colin apparaît en 1233 dans un litige concernant cette pêche[104].
Aubert de Tamines, fils de Philippe, reçoit en 1224 le droit de pêche paternel et figure comme témoin dans plusieurs actes entre 1245 et 1263. Son frère Jean I, marié à Béatrix, est mentionné en 1239 comme propriétaire de biens à Tamines et détenteur d’une part de la pêche, partagée avec Mathieu de Tamines. D’autres membres Wilbert, Laurent, Libert apparaissent dans les sources du XIIIe siècle, témoignant de l’étendue de la famille. Jean II de Tamines, actif en 1272, cède au prieuré un fief situé « outre Sambre »[105]. Ses fils Thirion et Philippiau sont cités dans des actes de 1290, 1295 et 1305, notamment pour des droits sur la Biesme ou des confirmations de biens à Oignies. La famille possède des terres à Aiseau, Fleurus, Golzinnes, Tamines et Velaine, et intervient dans quarante‑trois actes connus, ce qui atteste une notoriété régionale. Plusieurs membres sont chanoines d’Oignies, renforçant leur influence locale. À partir du XIVe siècle, la lignée semble décliner. Un Jehan de Tamines apparaît encore comme receveur ou magistrat à Châtelet et Pont‑de‑Loup entre 1349 et 1385. Aux XVe et XVIe siècles, le nom devient rare : il n’apparaît ni dans le cartulaire de 1589 ni dans les registres paroissiaux de Tamines. Seuls Jehan et Henry de Chenoit de Tamines sont encore mentionnés au début du XVe siècle pour un relief de la seigneurie d’Awirs Sainte‑Marie[106].
Selon Jean Ficheret, les seigneurs laïcs de second rang féodal de Tamines sont ceux qui relevaient directement du chapitre de Saint‑Lambert. Leur origine est variée et aucun ne provient du milieu local. Parmi eux, la famille de Bierbais occupe une place importante : issue du Brabant, elle tire son nom de Bierbeek et apparaît dans les sources dès le XIIe siècle[107]. Plusieurs membres sont cités comme chevaliers, témoins ou détenteurs de fiefs, mais les premiers seigneurs de Tamines identifiables sont Walter de Bierbais et Henri de Marbais. En 1214, Walter confirme la vente de la pêcherie de Tamines au prieuré d’Oignies, et en 1220, les deux hommes sont qualifiés de « seigneurs de Tamines » dans un record concernant les droits de pêche de Philippe de Tamines[108].
Après une interruption documentaire, plusieurs Henri de Bierbais réapparaissent au tournant du XIVe siècle : l’un est mentionné en 1290 dans un jugement relatif à Thirion de Tamines ; un autre intervient en 1295 lors de la vente de la dîme de Tamines ; un troisième relève en 1314 des terres, bois et droits de justice dépendant du domaine voisin de Fosses. Ces seigneurs, souvent qualifiés de chevaliers, semblent avoir exercé une autorité réelle sur Tamines avant de disparaître progressivement des sources au milieu du XIVe siècle[109]. Les familles de Beaufort et de La Marck succèdent aux Bierbais dans un contexte de contestation féodale persistante entre Liège et Namur. En 1340, Guillaume 1er l’Ardennais, sire de Spontin, reconnaît tenir Tamines de l’évêque de Liège, tandis qu’Englebert de la Marck achète la seigneurie à Henri de Bierbais tout en admettant les prétentions du comte de Namur[109]. Les deux lignages se retrouvent au cœur des arbitrages visant à déterminer la mouvance de Tamines. En 1375, une bulle du pape Grégoire XI confirme la juridiction namuroise, mais la décision n’est jamais appliquée. Guillaume I meurt en 1367, Englebert en 1362, et la seigneurie passe ensuite à Guillaume II de Spontin[110].
La famille du Chenoit apparaît ensuite, avec Guillaume du Chenoit attesté en 1412. Son père, actif entre 1345 et 1350, représentait le chapitre de Fosses aux Alloux, et son fils Jean, maïeur de Tamines en 1372, marque la présence durable de cette lignée dans la région. La famille de Wervelle/Wavreille détient la seigneurie en 1447 et 1449. Jean et Jeanne de Wavreille, dits aussi de Seraing, dirigent la cour échevinale, et leur fils Frédéric se déclare seigneur de Tamines en 1459[111]. La famille de Sacquespée s’impose ensuite par le mariage de Françoise de Wavreille avec Jean 1er de Sacquespée, investi en 1479 par l’évêque de Liège. Leur fils, Jean II, devient seigneur en 1510 et joue un rôle majeur dans l’organisation administrative de Tamines. Il codifie les règles de fonctionnement de la justice locale, notamment dans le record du , qui fixe la nomination des mayeurs, sergents et échevins, ainsi que le partage des amendes entre les deux seigneurs. La charte de Tamines du , rédigée à son initiative, vise à clarifier les droits et obligations des habitants[112]. Jean II apparaît également comme prêteur d’argent auprès des seigneurs voisins. La seigneurie passe ensuite à la famille de Fizenne par le mariage de Marie de Sacquespée avec Jean de Fizenne en 1544. Ce dernier renonce en 1575 au patronage de la cure de Tamines au profit du prieuré. Leur fils Adrien poursuit la lignée, qui introduit de nouveaux seigneurs dans la seconde moitié du XVIe siècle[113].
Selon Jean Ficheret, la dernière lignée de seigneurs laïcs de Tamines est celle des Waha, dont la présence s’étend jusqu’en 1711. Marie de Fizenne, héritière de la seigneurie, épouse Pierre de Waha, seigneur d’Arstorf. Leur fils Nicolas, maître de Buissonville, Haversin et Tamines, meurt en 1603, laissant trois enfants : Hubert, Gérard et Anne, cette dernière mariée à Jean de Waha, haut voué de Fronville[113]. En 1628, Hubert de Waha, baron de Fronville, engage la terre des Alloux pour 500 livres flamandes versées au trésor royal. Marié à Marguerite de Waha, il transmet la lignée à leurs enfants Hubert et Marguerite. Gérard de Waha reçoit en 1680 l’aliénation des Alloux de Charles II d’Espagne et porte le titre de « seigneur de Tamines et des Alloux »[114]. Sans descendance, il lègue ses biens à son neveu Hubert de Waha de Haversin, chevalier de Fronville, qui devient seigneur de Tamines, des Alloux et de Vérenne[115]. Membre de l’État noble du Pays de Liège, Hubert meurt en 1705. De son époque date le plus ancien bail connu des veines de houille du bois Saint‑Martin (1687). Sa veuve, Marie Scholastique, transmet en 1709 l’usufruit de la seigneurie à leur fils Jean‑Gabriel, baron de Waha, qui relève le fief des Alloux en 1711 avant de vendre celui‑ci, ainsi que la moitié de Tamines liégeois, au prieuré d’Oignies pour 4 500 écus[115].
Les seigneurs laïcs des Alloux apparaissent en 1628. Jusqu’alors, la seigneurie relevait directement des comtes de Namur, puis des ducs de Bourgogne et des souverains espagnols. En 1626, confronté au manque de ressources pour poursuivre la guerre contre les Provinces‑Unies, Philippe IV d’Espagne autorise la mise en engagère de plusieurs seigneuries namuroises. Henri de Waha obtient alors les Alloux, suivis par ses descendants jusqu’au dernier relief de 1711[115]. Ces seigneurs exercent les droits de haute, moyenne et basse justice : affaires criminelles, causes civiles et réception des contrats. Toutefois, leur présence à Tamines reste marginale. Les fiefs qu’ils y possèdent ne sont qu’un complément à leurs domaines principaux, souvent acquis par mariage ou par achat. Aux yeux des habitants, ils apparaissent comme des figures extérieures, parfois même inconnues[116]. Leur influence sur la communauté demeure limitée, et leur impact économique est nul. Tamines ne profite pas, par leur intermédiaire, de la révolution agricole qui transforme le Namurois au XVIIIe siècle[117].
Temps modernes
modifierTamines connait un premier développement industriel, dès le XVIIe siècle une verrerie fut mise en services dans le quartier des Alloux[118], tendis que l'extraction du charbon commencèrent dès le Moyen-âge et en développement au XVIIe siècle avec le creusement de puits sur des veines de charbon à ciel ouvert[119].
Histoire de la paroisse
modifierLa paroisse de Tamines, telle que la décrit Jean Ficheret dans son ouvrage de 1963, formait sous l’Ancien Régime une entité englobant à la fois le Pays de Liège et le hameau des Alloux, dépendant du diocèse de Liège. Celui‑ci, structuré en huit archidiaconés depuis le XIIe siècle, plaçait Tamines dans l’archidiaconé du Hainaut et le doyenné de Gembloux jusqu’à la création de l’évêché de Namur en 1559[120]. Lors de la réorganisation diocésaine, seule Tamines fut détachée du doyenné de Gembloux pour être intégrée à celui de Châtelet, destiné à regrouper les paroisses issues de l’ancien doyenné de Fleurus. Cette situation perdura jusqu’à l’époque française : le concordat de 1801 et le décret du cardinal Caprara (1802) alignèrent les limites du diocèse de Namur sur celles du département de Sambre‑et‑Meuse, entraînant l’intégration définitive de Tamines à ce diocèse[120].
Au début du XIXe siècle, l’administration préfectorale et l’évêché redéfinirent les circonscriptions paroissiales : Tamines devint une succursale dépendant de la cure de Fosses. Entre 1809 et 1819, son territoire fut temporairement élargi à celui de Moignelée, dont la paroisse avait été supprimée avant d’être rétablie[121]. En 1901, une petite portion occidentale du territoire taminois autour des rues Bois Sainte‑Marie et des Bachères, incluant le château Meilleur fut rattachée à Moignelée à la demande de la famille Stiévenart, rattachement toujours en vigueur[121].
La réorganisation des paroisses de la Basse‑Sambre en 1936 détacha Tamines du doyenné de Fosses pour l’intégrer au nouveau doyenné d’Auvelais[121]. Parallèlement, la croissance démographique soutenue de la commune entraîna la subdivision progressive de la paroisse primitive de Saint‑Martin : création d’une succursale aux Alloux, établissement d’une chapellenie à la Praile, puis ouverture d’une église annexe aux Bachères[121].
