Dans les sources anciennes, la localité apparaît sous la forme Lerna Fontanis, expression latine que Joseph Parée interprète comme signifiant « Lerne aux Fontaines », c’est‑à‑dire un lieu marqué par la présence de sources jaillissant au pied d’un promontoire rocheux[2]. Cette appellation, qui évoque une topographie dominée par la pierre et l’eau, témoigne de l’importance des éléments naturels dans la désignation des premiers établissements humains de la région. Parée souligne que cette dénomination archaïque s’inscrit dans la série des toponymes médiévaux où la géographie immédiate sert de repère identitaire, avant que les structures féodales ne viennent imposer leurs propres marques[2].
Le nom actuel, Fontaine‑l’Évêque, apparaît vers le milieu du XIIIesiècle, aux alentours de 1251. À cette époque, le domaine est tenu par Nicolas, seigneur de Fontaine, personnage dont Joseph Parée rappelle le parcours ecclésiastique remarquable[3]. Nicolas cumulait en effet plusieurs charges prestigieuses : chanoine de Cambrai, archidiacre de Valenciennes et prévôt de Soignies[3]. Sa carrière connut un tournant décisif lorsque le pape Innocent IV le consacra évêque de Cambrai, événement qui, selon Parée, marqua durablement l’histoire locale[3]. Pour commémorer cette élévation épiscopale, le titre d’« évêque » fut accolé au nom de Fontaine, donnant naissance à la forme qui s’est imposée jusqu’à nos jours[3].
Fontaine-l’Évêque est une ville du Hainaut, en Belgique francophone. Elle est située à 9 km à l’ouest de Charleroi, sur la route N90 vers Mons, à environ 50 km au sud de Bruxelles et à 15 km à l’est de Binche. Elle est située entre les communes de Courcelles et Chapelle-lez-Herlaimont, au nord, de Charleroi, à l’est, d’Anderlues à l'ouest et de Gozée au sud. Elle fait partie du Pays de Charleroi, qui est marqué par son passé industriel, les charbonnages et la sidérurgie. Fontaine hébergeait des mines et les terrils sont encore visibles.
Depuis la fusion des communes, l’entité de Fontaine-l'Évêque regroupe également les anciennes communes de Leernes et de Forchies-la-Marche.
La Bouverie, quartier de la ville basse, il se trouve aux environs du boulevard du Nord[5].
Boegnies, quartier de l'église d'en haut[5]’[Note 1].
Le Hanois, quartier de la gare, une rue porte le nom[5].
Les Récollets, il s'agissait d'un couvent qui était fondé par six père Récollets[5].
Beaulieusart, (Baillieusart en 1514, Baillisart en 1684, Beaulieusart en 1773). Un lieu appelé Essart ayant appartenu à la famille Bailleul de Morialmé[5].
Les Gaux, un hameau qui s'est formé progressivement grâce au déboisement de la charbonnière. Son nom, très ancien, provient du bas latin «Gualdus», signifiant bois[5].
Henrichamps. Henrichamp en 1514, Henrichamps en 1670[5].
La Queue du Vivier, l'Ermitage, le Culot des Gaux, Calvaire Mascaux, la Sarte, le Pétria, Tienne du Berger, Fontaine au Saule, Belle Fontaine, la Blanche Maison, Tienne Collot, le Calvaire, le Cressonnière, le Roquette. Gros Terril, Tienne du Cavalier, la Croix Fauvresse, Pré à la Planchette et le Culot de Beaulieusart.
Le territoire de Fontaine‑l’Évêque est traversé par un petit cours d’eau, l’Ernelle, dont Joseph Parée rappelle qu’il prend naissance à Forchies avant de s’engager dans une vallée étroite orientée du nord vers le sud[6]. Après ce premier tracé rectiligne, le ruisseau infléchit sa direction vers l’axe ouest‑est, phénomène que Parée attribue à la configuration du relief local, marqué par une succession de replis et de légers plateaux[6]. L’Ernelle franchit ensuite le domaine du château, élément structurant du paysage, où son passage a longtemps contribué à l’alimentation des fossés et à l’organisation des jardins seigneuriaux[6]. Poursuivant son cours, il se dirige vers Goutroux, qu’il atteint après avoir parcouru environ 4 150 mètres sur le territoire communal, distance mesurée dans les relevés hydrologiques cités par Parée[6].
Ce ruisseau, modeste mais constant, s’inscrit dans un réseau hydrographique dont plusieurs affluents viennent renforcer le débit selon les saisons[6]. Parée souligne que ces petits apports, souvent issus de sources locales ou de ruissellements forestiers, ont joué un rôle dans l’histoire économique de Fontaine‑l’Évêque, notamment pour les moulins et les activités artisanales dépendant de l’eau[6].
Les affluents de l'Ernelle sont:
le ruisseau de la Charbonnière, qui serpente le long du bois portant le même nom;
le ruisseau du bois s'échappe et rejoint l'Ernelle avant d'atteindre Goutroux;
les ruisseaux de Blanche-Maison et de Belle-Fontaine se rejoignent avant de confluer dans l'Ernelle;
la Babelonne, prenant sa source sous le terril no1, traverse la Queue du Vivier, s'engouffre dans l'égout de la rue d'Assaut, passe sous la Grand'rue, traverse le domaine du château et rejoint l'Ernelle à la sortie de ce domaine, en face de l'avenue des Déportés;
le ruisseau de Beaulieusart, qui commence par marquer la frontière entre Fontaine et Leernes, traverse le Paradis, franchit la route de Mons et rejoint finalement l'Ernelle[6].
Selon la tradition historiographique locale, notamment celle développée par Joseph Parée, le territoire de Fontaine‑l’Évêque apparaît comme un espace fréquenté dès les premières phases de l’occupation humaine en Hainaut. Les communes voisines Forchies, Goutroux, Monceau, Landelies ou Montignies‑le‑Tilleul ont livré de nombreux témoins matériels de l’âge de la pierre, et la ville elle‑même a fourni deux pièces lithiques qui renforcent l’hypothèse d’une présence préhistorique[8]. La première, mise au jour en 1929 près de l’étang de la panneterie de Beaulieusart, est une lame de silex brun foncé dont la morphologie évoque un grattoir muni de retouches latérales destinées soit à faciliter l’emmanchement, soit à permettre un usage de racloir[8]. La seconde découverte, effectuée l’année précédente à proximité des anciens remparts du boulevard du Nord, consiste en une longue lame d’environ vingt centimètres, de forme triangulaire, dont la fonction demeure indéterminée. Ces deux objets, aujourd’hui conservés par la Société d’archéologie et de paléontologie de Charleroi, constituent des indices significatifs de l’ancienneté de l’occupation humaine, comme le souligne Joseph Parée dans son étude de 1968[8].
À cette présence matérielle s’ajoute l’existence de voies anciennes, attribuées aux âges du bronze et du fer, qui traversaient le territoire et en faisaient un lieu de passage stratégique. L’une de ces routes reliait Anderlues à Goutroux et Monceau en empruntant une série d’axes correspondant aux actuelles rues de la Blanche Maison, du Repos, J. Despy, de la Montagne, de l’Indépendance, Général de Gaulle, Buchet et au Chemin des Douze Apôtres[8]. Une autre voie, venant de Cambrai par Binche et Anderlues, traversait Fontaine‑l’Évêque en suivant un itinéraire qui correspond aujourd’hui au Chemin Roton, à la rue Cressonnière, à l’impasse du Marais, à la rue Bouverie, à la place Cornille, à la rue Roquette, à Grange Pain, à la rue de Roux, à la Croix Favresse, à la rue Grand Moulin et à la rue Paradis avant de rejoindre la vallée de la Sambre[8]. La plus ancienne de ces routes, selon Joseph Parée, provenait de Spiennes, atteignait Hougarde à Leernes et traversait la cité par les actuelles rues de Beaulieusart, Saint‑Bernard, des Gaulx, la Ruelle aux Loups, la Croix Favresse, la rue du Gros Terril et le bois de la Charbonnière[8].
La Croix Favresse, point nodal de ces circulations primitives, constituait un carrefour d’importance notable. On y trouvait une pierre taillée de manière rudimentaire, probablement destinée à soutenir un petit édicule cultuel antérieur à l’évangélisation de la Gaule[8]. Les traditions rapportées par Joseph Parée évoquent l’existence, en ce lieu, d’un culte rendu à une divinité païenne aujourd’hui oubliée, témoignage d’un passé religieux pré‑chrétien dont les traces matérielles ont disparu mais dont subsiste le souvenir dans la topographie et les récits locaux[8].
Lorsque Jules César atteint la région en 57 avant notre ère, le territoire correspondant à l’actuelle Fontaine‑l’Évêque se trouvait encore enfoui sous l’immense forêt Charbonnière, dont subsiste aujourd’hui un fragment, le bois de la Charbonnière, séparant Fontaine de Goutroux. Ce vestige forestier, souvent évoqué par Joseph Parée, rappelle l’aspect profondément sylvestre du pays à l’époque de la conquête romaine[9]. La cité, située au cœur du domaine nervien, occupait déjà une zone frontière où s’élevait un oppidum gaulois installé dans le bois de la Charbonnière. Cet ouvrage défensif comportait une tour circulaire dominant la vallée de l’Ernelle; au milieu du XIXesiècle, seules les fondations en étaient encore visibles, témoignant d’une occupation protohistorique structurée et d’un contrôle du relief local[9]. Les traces de la présence romaine, elles aussi relevées par Joseph Parée, apparaissent en plusieurs points du territoire. En 1865, lors des travaux de terrassement de la rue de Roux vers Sart‑lez‑Moulin, les ouvriers mirent au jour les vestiges d’une villa romaine à la limite de Forchies, près du ruisseau de la Charbonnière[9]. Quelques décennies plus tard, en 1895, un cimetière romain fut découvert au Calvaire Mascaux, où l’on exhuma notamment des monnaies portant l’effigie de Néron. Ces éléments, dispersés mais cohérents, confirment l’intégration de la région dans le réseau rural gallo‑romain et l’existence d’une occupation durable[9].
Les périodes postérieures ont également laissé des traces matérielles. En 1856, la construction du chemin de fer industriel du charbonnage de Forchies entraîna la découverte, à environ six cents mètres à l’ouest du puits no14 de Goutroux, de sépultures franques contenant des objets en bronze et des poteries[9]. Ces pièces furent remises au cercle archéologique de Charleroi, enrichissant les collections régionales et illustrant la continuité de l’occupation du sol entre l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge. Selon Joseph Parée, l’époque franque fut marquée par une vaste entreprise de défrichement qui transforma profondément le paysage[9]. Fontaine‑l’Évêque, étroitement liée à Leernes, devint alors un domaine agricole étendu. Vers 868, la population se composait de colons libres et de serfs, répartis sur un territoire comprenant cent bonniers de bois, cent cinquante bonniers de terres arables et six bonniers de prairies. Les terres cultivées, dont un quart constituait la réserve seigneuriale, mobilisaient environ deux cent vingt paysans[9]. Le domaine possédait également deux brasseries et deux moulins, témoignant d’une organisation économique structurée et d’une exploitation rationnelle des ressources locales. Cette description, reprise et analysée par Joseph Parée, permet de restituer l’évolution progressive d’un espace longtemps forestier devenu, au fil des siècles, un centre agricole actif[9].
La première mention documentaire de Fontaine remonte à l’année 868, lorsque le polyptyque de l’abbaye de Lobbes enregistre les biens du domaine sous la forme Fontana Lernis, désignant conjointement Fontaine et Leernes. Cette appellation, relevée par Joseph Parée, témoigne de l’ancien lien administratif entre les deux localités, qui ne seront séparées officiellement qu’en 1234. Le nom de Fontaine apparaît toutefois isolément dans l’itinéraire de saint Bernard, lequel fit halte dans la cité en 1146[10]. Le récit attribué à Geoffroi, abbé de Clairvaux, rapporte que le saint, en route de Liège vers Cambrai, s’arrêta à l’entrée de la ville, où il aurait rendu la vue à un aveugle et guéri un jeune paralytique[10]. Le chemin qu’il emprunta, devenu un élément de la topographie mémorielle, correspond aujourd’hui à l’actuelle rue du Parc, traverse l’esplanade et se prolonge jusqu’à la rue Louis‑Delattre[10]. Cette tradition, reprise par Joseph Parée, illustre la place de Fontaine dans les itinéraires religieux du XIIesiècle. En souvenir du miracle attribué à saint Bernard, une chapelle fut édifiée sur la place Brogniez[10]. Elle abritait un petit autel et une statue en bois, et son architecture permettait aux fidèles d’en faire le tour. Une messe chantée y était célébrée chaque 20 août, jour de la fête du saint. Bien que disparue aujourd’hui, la chapelle subsistait encore en 1886 et avait été restaurée en 1848[10]. Elle se situait le long de la voirie actuelle, à l’emplacement correspondant au chœur du temple évangélique. Ce lieu de culte, dont Joseph Parée rappelle l’importance dans la mémoire locale, constituait un témoignage de la piété populaire et de la permanence des traditions hagiographiques[10].
