Marcinelle

section de Charleroi, Wallonie (Belgique)

Marcinelle (en wallon : Mårcinele) est une section de la ville belge de Charleroi, située en Wallonie dans la province de Hainaut.

Marcinelle
Marcinelle
Ancien hôtel de ville, inauguré en 1963[1].
Administration
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Communauté Drapeau de la Communauté française de Belgique Communauté française
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Arrondissement Charleroi
Commune Charleroi
Code postal 6001
Code INS 52011C
Zone téléphonique 071
Démographie
Gentilé Marcinellois(e)[2]
Population 24 066 hab. (1/1/2025[3])
Densité 1 820 hab./km2
Géographie
Coordonnées 50° 23′ 51″ nord, 4° 26′ 38″ est
Superficie 1 322 ha = 13,22 km2
Localisation
Localisation de Marcinelle
Localisation de Marcinelle dans la commune de Charleroi
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Marcinelle

C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977.

Le , un incendie se déclara au charbonnage du Bois du Cazier, causant la mort de 262 mineurs.

Toponymie

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Partie la plus petite de Marchienne. Le mot Marchienne signifie soit domaine de Marcius (nom gallo-romain), soit terres aux limites (du latin marca, via le germain marka et l'ancien français marche)[4].

Géographie

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Marcinelle est la deuxième plus grande section de Charleroi en nombre d'habitants (derrière Jumet). Sa partie nord-ouest est essentiellement industrielle et abrite des industries lourdes (sidérurgie, électricité lourde), la partie sud-est étant plus résidentielle, voire verdoyante et cossue. Cette dernière accueille le Centre de délassement de Marcinelle.

Marcinelle se situe légèrement au nord de la « Faille du midi » qui court du nord de la France à Liège presque à l'horizontale. Le sous-sol de de Marcinelle est constitué d'une variété de composants comportant des gisements de houille.

Le territoire de la commune représente un rectangle allongé mesurant km 500 de Marchienne-Est à Nalinnes, et de km 500 de Marchienne-Est à Couillet-Blanchisserie[5].

Limites

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Marcinelle est bornée au nord, par la Sambre qui la sépare des communes de Dampremy, de Charleroi et de Montignies-sur-Sambre ; à l'est, par les communes de Couillet, Loverval et Nalinnes ; au sud, par Nalinnes et Jamioulx, et à l'ouest, par Mont-sur-Marchienne et Marchienne-au-Pont[5].

Quartiers

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La Villette

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La zone nord‑ouest de Marcinelle apparaît, au XIIe siècle, comme un espace marginal et faiblement occupé, caractérisé par l’abondance de terrains marécageux qui limitaient l’implantation humaine[6]. Cette partie du territoire correspond aujourd’hui à l’ouest de la gare de Charleroi‑Centrale et s’étendait alors jusqu’à la Sambre, dans le secteur où se trouve l’actuel boulevard Joseph Tirou. Selon André Bultot, cette configuration naturelle explique la rareté des constructions et l’absence de voies structurées durant toute la période médiévale[6].

La future chaussée de Mont‑sur‑Marchienne, devenue l’avenue Pastur, ne fut aménagée qu’au milieu du XIXe siècle, en 1840[6]. À cette époque, la seule bâtisse notable au nord de l’actuelle rue Jules Bordet alors nommée rue Chapelle Beausart était une chapelle dédiée à saint Roch, édifice isolé situé à une trentaine de mètres de la grand‑route. Bultot souligne que ce lieu de culte constituait le principal repère architectural dans un environnement encore largement rural[6].

Vers 1860, un café tenu par Michel Leclercq, installé à mi‑pente de l’avenue Pastur (numéros 125‑127), prit le nom de « Villette », appellation qui contribua à fixer une identité locale dans un quartier en voie de structuration[6]. L’essor démographique et urbain de la fin du XIXe siècle favorisa ensuite l’organisation religieuse du secteur[6]. En 1899, sous l’impulsion du vicaire Deventer, issu de la paroisse Saint‑Martin, fut fondée une nouvelle paroisse placée sous le vocable de Notre‑Dame des Sept Douleurs. Deventer en devint le premier curé, rôle que Bultot considère comme déterminant dans la consolidation de la vie communautaire marcinelloise[6].