Les conflits
modifierAu XVIe siècle, les guerres opposant Charles Quint à François 1er, puis les rois de France aux rois d’Espagne, frappent encore la région. En 1525, le duc de Gueldre, Charles d’Egmont, lève huit mille lansquenets pour mener une diversion dans les Pays‑Bas[78]. Le jour de Pâques fleuries, ils franchissent la Sambre au pont d’Auvelais, se dispersent dans les villages voisins, pillent l’abbaye de Brogne à Saint‑Gérard, puis repassent la rivière pour se poster près de Corroy et dévaster les localités environnantes[78]. Les habitants de Tamines se réfugient alors dans les bois de Falisolle et d’Oignies pour échapper aux violences[78].
Au milieu du XVIe siècle, Tamines fut entraîné dans les violences militaires qui ravagèrent le comté de Namur. En 1554, les troupes françaises incendièrent l’abbaye d’Oignies, et plusieurs villages voisins, dont les Alloux de Tamines, furent signalés comme sinistrés dans un rapport d’Aymon de Ferry mentionnant les destructions causées par la guerre contre la France[78]. Les décennies suivantes furent marquées par des passages répétés de troupes : en 1572, les reîtres du prince d’Orange et les soldats espagnols du duc d’Albe longèrent la Sambre, imposant réquisitions et dégâts. La communauté dut vendre des terres en 1625 et contracter un emprunt en 1636 pour acquitter les arriérés dus aux autorités militaires[122]’[123].
Au XVIIe siècle, les occupations se succédèrent. En 1640, le comte de Ligneville établit ses hommes à Tamines et Falisolles, poussant les habitants à chercher refuge hors de l’abbaye d’Oignies, jugée trop exposée. Les troupes du duc de Lorraine, actives entre 1645 et 1653, ravagèrent particulièrement Auvelais, tandis que Tamines fut momentanément déserté[124]. L’église Saint‑Martin fut pillée et les archives communales dispersées. Durant les campagnes de Louis XIV (1683‑1693), la Sambre devint une ligne de front entre armées françaises et espagnoles ; les réquisitions de fourrage et de bétail se multiplièrent, et plusieurs habitants périrent, notamment la famille Gillot en 1692, asphyxiée dans une excavation où elle s’était réfugiée. Les épidémies consécutives aux sièges de Namur et de Charleroi entraînèrent une surmortalité notable en 1692‑1693[125]’[126].
Au XVIIIe siècle, les charges militaires persistèrent. Les Alloux durent encore fournir des contributions en 1702 et 1703, et en 1708, des ordres de réparation des chemins furent imposés en prévision de nouveaux mouvements de troupes. En 1735, une compagnie de hussards autrichiens prit ses quartiers d’hiver à Tamines, nécessitant logement et ravitaillement[127]. Les armées françaises revinrent en 1746, mais certains frais furent exceptionnellement remboursés par les autorités liégeoises. Les réquisitions se prolongèrent jusqu’aux années 1760, notamment pour le transport de farine vers Liège et Juliers, opérations coûteuses pour la communauté[128]. Cette succession de passages militaires, de réquisitions et d’épidémies, décrite par Jean Ficheret (1963), témoigne de la vulnérabilité chronique de Tamines, village situé sur un axe stratégique et régulièrement exposé aux conflits européens entre le XVIe et le XVIIIe siècle.
Époque contemporaine
modifierLa période française
modifierLa Révolution brabançonne et l’épisode des États-Belgiques-Unis ne laissèrent aucune trace notable à Tamines, contrairement aux bouleversements administratifs et ecclésiastiques provoqués par la Révolution française et la Révolution liégeoise. Après la victoire de Dumouriez à Jemappes en novembre 1792, les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège passèrent sous contrôle français, ce qui favorisa les votes locaux en faveur d’un rattachement à la France[129]. En février 1793, la représentation namuroise répartit ses délégués selon la population, donnant un représentant commun aux hameaux des Alloux et de Lambusart. Le , ces délégués ruraux soutinrent la réunion à la France, motivés notamment par l’abolition de la dîme et des droits seigneuriaux[129].
La région fut intégrée au canton de Fleurus le , avant le bref rétablissement de l’ordre autrichien après la défaite française de Neerwinden. La seconde conquête française, menée par Jourdan, culmina avec la bataille de Fleurus en juin 1794, où les troupes autrichiennes du prince de Cobourg et les forces françaises de Kléber se déployèrent à proximité immédiate de Tamines[129]. Le retour des Français entraîna de lourdes réquisitions : en octobre 1794, Tamines dut fournir du bétail, du bois et des vivres, tandis que le bourgmestre Hallez contracta un emprunt pour couvrir les frais d’occupation, remboursé en 1807 par la vente de terrains communaux[130].
La période révolutionnaire redessina durablement l’organisation administrative. Fichefet note que Tamines fut détaché de la principauté de Liège et intégré à l’arrondissement provisoire de Namur, avant de devenir une mairie du département de Sambre‑et‑Meuse en vertu des arrêtés de 1795 et 1796[131]. Selon l'auteur, le territoire communal, correspondant alors à la paroisse et à l’ancienne seigneurie unique du prieuré d’Oignies, constitua la base de l’unité administrative moderne, dont les limites ne furent fixées définitivement qu’en 1822[131].
La suppression des ordres religieux en 1796 entraîna la mise en vente des biens ecclésiastiques. En 1789, ceux-ci représentaient environ 30 % de la superficie communale, répartis entre l’abbaye d’Oignies, l’abbaye de Floreffe, la cure de Saint‑Martin et divers bénéfices[131]. Une partie seulement trouva acquéreur : Michel Delcorde obtint une fraction des biens d’Oignies, P. Bemelmans acquit la majorité des terres liées aux bénéfices, et Noël Clément acheta les biens de la cure avant d’en faire don à la municipalité en 1809. La commune de Moignelée fut par ailleurs supprimée en 1809 et rattachée à Tamines, avant de retrouver son autonomie en 1819[132].
Les campagnes de 1814 et 1815 n’eurent qu’un impact limité : Tamines connut le passage de troupes cosaques puis prussiennes, entraînant des réclamations d’indemnités pour le cantonnement et le pâturage des chevaux, évaluées à 1177 florins. Cette synthèse reprend les éléments essentiels exposés par Jean Ficheret (1963) dans son étude historique consacrée à Tamines[133].
Depuis l'indépendance belge
modifierAprès un siècle de paix, Tamines ne connut que des répercussions limitées lors de la Révolution belge de 1830. Les archives communales mentionnent simplement la rémunération de cinq hommes chargés de maintenir l’ordre durant une période d’effervescence populaire, sans qu’aucun volontaire taminois ne prenne part aux combats bruxellois ni que la commune reçoive le drapeau d’honneur attribué à certaines localités[134]. En 1831, une garde civique fut néanmoins organisée pour soutenir les nouvelles institutions nationales, équipée selon les prescriptions officielles et intégrée à la légion de Fosses, commandée par le colonel Joseph Amand. Le conflit franco‑prussien de 1870 mobilisa plusieurs habitants de Tamines pour la surveillance des frontières belges[134]. À leur retour, ces anciens soldats fondèrent la Société des Anciens Militaires de 1870‑1871, encore active en 1905, année où un drapeau leur fut remis par un représentant du roi[134].
Le développent économique de Tamines
modifierL’exploitation du charbon concerne le village, avec plusieurs charbonnages (Sainte-Barbe, les Charbonnages Réunis et Le Hasard). Grâce à la canalisation progressive de la Sambre, initiée par les Hollandais dès 1825, les productions houillères puis métallurgiques sont expédiées vers le bassin de la Mer du nord. Rapidement, cependant, le train supplante le transport fluvial : en 1841, la ligne reliant Namur à Charleroi est inaugurée. C'est à cette époque, à la brasserie Le Cochet, qui était située à Tamines, qu'eut lieu un des vols pour lesquels la bande noire fut jugée en 1862.
Le développement du réseau ferroviaire et des commerces
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La consolidation du réseau ferroviaire belge au XIXe siècle transforma progressivement la position stratégique de la gare de Tamines. Dès les années 1840, l’extension des lignes de Louvain à la Sambre en 1845, de Namur à Liège en 1850, ou encore la liaison Charleroi‑Aulnoye en 1852, bientôt prolongée vers Paris fit de l’axe Paris‑Cologne un couloir de circulation majeur, ouvert en service direct à partir de 1865[135]. L’intégration de Gembloux aux réseaux de Bruxelles et de Namur en 1855‑1856 renforça encore cet ensemble. Dans ce contexte, Tamines voyait son importance croître au sein d’un maillage ferroviaire en pleine structuration, avant d’être intégrée au projet du tronçon Tamines‑Landen[136].
L’initiative en revint à la société La Grande Jonction, qui soulignait l’intérêt de relier une région densément peuplée et industrialisée à l’Est du réseau belge, jusqu’aux connexions hollandaises, via les lignes Landen‑Hasselt et Landen‑Eindhoven, tout en assurant une continuité avec les voies françaises vers Maubeuge[137]. Concessionnaire en 1854, l’entreprise tarda à engager les travaux et céda son droit de construction à la Grande Compagnie du Luxembourg, elle‑même occupée à achever Bruxelles‑Namur. Celle‑ci transmit ensuite l’autorisation à la Société du Chemin de fer de Tamines à Landen, spécialement créée pour mener à bien le projet. Ce jeu de transferts explique que les 51 km entre Fleurus et Landen n’entrèrent en service qu’en 1865, tandis que le tronçon Fleurus‑Tamines ne fut inauguré que le [137]’[Note 12].
L’ouverture de la ligne entraîna l’agrandissement de la gare : la commune céda 91 ares 76 centiares, d’autres terrains furent acquis jusqu’à Moignelée, de nouveaux passages à niveau modifièrent la voirie du Nord, et un viaduc assura la continuité de la circulation vers les prairies des Alloux[137]. Les charbonnages du Hazard et de Bellevue se raccordèrent à la voie, tandis que celui de Baulet abandonna ses expéditions via Tamines‑Station[137].
Une nouvelle étape fut franchie le lorsque la Société des Bassins Houillers du Hainaut, par convention avec l’État, créa la Compagnie du Hainaut, chargée de construire les lignes Gembloux‑Jemeppe‑sur‑Sambre et Tamines‑Mettet[138]’[Note 13]. Ces tronçons visaient à faciliter le recrutement et le transport de la main‑d’œuvre nécessaire aux charbonnages et glaceries de la Basse‑Sambre, tout en étendant l’usage des coupons de semaine, instaurés en 1870, à une large population de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse et de la Hesbaye gembloutoise[139]. Les lignes furent inaugurées en 1877 et 1879, tandis que les prolongements vers Anhée et Dinant, réalisés par l’État, furent ouverts entre 1889 et 1892[139]’[Note 14].