L’histoire seigneuriale de Fontaine s’enrichit en 1154, lorsque l’évêque de Liège Henri II déclare, dans un acte, avoir acquis plusieurs châteaux, dont celui de Fontaine, pour l’utilité de son église. Le château actuel, cependant, remonte au XIIIesiècle, ce qui laisse supposer l’existence d’un édifice antérieur, probablement situé au même emplacement[10]. Cette continuité architecturale, soulignée par Joseph Parée, montre l’importance stratégique du site dans l’organisation féodale régionale. Fontaine obtient une charte en 1212, octroyée par Wauthier, deuxième seigneur de la localité, ce qui lui confère le statut de ville[10]. Le qualificatif l’Évêque, ajouté plus tard, provient de Nicolas de Fontaine, seigneur de la cité devenu évêque de Cambrai en 1248. Ce titre, transmis à la ville, marque l’ascension sociale d’une lignée seigneuriale et l’intégration de Fontaine dans les réseaux ecclésiastiques de la région[10]. L’ensemble de ces éléments, tels que les présente Joseph Parée, permet de restituer l’évolution progressive d’un domaine rural carolingien devenu, au fil des siècles, une petite ville dotée d’une identité religieuse et seigneuriale affirmée[10]. Cette charte resta en vigueur jusqu'en 1794.
Selon la tradition locale rapportée par Joseph Parée, les habitants de Fontaine‑l’Évêque vivaient à l’origine dans de modestes chaumières adossées aux murs du château, cherchant la protection de la forteresse seigneuriale. Durant la belle saison, ils travaillaient sur les terres du seigneur, accomplissant les tâches agricoles nécessaires à l’entretien du domaine[11]. L’hiver, période de disette et de chômage saisonnier, les contraignait à développer des activités complémentaires. C’est ainsi que nombre d’entre eux installèrent une petite forge attenante à leur habitation[11]. Le travail du fer se faisait en famille: la mère et les enfants actionnaient le soufflet pour maintenir la braise vive, tandis que le père façonnait clous et chaînes à la main. Incapable de produire et de vendre simultanément, l’artisan confiait la commercialisation de son ouvrage à un intermédiaire[11]. Cette organisation, décrite par Joseph Parée, se transforma rapidement en un système économique structuré: l’intermédiaire, devenu patron cloutier, fournissait le fer, rémunérait le travail et assurait la vente des produits finis. L’ouvrier, trop pauvre pour constituer des réserves de matière première, dépendait entièrement de ce patronat émergent, qui prit une place croissante dans l’économie locale[11].
Entre la population laborieuse et le seigneur apparut progressivement une bourgeoisie aisée, issue de cette dynamique économique. Ces bourgeois, dont l’influence ne cessa de croître, parvinrent à obtenir du seigneur la charte de 1212. Celui‑ci, en quête de ressources financières, leur concéda divers privilèges en échange de contributions monétaires[11]. Dès lors, les magistrats choisis par le seigneur furent recrutés parmi ces notables, qui devinrent rapidement l’autorité communale. Joseph Parée souligne que cette charte constitue le premier acte d’émancipation de Fontaine‑l’Évêque vis‑à‑vis du pouvoir seigneurial, marquant l’entrée de la cité dans une forme d’autonomie administrative et juridique[11].
En 1272, à la mort de l'évêque Nicolas, troisième seigneur de Fontaine, la ville avait déjà pris la forme qu'elle conservera jusqu'au XIXesiècle. Le château était flanqué d'une chapelle, et le plan général des constructions formait un carré protégé par sept tours, dont une carrée, le donjon, qui se dressait à droite de la porte principale. La ville était entourée de fortifications et de fossés larges et profonds, dont il reste des traces sur les boulevard du Nord et boulevard du Midi; les remparts, longs de 2 800 mètres, étaient percés de cinq portes: celles du Marteau, de Leernes, de Binche, de Nivelles et de la Bouveric. Ces portes menaient à la place communale, qui accueillait déjà un marché et des foires[12]. L'église Saint-Vaast, date de 1211 et l'église Saint-Christophe de 1245. Au Moyen Âge, la ville était séparée en deux: la paroisse Saint-Vaast faisait partie de la principauté de Liège, alors que la paroisse Saint-Christophe relevait du comté de Hainaut et de l'évêché de Cambrai, la frontière étant la Babelonne.
Selon la tradition historique reprise par Joseph Parée, le marché de Fontaine‑l’Évêque est antérieur au XIIIᵉ siècle et doit son apparition à la situation de la cité le long d’un axe de circulation majeur reliant Liège à Cambrai aux XeetXIesiècles. Ce chemin, très fréquenté par les caravanes de marchands circulant entre la France et l’Allemagne, fit de Fontaine un point d’échange privilégié bien avant l’affirmation de la ville médiévale[12]. Au XIIIesiècle, les cultivateurs locaux et les artisans cloutiers, dont l’activité était alors en plein essor, se joignirent aux marchands itinérants, intégrant ainsi l’économie locale à un réseau commercial plus vaste[12]. La ville était entourée de murailles destinées à protéger la population contre les voleurs et les maraudeurs qui parcouraient la région. Ce système défensif, d’abord conçu pour la sécurité quotidienne, ne prit une fonction militaire qu’à une époque plus tardive[12]. C’est probablement dans ce contexte que fut ouverte la première maison de ville, située sur la place communale, à proximité de l’actuelle place de la Wallonie[12]. Joseph Parée souligne que cet édifice marquait l’émergence d’une administration urbaine structurée, liée à la croissance économique et à l’affirmation progressive d’une bourgeoisie locale[12].
Fontaine‑l’Évêque, située à la frontière des pays nerviens et aduatiques, conserva au Moyen Âge cette position liminaire, qui lui permit de maintenir une forme d’indépendance pendant près de quatre siècles. La cité ne participait ni aux États du Hainaut ni à ceux de Liège, se proclamant franche et souveraine[13]. Le seigneur y exerçait la justice en son nom propre, frappait monnaie et administrait le territoire sans dépendre des deux puissances voisines. Les habitants, pour leur part, étaient exemptés d’impôts envers ces États, situation exceptionnelle que Joseph Parée considère comme l’un des traits distinctifs de l’histoire communale fontainoise[13]. Cette autonomie aurait pu favoriser un développement stable si les seigneurs n’avaient, à plusieurs reprises, manifesté une préférence pour le Hainaut, tandis que la population demeurait attachée à la principauté de Liège. Ce décalage politique entraîna des tensions récurrentes, des occupations du territoire, des incendies et des destructions[13]. Joseph Parée rappelle que ces conflits, issus de la rivalité entre les deux entités régionales, marquèrent durablement la mémoire locale et contribuèrent à façonner l’identité particulière de Fontaine‑l’Évêque, partagée entre deux influences mais jalouse de sa souveraineté[13].
Selon les traditions historiques reprises par Joseph Parée, Fontaine‑l’Évêque apparaît au début du XIVesiècle comme un lieu de médiation reconnu entre les territoires du Hainaut et de la principauté de Liège. En 1313, Guillaume Ier le Bon, comte de Hainaut, et Adolphe, évêque de Liège, rédigèrent un mémoire désignant la cité comme point de rencontre des arbitres chargés de régler les litiges opposant les habitants des deux régions. Cette fonction d’arbitrage, attribuée à Fontaine en raison de sa position frontalière, renforçait son statut particulier au sein des entités politiques voisines[13]. À la fin du XIVesiècle, les tensions entre la population et son seigneur se firent plus vives. En 1395, les habitants se plaignirent du non‑respect de leurs chartes et privilèges par Baudouin VI de Hennin, qui tentait d’imposer la loi du Hainaut en lieu et place de celle de Liège, traditionnellement en vigueur dans la cité[13]. La Cour de Fontaine, composée de notables locaux, rappela alors que la ville relevait des échevins de Liège, tout en disposant de droits spécifiques garantissant une autonomie juridique. Cette affirmation, que Joseph Parée considère comme un moment essentiel de la défense des libertés communales, témoigne de la volonté des habitants de préserver leur statut particulier[13]. Dans ce contexte de revendication, les magistrats de Fontaine s’associèrent à treize villes de la principauté de Liège pour former une confédération destinée à protéger leurs droits[13]. Ces cités s’engagèrent à offrir « confort et assistance » à Fontaine‑l’Évêque afin de garantir la jouissance de ses privilèges et de soutenir sa position face aux pressions seigneuriales. Joseph Parée souligne que cette alliance illustre la capacité de la ville à s’inscrire dans des réseaux politiques plus larges pour défendre son autonomie, confirmant ainsi son rôle singulier dans l’histoire régionale[13].
Selon les récits historiques repris par Joseph Parée, l’année 1408 marque un épisode particulièrement violent dans l’histoire de Fontaine‑l’Évêque. Les treize villes de la principauté de Liège, déjà engagées dans une confédération destinée à défendre leurs privilèges, se soulevèrent contre leur prince‑évêque Jean de Bavière. Elles sollicitèrent l’appui des bourgeois de Fontaine, dont la tradition d’autonomie et de fidélité au droit liégeois était bien établie[14]. Le seigneur de Fontaine, en revanche, prit parti pour l’évêque, ce qui plaça la cité au cœur d’un conflit où s’opposèrent directement le châtelain et ses propres vassaux. La tension dégénéra en une véritable guerre locale. Les bourgeois de Fontaine, soutenant la rébellion liégeoise, incendièrent le château seigneurial, tandis que les hommes du seigneur ripostèrent en attaquant la ville[15]. Les affrontements, décrits par Joseph Parée comme l’un des épisodes les plus destructeurs de la période médiévale fontainoise, entraînèrent vraisemblablement la destruction de la maison communale[15]. C’est au cours de cette révolte que disparut la charte de 1212, document fondamental de l’émancipation urbaine, dont la perte symbolise l’ampleur des dégâts causés par ce conflit interne. Fontaine‑l’Évêque, longtemps fière de son statut franc et souverain, se trouva ainsi déchirée entre les fidélités opposées de son seigneur et de sa population, révélant la fragilité des équilibres politiques qui avaient assuré son autonomie durant plusieurs siècles[15].
Selon les récits historiques repris par Joseph Parée, l’année 1441 marque un tournant dans la politique seigneuriale de Fontaine‑l’Évêque. Baudouin VII de Hennin, nouveau seigneur et neveu de son prédécesseur, rompit avec la ligne suivie par sa famille depuis plusieurs générations[15]. Il reconnut officiellement la souveraineté de la principauté de Liège sur Fontaine‑l’Évêque et affirma que ses successeurs ne pourraient porter atteinte aux chartes, libertés et privilèges de la cité, ni y introduire les usages du Hainaut[15]. Cette déclaration, qui semblait garantir la stabilité juridique de la ville, n’empêcha pourtant pas l’apparition de nouvelles querelles dans les années suivantes, révélant la persistance des tensions entre les deux sphères d’influence. Dans la seconde moitié du XVesiècle, Fontaine‑l’Évêque se trouva de nouveau impliquée dans les rivalités régionales[15]. En 1465, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, poursuivait la construction d’un État puissant englobant notamment le Hainaut. Ses troupes furent envoyées à Fontaine pour protéger la cité contre les Liégeois, dont les mouvements militaires inquiétaient le pouvoir bourguignon[15]. Bien que les affrontements se limitassent à quelques escarmouches, une garnison demeura stationnée dans les murs de la ville pendant de longs mois. Joseph Parée souligne que cette présence prolongée témoigne de l’importance stratégique de Fontaine‑l’Évêque, située à la frontière de deux entités politiques rivales et régulièrement prise dans les conflits qui les opposaient[15].
Les premiers seigneurs étaient avoués de Leernes puis vers 1182 le premier à porter le titre de seigneur de Fontaines fut Wauthier Ier. Il avait épousé Béatrix de Viesville fille de Raoul et de Pétronille de Rumigny. Il mourut en 1186[16]. Son fils aîné Wauthier II, avoué de Leernes et seigneur de Fontaines épousa Basilia de Condet fille de Roger et d'Alix de Mons (act. avr. 1204, 1211,1245). Il eut comme fils aîné Wauthier III qui mourut avant son père vers 1235. L'héritage revint à Nicolas, son frère qui fut prêtre, archidiacre à Valenciennes, chanoine de Cambrai puis évêque de Cambrai, chancelier du Saint-Empire romain germanique en 1257, haut avoué de Gilly et seigneur de Fontaines. C'est à partir de ce moment qu'on appela cette ville Fontaine-l'Évêque. Il mourut le . Les armes de tous ces seigneurs furent d'azur à l'aigle d'or béquée et membrée de gueules à la cotice en bande de même[16].