Le no XII tire son origine des douze puits creusés en 1865 par les charbonnages de Marcinelle-Nord[7]. Aujourd'hui il y a des grandes surfaces sur le site de l'ancien puits. Le hameau des Hauchies, situé à Marcinelle, prit forme au début du XIXe siècle à un carrefour de chemins anciens reliant La Tombe, Destrée et Huart-Chapel[8]. Selon Louis Clause, cette implantation nouvelle s’inscrit dans un mouvement d’expansion semi‑rurale caractéristique de la périphérie carolorégienne à cette époque. C’est dans ce cadre que l’industriel Paul‑François Huart‑Chapel fit édifier en 1823 une usine qui allait devenir l’un des pôles techniques majeurs de la région[8].

L’établissement comprenait plusieurs fours à puddler, des laminoirs, une fonderie et un marteau, l’ensemble étant mû par ce que Clause décrit comme la première machine à vapeur appliquée à la métallurgie dans le bassin de Charleroi[8]. Cette innovation marque un tournant dans l’histoire industrielle locale, en introduisant une motorisation moderne dans un secteur encore largement dépendant de la force hydraulique[8].

Toujours d’après Louis Clause, l’usine franchit une étape décisive en septembre 1827 lorsque son haut fourneau au coke, le premier du genre en Belgique, produisit sa première coulée de fonte destinée au moulage[8]. Cet événement est considéré comme l’un des jalons fondateurs de l’industrialisation moderne dans le pays, puisqu’il illustre l’adoption précoce du coke en remplacement du charbon de bois, procédé qui allait transformer durablement les capacités de production sidérurgique[8].

La Bruyère

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Vue aérienne du quartier des Bruyères à Marcinelle et une partie du village de Jamioulx à droite.

Le quartier de la Bruyère, situé à Marcinelle, désigne un plateau sablonneux d’environ vingt hectares occupant le point le plus élevé de la commune[8]. Dans une perspective historique telle que l’évoque Louis Clause, cette zone doit son appellation à la présence ancienne et persistante de bruyères qui ont marqué le paysage local depuis des périodes reculées[8]. Le toponyme reflète ainsi un environnement naturel caractéristique des terrains légers et acides, typiques des hauteurs du territoire marcinellois, où la végétation de lande a longtemps dominé[8].

Quartier qui se situe au sud de Marcinelle, un sanatorium avait été construit en 1929. Aujourd'hui le bâtiment a été démoli pour cause de vétusté, un nouveau bâtiment a été construit et sert maintenant une résidence pour personnes âgées[Note 1].

Les Haies

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Le hameau de Marcinelle‑Haies trouve son origine dans une initiative seigneuriale médiévale visant à défricher une portion de forêt afin d’y établir une « ville neuve ». Cette opération de mise en valeur, décrite par Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson, aurait donné naissance à une petite communauté rurale dont l’économie serait restée essentiellement agricole si les transformations du XIXe siècle n’avaient profondément modifié son destin[9]. L’exploitation de la houille, d’abord dans des cayats puis dans des fosses progressivement approfondies, introduisit une dynamique industrielle qui bouleversa l’organisation traditionnelle du territoire. Les auteurs soulignent que cette mutation fut déterminante pour l’évolution du hameau[9].

À partir de 1860, la demande croissante de main‑d’œuvre liée au charbonnage du Bois du Cazier entraîna un afflux de population et contribua fortement au développement démographique de Marcinelle‑Haies[9]. Selon Jean‑Claude Pirson, cette période marque l’intégration du hameau dans le réseau industriel carolorégien, les nouveaux habitants étant attirés par les possibilités d’emploi offertes par les exploitations minières. Le tissu social se densifia rapidement, donnant au lieu une physionomie plus structurée[9].