La fin du XIXe siècle marque, selon Jean Ficheret (1963), l’affirmation du rôle central de la gare de Tamines dans l’économie locale et régionale. Située à la fois sur le sillon industriel sambrien et sur l’axe international France‑Allemagne, elle devient un point de convergence ferroviaire où se croisent les flux de voyageurs, de travailleurs et de marchandises[139]. Longtemps seule station accessible pour Aiseau, Falisolle, Moignelée et Velaine‑sur‑Sambre, elle bénéficie d’une vaste zone d’attraction jusqu’à l’apparition de modes de transport concurrents. L’évolution du trafic illustre cette montée en puissance : alors que trois trains circulaient quotidiennement entre Namur et Charleroi en 1852, les lignes Charleroi‑Namur, Tamines‑Dinant, Tamines‑Gembloux et Tamines‑Landen totalisent déjà soixante‑cinq trains en 1892, témoignant d’un essor remarquable du réseau[140]’[Note 15].
L’extension des installations accompagne cette croissance. Les infrastructures s’étendent sur la plaine alluviale remblayée et sur les terrains des Cailloux, dont les talus sont reculés. Les voies de triage, de formation des trains et le dépôt des locomotives atteignent le pont‑rail d’Aiseau[141]’[Note 16]. En 1895, le personnel de la gare et des services annexes compte 192 agents, d’abord venus de l’extérieur, puis progressivement issus de Tamines et des localités voisines. Ficheret souligne que cette nouvelle catégorie professionnelle, distincte des ouvriers d’usine et des agriculteurs, prend une place croissante dans la vie sociale locale[142]. Pour répondre aux exigences d’accès aux emplois ferroviaires, l’école des Frères ouvre en 1908 une classe supérieure destinée aux carrières administratives et techniques, initiative saluée par l’auteur[143].

L’importance de Tamines se manifeste aussi dans le transport de la main‑d’œuvre, notamment grâce aux coupons de semaine. En 1906, la station délivre 1 460 abonnements ouvriers, dont la majorité pour six ou sept déplacements hebdomadaires[143]. Les bénéficiaires sont principalement des mineurs et des ouvriers d’usine, et plus de mille d’entre eux se rendent vers les stations de l’arrondissement de Charleroi. En 1908, 7 096 abonnements sont émis à destination de Tamines, drainant des travailleurs depuis la Hesbaye, le Brabant, l’Anversois et les cantons de Gembloux et d’Éghezée[143]. Une enquête de 1909 montre que les mineurs représentent une part significative de la main‑d’œuvre des charbonnages de Tamines, Falisolle et Roton‑Farciennes‑Oignies‑Aiseau, confirmant le rôle de la gare comme centre de redistribution[143].
L’influence de la gare s’étend enfin au commerce et à l’industrie. Ficheret décrit la naissance d’une animation nouvelle, rythmée par les arrivées et départs des trains, qui transforme la rue reliant le pont de la Sambre à la gare. Boutiques, cafés, hôtels et services s’y installent dès les années 1870, donnant à Tamines l’allure d’un petit centre régional fréquenté par les habitants des villages voisins. Parallèlement, un quartier industriel se développe le long des voies : miroiterie des Frères Gilbert (1897), scierie des Frères Morialmé, fonderies, poêleries, boulangerie mécanique Seron‑Descamps, ainsi que divers ateliers et cafés[144]. Une vinaigrerie s’établit rue de la Brasserie en 1888, tandis que les terrains des Cailloux accueillent une fonderie et une centrale électrique. Jusqu’en 1914, la gare demeure ainsi un moteur essentiel de la transformation économique et urbaine de Tamines, comme le souligne l’ouvrage de Jean Ficheret (1963)[145].
La Première Guerre mondiale et le massacre du
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Au début de l’offensive allemande d’août 1914, la retraite des troupes belges de Namur vers la frontière française laissa la vallée de la Sambre au contact direct des armées adverses[146]. La IIe armée allemande du général von Bülow se trouva face à la 5e armée française commandée par le général Lanrezac, configuration stratégique que Jean Ficheret décrit comme déterminante pour les combats autour de Tamines[146].

Dès le , le front s’étendit de Franière à Tamines, où le corps français engagé affronta simultanément la Garde impériale et le Xe corps allemand, auquel appartenait notamment le 77e régiment hanovrien[146]. Selon Ficheret, les premières escarmouches apparurent dans la matinée sur les hauteurs de la Praile, lorsque des patrouilles allemandes furent prises pour cible par des soldats français appuyés par des artilleurs de la garde civique de Charleroi[146].
Au cours de l’après‑midi, les forces allemandes pénétrèrent dans Tamines, alors évacuée par les troupes françaises, franchirent la Sambre et progressèrent jusqu’au Tienne d’Hamion[146]. Une contre‑attaque française les repoussa cependant de cette position. Le lendemain, , après un nouvel échec allemand, les avant‑gardes ennemies parvinrent à atteindre Falisolle, marquant une nouvelle étape de l’avancée décrite par Jean Ficheret dans son étude de 1963[146].
Le même jour, un massacre de civils perpétré par les soldats de la IIe armée allemande. Le village, situé en rive gauche, est alors pris pour cible par les Allemands, qui réquisitionnent plusieurs centaines de civils. 383 seront fusillés en quelques heures sur la place du village, le , et près de 250 maisons incendiées. Ce Massacre de Tamines a marqué les esprits et, avec ceux d’Andenne, Dinant ou Louvain, saisiront l’opinion publique européenne. Ces faits sont alors exploités par la propagande alliée, notamment anglo-saxonne[147].
La Seconde Guerre mondiale
modifierTamines connut durant la Seconde Guerre mondiale une série de destructions majeures. Selon Jean Ficheret, auteur de Nouvelle Histoire de Tamines (1963), 109 bâtiments furent partiellement ou totalement anéantis, tandis que les ponts‑routes furent mis hors service en 1940, puis l’ensemble des ponts en 1944[148]. La gare, point stratégique du réseau ferroviaire, subit plusieurs bombardements. L’occupation allemande se traduisit par l’installation d’un bureau de gendarmerie face à l’hôtel de ville et par une direction des services ferroviaires, dirigée pendant quatre ans par Walter Vosland, dont le départ ne suscita pas d’hostilité particulière[149].
Les autorités allemandes détruisirent le monument aux Fusillés en 1940 et retirèrent les cloches de l’église Saint‑Martin en 1944. La population, marquée par les événements de 1914, participa activement à la Résistance. Grâce à la position ferroviaire de Tamines, plusieurs réseaux de renseignement et d’action y trouvèrent des relais locaux dès octobre 1940[149]. Pendant deux ans, des informations sur les mouvements de trains et de matériel militaire furent transmises à Londres, avant que ne débutent les opérations de sabotage en 1943[149]. Parmi celles‑ci, Ficheret signale le déraillement d’un train de l’organisation Todt en gare de Tamines, causant la mort de 25 soldats et blessant 40 autres, ainsi que la destruction partielle d’un convoi de coke sur le pont du triangle. En 1944, plusieurs infrastructures ferroviaires et hydrauliques dont le pont‑rail de Falisolle et les châteaux d’eau furent neutralisées. Les résistants facilitèrent également l’évasion de cinq aviateurs américains et d’un aviateur britannique, tout en assurant la diffusion clandestine de La Libre Belgique[149].
Une mission distincte installa en 1943 un poste émetteur clandestin à Tamines, successivement dissimulé dans un wagon, chez un imprimeur, puis rue de la Passerelle, où il put fonctionner de manière autonome. Le , l’émetteur se signala publiquement sous l’indicatif : « Ici, Radiodiffusion Nationale belge, émetteur de la Région Namuroise, sur 202 m ». Transféré rue des Combattants en octobre 1944, il demeura actif jusqu’en février 1948, avant son installation définitive à Namur[150]. Tamines fut ainsi le berceau du futur poste Radio‑Namur. La commune fut libérée sans intervention américaine[Note 17] et sans combat. Les groupes de résistants assurèrent la protection des infrastructures essentielles, notamment les voies ferrées, jusqu’au départ des troupes allemandes[150].
Après guerre
modifierL'important essor démographique se poursuit pendant plus d’un siècle, l’industrie de la région drainant des ouvriers hesbignons puis flamands, avant l’arrivée des Italiens dans les années 1950. Entre 1860 et 1910, la population de Tamines est multipliée par trois. Après la guerre, de nombreuses constructions de nouvelles maisons sont envisager notamment dans les quartiers des Bachères et de la Praile[151]. En 1950, un nouveau pont est mis en service, remplacement d'un pont provisoire et d'un pont détruit en pendant la guerre[152].
En 1965, les charbonnages de Sainte-Barbe et de Sainte-Eugénie cessent leurs activités. Au tournant des années 70-75, le tri postal et les ateliers du chemin de fer ferment successivement leurs portes. La disparition de près de 3 000 emplois directs stoppera brutalement l’activité de la Basse-Sambre.
Une étude faite par le Ministre de l'Intérieur en mai 1963 faisait une idée de rattachement de Falisolle et de Moignelée à la commune de Tamines[153], mais ce fut autrement. Tamines fut rattaché avec six autres communes le dans la nouvelle entité communale dénommée à l'origine Basse-Sambre et depuis le sous le nom de Sambreville[154] dont le siège de l'administration communale est à Auvelais.
Héraldique
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Blasonnement : De sable semé de larmes d'argent, à la croix d'or chargée de huit flammes de gueules et portant en cœur la date 1914 en chiffres de sable[155].
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Liste des bourgmestres de 1830 à 1977
modifier- Louis-Joseph Delcorde, de 1820 à 1838 (unioniste catholique).
- François Monome, de 1839 à 1853 (Parti libéral).
- Léopold Delcorde, de 1853 à 1867 (tendance catholique).
- François Cavenaille, de 1867 à 1883 (Parti libéral).
- ? Delwart, de 1883 à 1884 (Parti libéral).
- Louis Defosse, de 1884 à 1904 (Parti catholique).