Il désigna comme héritière, sa sœur Mahaut de Fontaines qui avait épousé Baudouin de Hénin-Liétard fils de Baudouin seigneur de Cuincy et de Marie dame de Hénin. La seigneurie de Fontaine-l'Évêque passe donc dans la famille de Hénin. Ce Baudouin part en croisade avec Louis IX dit saint Louis et pour ce faire vend sa seigneurie de Hénin en 1244 à Robert d'Artois et sa seigneurie de Vitry à l'évêque d'Arras. Il porte comme armes de gueules à la bande d'or. Son fils Baudouin portera les mêmes armes et épousera Isabelle de Hainaut dame de Sebourg, Angre, Fayt, fille de Philippe de Hainaut et de Marie de Strépy (veuve elle se remariera à Arnould d'Audenarde)[16]. Le fils aîné s'appelle aussi Baudouin, est baron de Fontaine-l'Évêque, seigneur de Sebourg et de La Marche, il épousera Mahaut de Luxembourg (fille de Gérard de Durbuy) dont il écartèlera les armes; il aura donc comme écartelé: en 1 et 4 de gueules à la bande d'or et en 2 et 3 un burelé de 10 pièces d'argent et d'azur au un lion de gueules couronné, armé et lampassé d'or brochant sur le tout. Son cimier fut un lion arrêté de gueules couronné d'or issant d'une couronne de même. Sa capeline fut aux armes de Luxembourg.
Il eut quatre enfants dont l'aîné, Baudouin épousa Aliénor d'Apremont fille de Godefroid III et d'Isabelle de Quiévrain. Ses armes furent les mêmes que son père[16].
Il n'eut pas de fils légitime mais une fille du nom d'Isabelle qui épousa Robert de Condé, seigneur de Belœil et de Morialmé. La seigneurie de Fontaines-l'Évêque passa donc dans cette famille. Il portait comme armes vairé en chevron à deux chevrons de gueules. Son fils Jean de Condé fut baron de Fontaines-l'Évêque, seigneur de Condé, Morialmé, Stambruges, pair de Liège, baron du Saint Empire Romain germanique. Il épousa Marie de Luxembourg-Ligny fille de Guy et de Mahaut de Châtillon[16]. Il eut un bâtard et deux filles qui furent chanoinesses à Sainte-Waudru à Mons: Éléonore et Catherine qui hérita de sa sœur. Lorsqu'elle mourut, les biens furent partagés en trois parts. C'est Jean II de Hénin-Liétard qui hérite de la seigneurie de Fontaine-l'Évêque pour son héritier Baudouin seigneur de Sebourg et Melent, fils de Gérard de Hénin et d'Isabeau d'Aspremont. La seigneurie de Fontaine-l'Évêque retourne donc dans la famille de Hénin mais la branche des Boussu[16].
Selon les récits historiques repris par Joseph Parée, l’année 1502 marque une nouvelle tentative de stabilisation juridique pour Fontaine‑l’Évêque. Marguerite d’York, veuve de Charles le Téméraire, intervint alors comme arbitre dans les différends opposant la ville à son seigneur[15]. Par une sentence arbitrale, elle confirma les droits de la cité et précisa que les affaires jugées par la cour de Fontaine pourraient, en dernier recours, être portées devant les échevins de Liège. Cette décision, qui réaffirmait l’attachement de Fontaine au droit liégeois, visait à limiter les contestations récurrentes et à préserver les privilèges communaux. Quelques décennies plus tard, la région fut de nouveau plongée dans les conflits européens[15]. En 1554, la guerre opposant Henri II, roi de France, à Philippe II, souverain des Pays‑Bas espagnols, ramena les troupes françaises dans le Hainaut. Elles assiégèrent Binche et incendièrent les châteaux de Mariemont et de Trazegnies[15]. Fontaine‑l’Évêque ne fut pas épargnée: son château fut entièrement détruit par les flammes, tout comme l’église Saint‑Christophe. Joseph Parée souligne que ces pertes marquèrent profondément la mémoire locale, la ville se trouvant brutalement frappée au cœur de ses symboles religieux et seigneuriaux[15].
Sous le règne de Philippe II, le Hainaut passa durablement sous domination espagnole et devint un champ de bataille où s’affrontaient les ambitions françaises et les révoltes hollandaises. Fontaine‑l’Évêque, comme le reste du pays, subit les conséquences de cette instabilité chronique[15]. La peste, que Joseph Parée décrit comme l’une des tragédies les plus lourdes de la période, frappa la population, décima les familles et laissa les terres en friche faute de main‑d’œuvre. La cité, déjà éprouvée par les destructions militaires, dut affronter une crise démographique et économique durable[15]. En 1604, les troubles se poursuivirent lorsque quinze compagnies hollandaises traversèrent le Hainaut et atteignirent Fontaine‑l’Évêque. Elles pillèrent la ville, causèrent divers dégâts et transformèrent l’église Saint‑Vaast en écurie pour leurs chevaux, profanation qui marqua profondément les habitants[15]. Quatre ans plus tard, en 1608, ce furent les soldats espagnols qui occupèrent la cité, installant une garnison sous la direction de l’officier Pedro Hortado. Joseph Parée rappelle que cette succession d’occupations, de pillages et de violences illustre la position vulnérable de Fontaine‑l’Évêque, située au croisement de forces rivales et constamment exposée aux conflits qui ravageaient les Pays‑Bas espagnols[15].
Selon les récits transmis par Joseph Parée, l’histoire religieuse de Fontaine‑l’Évêque s’enrichit au XVIIesiècle avec l’arrivée de nouvelles communautés. En 1629, des religieuses établies à Philippeville sollicitèrent l’autorisation de fonder un couvent de Récollectines; le baron de Fontaine, Gabriel de Herzelles, leur accorda cette permission[17]. Installé au coin de la place, l’établissement prospéra rapidement. Les sœurs y dispensaient un enseignement destiné aux jeunes filles de la noblesse locale, et la communauté comptait trente‑deux religieuses, dont une supérieure et une sous‑supérieure. Joseph Parée souligne que ce couvent devint l’un des pôles spirituels et éducatifs les plus actifs de la cité[18]. En 1649, le père Fortemps adressa une supplique indiquant que les deux religieux attachés aux sœurs hospitalières ne suffisaient plus à entendre toutes les confessions, même avec l’aide des curés de la ville. La même année, six pères récollets s’installèrent à Fontaine‑l’Évêque et, en 1653, fondèrent un couvent à l’emplacement correspondant aujourd’hui au parc communal[18]. L’établissement comprenait une église de belle facture, un collège pour les humanités et un vaste jardin. Albert de Rodoan, seigneur de Fontaine, avait fourni la majeure partie du terrain nécessaire. Joseph Parée rappelle que ces fondations religieuses contribuèrent à structurer la vie spirituelle et éducative de la cité, tout en renforçant son prestige régional[18].
Les décennies suivantes furent marquées par de nouvelles tensions politiques. En 1652, deux compagnies françaises furent hébergées à Fontaine, la ville étant tenue de leur fournir du fourrage. Parallèlement, les querelles entre le Hainaut et Liège au sujet de l’appartenance de Fontaine‑l’Évêque persistaient. En 1681, certains habitants ayant sollicité le Conseil de Mons, les magistrats de Fontaine se plaignirent au Conseil privé du prince‑évêque, qui ordonna « d’agir criminellement contre les mutins »[18]. Joseph Parée souligne que ces conflits témoignent de la fragilité du statut particulier de la cité, constamment disputée entre deux autorités rivales. En 1693, après la bataille de Neerwinden, le maréchal de Luxembourg assiégea Charleroi[18]. L’aile gauche de l’armée française s’installa à Fontaine‑l’Évêque, où la ville fut pillée et les couvents des Récollets et des Récollectines entièrement dévastés. Les troupes françaises occupèrent la garnison jusqu’en 1697, date à laquelle la paix de Ryswick restitua à l’Espagne plusieurs villes, dont Binche et Fontaine[18]. Lors de leur départ, les soldats pillèrent encore davantage, s’emparant des provisions et du fourrage des habitants. En 1698, la cité connut une disette sévère, suivie en 1709 d’une nouvelle famine qui plongea la population dans une misère extrême. Les curés des deux paroisses et le mambour des pauvres durent emprunter de l’argent sur les biens destinés à l’assistance afin d’acheter du grain pour secourir les nécessiteux. Joseph Parée insiste sur la profondeur de cette crise, qui marqua durablement la mémoire locale[18]. En 1736, le seigneur imposa aux habitants, sous forme de corvée, la démolition d’une partie des remparts. Ceux qui refusèrent de s’y soumettre furent condamnés à payer une lourde amende. Cet épisode, que Joseph Parée interprète comme un signe de l’affaiblissement progressif des structures défensives médiévales, illustre également la persistance des obligations seigneuriales dans une société en pleine transformation[18].
Selon les récits historiques repris par Joseph Parée, les querelles qui avaient longtemps opposé le Hainaut et la principauté de Liège au sujet de Fontaine‑l’Évêque ne cessèrent pas avec l’arrivée de la domination autrichienne dans les Pays‑Bas. La cité demeura un enjeu territorial disputé jusqu’en 1757, année où le gouvernement des Pays‑Bas, agissant au nom de l’impératrice Marie‑Thérèse d’Autriche, prit officiellement possession de Fontaine‑l’Évêque et la rattacha définitivement au Hainaut[19]. Malgré les protestations des Liégeois, l’impératrice confirma sa décision et fit même instaurer des droits d’entrée et de sortie, affirmant ainsi l’intégration administrative de la ville dans la province hainuyère[19]. Joseph Parée souligne que cet acte mit fin à plusieurs siècles d’ambiguïté juridique et de rivalités politiques. L’évolution institutionnelle de la cité s’accompagna d’une transformation de ses bâtiments publics[19]. L’ancienne maison communale, dont le beffroi s’était effondré en 1712, avait été progressivement abandonnée. En 1751, on inaugura un nouvel hôtel de ville, connu sous le nom de Palais de Justice, qui devint le siège de l’administration locale. Joseph Parée rappelle que cet édifice symbolisait la modernisation des structures communales et l’affirmation d’un pouvoir urbain désormais stabilisé après des siècles de contestations territoriales[19].
Selon les récits historiques repris par Joseph Parée, Fontaine‑l’Évêque demeura, au XVIIIesiècle, un territoire marqué par les querelles anciennes entre le Hainaut et la principauté de Liège. La domination autrichienne, installée dans les Pays‑Bas après la guerre de Succession d’Autriche, ne mit pas immédiatement fin à ces tensions[20]. Ce n’est qu’en 1757, lorsque le gouvernement des Pays‑Bas, agissant au nom de l’impératrice Marie‑Thérèse, prit officiellement possession de la ville, que Fontaine‑l’Évêque fut définitivement rattachée au Hainaut[20]. Malgré les protestations des Liégeois, l’impératrice confirma sa décision et fit instaurer des droits d’entrée et de sortie, affirmant ainsi l’intégration administrative de la cité dans la province hainuyère. Joseph Parée souligne que cet acte mit un terme à plusieurs siècles d’ambiguïté territoriale. La ville dut également faire face à des crises économiques et sociales. En 1768, une nouvelle disette frappa Fontaine‑l’Évêque[20]. Pour lutter contre la famine, une halle aux grains fut aménagée au rez‑de‑chaussée du nouvel hôtel de ville, inauguré en 1751 après l’abandon de l’ancienne maison communale dont le beffroi s’était effondré en 1712. Les traces intérieures de cette halle subsistent encore. Le Conseil des Finances prit des mesures pour assurer l’acheminement du grain vers Fontaine, signe de l’importance de la cité dans l’organisation régionale de l’approvisionnement[20].
En 1782, un incendie ravagea quatorze maisons dans le quartier de la Bouverie, entraînant la démolition de la porte du même nom. Cet événement, rapporté par Joseph Parée, illustre la vulnérabilité persistante des quartiers populaires face aux sinistres urbains. La fin du XVIIIesiècle fut marquée par les bouleversements politiques qui touchèrent l’ensemble des Pays‑Bas autrichiens[20]. Du au , la Belgique connut une première période d’indépendance à la suite du mouvement révolutionnaire brabançon, qui proclama la déchéance de l’empereur Joseph II[20]. Fontaine‑l’Évêque participa à ce soulèvement: la ville envoya des patriotes soutenir la révolution et logea des troupes belges. L’échec du mouvement en 1790 entraîna le retour des armées autrichiennes, qui occupèrent de nouveau la cité. Joseph Parée souligne que cette brève expérience d’indépendance, bien que rapidement réprimée, marqua profondément la conscience politique locale et préfigura les transformations à venir à la veille de la période française[20].