Dans cette dynamique de croissance, les autorités communales décidèrent en 1863 d’ériger une école afin de répondre aux besoins éducatifs d’une population en expansion. Quelques années plus tard, en 1869, une église fut construite, accompagnée d’une école libre et d’un presbytère[9]. Bernard Lejeune insiste sur le rôle de ces infrastructures dans la consolidation du hameau, qui passa progressivement d’un noyau rural dispersé à un quartier doté d’institutions religieuses et scolaires, signes d’une communauté désormais stabilisée et organisée[9].

Cherbois

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Le quartier du Cherbois est considéré comme l’un des plus anciens noyaux d’habitat de Marcinelle. D’après Louis Clause, il portait autrefois le nom de les Trieux et s’est structuré autour d’un carrefour formé par deux voies anciennes. L’une correspond au tracé du vieux chemin devenu l’actuelle rue du Temple, issu de la chaussée romaine et reliant le plateau de Belle‑Vue, la chapelle Baussart et Marchienne‑au‑Pont. L’autre voie reliait le Centre à La Tombe, aux Hales de Mont‑sur‑Marchienne et à Bomerée, avant que l’ouverture de la route de Beaumont, en 1841‑1842, ne modifie les circulations locales[10]. Clause souligne que ce réseau de chemins anciens explique la précocité du peuplement dans ce secteur, qui s’est développé comme un point de convergence naturel[10]. Quelques bâtiments du XVIIe siècle subsistent encore dans le quartier, témoignant de la continuité de l’occupation humaine. Au sud du hameau s’étendait autrefois la Closière du Prince, un domaine relevant du Prince‑Évêque de Liège. Selon Louis Clause, cette propriété illustre l’empreinte durable des autorités ecclésiastiques sur l’organisation foncière de Marcinelle avant l’essor industriel[10].

La rue du Cherbois regroupait la majorité des exploitations agricoles de la commune, disposées de part et d’autre de l’axe principal. Avant que l’industrie ne transforme le paysage économique, le quartier comptait également un nombre notable de cloutiers, dont l’activité artisanale a aujourd’hui disparu[10]. Clause insiste sur le fait que cette concentration d’ateliers et de fermes reflète un mode de vie rural structuré, progressivement effacé par les mutations du XIXe siècle[10].

La Tombe

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Le lieu‑dit de La Tombe tire son appellation d’un ancien tumulus d’époque gallo‑romaine, élément archéologique qui constitue l’un des marqueurs les plus anciens du territoire marcinellois. Selon Louis Clause, ce tertre funéraire se situe à la cote 160, précisément à l’intersection de plusieurs chemins très anciens qui structuraient autrefois les circulations locales[11]. Cette position stratégique explique que le site ait servi de point de repère durable dans la topographie de Marcinelle[11].

Dès le XVIIIe siècle, quelques habitations modestes ainsi qu’une ferme étaient déjà établies autour de ce carrefour. Clause souligne que cette implantation précoce témoigne d’un premier noyau d’occupation humaine, formé bien avant les transformations industrielles du XIXe siècle[11]. Le tumulus, devenu un élément toponymique, a ainsi contribué à fixer le nom du quartier et à inscrire ce secteur dans une continuité historique remontant à la période gallo‑romaine[11].

Lieux-dits

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  • Bierchamps.
  • Hublinbu.
  • Sart-Saint-Nicolas.
  • Le Bois Planté.
  • Lagrange.
  • La Ferme Bal.
  • Le Champ de Courses.
  • Les Glacières.
  • Le Beau Site.
  • Belle-Vue.
La cité-parc.

Hydrographie

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La Sambre

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Barrage-écluse no 11 de la Sambre à Marcinelle.

La commune de Marcinelle est délimitée au nord par le cours de la Sambre, qui quitte Marchienne pour pénétrer sur le territoire marcinellois à proximité de l’extrémité occidentale des vastes installations industrielles de Thy‑Marcinelle[12]. Selon Louis Clause, cette zone constituait autrefois la frontière naturelle entre Marcinelle et Marchienne, matérialisée par le ruisseau du Maheury avant la mise en service, en 1843, de la ligne ferroviaire reliant Braine‑le‑Comte à Charleroi[12]. L’arrivée du chemin de fer modifia profondément la configuration locale, en intégrant davantage le secteur aux réseaux de transport régionaux[12]

Après avoir longé sur près d’un kilomètre les usines sidérurgiques, la Sambre passe devant l’ancienne chaîneterie, aujourd’hui partiellement enfouie en raison des affaissements de terrain provoqués par les activités minières[12]. Clause souligne que ces déformations du sol témoignent de l’impact durable de l’exploitation charbonnière sur le paysage marcinellois. La rivière atteint ensuite rapidement la nouvelle écluse, située en amont du pont de Louvain, sur le territoire de Marcinelle[12].