- Léon Hocq, faisant fonction, 1904 (Parti catholique).
- Camille Fichefet, de 1904 à 1908 (Parti catholique).
- Joseph Lecaille, de 1908 à 1911 (Parti catholique).
- Joseph Guiot, faisant fonction, de 1911 à 1914 (Parti libéral).
- Émile Duculot, de 1914 à 1919 (Parti catholique).
- Joseph Guiot, de 1920 à 1921 (Parti libéral).
- Émile Duculot, de 1921 à 1926 (Parti catholique).
- Fernand-Henri Fernémont, de 1927 à 1941.
- François Grofils, faisant fonctions en 1940.
- Alexandre Bodart, faisant fonction, de 1942 à 1946.
- Hilaire Bertinchamps, de 1947 à 1964 (PSC).
- Eugène Rondia, de 1964 à 1970 (Rassemblement Wallon).
- André Mathelart, de 1970 à 1976 (PSC).
En 1977, Tamines rejoint Sambreville, dont le bourgmestre actuel est Olivier Bordon (Les Engagés).
Patrimoine et culture
modifierPatrimoine architectural, sites et monuments
modifierEn raison de son essor tardif (après 1840) et des destructions du centre en , Tamines ne possède pas un patrimoine exceptionnellement abondant ou remarquable. Néanmoins, plusieurs éléments sont classés en raison de leur ancienneté ou de leur rareté, dans un noyau urbain encore relativement préservé.
Moyen Âge
modifierPériode contemporaine
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- L’église Saint-Martin, construite en 1833 dans un style néo-classique, a été reconstruite en 1896 dans un style néo-gothique par l’architecte Lange[156]. L’église au départ, a été agrandie en 1705, puis démolie en 1833, à l’exception de la tour qui a dû être abattue en 1896 pour élargir la nef et a été remplacée par une tour latérale[157].
- L’église Notre-Dame des Alloux, construite dans un style néo-gothique entre 1886 et 1887[158]. En 1888, l’église est devenue une succursale de l’église Saint-Martin par un arrêté royal[159]. L'église a une dimension de 36-16 mètres et le clocher a une hauteur de 50 mètres[160].
- L’ancienne église du Sacré-Cœur de la Praile, construite en 1921 aux frais des SA des Charbonnages de Tamines, est achetée par la fabrique d’église en 1969. La chapellenie de la Praile a été créée le , puis officialisée le par arrêté royal[161]. L'église a été fermée en 2011 pour cause d'insécurité suite à des infiltrations d'eau[162].

L'église Notre-Dame. - La chapelle Saint-Joseph, située dans le quartier des Bachères.
- L'ancien hôtel de ville. Construit en 1870[163], le bâtiment a subi peu de transformations notamment la salle des mariages en 1897 et la construction d'une salle des fêtes en 1921[164]. Le bâtiment est orné des bustes des trois rois Léopold 1er, Léopold II et Albert 1er[165]. L'ancien hôtel de ville, désinfecté depuis les fusions des communes et reconverti en bibliothèque[166]. Mais depuis peu, l'édifice se dégrade et des poudres métalliques ont été imposées sur la façade.
- La gare ferroviaire monumentale datée de 1881[163].
- Cimetière des fusillés, enclos du cimetière et monument commémoratif, vers 1920 (place Saint-Martin), classés par Arrêté du 02/07/2009 et inscrits en 2023 à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO comme sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale.
- Nombreuses façades ou éléments de façade de l’entre-deux-guerres (quartier Saint-Martin surtout).
- Lotissements des Bachères, datés des années 1930-1950.
Monuments commémoratifs
modifier- Le monument « Aux Martyrs », édifié sur la place des Martyrs par le sculpteur Louis Mascré en pierre blanche d'Euville[167] et inauguré le [168]. En 1940, les Allemands, ne supportant pas sa présence, le détruisent. Après la Libération, il est reconstruit[169], le [168]. Il remplace une croix érigée peu après le massacre.
- Le monument Français, élevé en hommage au caporal Pierre Lefeuvre le [170]. Il est situé à l'avenue des Français.
- Le monument aux Combattants, élevé en hommage aux déportés et aux soldats[167], il est situé à la jonction des rues des Bachères et du Président Roosevelt.
- Le monument Jean-Baptiste Scoriel, peintre, en marbre de Bioul orné d'un médaillon dû au sculpteur Victor Demanet (en bord de Sambre).
Cimetières
modifierTamines présente trois cimetières. Le plus ancien est probablement celui dit des Fusillés, aujourd’hui classé ; cimetière paroissial à l’origine, il accueille depuis 1921 les sépultures des victimes civiles du massacre de Tamines. Un second se trouve rue des Bachères ; il fut probablement ouvert vers 1880 ou 1890. Le troisième est situé rue de l’Île ; il dessert la paroisse des Alloux.
Culture
modifierLa cavalcade de Tamines
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La cavalcade de Tamines est une manifestation folklorique wallonne qui s’inscrit dans la tradition des grands carnavals de la région sambrevilloise. Elle trouve son origine au début du XXe siècle, le premier carnaval local étant attesté en 1905, dans un contexte où de nombreuses villes de Wallonie célébraient la fin de l’hiver par des cortèges festifs. Durant cette cavalcade, des groupes folkloriques musiciens, géants, sociétés de Gilles et autres confréries locales défilent dans les rues de Tamines, perpétuant un rituel populaire profondément ancré dans l’identité régionale. Les Gilles, figures emblématiques du carnaval, distribuent traditionnellement des oranges, symboles de prospérité et de chance, un geste partagé avec d’autres carnavals majeurs comme ceux de Binche ou de La Louvière[171].
La cavalcade contemporaine s’inscrit dans le cadre plus large du Carnaval de Tamines, organisé chaque année au mois de mars. Celui-ci rassemble diverses sociétés locales, dont les Macrâles des Bachères (sorcières), les Mam’Zelles, ainsi que deux sociétés de Gilles : les Gilles du Petit B et Les Inséparables. L’événement se conclut traditionnellement par le brûlage du Gilles, un rituel symbolique marquant la fin des festivités. Cette célébration attire un public nombreux et contribue à maintenir vivante une tradition populaire multiséculaire, tout en renforçant la cohésion culturelle de la commune de Sambreville[172].
Les géants de Tamines
modifierComme dans la localité voisine d'Auvelais, Tamines possède ses propres géants, créés en 1933. Ils représentent les seigneurs de Tamines : William III et son épouse Agnès de Juppleu, ainsi que Jean de Sacquespée et son épouse Louise d'Argenteau. Un autre géant incarne le maréchal-ferrant surnommé « Pimpurniaux », tandis que la géante Tamisette représente une gitane[173].
Honneur
modifierL'astéroïde (3121) Tamines porte son nom.
Cinéma
modifierEnseignement
modifierPrimaire et fondamental
modifierTamines a quatre établissements d'enseignement primaire. L'un relève du réseau officiel communautaire (École fondamentale autonome 'Michel Warnon'), les trois autres du réseau libre catholique (École fondamentale Saint-Jean-Baptiste, l'École fondamentale Sainte-Catherine, et l'École fondamentale Saint-Louis-Sainte-Marie).
Secondaire
modifierTamines a deux écoles secondaires, à savoir l'Athénée Royal relevant du réseau officiel de la Communauté française et la Communauté Éducative Saint-Jean-Baptiste, école qui relève du réseau libre catholique et de la Communauté Éducative Lasallienne.
Supérieur
modifierTamines a un campus de la Haute École Albert Jacquard qui dispense des formations de bachelier en gestion comptabilité et de bachelier en assistant de direction.
Artistique
modifierTamines compte une académie des beaux-arts, subsidiée par la Communauté française (place du Jumelage) ; on y enseigne le dessin, la peinture, la gravure, la céramique, la photographie et l’histoire de l’art.
A la même adresse, le conservatoire Lucien Robert propose des cours de musique et d’arts de la scène (danse, diction, déclamation).
La Rock’s cool, académie des « musiques actuelles » subsidiée par la province de Namur, a établi une antenne à Tamines, rue du Presbytère.
Économie
modifierL’économie de Tamines, entité de la commune de Sambreville en Wallonie, se caractérise par une structure mixte articulée autour de zones d’activités industrielles, artisanales et commerciales. Le tissu économique local s’est développé en lien étroit avec la Sambre, les infrastructures ferroviaires et les axes routiers régionaux, offrant un environnement favorable aux PME et aux entreprises de services.
La localité accueille plusieurs pôles économiques majeurs. Le Pré des Haz, situé à proximité immédiate de la gare, constitue un zoning mixte regroupant entreprises et commerces, géré conjointement par la commune, le Bureau économique de la province de Namur (BEP) et le Port autonome de Namur. Ce site fait l’objet d’investissements récents, notamment la création d’un parc PME innovant porté par le groupe Axor, représentant près de 12 millions d’euros et destiné à accueillir 36 unités modulables, avec un potentiel de 170 emplois directs et indirects[175],[176].
La zone d’activité Sainte‑Eugénie, également implantée à Tamines, est destinée aux activités artisanales et aux petites et moyennes entreprises. Équipée grâce aux fonds européens FEDER, elle bénéficie d’un accès direct à la RN90 et accueille notamment le recyparc de Sambreville. Le BEP y assure la gestion de la vente des terrains, renforçant son rôle dans le développement économique local[175].
Tamines dispose aussi d’une zone portuaire située en rive gauche de la Sambre. Classée en zone artisanale, PME et services, elle est équipée pour accueillir des entreprises dont l’activité n’est pas nécessairement liée à la voie d’eau. Sa proximité avec le centre commercial de Tamines, les gares TEC et SNCB, ainsi que les routes à grand gabarit, en fait un site stratégique pour l’implantation d’activités économiques diversifiées[177].
L’économie taminoise s’inscrit par ailleurs dans une dynamique plus large de redéveloppement urbain. Le plan de développement urbain (PDU) de Sambreville accorde une attention particulière au centre de Tamines, avec des projets visant à renforcer l’attractivité commerciale, améliorer la mobilité, revitaliser les espaces publics et soutenir les centralités locales. Ces orientations s’appuient sur des analyses territoriales approfondies et sur une démarche participative impliquant les habitants, confirmant la volonté de faire de Tamines un pôle urbain renforcé au sein du Val de Sambre[178],[179].