Selon les récits historiques repris par Joseph Parée, l’année 1792 marque une nouvelle phase de bouleversements pour Fontaine‑l’Évêque. Après la victoire française à Jemappes, la République envahit le Hainaut, et la cité se trouva prise dans les opérations de la campagne de Sambre‑et‑Meuse. Fontaine fut tour à tour occupée par les Autrichiens, installés à Forchies, puis reprise par les Français, positionnés sur le plateau de l’Espinette, dominant Leernes et Landelies[20]. C’est depuis ce promontoire que les troupes françaises, sous les ordres des généraux Pichegru et Charbonnier, partirent incendier les abbayes d’Aulne et de Lobbes, deux centres religieux majeurs dont la destruction marqua profondément le paysage spirituel de la région[20]. Joseph Parée souligne que ces événements illustrent la radicalité de la période révolutionnaire et l’ampleur des transformations imposées aux institutions religieuses. En 1794, les opérations militaires se poursuivirent[21]. Les troupes austro‑hollandaises repoussèrent l’armée française de Marceau au‑delà de la Sambre et prirent Fontaine‑l’Évêque, avant de perdre la ville puis de la reprendre brièvement sous le commandement du prince d’Orange[21]. Finalement, la cité resta définitivement aux mains des Républicains. À cette occasion, l’arbre de la liberté fut planté à Fontaine le 3 thermidor an II (), au son des cloches et des instruments de musique, et illuminé le soir même. Joseph Parée rappelle que ce geste symbolique inscrivait la ville dans le mouvement politique de la Révolution française[21].
L’administration révolutionnaire entraîna également des réorganisations judiciaires. En 1795, Thuin fut désignée siège d’un tribunal correctionnel, mais faute de locaux suffisants, celui‑ci fut installé à Fontaine‑l’Évêque jusqu’en 1797. Entre 1794 et 1796, le couvent des Récollets, déjà occupé par les troupes hollandaises, servit de caserne pour la cavalerie française. La suppression des deux couvents fut décidée en 1795, et les derniers religieux quittèrent l’édifice le [22]. Joseph Parée souligne que cette disparition des institutions religieuses locales constitue l’un des effets les plus durables de la période révolutionnaire. Fontaine‑l’Évêque subit durement l’occupation française[22]. Le domaine du château fut ravagé, les églises transformées en écuries, les archives communales et paroissiales détruites par le feu, et les objets du culte emportés. Une grande misère s’installa dans la ville, persistant pendant une année entière. Pour secourir les habitants, on dut emprunter et engager les bois communaux afin d’acheter du seigle, ensuite distribué aux plus démunis. Joseph Parée insiste sur la profondeur de cette crise, qui marqua durablement la mémoire locale et illustre la violence des transformations imposées par la Révolution dans les régions frontalières[22].
À la fin du XVIIIesiècle, le Hainaut fut intégré à la République française sous l’appellation de département de Jemappes, une organisation administrative dont la configuration correspondait globalement à celle du Hainaut contemporain. Selon Joseph Parée, cette période vit la municipalité de Fontaine-l’Évêque accorder en novembre 1795 au comte Charles de Rodoan et à son épouse Marie de Mérode l’autorisation d’exploiter leurs bois, mesure destinée à leur permettre de s’acquitter des impositions et de restaurer un château gravement endommagé par les opérations militaires françaises[23]. L’auteur souligne que cette décision illustre la situation délicate des anciennes familles seigneuriales confrontées aux bouleversements politiques et matériels de l’époque. Au début du XIXesiècle, Fontaine-l’Évêque connut un retour progressif à la tranquillité après les années de guerre révolutionnaire[23]. Le , les autorités locales publièrent solennellement le concordat conclu entre le Saint-Siège et le gouvernement français, événement célébré par des manifestations publiques, le son des cloches et des salves de mousqueterie, avant qu’un Te Deum ne soit chanté dans l’église Saint-Vaast. Joseph Parée rappelle que cette cérémonie témoigne de l’importance accordée par la population à la restauration d’un cadre religieux stable après une décennie de tensions[23].
La municipalité marqua également les grandes étapes du régime impérial. En décembre 1807, elle attribua une dot de deux cents francs à une jeune habitante, à condition qu’elle épouse un militaire ayant servi dans les campagnes napoléoniennes. En mars 1811, à l’occasion de la naissance du roi de Rome, le conseil décida de financer l’éducation d’un enfant né le même jour dans la ville ou, à défaut, dans le département de Jemappes[23]. Ces gestes, que Joseph Parée interprète comme des signes d’adhésion civique, s’inscrivaient dans la volonté locale de manifester son attachement à l’Empire. Napoléon porta une attention particulière à l’aménagement du territoire, et Fontaine-l’Évêque bénéficia de la construction de la route reliant Charleroi à Binche, inaugurée en décembre 1810[23]. Le préfet du département, le baron de Fréville, rappela alors que l’Empereur avait ordonné l’ouverture de cette voie en 1807, dans un contexte où ses victoires militaires lui assuraient un prestige considérable. La cérémonie, marquée par des acclamations répétées en l’honneur de Napoléon, réunit les principales autorités locales, dont le sous-préfet de Charleroi, le maire A. Maghe et le doyen des commerçants J.-M. Renaux[24]. Après la désastreuse campagne de Russie, Fontaine-l’Évêque chercha à témoigner de sa fidélité au régime impérial en adressant en janvier 1813 une déclaration à Napoléon, accompagnée de l’offre de deux cavaliers équipés aux frais de la commune. L’année suivante, la situation militaire entraîna des charges considérables pour le logement des troupes. Après Waterloo, la ville dut héberger un contingent prussien particulièrement important, composé de 911 officiers et de près de 58 000 sous-officiers et soldats. Une kommandantur fut installée à l’hôtel de ville, devenu plus tard le palais de justice place de la Wallonie[25].
La chute de Napoléon entraîna la perte des territoires belges par la France. Les traités de Paris (1814) et de Vienne (1815) rattachèrent la région au royaume des Pays-Bas. Le , la proclamation du roi Guillaume fut lue à Fontaine-l’Évêque en présence d’un détachement de hussards britanniques, et accueillie par des acclamations en faveur du nouveau souverain. Toutefois, comme le note Joseph Parée, cette intégration eut des conséquences économiques sévères pour l’industrie cloutière locale[25]. Dès 1814, les produits de Fontaine-l’Évêque furent interdits en France, qui constituait leur principal débouché. Le travail se raréfia, et plusieurs fabricants émigrèrent vers le nord de la France avec leurs ouvriers. Face à cette crise, le Conseil de Régence adressa en 1819 une requête au gouvernement, exposant les raisons du déclin de l’industrie cloutière et la fuite des capitaux et des travailleurs[25]. Pour remédier à cette situation, il proposa l’ouverture d’une chaussée reliant Fontaine à Gosselies via Forchies et Courcelles, afin de faciliter l’acheminement des produits vers les régions septentrionales du royaume. Cette initiative, rapportée par Joseph Parée, témoigne des efforts entrepris par les autorités locales pour adapter l’économie de la ville aux nouvelles réalités politiques et commerciales du début du XIXesiècle[25].
Sous l’administration française instaurée après l’annexion du Hainaut, l’organisation municipale de Fontaine-l’Évêque se caractérisait par la présence d’un maire, de cinq municipaux et d’un conseil, puis, dans une phase ultérieure, d’un maire assisté de deux adjoints et d’un conseil municipal. Lorsque le régime hollandais fut établi, une réforme administrative intervenue en 1817 institua un bourgmestre, deux échevins et un conseil de Régence, destiné à évoluer vers le conseil communal moderne[25]. L’arrêté du , qui répartissait le Hainaut en six districts, plaça Fontaine-l’Évêque dans celui de Charleroi, en lui attribuant le rang de chef-lieu de canton. Joseph Parée souligne que cette promotion administrative témoigne de l’importance croissante de la localité dans l’organisation territoriale du royaume des Pays-Bas[25]. Un événement marquant survint le , lorsque l’hôtel de ville fut détruit par un incendie, entraînant la disparition de la quasi-totalité des archives anciennes. Le registre le plus ancien conservé aujourd’hui couvre la période allant de 1800 à 1819, ce qui constitue une source essentielle pour la connaissance de la vie municipale sous les régimes français et hollandais. Cette perte documentaire, rappelle Joseph Parée, a profondément limité la possibilité de retracer avec précision les décisions administratives antérieures[25].
Dans le domaine des innovations techniques, Fontaine-l’Évêque se distingua par une initiative précoce. Le , le roi Guillaume 1er autorisa Pierre Camille Montigny, natif de la ville en 1793, à installer dans sa fabrique d’armes un dispositif destiné à produire du gaz pour l’éclairage public et privé[25]. Cette autorisation s’inscrivait dans un contexte où l’éclairage au gaz, encore rare en Europe, commençait à se diffuser: Bruxelles avait accordé ses premières concessions en 1810, Londres avait expérimenté ce procédé en 1815, Paris l’avait adopté en 1824, tandis que Berlin et Vienne ne s’y étaient converties qu’en 1828-1829[25]. Fontaine-l’Évêque devint ainsi, selon Joseph Parée, la deuxième ville de Belgique et l’une des premières au monde à bénéficier de ce mode d’éclairage. L’usine à gaz était installée dans une maison située à l’angle de la Grand-Rue et de la rue du Marché, emplacement correspondant aujourd’hui à la Maison Lecoq, et elle fonctionna durant de nombreuses années[25].
Au cours de l’année 1828, plusieurs tours du château furent démolies, dont le donjon. À la même époque, la duchesse de Brancas, comtesse de Rodoan et châtelaine de Fontaine, offrit l’hospitalité à Louis-Antoine Fauvelet de Bourrienne, ancien secrétaire et compagnon d’études de Napoléon Bonaparte. Celui-ci séjourna dans une tour encore visible aujourd’hui et y rédigea ses Mémoires consacrés à Napoléon, au Directoire, au Consulat, à l’Empire et à la Restauration[25]. Dans l’avertissement placé en tête de l’ouvrage, il évoque les jardins du château comme un lieu propice à la réflexion sur une existence marquée par les tumultes politiques, et il date ce texte du , au château de Fontaine-l’Évêque, alors situé dans le royaume des Pays-Bas. Joseph Parée insiste sur l’importance de cet épisode, qui confère à la ville une place singulière dans l’histoire littéraire liée à la période napoléonienne[25].
En 1830, lorsque les provinces belges se soulevèrent contre la domination du royaume des Pays-Bas, Fontaine-l’Évêque participa activement au mouvement national. Le , les couleurs brabançonnes furent hissées au sommet des deux églises de la ville, signe visible de l’adhésion de la population aux aspirations révolutionnaires[26]. Quelques jours plus tard, le 24 septembre, les habitants se réunirent sur la place communale, devant l’hôtel de ville, pour manifester leur soutien à l’insurrection. François Bélière, brigadier des gardes de la duchesse de Brancas, lança alors un appel aux volontaires afin de défendre Bruxelles et la Belgique[26]. Selon Joseph Parée, vingt-huit personnes se portèrent immédiatement candidates, bien que nombre d’entre elles fussent dépourvues d’armes et de moyens financiers. Pour pallier cette situation, un appel à la générosité publique fut organisé sur place. En l’espace d’une demi-heure, la population rassembla quatre cents francs, somme considérable pour une commune de cette importance[26]. Une partie de ces fonds fut distribuée aux volontaires qui se préparaient à rejoindre Bruxelles, tandis que le reste servit à l’achat d’armes destinées à équiper les défenseurs locaux. Joseph Parée souligne que cet épisode illustre la mobilisation rapide et déterminée des Fontainois, dont l’engagement témoigne de la vigueur du sentiment national dans les localités du Hainaut au moment de la Révolution belge[26].
Les volontaires de Fontaine-l’Évêque ne parvinrent à Bruxelles que le 26 septembre, vers quatre heures de l’après-midi. À leur arrivée, ils se présentèrent à l’hôtel de ville, où les autorités les dirigèrent vers la prison des Petits Carmes, dont ils reçurent la garde. Quelques-uns se rendirent néanmoins sur la place Royale afin de participer aux derniers affrontements de cette journée décisive pour l’insurrection belge[27]. Joseph Parée souligne que cette présence, bien que tardive, témoigne de la volonté des Fontainois de s’associer aux événements qui scellaient la rupture avec le pouvoir hollandais[27]. Le même jour, les volontaires de Fontaine-l’Évêque rejoignirent ceux de Binche, Gosselies et Couvin pour attaquer les troupes ennemies à Vilvorde. Ils poursuivirent ensuite leur progression jusqu’à Sempt et Eppeghem, prirent part à plusieurs engagements à Walhem et à Lierre, et ne s’arrêtèrent qu’aux abords d’Anvers[27]. Ils furent témoins du bombardement de la ville par le général Chassé, épisode particulièrement marquant de la campagne. Ce n’est qu’après l’armistice du 4 novembre qu’ils regagnèrent leur commune. Joseph Parée rappelle que cette participation active aux opérations militaires illustre l’importance du contingent fontainois dans les combats de l’automne 1830[27].