Dans son ensemble, l’économie de Tamines repose donc sur une combinaison de zones d’activités modernisées, d’investissements publics et privés, et d’une stratégie territoriale visant à consolider son rôle de centre économique local au sein de la Basse‑Sambre.
Anciennes industries
modifierUne verrerie aux Alloux
modifierÀ partir du XVIIe siècle, l’essor des verreries dans le Namurois s’explique notamment par l’accès à des combustibles adaptés. Selon Jean Ficheret, l’implantation d’un atelier à Tamines répondait à la disponibilité de charbons maigres convenant aux fournaises de l’époque[180]. L’innovation introduite en 1643 par Thiéry Lambotte, marchand et entrepreneur verrier, fut déterminante : il substitua le charbon de terre au bois pour alimenter les fours, bénéficiant d’un privilège exclusif pour cette technique durant neuf ans[180]. Sa fournaise namuroise utilisait la houille extraite dans le bassin de Charleroi et de la Basse-Sambre, acheminée par voie fluviale, ce qui renforçait l’intérêt d’établir une verrerie à proximité des zones d’extraction[180].
Les artisans spécialisés opérant dans la région provenaient alors de Lorraine et de l’Argonne, foyers majeurs de la production verrière. Jean Ficheret rappelle que plusieurs familles nobles Hennezel, Thiétry, Thysac et Biswal détenaient les procédés de fabrication et travaillaient pour des entrepreneurs locaux[180]. L’un des membres des Hennezel, Josué, apparaît dans les archives comme maître verrier actif à Rivière dès 1632, puis à Namur à partir de 1653. Son fils, également nommé Josué, tenta d’y établir de nouvelles fournaises à vitres, sans obtenir l’autorisation nécessaire[181].
À la fin du XVIIe siècle, Josué de Hennezel s’associa au marchand namurois Jean Dubois. En 1696, ils reçurent du roi d’Espagne, Charles II, l’autorisation d’ériger une ou plusieurs fournaises dans la province de Namur, avec obligation de marquer leurs verres des armoiries royales[182]’[183]. Le privilège incluait l’exemption de divers droits d’entrée et de sortie, ainsi que d’impôts sur les boissons destinées à leur consommation. Les matières premières étaient aisément disponibles : sable en abondance à Velaine, potasse issue de la combustion du bois, charbon de bois produit à Tamines et Falisolle, et houille locale[182].
L’emplacement exact de la verrerie taminoise demeure incertain. La tradition, rapportée par Gochet[184], la situe au « Vaudia », ravin proche du trou Mahy. Un acte de 1714 mentionne un « jardin du for å ver », mais les registres paroissiaux ne conservent aucune trace de la famille Hennezel, ce qui rend l’identification des acteurs locaux difficile[182]. Malgré ces lacunes, la production de verre est attestée. Quelques jours après l’octroi royal, Josué de Hennezel écrivait à Jean Dubois pour l’assurer de la qualité exceptionnelle du verre fabriqué à Tamines, preuve que les installations étaient déjà opérationnelles[182].
Une difficulté survint rapidement : l’obligation d’apposer les armes royales sur les verres en feuille se révéla impraticable, ceux-ci se brisant sous la chaleur, contrairement aux bouteilles plus épaisses. Dubois signala ce problème au Conseil des Finances, sans obtenir de réponse[185]. La situation se compliqua encore lorsque Bruxelles, dévastée par le bombardement de 1695, fut autorisée à importer du verre allemand à droits réduits afin de faciliter la reconstruction. Cette concurrence étrangère fragilisa la verrerie des Alloux et provoqua des pertes pour Dubois, entraînant la rupture de son association avec Hennezel en 1697. Comme le note Jean Ficheret, le devenir de l’établissement et de son matériel demeure inconnu[186].
L'industrie métallurgique
modifierSelon Jean Ficheret, l’activité sidérurgique taminoise apparaît plus tardivement que l’exploitation charbonnière. Son implantation semble liée à des facteurs humains plutôt qu’à la présence de matières premières : amélioration des transports (Sambre, chemin de fer), croissance démographique due à l’industrialisation de la Basse-Sambre, et besoins des usines locales en petites pièces métalliques et en éléments de fonderie[187]. Le site ne disposant ni de minerai ni de ressources énergétiques décisives, plusieurs initiatives familiales jouèrent un rôle essentiel dans la création de ces ateliers, généralement de taille modeste et proches des voies ferrées[187]’.
Aciérie Belgo-Luxembourgeoise
modifierPeu avant 1905, la société O. Mathy et Cie exploite une fonderie[Note 19] qui acquiert rapidement une réputation solide, récompensée à l’Exposition de Charleroi en 1911[188]. Reprise en 1939 par Schmidt et Philippart, elle devient la Aciérie Belgo-Luxembourgeoise, puis est rachetée en 1951 par Loiseau. Modernisée, l’usine se dote d’un cubilot et d’un convertisseur traitant mitrailles et hématites. Elle produit des pièces d’acier en série pour les marchés belge, allemand et néerlandais, employant environ 45 ouvriers spécialisés[188]’[Note 20].
Ateliers Barbiaux
modifierEn 1913, Oscar Nicodème reprend un atelier de poêlerie, détruit par un incendie en 1914. Il réinstalle son activité rue Saint-Martin, dans d’anciens bâtiments de la famille Gochet, et y développe un atelier de petite construction métallique, spécialisé dans le matériel roulant de charbonnage et la mécanique[188]. Après son décès en 1938, l’entreprise est reprise par Edmond Barbiaux, qui l’agrandit et l’oriente vers la fabrication d’appareils de levage et de manutention destinés à l’industrie belge et étrangère. L’effectif varie entre 30 et 40 personnes[188].
Fonderies et Poêleries de Tamines
modifierComme le rappelle Jean Ficheret, une fonderie Ledoux existait avant 1914 rue de l’Industrie, produisant pièces de voirie, ornements et poêles simples[189]. Fermée durant la guerre, elle est reprise par un groupe bruxellois qui fonde les Fonderies et Poêleries de Tamines et confie la direction à Victor Lagneau, issu des Poêleries Saint-Joseph de Couvin[Note 21]. Lagneau s’entoure d’ouvriers expérimentés, dont Léonard Thomas, figure importante du développement de l’usine[189].
À partir de 1921, les installations sont modernisées et dotées de deux cubilots. L’usine se spécialise rapidement dans les appareils de chauffage, produisant notamment les modèles Salamandre et Torride, ainsi que des modèles flamands et parisiens très demandés[190]. Le succès est confirmé en 1930 lorsque le modèle 230 remporte un concours de la SNCFB à Schaerbeek. L’entreprise connaît une forte expansion : 314 ouvriers en 1926, agrandissements successifs, et diffusion de la marque « Tamines » en Belgique, dans le Nord de la France et aux Pays-Bas. Après le décès de Lagneau, la direction est assurée par Wauters et Célestin Thomas[191].
Fonderie Désiré Gilot
modifierFondée en 1862 par Lamy et Ninnin, la fonderie de la rue de Falisolle est reprise vers 1880 par le père de Désiré Gilot, modeleur de Châtelet. Gilot perfectionne son savoir par des cours de dessin industriel et devient un fondeur reconnu[191]. L’entreprise produit des pièces pour charbonnages, glaceries, fours à chaux et installations chimiques, tout en tenant un commerce de métaux jusqu’en 1895. Elle emploie 20 à 25 personnes et exporte jusqu’en Pologne et au Congo belge, notamment pour l’usine des Produits Chimiques de Panda[192].
L’emplacement, éloigné du rail et soumis aux affaissements miniers, complique l’exploitation. Après une fermeture durant la guerre, l’activité reprend avec Émile Winson, gendre de Gilot. En 1923, le charbonnage de Falisolle acquiert la fonderie, qui sera ensuite transférée à Falisolle sous le nom WIFA, héritière directe de la fonderie Gilot et l’une des plus anciennes de la Basse-Sambre[193]. Les bâtiments taminois deviennent ensuite garages, puis ateliers du groupe Chaltin-Hubert-Marlier jusqu’en 1960, avant d’être rachetés par les charbonnages de Roton-Farciennes-Oignies-Aiseau et finalement réaffectés à des entreprises de construction et à des habitations[193].
Autres industries
modifierParmi les industries implantées à Tamines, il y avais selon Jean Fichefet[194]:
- l'Imprimerie Duculot-Roulin, créé en 1883 à la rue du Pont par Célestin Duculot qui installe un atelier de d'imprimerie et une librairie, dès 1960 l'activité cessa ;
- les Ateliers Gilbert Frère, fondés par Antoin, Camille et François Gilbert qui sont originaires de Wangenies, spécialisé dans le biseautage et d'argenture de verre et de glace, ainsi qu'une section de montage de cadre. L'entreprise dont la production étant écoulée sur le marché belge et étranger notamment jusqu'en 1925-1926 au Moyen-Orient. Dès 1930, la société a été transformée en société anonyme, en orientant sa production dans les articles de lustrerie. En 1933, un incendie détruit la firme et cessa ses activités ;
- les Établissements Rouselles-Tourneur, fondés en 1912 par Léopold Tourneur qui est destiné aux appareils de conservation des liquides comestibles. Repris en 1926, la fille de Léopold Tourneur maria Henri Rouselle puis la firme prit le nom de Henri Rouselle-Tourneur et s'occupe après de la vente de flacons pour pharmacie et laboratoires. Dès 1935, l'atelier s'agrandi et fabriqua des casiers à bouteilles et à fruits ;
- les Tôleries Mécaniques Alfred Ledoux, créées entre 1923 et 1924, à l'avenue Gochet, avaient pour objet de fabrication, à base de tôle fine, de tout matériel destiné à la boulangerie-pâtisserie, aux opérations de manutention et à la quincaillerie ;
- les Établissements Alexis et Wiener, qui s'étaient installés devant le cimetière dans un hall métallique. Ils avaient pour clients, la SA Feutres et Amiantes d'Auvelais ;
- les Fonderies Dural Delcharlerie-Dhoker, fut fondé en 1954 puis repris en 1959 par Jules Delcherlerie.
L'exploitation du charbon
modifierL’exploitation du charbon a constitué l’un des piliers de l’activité industrielle taminoise et a profondément façonné le relief local. Comme le rappelle Jean Ficheret, la configuration géologique du synclinal de Namur, associée à la topographie des vallées de la Sambre et de la Praile, offrait des affleurements de houille aisément accessibles[195]. La faible épaisseur du sol arable et la pente naturelle vers la Sambre facilitaient à la fois la découverte des veines et l’évacuation des eaux d’exhaure, tandis que le fleuve servait de voie de transport privilégiée[195].
Le sous-sol taminois, composé de charbons anthraciteux et quart‑gras à faible teneur en matières volatiles, alimentait aussi bien les usages domestiques que diverses activités industrielles, notamment la réduction des minerais, la cuisson des briques ou la calcination des calcaires[195]. Une part importante du gisement environ 60 % selon Jean Ficheret demeurait toutefois inexploitable en raison de couches trop minces ou trop terreuses, et plusieurs veines anciennement mises en valeur furent abandonnées dès le XIXe siècle[196].
Les premières mentions documentées d’extraction remontent au Moyen Âge. Un lieu‑dit figurant dans les biens de l’abbaye d’Argenton au XIIIe siècle, fosse deleis Philippial, atteste une activité ancienne[119]. Au XIVe siècle, des autorisations d’ouverture de fosses sont accordées à des charbonniers dans les bois de Velaine et de Groignat. Les archives deviennent plus précises au XVIIe siècle : en 1629, les habitants de Tamines demandent à la Cour locale de contraindre les exploitants à reboucher les fosses abandonnées, signe d’une extraction déjà bien établie et parfois négligée[119]’[184].
Au cours du XVIIe siècle, plusieurs veines notamment celles de Grogneau, de la Veynette ou du Bois Saint‑Martin sont exploitées sous bail seigneurial. Les houilles étaient acheminées vers la Sambre, comme l’indique une requête de 1679 visant à réguler leur passage vers Moignelée[197]. Les concessions se multiplient encore au XVIIIe siècle : les actes notariés mentionnent des exploitations au Stocki, au Trieu Florent ou dans la closière du Corbeau. En 1791 et 1792, le prieur d’Oignies concède de nouvelles veines, notamment entre la Praile et le Trou Mahy, moyennant une rente annuelle[197].
L’extraction se faisait essentiellement à ciel ouvert, en suivant les affleurements par des fosses peu profondes, abandonnées une fois la couche épuisée[198]. Les terres houilles, de qualité médiocre, servaient au chauffage domestique, tandis que les houilles compactes, extraites plus en profondeur, étaient vendues hors de Tamines. Le travail, saisonnier, occupait les ouvriers durant l’hiver, avant qu’ils ne retournent aux activités agricoles. Les exploitants agissaient seuls ou en petites associations, avec l’accord des propriétaires du sol, seigneurs ou communautés[199].
Le développement des puits
modifierLa phase des concessions houillères à Tamines débute sous l’administration hollandaise. Plusieurs demandes sont enregistrées entre 1817 et 1824, notamment celles de Gabrielle Briard, de Namur, et de Winant et Ivenne, de Tamines. Comme le rappelle Jean Ficheret, seule la concession de Velaine, sollicitée par Briard, reçoit une autorisation, tandis que les autres projets restent sans suite[200].
Deux sociétés obtiennent ensuite l’aval du gouvernement hollandais : la Société charbonnière du Hazard et Valeresse, fondée autour de François de Gaiffier, François Henin, Hubert et Martin Bertrand, puis élargie à Charles Lamquet et au marquis de Trazegnies ; et la Société du Charbonnage de Tamines, regroupant plusieurs membres de la famille Delcorde et leurs alliés[201]. La première reçoit en 1826 une concession de près de 300 hectares, partiellement située sur Tamines, tandis que la seconde obtient en 1827 un périmètre de plus de 426 hectares[202].
Selon Jean Ficheret, la Société du Charbonnage de Tamines fusionne en 1858 avec le Charbonnage de la Marmite, concessionné depuis 1827 à Moignelée. Cette union donne naissance à la Société Anonyme des Charbonnages Réunis de la Basse Sambre, dont le siège est établi à Tamines[202]. Une nouvelle restructuration intervient en 1899, lorsque la concession du Hazard rejoint celle des Charbonnages Réunis, formant l’entité qui prendra le nom de SA des Charbonnages de Tamines. Son territoire minier couvre alors la majeure partie de Tamines et s’étend sur Moignelée, Aiseau, Auvelais, Velaine-sur-Sambre et Keumiée, pour un total de 696 hectares[202].
Les limites de cette vaste concession jouxtent celles de Jemeppe‑Nord‑Auvelais‑Velaine‑Baulet, ainsi que les charbonnages du Petit‑Try, de Bonne‑Espérance, de Tergnée‑Aiseau‑Presles et de Falisolle‑Oignies‑Aiseau. À partir de 1839, le secteur situé au sud de la Sambre est intégré à la concession de Falisolle, avant d’être rattaché en 1941 à la SA des Charbonnages de Roton‑Farciennes et Oignies‑Aiseau[203]. Sous cette direction, le siège Saint‑Jean poursuit l’exploitation jusqu’en 1950, expédiant le charbon par le rivage taminois et déposant les stériles sur le terril dominant la vallée[204]’[Note 22].
L’évolution technique de l’exploitation se manifeste dès le début du XIXe siècle. Les ouvertures isolées sont remplacées par des puits, et les anciens « berroiteurs » cèdent la place aux « cherreteurs » chargés d’acheminer la houille vers la Sambre. Les coffres traînés dans les galeries sont remplacés, en 1839 au Hazard, par des wagonnets de circulant sur ornières en fonte[204]. L’introduction de la machine à vapeur marque un tournant majeur : une première machine de 10 chevaux apparaît en 1834, suivie d’une autre de 20 chevaux en 1844. Vers 1850, les sièges du Hazard et de Tamines disposent chacun de moteurs de 20 à 30 chevaux[204]’[Note 23].
L’acheminement du charbon se modernise également. Dès 1843, la station de Taferrés est opérationnelle, suivie de deux rivages sur la Sambre[205]. En 1875, Tamines devient un nœud de circulation houillère, recevant des raccordements provenant de Velaine, Baulet et Moignelée, et reliant les quais de la Sambre à la gare locale. Avant même l’ouverture de la ligne Dinant‑Tamines en 1879, le charbonnage de Falisolle possède déjà son propre rivage sur la rive droite du fleuve. Les wagons traversent le village, notamment la nationale 988, pour rejoindre la gare[206].
Comme le souligne Jean Ficheret, l’équipement ferroviaire, la canalisation de la Sambre et la déclivité du terrain expliquent l’intensité du trafic houiller. La concession de Tamines se dote de deux sièges modernes : Sainte‑Eugénie en 1886 et Sainte‑Barbe en 1901[207]’[208]’[Note 24]. Une centrale électrique est installée en 1922, puis remplacée en 1929 par une sous‑station reliée aux centrales du Hainaut. En 1954, la société participe à la création de la Centrale Thermique Minière de l’Est de Charleroi[207]. Les charbonnages de Tamines forment l’un des ensembles miniers les plus importants de la vallée de la Sambre. Dès 1847, l’entreprise emploie déjà plus de 1 100 ouvriers et produit plus de 234 000 tonnes de charbon par an. L’activité atteint son apogée en 1929 avec 1 652 travailleurs, témoignant du rôle majeur de Tamines dans l’économie charbonnière régionale[209].
La valorisation du charbon progresse avec l’installation, en 1928, d’un triage‑lavoir de 500 tonnes par jour au siège Sainte‑Barbe, suivi en 1929 d’un système de mise à terril par skips[207]. La productivité de l’usine à boulets augmente parallèlement, tandis qu’un second triage‑lavoir est construit en 1932 au siège Sainte‑Eugénie[207]. En 1965, l'extraction du charbon fut arrêté et les charbonnages de la commune furent fermés[210].
Les charbonnages de Tamines ont également été marqués par l’arrivée de nombreux travailleurs italiens après l’accord charbon belgo-italien. Le témoignage d’Angelo Cortez, ancien mineur de Sainte-Eugénie, illustre les conditions de travail, la solidarité ouvrière, mais aussi les tensions sociales de l’époque. Il évoque les longues journées au fond, les grèves de 1965 pour empêcher la fermeture, et les réalités de l’immigration dans les années 1960[211].
Les sites de la concession aujourd'hui
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Deux sièges principaux structurent l’exploitation : Sainte-Barbe et Sainte-Eugénie. Le siège Sainte-Eugénie, ouvert en 1880, se compose alors d’une fosse unique, d’un hall des chaudières, d’ateliers, d’une lampisterie et d’un concasseur. En 1886, il passe sous le contrôle direct de la SA des Charbonnages de Tamines. L’extraction y cesse en 1961, et la mine ferme définitivement en 1965. La plupart des bâtiments disparaissent progressivement, tandis que la terril reste longtemps visible, partiellement exploitée jusqu’en 1994. Aujourd’hui, seuls deux anciens puits et la terril rappellent l’activité minière[209],[212].
Le siège Sainte-Barbe, fermé en février 1965, conserve quant à lui quelques bâtiments restaurés, offrant un rare témoignage architectural de l’exploitation charbonnière taminoise[213]. Autour de ces sites, l’infrastructure était dense : wagonnets, voies étroites, petites locomotives à vapeur et même un traînage aérien reliant Baulet à Auvelais sur plus de 4,3 km, permettant d’acheminer le charbon vers la Sambre pour son transport fluvial[213].
Après la fermeture des mines en 1965, les sites ont été progressivement démantelés, réhabilités ou réaffectés. L’ancien rivage de Sainte-Eugénie, utilisé dès les années 1880 pour charger les péniches, a été dépollué et intégré à un projet de zone d’activité économique portuaire. Cette reconversion illustre la transformation du paysage industriel taminois, passé d’un bassin charbonnier actif à un territoire en reconversion[212]. Aujourd'hui, le site du puits Sainte-Eugènie a été reconverti en zone industrielle incluant aussi des PME en cours de développement.
Les brasseries taminoises
modifierAu XIIIe siècle, les registres des cens et rentes du comté de Namur mentionnent régulièrement des prélèvements sur les brasseries, mais aucun ne concerne les Alloux à cette époque, comme le rappelle Jean Ficheret[214]. Ce n’est qu’en 1524 qu’une décision du bailli et des hommes du fief de Fleurus attribue à Charles Quint le droit d’afforage sur les boissons vendues aux Alloux, sans qu’une brasserie locale soit signalée[214].