Deux ans plus tard, le , le bourgmestre Ghislain Bouly se rendit à Bruxelles accompagné de deux anciens volontaires, François Fauconnier et Remy Rose, afin de recevoir des mains du roi un drapeau d’honneur. Celui-ci portait en lettres d’or la dédicace: «À la commune de Fontaine-l’Évêque, la patrie reconnaissante». Ce geste symbolique, selon Joseph Parée, consacrait officiellement le rôle joué par la commune dans la lutte pour l’indépendance[27]. Le 30 septembre, la ville organisa de vastes festivités pour accueillir la délégation de retour de Bruxelles. Un cortège composé de l’administration communale, des volontaires et de la garde civique se forma à la Barrière pour accompagner le drapeau d’honneur[27]. Le groupe se rendit ensuite à l’église Saint-Christophe, avant de parcourir les rues de Binche, le rempart, la rue de la Bouverie et la Grand-Rue jusqu’à la place communale. Là, les volontaires déposèrent le drapeau dans les bâtiments municipaux, où un grand bal fut organisé en soirée. Depuis lors, ce drapeau d’honneur est conservé et exposé à l’hôtel de ville, où il demeure un témoignage matériel de l’engagement des Fontainois durant la Révolution belge[27]’[Note 2].
Vue prise depuis un terril en 2007.
Après les événements de 1830 et l’établissement du nouvel État belge, Fontaine-l’Évêque entra dans une période de stabilité politique qui favorisa un essor économique notable. Alors que les communes voisines Leernes, Landelies, Souvret, Monceau et Marchienne-au-Pont ne dépassaient pas chacune le millier d’habitants en 1831, Fontaine-l’Évêque comptait déjà 2 847 résidents[28]. Sa superficie, fixée à 1 144 hectares, demeura inchangée, mais la population augmenta régulièrement au cours des décennies suivantes[28]. Joseph Parée souligne que cette croissance démographique témoigne de l’attractivité de la ville, stimulée par une activité industrielle en pleine transformation[28]. L’industrie cloutière, traditionnellement implantée dans la région, connut en effet un développement important grâce à l’introduction en Belgique de machines capables de fabriquer les « pointes de Paris » ainsi que des clous de petite dimension[28]. Cette mécanisation, encore récente à l’époque, permit aux ateliers de Fontaine-l’Évêque d’accroître leur production et de répondre à une demande croissante, tant nationale qu’internationale. Selon Joseph Parée, cette innovation technique joua un rôle déterminant dans la prospérité locale, en consolidant une activité qui constituait déjà l’un des piliers économiques de la commune[28]. En 1852, s’éteignit Louis, duc de Brancas, dernier seigneur de Fontaine-l’Évêque, grand d’Espagne et pair de France. Sa mort mit un terme à une lignée seigneuriale dont la présence, selon Joseph Parée, avait marqué près de sept siècles d’histoire locale[29]. Le château, symbole matériel de cette continuité féodale, fut alors vendu, scellant la disparition définitive d’une famille qui avait exercé une influence durable sur l’évolution politique, sociale et économique de la ville[29]. Cette transition, qui s’inscrit dans le contexte plus large des transformations du XIXesiècle, marque pour Fontaine-l’Évêque la fin d’un ordre ancien et l’entrée dans une époque où les structures communales et industrielles prirent le pas sur les héritages seigneuriaux[29].
Au milieu du XIXesiècle, Fontaine-l’Évêque poursuivit son développement grâce à plusieurs améliorations de son réseau de communications. En 1843, la route reliant Anderlues à Courcelles fut presque entièrement achevée, concrétisant une demande formulée dès 1819 par les autorités locales afin de faciliter l’acheminement des productions industrielles vers les centres de consommation et les axes commerciaux du pays. Joseph Parée souligne que cette infrastructure, longtemps attendue, joua un rôle essentiel dans la modernisation des échanges et dans la consolidation de l’industrie cloutière[30]. En 1855, la commune améliora encore ses liaisons en direction de Piéton grâce à la construction d’un chemin empierré, qui remplaça les nombreux sentiers traversant les champs. Cette transformation permit une circulation plus régulière et plus sûre, contribuant à l’intégration progressive de Fontaine-l’Évêque dans un réseau routier régional cohérent[30]. La seconde moitié du XIXesiècle fut également marquée par plusieurs catastrophes minières. Le , un coup de grisou survenu dans le puits no1 provoqua la mort de quatorze mineurs[31]. Un an plus tard, le , un dégagement brutal de gaz au bouveau sud, à 497 mètres du siège no2, fit cinq nouvelles victimes. À la suite de cet accident, le charbonnage fut classé en troisième catégorie des mines à grisou, ce qui impliquait des mesures de sécurité renforcées[31]. Joseph Parée rappelle que ces drames illustrent les conditions de travail particulièrement dangereuses auxquelles étaient confrontés les ouvriers du bassin charbonnier. Le sondage de la Hougaerde, situé à Leernes, ne fut décidé qu’en 1906, et le siège no3 fut installé le , marquant une nouvelle étape dans l’exploitation minière du territoire[31]. Ces initiatives témoignent de la volonté de poursuivre l’extraction malgré les risques, dans un contexte où le charbon demeurait une ressource stratégique pour l’économie régionale[31]. En parallèle, la commune entreprit en 1898 les démarches nécessaires à la création d’un chemin de fer vicinal reliant Anderlues à Trazegnies via Fontaine-l’Évêque. Ce projet, destiné à améliorer les déplacements des habitants et le transport des marchandises, fut mené à bien et la ligne entra en service en 1907. Selon Joseph Parée, cette réalisation s’inscrit dans le vaste mouvement d’extension des réseaux vicinaux qui transforma profondément la mobilité en Belgique à la fin du XIXesiècle[32].
Au cours des premiers jours de la campagne d’août 1914, la région de Leernes et de Fontaine-l’Évêque fut traversée par divers éléments de l’armée française engagés dans les opérations de couverture précédant la bataille de Charleroi. Durant la journée du 21 août, des détachements de cyclistes français, reconnaissables à leur tenue poussiéreuse et à la rapidité de leurs déplacements, parcoururent les rues de Leernes, signe des mouvements incessants qui caractérisaient alors la phase initiale du conflit[33]. Selon Joseph Parée, ces passages témoignaient de l’état d’alerte dans lequel se trouvait l’ensemble du dispositif allié, contraint d’adapter ses positions à l’avancée allemande[33]. Le 28e régiment d’infanterie, engagé dans la même dynamique stratégique, quitta Ham‑sur‑Heure au matin pour rejoindre Leernes dans la soirée du 21 août. Il traversa ensuite la localité afin d’établir son cantonnement nocturne à Fontaine‑l’Évêque, où les troupes purent bénéficier d’un bref répit[33]. Une partie du régiment reprit la marche dès quatre heures du matin le lendemain, tandis qu’une arrière‑garde demeurait à la limite des deux communes pour assurer la protection du mouvement général. Cette présence, souligne encore Joseph Parée, illustre l’importance tactique de ce secteur, situé sur l’un des axes permettant d’observer et de contrôler les approches de Charleroi[33]. Sur le plateau de la Plagne, position naturellement dégagée et dominant la route menant à Charleroi, une batterie de campagne française établit un point d’appui. Pour aménager son emplacement et garantir un champ de tir optimal, elle fit abattre plusieurs pommiers, geste révélateur de l’urgence militaire et de la nécessité d’adapter le terrain aux exigences de l’artillerie. Dans la perspective historique développée par Joseph Parée, cet épisode s’inscrit dans la série de préparatifs improvisés qui marquèrent les heures précédant l’affrontement majeur de la Sambre[33].
Dans la matinée du , la région comprise entre Monceau‑sur‑Sambre, Trazegnies, Leernes et Fontaine‑l’Évêque fut brusquement plongée dans l’atmosphère dramatique des premiers combats de la bataille de Charleroi. Dès neuf heures, un incendie allumé par les troupes allemandes ravageait les habitations situées le long de la route menant à Trazegnies, phénomène qui, selon Joseph Parée, marqua profondément les témoins de cette journée[34]. Une heure plus tard, les habitants perçurent distinctement le grondement des canons et le claquement des mitrailleuses provenant de Monceau, ce qui provoqua une agitation croissante sur l’axe reliant Charleroi à Mons, où des groupes de civils, inquiets et désorientés, échangeaient des rumeurs et tentaient d’obtenir des nouvelles fiables[34]. À proximité du lieu‑dit Paradis, sur le chemin séparant Fontaine‑l’Évêque de Leernes, une quarantaine de soldats français avaient pris position dans un fossé, formant une ligne de tir protégée[34]. Le reste du bataillon s’était déployé sur un front s’étendant depuis l’emplacement actuel du cimetière de Leernes jusqu’à la ferme de l’Épinette, face à Monceau‑sur‑Sambre, dans l’attente de l’arrivée des forces allemandes. Cette disposition, rappelle Joseph Parée, illustre la volonté française de tenir un secteur dont la topographie offrait un contrôle visuel appréciable sur les approches ennemies[34].
L’apparition de deux uhlans à la lisière du bois de Hameau, à environ 1 500 mètres, confirma la proximité des troupes adverses. L’un des cavaliers fut rapidement mis hors de combat, tandis que l’autre se replia vers le couvert forestier. Les soldats français entreprirent alors de modifier leur ligne de défense, mais l’évolution du front fut trop rapide pour leur permettre de consolider une nouvelle position[34]. Des unités allemandes surgirent simultanément de Goutroux et du bois de Hameau : il s’agissait du 15e régiment d’infanterie de réserve, dont l’effectif considérable dépassait largement celui des défenseurs français. La résistance française, bien que déterminée, se heurta à une disproportion manifeste des forces[34]. Environ trois cents fusils tentaient de contenir plusieurs milliers de soldats allemands appuyés par des mitrailleuses et une artillerie installée sur le plateau de Goutroux. Malgré cette infériorité numérique et matérielle, les fantassins français firent preuve d’une ténacité remarquable et ne cédèrent qu’après avoir été débordés par la droite[34]. Le combat, particulièrement intense, se prolongea de dix heures du matin jusqu’à deux heures de l’après‑midi. Les habitants du hameau des Gaulx, dont les maisons dominaient la zone, purent suivre les affrontements depuis leurs greniers, observant les mouvements des troupes et les échanges de feu avec une clarté qui, note Joseph Parée, témoigne de la violence et de la proximité du front en ces heures décisives[34].
À la suite des combats qui touchèrent Fontaine‑l’Évêque en , les officiers et soldats français tombés sur le territoire communal furent d’abord ensevelis dans le cimetière local. Cette première inhumation ne fut toutefois que provisoire : en 1917, leurs dépouilles furent transférées au cimetière de Collarmont, dans le cadre d’une réorganisation des sépultures militaires opérée sous l’occupation[35]. Joseph Parée souligne que ce déplacement, imposé par les autorités allemandes, s’inscrit dans une politique plus large de contrôle des lieux de mémoire. Alors que la bataille de Leernes se déroulait avec une intensité croissante, un autre affrontement ensanglantait simultanément la plaine d’Anderlues[35]. Près du puits no2 des charbonnages de Fontaine‑l’Évêque, quatre soldats français grièvement blessés avaient été laissés sur place, témoignant de la dispersion des combats et de l’extension du front dans cette zone industrielle. Ce détail, rapporté par Joseph Parée, illustre la proximité entre les infrastructures minières et les opérations militaires durant les premières semaines du conflit[35].