Pour Tamines, un acte de l’échevinage daté de 1637 décrit plusieurs établissements brassicoles. La première brasserie recensée est intégrée à une exploitation agricole comprenant maison, dépendances et terres. Elle relève d’un héritage de la cour féodale et bénéficie du statut de « franche brasserie », exemptée de redevances banales. Le brasseur y produit différentes qualités de bière forte, moyenne ou plus légère à partir de froment ou d’autres céréales, moyennant un afforage limité[214]. Jean Ficheret signale que cette brasserie changea fréquemment de tenanciers au XVIe siècle : Pierre Kinet, Jean Massart, Collard Gillot, Hendricque Glaude, puis Jean de la Rivière, dont les héritiers cédèrent l’exploitation après diverses saisies liées à des rentes impayées. À partir de 1588, Pierre du Pont, mayeur de Tamines, en reprend l’usage, et ses descendants l’exploitent encore en 1647, époque où l’établissement sert également de taverne[215].
Le même document de 1637 mentionne une seconde brasserie, réputée ancienne, identifiable par un point d’eau utilisé pour le brassage. Une troisième activité brassicole est associée au nom de Gislain Votryon, qui fabriquait la bière à domicile grâce à un matériel mobile permettant de brasser chez les particuliers[216]. Cette pratique illustre la liberté de brasser et de vendre la bière à Tamines, où les habitants pouvaient s’approvisionner dans les localités voisines Fleurus, Namur ou Châtelet lorsque la production locale ne suffisait pas ou ne répondait pas aux attentes. Les bières vendues étaient taxées selon leur qualité, et la documentation évoque plus d’une vingtaine de vendeurs ou taverniers actifs au milieu du XVIIe siècle[217]. Parmi eux, Nicolas le Berger, Martin Fanuel, François Severin et Pierre Mathieu, ce dernier ayant écoulé une quantité notable de bière de Fleurus en 1647[218].
Après cette période, les sources deviennent lacunaires pendant près d’un siècle. Jean Ficheret indique qu’en 1749, Antoine Gochet transmet sa brasserie à son fils François, puis à un autre membre de la famille, Pierre Gochet[218]. Un troisième François Gochet, décédé en 1842, laisse l’entreprise à sa veuve et à ses enfants, dont l’aîné, Louis Gochet, poursuit la production jusqu’au début du XXe siècle[219]. Au XIXe siècle, d’autres brasseurs sont attestés : Jean Steinier, actif en 1828 au lieu-dit Mahu, Cavenaille, ainsi que la veuve Delcorde, propriétaire d’une brasserie rue de l’Industrie[218].
Marché
modifierLe marché hebdomadaire a lieu le vendredi matin sur la Place Saint-Martin.
Services de santé
modifierLes services de santé à Tamines s’organisent autour d’un réseau dense de soins de première ligne, d’infrastructures hospitalières de proximité et de structures médico‑sociales, formant un maillage typique des communes semi‑urbaines de Wallonie. La commune dispose de plusieurs maisons médicales assurant un accès facilité à la médecine générale, dont la Maison Médicale Sambr’Santé située rue de la Station, qui propose un suivi global en médecine générale et paramédical[220], ainsi que la Maison Médicale La Bruyère à Falisolle, active dans les soins de première ligne et la prévention[221]. Ces structures sont complétées par un ensemble de cabinets individuels de médecins généralistes, tels que le cabinet de la docteure Laura Chantrenne, rue Barthélemy Molet, qui illustre la présence d’une offre libérale diversifiée dans le tissu local.
L’offre hospitalière est dominée par le CHRSM – Site Sambre, implanté rue Chère Voie, qui assure les urgences, la médecine spécialisée et les soins continus pour l’ensemble de la vallée sambrevilloise. Cet hôpital, ouvert 24h/24, constitue le principal pôle de référence pour les habitants de Tamines et des entités voisines[222]. Le paysage sanitaire comprend également des structures spécialisées comme L’Acacia, centre de soins palliatifs situé avenue du Progrès, qui offre un accompagnement de fin de vie et un soutien aux familles , ainsi que des maisons de repos telles que Les Glycines, rue Saint‑Martin, qui participent à la prise en charge des personnes âgées dépendantes[223].
La commune bénéficie d’un réseau étoffé de pharmacies, réparties dans les différents quartiers, permettant un accès rapide aux médicaments et conseils pharmaceutiques. Parmi les plus fréquentées figurent la Pharmacie Europhar Tamines sur l’avenue du Président Roosevelt , la Pharmacie des Alloux rue de Velaine , ou encore la Pharmacie Paindaveine sur la Grand’Place, reconnue pour son service de proximité . L’offre est complétée par des magasins de matériel médical comme Médiconfort Tamines et Qualias Tamines, qui fournissent équipements orthopédiques, aides à la mobilité et dispositifs de soins à domicile .
Enfin, Tamines accueille plusieurs centres médicaux et services paramédicaux, tels que Magnolia ou All‑Thi‑Soins, proposant des consultations en kinésithérapie, psychologie, soins infirmiers ou disciplines complémentaires[224],[225]. L’ensemble de ces structures contribue à une offre de soins complète, accessible et diversifiée, caractéristique d’une commune jouant un rôle de pôle local dans la région de Sambreville.
Transports
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Les transports à Tamines, dans l’entité de Sambreville, s’organisent autour d’un réseau ferroviaire et d’un maillage de lignes de bus régionales qui assurent la connexion avec les pôles voisins comme Charleroi, Namur ou Gembloux. La gare de Tamines constitue un nœud important du réseau SNCB, desservie par des trains IC, S61 et P, permettant des liaisons directes vers Charleroi, Namur et d’autres centres urbains. Les données de mobilité indiquent que la gare est un point de passage majeur, avec des correspondances fréquentes et des temps de trajet compétitifs, par exemple environ une heure depuis Charleroi selon les itinéraires relevés[226].
Le réseau de bus TEC complète cette offre en reliant Tamines aux localités voisines. Plusieurs lignes passent par la gare ou ses abords immédiats, notamment les lignes 58, 77, 150A, 155 et 156, qui assurent des liaisons vers Gembloux, Spy, Châtelineau ou Gilly. Les horaires relevés montrent une fréquence soutenue aux heures de pointe, avec des passages réguliers dès les premières heures du matin, comme l’illustre la ligne 58 qui dessert Tamines dès 05h02 selon les données consultées[227]. Une ligne identifiée comme BUS (NMBS/SNCB) relie également Charleroi-Central à Tamines avec un service variable selon les jours, comprenant un trajet d’environ 35 minutes et un fonctionnement principalement en soirée ou le week-end[228].
L’accessibilité locale est renforcée par la proximité immédiate des arrêts : l’arrêt « Tamines Gare SNCB » se situe à moins d’une minute de marche de la gare, ce qui facilite les correspondances entre bus et train. Les arrêts plus éloignés, comme Aiseau ou Auvelais, restent accessibles à pied en une quarantaine de minutes, ce qui témoigne d’un maillage relativement dense dans la zone urbaine de Sambreville[227]. Les services de mobilité régionaux, tels que ceux présentés sur le portail de la Wallonie, complètent ce dispositif en fournissant des informations sur les réglementations, les itinéraires multimodaux et les infrastructures cyclables, contribuant à une offre de transport diversifiée et intégrée à l’échelle régionale[229].
Tamines est traversée par les nationales 90 de Mons à Liège et la 988 de Éghezée à Fosse-la-Ville.
Sports et vie associative
modifierSports
modifierClubs
modifierParmi les clubs présents à Tamines, on note notamment : la Royale Jeunesse sportive taminoise, l'Entente Tamines, l'Etoile Taminoise, la Royale Entente sambrevilloise et l'AS Auvelais[230] pour le football. Le futsal est notamment présent par les clubs Réal Tamines[231], Drughi Clubs Tamines[232], AS Gunners Tamines[233], UNPA Tamines[234], mais localisés à Auvelais (hall omnisports). Le tennis est aussi présent notamment par les clubs TCBS Tamines[235] et TC des Alloux[236], TC Basse-Sambre ASBL. La plongée notamment Pirates[237],
Vie associative
modifierLa vie associative à Tamines, au sein de la commune de Sambreville, se caractérise par une forte densité d’organisations culturelles, sociales, sportives et folkloriques qui structurent le quotidien des habitants. Elle s’appuie sur un réseau ancien, diversifié et en constante évolution, allant des groupes traditionnels aux structures d’accompagnement social et jeunesse.
Les associations culturelles occupent une place importante, notamment autour du futur pôle culturel de Tamines, projet d’envergure évalué à près de 6 millions d’euros et soutenu par le Plan de Relance wallon. Ce pôle intégrera une bibliothèque repensée, une ludothèque, ainsi que des espaces modernisés pour l’académie de musique et l’académie des beaux-arts, renforçant ainsi les lieux de rencontre et de création pour les habitants. La salle communale Jean Poulain, emblématique de la vie locale, fait également l’objet d’une rénovation complète afin de continuer à accueillir événements, expositions et activités associatives[238].
La Maison des Jeunes de Sambreville, historiquement connue comme le Club artisanal et culturel de Tamines, constitue un autre pilier majeur. Reconnue depuis 1974, elle accueille aujourd’hui plusieurs centaines de jeunes par an et propose une large palette d’activités : ateliers créatifs, musique, sports, projets collectifs, stages, ainsi qu’un espace public numérique. Elle joue aussi un rôle socio-professionnel important grâce à des formations variées (métiers du spectacle, remobilisation par le sport, informatique, orientation professionnelle), soutenues notamment par le Fonds Venture Philanthropy de la Fondation Roi Baudouin[239].
La vie associative taminoise se distingue également par un réseau coordonné d’associations jeunesse, regroupées autour de la gare de Tamines. Ce réseau, destiné aux moins de 25 ans, offre un accueil personnalisé, une orientation vers les bons services, et un accompagnement continu, garantissant confidentialité et accessibilité. Il constitue un point d’entrée unique pour les jeunes en recherche d’aide, d’activités ou d’informations[240].
Enfin, Tamines accueille de nombreuses associations sociales, sportives et d’entraide : services d’accompagnement pour personnes handicapées, structures d’aide à la jeunesse en difficulté, centres de mieux‑être, clubs sportifs ou encore associations de défense des droits de l’enfant. Leur présence témoigne d’un maillage social dense et d’une volonté de répondre aux besoins variés de la population sambrevilloise[241].