L’occupation allemande s’organisa rapidement sur le territoire communal. Une Kommandatur fut installée place du Préau, d’où émanaient les ordres destinés à encadrer la population. Le , le Collège échevinal dut désigner deux otages afin de garantir que les miliciens des classes 1914 et 1915 ne quitteraient pas la ville, mesure typique des pratiques coercitives de l’armée impériale[36]. Quelques semaines plus tard, le , un comité communal de secours fut constitué pour venir en aide aux familles les plus touchées par les réquisitions et la désorganisation économique. Les usines de la Fontainoises et de l’Espérance furent occupées durant une longue période par des troupes allemandes de passage, ce qui paralysa une partie de l’activité industrielle[36]. Le château de Fontaine‑l’Évêque demeura lui aussi sous contrôle allemand jusqu’en 1918, situation qui, selon Joseph Parée, reflète la volonté de l’occupant de s’approprier les bâtiments stratégiques ou symboliques[36]. Lorsque l’Armistice fut signé en novembre 1918, les premières troupes alliées à traverser Fontaine‑l’Évêque furent britanniques : Anglais, Canadiens, Hindous et Australiens défilèrent dans les rues sans y établir de cantonnement, marquant la fin de quatre années d’occupation. Le retour des déportés, peu après, bouleversa profondément la population locale[37]. Beaucoup étaient méconnaissables : la consommation presque exclusive de rutabagas, imposée par les conditions de détention et de travail, avait altéré leurs traits au point de les rendre difficilement reconnaissables. Ce phénomène, décrit par Joseph Parée, demeure l’un des souvenirs les plus marquants de la sortie de guerre dans la commune[37].
Au déclenchement du conflit européen, le , l’invasion de la Pologne par les forces hitlériennes entraîna la mobilisation générale en Belgique. À Fontaine‑l’Évêque, de nombreux habitants furent appelés sous les drapeaux, dans un climat encore marqué par l’illusion d’une protection stratégique assurée par le canal Albert et la ligne Maginot[38]. Cette confiance s’effondra le lorsque l’aviation allemande, active toute la nuit, annonça l’offensive générale. Les troupes belges durent se replier face à une armée nettement supérieure, tandis que la population découvrait la guerre à travers les premiers bombardements[38]. Un appareil allemand, poursuivi par des chasseurs français, largua cinq bombes sur la ville: l’une blessa une habitante près du château Marcq, une autre détruisit des logements de la Cité Chavée, les autres tombèrent dans les prés de Beaulieusart[37]. Quelques jours plus tard, un nouvel affrontement aérien causa la mort de trois Fontainois. Comme le rappelle Joseph Parée, ces épisodes inaugurèrent une période de désorganisation et de panique, accentuée par le passage incessant de troupes françaises et l’exode massif des populations de l’est du pays[38].
La radio belge ordonna rapidement aux hommes de moins de trente‑cinq ans de rejoindre Ypres puis la France, ce qui contribua à l’évacuation générale de la commune. Tandis que les habitants prenaient la route de l’exil, Fontaine‑l’Évêque fut infiltrée par des agents allemands chargés de surveiller les mouvements civils[39]. Certains habitants refusèrent de rejoindre les zones contrôlées et se dissimulèrent dans la région, devenant des réfractaires privés de ravitaillement officiel. Parallèlement, plusieurs noyaux de résistance se constituèrent clandestinement[40]. Sous diverses appellations, ils organisèrent l’aide aux réfractaires et aux prisonniers évadés, menèrent des sabotages, éliminèrent des collaborateurs, hébergèrent des aviateurs alliés, collectèrent des renseignements destinés à Londres et fabriquèrent de faux papiers. Les principaux responsables identifiés par Joseph Parée furent Sylvain Dewilde et Marc Huart pour le Front de l’Indépendance, Arille Derwiduée pour le Mouvement National Belge, Robert Lecocq pour le Groupe G, et Parée lui‑même pour le Service Secret Socrate. Environ deux cents résistants étaient actifs dans la commune[40].
En août 1942, l’administration allemande imposa une vaste réorganisation territoriale en créant le Grand‑Charleroi, structure destinée à centraliser le contrôle des communes de l’arrondissement. Fontaine‑l’Évêque fut intégrée à cet ensemble dirigé par un collège rexiste fidèle à l’occupant, ce qui entraîna la suspension du bourgmestre et du conseil communal. La commune perdit ainsi son autonomie, et la gestion quotidienne passa entre les mains de collaborateurs, situation que Joseph Parée décrit comme une période d’immobilisme administratif[41]. Aucun projet notable ne fut entrepris; les bâtiments publics et la voirie ne reçurent qu’un entretien minimal, tandis que le personnel communal demeurait rémunéré selon les barèmes de 1940, malgré l’augmentation générale du coût de la vie. Dans le même temps, l’effort de guerre allemand exigea une main‑d’œuvre croissante[41]. Le régime d'Adolf Hitler instaura le travail obligatoire, convoquant successivement ouvriers, employés et étudiants dans les locaux de la Werbestelle à Charleroi. De là, les requis recevaient un ordre de départ pour les usines du Reich[42]. Comme le rapporte Joseph Parée, plusieurs habitants de Fontaine‑l’Évêque refusèrent de se soumettre à cette contrainte: certains ne se présentèrent jamais, d’autres profitèrent d’un congé pour disparaître et se cacher dans la région. Ces réfractaires vécurent en marge des circuits officiels, privés de timbres de ravitaillement et dépendant de réseaux clandestins pour subsister[40].
Face à l’essor de ces actions, les autorités allemandes instaurèrent des représailles, notamment en plaçant des otages belges dans les convois ferroviaires menacés par les sabotages. Plusieurs habitants furent arrêtés comme prisonniers politiques; certains furent libérés après un temps de détention, tandis que d’autres, parmi lesquels l’abbé Piérard, Désiré Bonteurs, Marcel Devaux et son épouse, Henri Bousingault, Jean Mabille ou Fernand Delcourt, périrent en captivité[40]. La population apprit également la mort de l’abbé F. Deflandre, d’Arthur Brogniez et de Fernand Lequime dans les camps de prisonniers de guerre. Le , les rexistes enlevèrent Charles Brogniez, commissaire de police, retrouvé assassiné le lendemain parmi les victimes de la tuerie de Courcelles[40]. Quelques semaines plus tard, la libération se manifesta par la retraite désordonnée des troupes allemandes sur la route de Mons à Charleroi. Le 4 septembre, les premiers soldats américains furent accueillis par une foule enthousiaste, dans une atmosphère que Joseph Parée décrit comme indescriptible[43]. Cependant, un détachement allemand isolé, dirigé par un jeune major, poursuivit la lutte en se retranchant sur le terril no2 du Roton. Découverts par la Résistance locale, ces soldats furent progressivement capturés, mais un échange de tirs opposa les résistants, exposés dans les prairies, aux Allemands dissimulés dans la végétation[44]. L’intervention d’un blindé américain permit finalement la reddition du groupe. Quinze résistants et un soldat américain furent tués lors de l’affrontement. Leurs noms, consignés par Joseph Parée, sont aujourd’hui associés à un monument commémoratif et à des croix de bois rappelant leur sacrifice[44].
Après le départ des troupes allemandes, Fontaine‑l’Évêque accueillit durant deux ans des unités américaines logées dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville ainsi que dans les usines Dercq et de la Fontainoise. Elles y assuraient la remise en état du matériel destiné aux opérations militaires encore en cours. Des relations cordiales se nouèrent entre les habitants et les soldats, et plusieurs mariages vinrent sceller cette proximité, phénomène que Joseph Parée signale comme marquant la période immédiate de l’après‑guerre[45]. La dissolution du Grand‑Charleroi, consécutive à la capitulation allemande, permit à chaque commune de recouvrer son autonomie et de réinstaller son conseil. Fontaine‑l’Évêque entreprit alors la remise en état de son territoire. Le parc communal, transformé en chantier durant l’occupation, fut dégagé, redessiné et replanté[45]. La voirie, fortement dégradée par le passage des convois militaires, fit l’objet d’un programme de réfection progressive qui redonna en quelques années une cohérence au réseau routier local[45]. Le , un incendie détruisit la salle des fêtes après un bal, ne laissant que les murs. Sa reconstruction, achevée en 1952, permit une modernisation de l’édifice, notamment par l’agrandissement de la buvette et la suppression des balcons latéraux. En [1954, la commune mobilisa des chômeurs pour assainir un ancien terrain d’épandage situé rue de la Station; une plaine de jeux y fut aménagée, accueillant chaque été plus de trois cents enfants[45]. En 1955, les bâtiments vétustes de l’école primaire pour filles de la rue P. Pastur furent remplacés par une construction moderne inaugurée en 1957 par le ministre de l’Instruction publique, Léo Collard, dont l’établissement prit le nom. Les cours ménagers et de coupe évoluèrent en atelier d’apprentissage, puis en école professionnelle en 1963, avant de devenir en 1964 l’Institut communal pour Jeunes Filles, comptant alors 175 élèves[46]. L’école primaire Léo‑Collard accueillait pour sa part 427 enfants. La même année, un monument fut érigé dans le parc communal en hommage aux combattants des deux guerres mondiales[47]. L’édifice, de dix mètres de côté, comporte quatre statues symbolisant le combattant, le prisonnier, le résistant et le déporté, autour d’une fontaine centrale. Son inauguration, le , se déroula en présence du général Gierts, représentant du Roi, de responsables nationaux d’anciens combattants et des autorités locales, suivie d’une remise de décorations aux résistants fontainois[47].
En 1955 furent également célébrées les naissances des géants locaux Pètit Paul, cloutier, et Rita, hiercheuse. La ville profita de ces festivités pour inaugurer la ligne d’autobus Charleroi‑Piéton. En 1957, le Syndicat d’Initiative procéda au baptême de deux nouveaux géants, Wauthier Ier, seigneur de Fontaine, et son épouse Béatrix, avec Albert Frère comme parrain et Madame F. Lambin comme marraine[47]. Un cortège folklorique rassembla alors les différentes corporations de la commune. En mai 1958, un pavillon pour pensionnés fut inauguré dans le parc communal, ainsi qu’une aubette pour voyageurs au Nouveau Philippe[47]. En 1960, la ville acquit un vaste bâtiment rue du Château pour y organiser des cours d’éducation physique; il fut modernisé en 1967 par l’ajout de douches. La même année, une statue de cuivre intitulée La Mère et l’Enfant, œuvre du sculpteur Ghyssels présentée à l’Exposition universelle de 1958, fut installée dans le parc, demeurant propriété du ministère de l’Éducation nationale et de la Culture[48]. Les 25 et , Fontaine‑l’Évêque célébra les Journées Louis Delattre à l’occasion du 90eanniversaire de l’écrivain. Une fontaine fut édifiée en son honneur sur la place Frère‑Orban, et une plaque commémorative apposée sur sa maison natale[49]. Des discours furent prononcés par le bourgmestre et par Marcel Thiry, de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises, tandis qu’une exposition de souvenirs était ouverte par la veuve de l’auteur[49]. Entre 1961 et 1962, l’éclairage public fut modernisé par l’installation de tubes au néon dans toutes les rues. En 1962, la commune acquit la propriété Marcq au Quartier Latin, transformée en Maison communale de la Jeunesse. En 1964, un château d’eau fut construit au pied de la Côte du Berger pour améliorer la distribution d’eau potable[49].
Les inondations récurrentes causées par la Babelonne, qui traverse le centre de la ville, furent résolues en 1965 par la voûte du cours d’eau dans le parc du Château et par la création d’un égout collectant les eaux de pluie des rues J. Despy et de la Bouverie. Cette intervention mit fin à un problème ancien, régulièrement évoqué par Joseph Parée dans ses travaux[44]. Enfin, la commune entreprit la restauration de son château du XIIIesiècle afin de le transformer en hôtel de ville et en musée, dont l’inauguration était prévue pour 1968[44]. Cette même année devait également marquer la célébration du XIecentenaire officiel de Fontaine‑l’Évêque, avec de nombreuses festivités, dont le jumelage avec la ville française de Lillers, dans le Pas‑de‑Calais[44]. Lors de la fusion des communes en 1977, Fontaine-l'Évêque, Forchies-la-Marche et Leernes se regroupent pour constituer une nouvelle entité. En 1982, une grève des travailleuses de Bekaert-Cockerill se déroule d'août à novembre.
Ni Forchies-la-Marche, ni Leernes ne possédant de blason avant la fusion des communes, la nouvelle entité fut autorisée en 1980 à faire usage des armoiries reconnues en 1898 à l’ancienne ville du même nom. La description en fut toutefois légèrement modifiée. Son origine est le sceau des échevins du lieu[50].
Blasonnement:D’or à l'aigle de sable lampassée et armée[51] de gueules, à une cotice de gueules brochant sur le tout[52].
L'église Saint-Vaast (XVIIIesiècle).Le château de Fontaine-l'Évêque, appelé château Bivort, héberge l'administration communale. Il appartient à la famille Hennin-Liénard jusqu'en 1596 et passe ensuite des Herzelle aux Rodoan. À la fin du XVIIIesiècle le domaine est finalement ruiné. Après de multiples ventes, en 1864, il est racheté par Clément Bivort de la Saudée et en 1946 par la commune de Fontaine[57].
L'église Saint-Christophe, construite en brique au XVIIIesiècle, a subi d'importantes restaurations et modifications de façade en 1872 par Eugène Carpentier, puis en 1954 par Simon Brigode. En raison de dégradations, elle a été fermée au culte, et les offices se tiennent désormais dans la chapelle du château[58]. L'église, classée, est en réfection avec le soutien de la Région wallonne.
La chapelle de la Briqueterie. Construite aux XVIIe – XVIIIesiècles est dédiée à Notre-Dame de Bonsecours[59].
La cité Chavée. Édifiée en 1930, cette structure a été conçue par l'architecte M. Duquenne et financée par plusieurs philanthropes, avec Paul Chavée comme principal donateur[60].
Le château Bastin, situé rue de la Bouverie, porte le nom du notaire Bastin. Construit en 1900, il est devenu, en 1970, le siège du tribunal de première instance[61].
L'église Saint-Vaast. Un édifice de style classique achevé en 1785 par l'architecte A. Charon, restauré en 1864 et 1933[62]. L'église a été désaffectée au culte en en raison de graves détériorations. La paroisse Saint-Vaast a été transférée dans la chapelle de Beaulieusart, qui est devenue l'église paroissiale Saint-Vaast et Notre-Dame de Grâce[63].
Le temple protestant situé sur la place Charles Brogniez, construit en 1895[64].
L'église Saint-Christophe de Fontaine-l'Évêque (XVIIIesiècle).La chapelle de Beaulieusart, consacrée en 1955 et agrandie en 1966, a été transformée en église paroissiale Saint-Vaast et Notre-Dame de Grâce en , après la désaffectation de l'église Saint-Vaast située dans le centre-ville[65].
Le château de Haussy. Vaste ensemble en style néo-classique édifié en plusieurs étapes au cours du XIXesiècle, sur l'ancien site du couvent des Récollets[66]. Entre 1912 et 1968, le bâtiment a servi de hôtel de ville[67].
La salle des fêtes, construite en 1916 sur l'emplacement de l'église des Récollet a été incendiée en 1948[68]. Elle se situe place de la Wallonie.
La chapelle Notre-Dame du Rosaire, datant de 1714, est intégrée dans le pignon d'une petite maison basse[69]. Elle se situe rue Pont Pilette.
Le gazomètre de Pierre-Camille Montigny (1827)[70],[71].
Le parc Roi Baudouin, près de la salle des fêtes (ancien château de Haussy), montre de très beaux hêtres pourpres et les ruines du couvent des Récollets.
Le Musée de la Mine et le Musée du Clou, dans les anciens souterrains du château[Note 3].
Le monument aux victimes de la guerre 1914-1918, place Albert 1er. Ce monument le , par le concours de la musique du 2e Chasseurs à pied[72].
Le mémorial aux victimes des deux guerres, parc Roi Baudouin. Inauguré en 1955, composé de quatre statues: une résistante, une déportée, un prisonnier et un soldat, est surmonté d'une fontaine[73].
Le développement économique de Fontaine-l’Évêque, comme l’a rappelé Joseph Parée, s’est structuré autour de deux activités majeures : l’extraction de la houille et l’exploitation de la pierre à chaux, industries qui façonnèrent durablement le paysage local. Au XIXesiècle, la commune autorisa successivement plusieurs entrepreneurs à établir des fours à chaux, témoignant d’une intensification progressive de cette production[74]. En 1839, le négociant Pierre Cambier obtint l’autorisation d’installer un four le long du chemin reliant Fontaine à Leernes. L’année suivante, Augustin Sottiaux, maître de carrières, fut à son tour habilité à en construire un au hameau des Gaulx, ce qui illustre, selon Parée, l’extension de l’activité vers les zones périphériques[74]. En 1842, Antoine Bouly érigea un four au Tienne Alarmont, bientôt suivi par les frères Anique, autorisés en 1847 à y établir une installation supplémentaire[74]. Cette multiplication des infrastructures, que Joseph Parée interprète comme un signe de vitalité industrielle, culmina en 1849 lorsque Bouly édifia un dernier four dans une carrière lui appartenant, située à l’endroit nommé l’Enfer, rue Henrichamps. L’ensemble de ces initiatives témoigne d’une structuration progressive du secteur de la chaux, étroitement liée à l’essor minier et aux besoins de la construction dans la région[74].
Selon Roland Poliart, l’acheminement du charbon extrait au Pétria reposait sur une voie étroite de type decauville qui reliait la cressonnière à la rue de Leernes après avoir franchi la rue du Pétria et la route de Mons, à hauteur de la rue Vilez[75]. Ce dispositif industriel desservait un vaste four construit en briques et en pierres, reconnaissable à ses trois cheminées verticales où l’on versait les matériaux à traiter[75]. L’installation, dont Poliart souligne la polyvalence, servit successivement à la production de chaux, de ciment, puis à la cuisson de briques, témoignant de l’évolution des besoins locaux et des techniques de transformation[75]. Devenu propriété d’Intercom avant d’être cédé aux entreprises Wanty de Leval, l’édifice fut finalement démantelé entre le 16 et le , événement que Roland Poliart interprète comme la disparition d’un des derniers témoins de l’activité industrielle traditionnelle du secteur[75]. Selon Joseph Parée, l’activité liée à la pierre à chaux connut un net recul à Fontaine‑l’Évêque après la Première Guerre mondiale[76]. Le conflit et ses conséquences économiques entraînèrent une contraction durable du secteur, au point qu’une seule carrière demeura en exploitation, celle de l’Ermitage, qui survécut comme ultime vestige d’une industrie autrefois plus étendue[76]. Cette situation, que Parée interprète comme un signe de mutation profonde du paysage industriel local, illustre le passage d’une économie fondée sur les ressources minérales vers des formes d’activité plus limitées et progressivement marginalisées[76].
D’après Roland Poliart, la carrière Stenuick, active depuis 1840, exploitait un marbre noir connu sous l’appellation de noir belge et demeura longtemps une entreprise familiale. L’atelier associé, initialement voué à l’entretien des outils, élargit ses activités à partir de 1926 en produisant du matériel destiné aux exploitations similaires, signe d’une diversification progressive du secteur[77]. En 1950, André Stenuick mit au point une foreuse dont le marteau pneumatique pénétrait directement dans le trou, innovation que Poliart considère comme une avancée majeure dans les techniques de forage et de tirs en masse[77]. Cette invention entraîna une croissance rapide de l’entreprise, qui passa d’une trentaine d’ouvriers à près de 180 employés, sans compter les filiales implantées à l’étranger[77]. Les équipements fabriqués à Fontaine‑l’Évêque furent exportés dans de nombreux pays, jusqu’au Japon, illustrant l’ampleur prise par la production. Malgré cette expansion, la société fut finalement liquidée en 1987, événement que Roland Poliart interprète comme la fin d’un cycle industriel marqué par l’innovation et l’ouverture internationale[77].
Selon Joseph Parée, l’essor des activités métallurgiques à Fontaine‑l’Évêque se manifeste dès les années 1830 par l’installation d’une usine mécanique rue du Chemin de Fer, active jusqu’en 1890. À la même époque, une affinerie destinée à la production de fer en barres et de socs est fondée en 1833, tandis qu’un réseau d’environ soixante petites forges, chacune employant cinq ouvriers, assure la fabrication de clous et de chaînes, témoignant d’un artisanat dense et structuré[28]. Parallèlement, grâce à l’initiative de de Haussy, une clouterie mécanique est établie sur la place du Marché, dans l’ancien couvent des Récollectines, et demeure en activité jusqu’en 1923, ce que Parée interprète comme un signe de continuité industrielle au cœur du bourg[28]. L’industrie du clou se développe ensuite de manière plus organisée. En 1849, la société des clouteries Otlet est fondée et deviendra plus tard la « Clouteries des Flandres »[28]. L’entreprise débute modestement avec deux métiers dans une forge située dans l’actuelle rue DelattreEn 1857, la clouterie Baudoux ouvre en bas de la rue de Haussy avant de s’installer rue du Chemin de Fer[28]. En 1864, le secteur atteint une densité remarquable : outre quarante‑deux ateliers de cloutiers, quatre nouvelles clouteries apparaissent, dont la société Lemal rue du Chemin de Fer, la clouterie Bailleux rue de Binche, ainsi que les établissements Roelandt et Castin sur les Perziaux. Pour Joseph Parée, cet ensemble illustre la structuration progressive d’un pôle métallurgique local, fondé sur une combinaison d’artisanat traditionnel et d’initiatives industrielles[28].
Selon Joseph Parée, la seconde moitié du XIXesiècle voit se structurer à Fontaine‑l’Évêque un véritable pôle industriel consacré à la fabrication de clous et de vis. En 1870, la création de la Société anonyme des clouteries mécaniques marque une étape importante dans cette évolution, bientôt suivie par l’ouverture des usines Dercq en 1876 et par la fondation, en 1887, de la société en commandite Léandre Henne[28]. L’implantation en 1898 de « La Fontainoise », qui introduit en Belgique la production de vis à bois, témoigne de la diversification progressive du secteur, tandis que la société coopérative « L’Espérance » ouvre en 1907 rue du Repos, renforçant encore le tissu industriel local. Jusqu’en 1914, les clouteries de Fontaine‑l’Évêque bénéficient, comme le souligne Joseph Parée, d’une situation quasi monopolistique à l’échelle nationale[78]. Le maintien de procédés de fabrication transmis au sein des familles et jalousement préservés permet aux industriels locaux de conserver un avantage technique décisif, assurant la prospérité d’un ensemble d’ateliers et d’usines qui constituent alors l’un des secteurs les plus dynamiques de la commune[74].
D’après Roland Poliart, la carrière Stenuick, active depuis 1840, exploitait un marbre noir connu sous l’appellation de noir belge et demeura longtemps une entreprise familiale. L’atelier associé, initialement voué à l’entretien des outils, élargit ses activités à partir de 1926 en produisant du matériel destiné aux exploitations similaires, signe d’une diversification progressive du secteur[79]. En 1950, André Stenuick mit au point une foreuse dont le marteau pneumatique pénétrait directement dans le trou, innovation que Poliart considère comme une avancée majeure dans les techniques de forage et de tirs en masse[79]. Cette invention entraîna une croissance rapide de l’entreprise, qui passa d’une trentaine d’ouvriers à près de 180 employés, sans compter les filiales implantées à l’étranger[79]. Les équipements fabriqués à Fontaine‑l’Évêque furent exportés dans de nombreux pays, jusqu’au Japon, illustrant l’ampleur prise par la production. Malgré cette expansion, la société fut finalement liquidée en 1987, événement que Roland Poliart interprète comme la fin d’un cycle industriel marqué par l’innovation et l’ouverture internationale[79].
D’après Roland Poliart, la société en commandite Léandre Henne, fondée en 1887, évolue au début du XXesiècle pour devenir en 1907 la société anonyme Sambre‑Escaut, plus connue sous le nom de Tonkin[80]. L’usine se spécialise alors dans une production variée comprenant semences métalliques, bossettes, pointes, vis et pitons, illustrant la diversification progressive du secteur de la clouterie et de la visserie à Fontaine‑l’Évêque[80]. Lors des grèves de 1929‑1930, les machines destinées à la fabrication des clous sont transférées à Hemixen, près d’Anvers, ce qui réduit l’activité locale aux seules installations de visserie, soit environ 250 fileteuses et 100 fendeuses. Par la suite, la visserie est cédée à la société VTR (Visserie, Tréfileries Réunies), basée à Vilvorde et également implantée à Fourmies[80]. Confrontée à la concurrence croissante des produits japonais, l’entreprise cesse ses activités en 1976, événement que Roland Poliart interprète comme un tournant majeur dans le déclin de l’industrie métallurgique locale[80]. Les bâtiments du Tonkin connaissent ensuite une reconversion : en octobre 1980, la partie haute accueille des courts de tennis, un squash et plus tard une salle de snooker, tandis que la partie basse est occupée en 1987 par les services des eaux, témoignant de la réaffectation progressive des anciens sites industriels[80].
Selon Joseph Parée, l’industrie du clou atteint à Fontaine‑l’Évêque son apogée au milieu des années 1920. En 1925, les sept clouteries fondées au XIXesiècle les Clouteries mécaniques, des Flandres, Baudoux, Dercq, Sambre‑Escaut, la Fontainoise et l’Espérance auxquelles s’ajoute en 1921 l’atelier Rosy installé rue d’Henrichamps, fonctionnent simultanément et mobilisent une main‑d’œuvre particulièrement nombreuse[76]. Parée souligne que cette concentration d’ateliers témoigne d’un dynamisme industriel exceptionnel, soutenu par une demande nationale importante[76]. La production des tréfileries illustre cette expansion : elle passe de 113 000 tonnes en 1913 à près de 300 000 tonnes au cours des années 1926‑1927, chiffre que Joseph Parée interprète comme l’indicateur le plus net de la puissance économique du secteur avant les bouleversements de l’entre‑deux‑guerres[76]. Les clouteries de Fontaine contribuaient largement à ces volumes[81].