Jumelage
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Selon Fichefet, les débris provenant des puits de mines creusés à ces endroits contiennent des conglomérats de pâte siliceuse, teintée de brun par l’hydroxyde de fer, renfermant des silex claires de la craie ainsi que des phtanites issus du terrain houiller (Fichefet 1963, p. 7).
- ↑ Selon Fichefet, il note qu'au pied de la grotte de Presles, à proximité de la villa romaine d’Aiseau et jusqu’au confluent de la Biesme et de la Sambre, s’étendait une piste multimillénaire. Lors d’un dragage de la Sambre en 1938, près du pont-rail d’Aiseau, furent mis au jour un ciseau en jadéite et une herminette en chloromélanite, des roches verdâtres absentes de nos régions, apportées ou perdues par des populations lointaines à la fin du Néolithique (Fichefet 1963, p. 35).
- ↑ Vaes (La Poterie sigillée au Musée Archéologique de Charleroi, pp. 66-67). pense que les Chauques ne sont pas responsables de la destruction des villas. Selon lui, elles ont été pillées, mais leur anéantissement ne daterait que de l’époque des Francs, au IIIe siècle. D’ailleurs, précise-t-il, les poteries sigillées d’Aiseau proviennent sans interruption des ateliers de La Graufesenque et de Lezoux, en Gaule du Sud, qui ont produit au Ier puis au IIe siècle (Fichefet 1963, p. 43).
- ↑ Selon Gysseling, durant l’expansion francique, certains groupes germaniques se seraient établis dans la vallée de la Sambre, aux côtés des populations romanes. Ils auraient conservé leur langue au moins jusqu’au VIIIe siècle. Il est possible, selon cet auteur, qu’au Xe siècle, la langue germanique ait entièrement disparu, absorbée par le parler roman (Fichefet 1963, p. 43).
- ↑ Il semble que Tamines n’ait pas eu de lien avec l’abbaye de Lobbes au XIe siècle, contrairement à ce qu’a affirmé A.-M. Gochet (p. 309), qui, suivant J. Vos, a par erreur identifié Tamines à Lavinies (Louvignies) dans une copie moderne d’un texte de 1092. Voir J. Vos, *Lobbes, son abbaye et son chapitre*, pp. 39 et 434 ; J. Warichez, *L’abbaye de Lobbes, depuis ses origines jusqu’en 1200*, pp. 75 et 213 ; F. Baix, *Les miracles de la Sainte-Croix à Brogne*, ASAN, t. XLV, p. 259, n. 28 (renseignement aimablement communiqué par F. Jacques) (Fichefet 1963, p. 56).
- ↑ Tamines, Boignée, la cour de Fontenelle (Farciennes), Gilly, Mertenne, Gerpinnes, Hymiée, Frominée, Emptinne, Natoye et son ban, Sorinnes et son ban, Fumal, Hannêche, Velaine et Ravincal, Biesmerée et Fraire-la-Crotteuse, Gourdinne, Somzée et Fontenelle-lez-Walcourt. D’autres localités furent également disputées, comme Moustier-sur-Sambre, brièvement prise par l’évêque le (Fichefet 1963, p. 59).
- ↑ Selon Fichefet qui note que la carte de Ferraris et celle de l’atlas des chemins vicinaux ne montrent pas une tour isolée, mais plutôt une tour d’angle. Une terre Williamme delle Tour est mentionnée dans des lettres de maires et échevins de Tamines datées du . Le , un Guillaume del Tour apparaît parmi les échevins d’une Cour échevinale. Parmi les documents détruits aux Archives de l’État à Mons avant 1940 figuraient un acte du (donation à l’abbaye d’Argenton de la maison de la Tour, sans le blockelu), un acte du (cession de la maison dite blockelu à l’abbaye d’Argenton) et un acte du (vente des biens del Tour par l’abbaye d’Argenton) (Fichefet 1963, p. 261).
- ↑ D’après Jean Fichefet, la tour fortifiée ne fait pas partie des tours construites par les évêques de Liège (Fichefet 1963, p. 262).
- ↑ D’après un rapport de Félix Rousseau, on peut voir sous la corniche du toit actuel une rangée de pierres saillantes en forme de corbeaux, signe que la tour était autrefois surmontée d’un hour ou d’une galerie en bois, installée en encorbellement au sommet des quatre faces de la muraille. Ces structures en bois jouaient le même rôle que les mâchicoulis, permettant de surveiller et de défendre le pied des murs. La tour de Crupet, bien préservée, conserve encore aujourd’hui ces particularités (Fichefet 1963, p. 262).
- ↑ D’après Jean Fichefet, les anciens comtes disposaient chacun d’une prison par bailliage. Celle du bailliage de Fleurus se trouvait à Golzinnes. Incendiée durant les guerres de religion, on prit l’habitude, dès 1606, de transférer les prévenus à Namur. Cette prison n’accueillait pas les éventuels délinquants des Alloux, décrits par Fd. Danhaive dans *Au Pays de Sambre-et-Meuse*, p. 72 (Fichefet 1963, p. 317).
- ↑ Sous le priorat de Dellemelle, le prieuré fut touché par la suppression de plusieurs couvents, suite à un édit de Joseph II daté du . La dissolution du monastère, décidée le , fut annoncée aux moines par le Procureur Général du Brabant. La gestion de la maison et de ses biens fut confiée à de Franquenne de Namur jusqu’au , date à laquelle le décret de suppression fut annulé (Fichefet 1963, p. 76).
- ↑ D’après Jean Fichefet, la Compagnie de Landen-Tamines n’exploita pas le réseau. La société fermière était la Société Générale des chemins de fer, créée en 1866 avec l’appui de la Banque de Belgique. Jusqu’en 1870, année où l’État reprit l’exploitation, la Société Générale géra le matériel roulant et l’administration générale. Ministère des Chemins de fer (Fichefet 1963, p. 149).
- ↑ Selon Fichefet une double pétition des commerçants de Fosses et de Namur, soutenue par la Députation permanente, fut envoyée à la Chambre des Représentants pour demander le raccordement de Fosses par voie ferrée, non depuis Tamines, mais depuis Flawinne. L’Ami de l’Ordre, dans ses numéros des 27 février, 7 et , en fit mention. Le Moniteur du approuva la convention du visant à assurer la construction de la ligne via la gare de Tamines (Fichefet 1963, p. 150).
- ↑ La ligne de train Tamines-Dinant a cessé de transporter des voyageurs le . Selon Fichefet, il note que dès le lendemain, une liaison en bus Tamines-Ermeton-sur-Biert, avec correspondance, a pris le relais. Aujourd'hui reprise par le TEC (Fichefet 1963, p. 150).
- ↑ Selon Fichefet, en 1883, Tamines mettait en place des trains vers Luttre en passant par Lambusart et Gosselies, ainsi que vers Bruxelles via Jemeppe et Gembloux (Fichefet 1963, p. 151).
- ↑ Selon Fichefet, avant 1900, deux types de machines étaient bien connus des habitants. Il y avait le type 34 ancien, construit par les Ateliers de Tubize et utilisé pour la traction des trains de voyageurs, ainsi que le type Tamines, fabriqué aux Ateliers Saint-Léonard à Liège, une locomotive-tender à quatre essieux couplés (Fichefet 1963, p. 151).
- ↑ Le , les blindés américains, commandés par le colonel Arnold, se dirigèrent à vive allure vers Namur, empruntant les routes de Châtelet-Vitrival-Fosses et de Fleurus-Velaine-Onoz-Temploux, laissant les villages situés entre ces itinéraires sous la surveillance des agents de l’« Armée de la Libération » (Fichefet 1963, p. 316).
- ↑ Situation de la tour, (50° 25′ 57″ N, 4° 36′ 53″ E ).
- ↑ D’après Fichefet, le , ils ont breveté un système de barreaux de grille dentée avec mentonnets percés, destiné aux générateurs et à tous types de foyers, en fonte trempée, aciérée et déphosphorée. Selon l'auteur, en 1911, ils fabriquaient des pièces mécaniques de toutes sortes, pouvant peser jusqu’à 5 000 kg (Fichefet 1963, p. 230).
- ↑ Selon l'historien Fichefet, la région a connu une activité sidérurgique implantée dans plusieurs vallées secondaires de la Sambre, en particulier celles proches de Tamines. À Mazy, en 1832, deux affineries de fer étaient en activité, et en 1846, il restait encore une platinerie et un martinet. Fichefet note qu'au plus au sud, le travail du fer remonte encore plus loin : à Fosses, dès 1508, on trouve un fourneau et une affinerie, et en 1675-1678, une usine y traite le fer. Aux mêmes périodes, Acoz, Gerpinnes et Sart-Eustache exploitent des fourneaux. À Le Roux, à Claminforge, une usine et un marteau existent depuis au moins 1500. À Aiseau, les forges, installées au XVIIIe siècle, fonctionnent jusqu’aux alentours de 1900. Ces petits centres utilisaient le minerai local, l’énergie de l’eau courante et le charbon de bois produit sur place dans les zones boisées voisines (Fichefet 1963, p. 229).
- ↑ D’après Jean Fichefet, cette société, créée en 1893-1894 sous l’impulsion du doyen et les conseils de M. Faure, un Français spécialiste de la fonderie, réunit aisément une main-d’œuvre belge active dans la région de Charleville-Sedan et connut rapidement le succès (Fichefet 1963, p. 231).
- ↑ Aujourd’hui, ce terril s’étend sur 2 ha 22 a et contient des schistes charbonneux, avec un tonnage estimé en 1957 à 1 112 000 tonnes. Entre 1926 et 1939, la production annuelle moyenne de ce site atteignait 80 000 tonnes, avec un pic de 94 100 tonnes en 1938. Après 1945, la production n’a jamais dépassé 67 000 tonnes par an (Annales des Mines) (Fichefet 1963, p. 225).
- ↑ Cette année-là, Fichefet indique que le Charbonnage du Hazard compte 76 ouvriers au fond, dont 2 femmes, et 28 ouvriers à la surface, dont 10 femmes. Selon l'historien, les deux couches exploitées sont la Grande Veine du Hazard et la Veine Avaleresse, avec une puissance respective de 1 mètre et 0,90 mètre (Fichefet 1963, p. 225).
- ↑ Le , l’évêque Heylen de Namur descend dans la fosse (Fichefet 1963, p. 227).
Références
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Annexes
modifierLiens externes
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