Carte postale représente la route de Mons avec le coron du Cantonnier, construit par la Société anonyme des charbonnages de Fontaine-l'Évêque en 1871, qui était composée de 50 maisons réservés aux mineurs. Elles sont abattues dans les années 1960[82].
Dans l’histoire minière de Fontaine‑l’Évêque, plusieurs puits primitifs appelés cayats furent employés au XIXesiècle, parmi lesquels la fosse Robert, la fosse de la Pompe, la fosse de Metz, la fosse Pain et la fosse Sainte‑Françoise. Ces installations, décrites par Joseph Parée, consistaient en de larges puits verticaux où les ouvriers descendaient exploiter les veines de charbon. Le matériel restait rudimentaire: un treuil mû à la force de deux femmes ou de deux enfants, une chaîne terminée par un tonneau servant à la fois de nacelle pour les mineurs et de récipient pour remonter le charbon extrait. Ce système, caractéristique des débuts de l’exploitation locale, témoigne de la modestie des moyens techniques avant l’industrialisation. Selon Joseph Parée, une véritable organisation minière ne prit forme qu’en 1866, lorsque la Société anonyme des Charbonnages de Fontaine‑l’Évêque structura l’exploitation. Trois ans plus tôt, Augustin Dufranne avait entrepris des sondages et ouvert le premier chantier de creusement. En 1866, il sollicita une concession en association avec Mesdames Palmyre et Sidonie Leroy de Seneffe, propriétaires du terrain où furent établis les deux puits du siège no1, dit du Pétria. La première société, nommée Société houillère de Fontaine‑l’Évêque, évolua ensuite vers une société anonyme en mai 1874. Elle étendit progressivement son domaine: acquisition en 1869 de la concession de Beaulieusart, couvrant près de 590 hectares répartis entre Fontaine‑l’Évêque, Leernes et Anderlues, puis en 1872 de la concession de Leernes‑Landelies. Ces étapes, rapportées par Joseph Parée, marquent la transition entre les exploitations artisanales et une organisation charbonnière pleinement intégrée dans le paysage industriel régional[74].
Le premier puits du siège no1, établi en 1866 au Pétria, n’était qu’un ouvrage étroit de 2,20 m de diamètre, réservé à la circulation de l’air dans l’ensemble du chantier. Un second puits, destiné cette fois à l’extraction, fut entrepris l’année suivante. Comme le rappelle Joseph Parée, l’équipement demeurait encore sommaire jusqu’à l’installation, en 1868, d’une machine d’extraction à vapeur qui transforma le fonctionnement du siège[31]. Cette modernisation accompagna l’ouverture d’un premier bouveau de recherches, creusé à près de deux cents mètres de profondeur, marquant l’entrée de l’exploitation dans une phase plus méthodique[31]. Le transport du charbon vers la gare de Fontaine‑l’Évêque se faisait initialement par traction animale, les wagonnets étant tirés par des chevaux sur les chemins menant au centre ferroviaire[31]. Selon Joseph Parée, cette organisation fut rapidement jugée insuffisante pour une production en croissance. Dès 1870, un accord permit donc la réalisation d’un raccordement direct entre le siège no1 et la gare, assurant une liaison plus rapide et mieux adaptée aux exigences de l’exploitation industrielle[31].
En 1871, l’administration des Charbonnages de Fontaine‑l’Évêque décida de doter le personnel minier d’un ensemble de logements ouvriers, établis le long de la route de Mons et connus sous le nom de coron du Cantonnier. Cette initiative, que Joseph Parée signale comme l’une des premières politiques sociales structurées de la compagnie, visait à stabiliser une main‑d’œuvre indispensable à l’essor de l’exploitation[31]. Deux ans plus tard, en 1873, la direction arrêta le principe de créer un second siège d’extraction au lieu‑dit « Calvaire », à la limite des territoires de Fontaine‑l’Évêque et d’Anderlues[31]. Le creusement du puits d’aérage de ce nouveau siège débuta le , suivi en 1876 par l’ouverture du puits destiné à l’extraction proprement dite. Comme le rapporte Joseph Parée, ces travaux marquèrent l’extension progressive du bassin local vers l’ouest et l’intégration de nouveaux terrains houillers dans l’exploitation[31]. Dès 1879, les opérations furent complétées par l’établissement d’un raccordement ferroviaire reliant le siège du Calvaire à la gare d’Anderlues, assurant une évacuation plus rapide du charbon et une meilleure insertion du site dans le réseau industriel régional. Cette liaison, selon Joseph Parée, constitua une étape décisive dans la modernisation logistique des charbonnages de Fontaine‑l’Évêque[31].
Après la Seconde Guerre mondiale, Fontaine‑l’Évêque accueillit un nombre croissant de travailleurs étrangers venus renforcer la main‑d’œuvre des charbonnages. Comme le souligne Joseph Parée, cette immigration répondit aux besoins d’un secteur encore essentiel à l’économie régionale, où la demande en personnel demeurait élevée malgré les difficultés de l’après‑guerre[81]. L’extraction du charbon s’y organisait autour de quatre sièges principaux: le siège no1, appelé Pétria; le siège no2, connu sous le nom de Calvaire; le siège no3, dit Hougaerde, situé à la limite de Fontaine sur le territoire de Leernes; et le siège no4, appelé Bois d’Aulne, établi à Gozée. Ces sites, décrits par Joseph Parée, formaient l’ossature du bassin local et structuraient la vie économique et sociale de la commune durant toute la période de reconstruction[81].
À partir de 1924, la société anonyme des Charbonnages de Fontaine‑l’Évêque entreprit un programme d’édification de logements ouvriers destiné à encadrer et stabiliser sa main‑d’œuvre. Selon Joseph Parée, quarante‑neuf habitations furent construites: vingt‑sept dans la cité du Moulin, deux dans la rue du Repos, quatorze à Leernes et six à Gozée[81]. Cette politique immobilière, caractéristique des charbonnages de l’entre‑deux‑guerres, répondait à la volonté d’offrir aux familles des mineurs un cadre de vie plus structuré et de renforcer l’ancrage social de l’entreprise dans les localités du bassin. En 1927, la même société compléta ces initiatives par l’ouverture d’une école primaire et gardienne libre dans la rue J. Despy[81]. Comme le rapporte Joseph Parée, cette fondation scolaire illustre l’effort des charbonnages pour encadrer non seulement les travailleurs, mais aussi leurs enfants, en proposant une instruction accessible à proximité des cités ouvrières. L’établissement participa ainsi à la constitution d’un véritable réseau social autour des sièges d’extraction, où l’entreprise jouait un rôle économique autant que communautaire[81].
En 1929, la société anonyme des Charbonnages de Fontaine‑l’Évêque fut intégrée à la SA d’Ougrée‑Marihaye, événement que Joseph Parée décrit comme l’une des grandes restructurations industrielles du bassin sambrois. Cette année‑là, l’ensemble produisit environ 330 200 tonnes de charbon gras à coke et de charbon demi‑gras, mobilisant près de 1 850 ouvriers. L’exploitation, désormais rattachée à un groupe métallurgique d’envergure nationale, s’inscrivait dans une logique de concentration des moyens et de rationalisation des concessions. Le , la nouvelle entité sollicita la fusion administrative de ses concessions de Beaulieusart et de Leernes‑Landelies afin de constituer un domaine unique couvrant 2 449 hectares. Comme le rapporte Joseph Parée, cette demande, qui visait à simplifier la gestion du gisement et à optimiser les travaux d’extraction, ne reçut son approbation officielle qu’en 1942, par un arrêté royal daté du 21 mars. En 1936, la SA d’Ougrée se désengagea finalement du secteur charbonnier local en cédant ses concessions à la SA des Aciéries et Minières de la Sambre. Cette transmission, également mentionnée par Joseph Parée, marqua une nouvelle étape dans la recomposition industrielle de la région, où les entreprises métallurgiques prirent progressivement le relais des anciens charbonnages pour structurer l’économie locale[81].
Après la cessation définitive des activités du charbonnage du Pétria le , l’exploitation du grisou résiduel fut maintenue durant plusieurs décennies. Le gaz, composé d’un mélange de grisou et de méthane, continua d’être capté et injecté dans les conduites d’Intercom, prolongeant ainsi une activité énergétique jusqu’en août 1993, comme le rappelle Roland Poliart dans son étude historique[83]. Les installations désaffectées accueillirent ensuite divers usages civils: le Cercle de tir fontainois y établit un stand dans l’ancienne cour à bois, où se pratiquent le tir sportif au revolver, au pistolet et à la carabine de calibre .22[83]. À partir du , un parc à conteneurs fut également aménagé sur le site, témoignant de la reconversion progressive des infrastructures minières[83]. Le puits no2, situé au lieu-dit Le Calvaire, avait été fermé au début des années 1960. Les bâtiments furent brièvement réinvestis en 1966 par l’entreprise Surchiste, qui tenta d’y développer une production de briques à partir de terres de terrils, initiative rapidement abandonnée[84]. En avril 1992, une nouvelle phase d’exploitation du terril fut engagée afin d’en extraire des matières combustibles destinées aux centrales électriques, une évolution industrielle que Poliart inscrit dans la dynamique générale de valorisation des résidus miniers[84]. Le siège no3, dit de Hougarde, atteignait une profondeur d’environ 1 600 mètres, ce qui en faisait l’un des puits les plus profonds d’Europe selon les travaux de Roland Poliart. Il fut fermé le même jour que le Pétria, le , marquant la fin d’un cycle d’exploitation particulièrement marquant dans l’histoire minière de Fontaine-l’Évêque[85].
La briqueterie établie rue de Leernes fut fondée en 1900 par Jules André, qui lança une production reposant sur la technique des feux continus et des fours à l’air, permettant d’atteindre environ 300 000 briques par cuisson[86]. Roland Poliart signale qu’un four de conception moderne fut ajouté en 1925, marquant une étape d’évolution technique dans l’entreprise familiale. Exploitée ensuite par Marc et Fernand André, l’activité déclina progressivement avant de s’interrompre définitivement en 1968, clôturant près de sept décennies d’existence industrielle[86].
Avant le conflit de 1940, Fontaine‑l’Évêque abritait trois brasseries de moyenne importance, témoignant d’une activité brassicole locale soutenue. Roland Poliart indique que la plus ancienne, la brasserie du Progrès, fondée en 1838, était établie rue de Binche. Deux autres établissements, la brasserie Tassin et la brasserie Lechien‑Bonde, complétaient ce paysage industriel[87]. La production de bière ne se limitait toutefois pas à ces structures: des brassins étaient également réalisés à l’hôtel de la Gare de Fontaine ainsi qu’au château de Fontaine, illustrant la diversité des lieux de fabrication et l’ancrage de cette tradition dans la commune[87].
↑Jean Germain, Guide des gentilés: les noms des habitants en Communauté française de Belgique, Bruxelles, Ministère de la Communauté française, (lire en ligne).
↑Lieve Viaene-Awouters et Ernest Warlop, Armoiries communales en Belgique, Communes wallonnes, bruxelloises et germanophones, t.1: Communes wallonnes A-L, Bruxelles, Dexia, , p.353.
↑Lieve Viaene-Awouters et Ernest Warlop, Armoiries communales en Belgique, Communes wallonnes, bruxelloises et germanophones, t.1: Communes wallonnes A-L, Bruxelles, Dexia, , p.352.
↑Guy Ittelet, «La seconde vie du gazomètre», Le Soir, (lire en ligne, consulté le )
↑Claude Vael, Serge Paquier (dir.) et Jean-Pierre Williot (dir.), «Le cadre juridique pour l'exploitation du gaz en Belgique avant 1873», dans L'industrie du gaz en Europe au XIXeetXXesiècles: L'innovation entre marchés privés et collectivités publiques, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, coll.«Euroclio / Études et documents» (no20), , 603p. (ISBN978-90-5201-937-6, présentation en ligne, lire en ligne), p.111.
André Lépine, Les charbonnages du Pays noir en cartes postales anciennes, Cahier du Musée de Cerfontaine n° 503, 100 vues, 1996. — Au début du XXesiècle, le bassin houiller de Charleroi était partagé en 31 concessions
Michel Mairiaux, Fontaine-l'Évêque, ville de Wallonie, Jumet, Imprimerie Provinciale,
Joseph Parée, Histoire de la Ville de Fontaine-l'Évêque, Pont-à-Celles, Imprimerie A. Mal-Nefve, , 116p.
Roland Poliart, Fontaine-l'Evêque, Alan Sutton, coll.«Mémoire en images», , 128p. (ISBN2-84253-351-8)