Cette écluse moderne, longue de 110 mètres et large de 12,50 mètres, offre un mouillage minimal de 3 mètres. Elle contraste nettement avec l’ancienne écluse, qui ne mesurait que 42 mètres de long pour 5,20 mètres de large, avec un mouillage de 2 mètres. Grâce à ses dimensions accrues, la nouvelle installation permet le passage simultané d’un remorqueur tirant deux bateaux de 600 tonnes et deux de 300 tonnes, ce qui représente une amélioration notable des capacités de navigation[12]. Mise en service après l’interruption du trafic sur les biefs 12 et 13, en aval de l’écluse de Charleroi, elle a rendu possible la démolition de l’ancienne écluse et l’approfondissement des passes situées sous les ponts de la gare et de la tour des finances, améliorant ainsi la fluidité du transport fluvial dans l’ensemble du bassin carolorégien[12].

Les affluents

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Vallon du ruisseau de la Fontaine-qui-bout.

Les affluents de la Sambre qui traversent Marcinelle forment un réseau hydrographique complexe, décrit avec précision par Louis Clause. Le ruisseau de la Fontaine qui Bout prend sa source à Nalinnes, dans l’angle formé par le chemin du Noir Chien et le sentier du Sart Saint‑Nicolas[13]. Quelques mètres en aval du point où ce sentier s’enfonce dans le bois du Prince, son cours recevait autrefois les eaux du ruisseau de l’Orgère, alimenté par une source située dans la prairie attenante à la ferme du même nom. Clause souligne que l’aménagement du réseau de distribution d’eau a modifié cet apport, entraînant la disparition de la confluence originelle[13].

Au niveau du Pachis des Chevaux, à l’issue du vallon du Fond de Nasse, le ruisseau de la Fontaine qui Bout est rejoint par le ruisseau du Bois du Prince, dont la source se trouve à l’extrême sud du territoire communal, dans une vaste cuvette sablonneuse recouverte de fougères. À environ deux cents mètres au sud‑est de cette source se situe le point culminant de Marcinelle, atteignant 223 mètres d’altitude[13]. En poursuivant son cours vers le hameau des Hauchies, après avoir traversé le Fond Boulet et le Ry Oursel, le ruisseau passe à proximité des installations de l’Énergie, témoignant de l’imbrication entre relief naturel et infrastructures industrielles[14].

À la limite entre Marcinelle et Couillet, en aval du pont des Hauchies, le cours d’eau reçoit le ruisseau de la Babotterie, dont le régime est devenu irrégulier à la suite du déboisement du Bon Bois et du Bois Planté, ainsi que de la mise en place des galeries de captage des « Saiwes des Cayats Masson »[15]. Ces galeries rassemblent les eaux des sources des Trois Fontaines et des Hales pour les conduire vers le ruisseau de l’Amérique, en aval des anciennes usines du Lion Belge à Couillet. Plus à l’ouest, le cours d’eau appelé La Louvoise assure le drainage des terrains humides de Marchienne‑Est ainsi que des versants de Forêt et de Mont‑sur‑Marchienne. Il est renforcé par le ruisseau de la Chapelle Baussart, issu de la galerie d’écoulement du Cayat des Grogères, dont le terril demeure visible et constitue un marqueur du passé minier local[15].

À partir de la rue des Francs, la Louvoise[Note 2] prend le nom de ruisseau de l’Aqueduc et rejoint le grand collecteur d’égout de la route de Beaumont, à l’intersection des rues de Charleroi et de la Villette. Ce collecteur reçoit également, par l’égout de la rue du Basson, les eaux du ruisseau de la Vieille Place, qui traversait autrefois les rues Delestienne, de Charleroi et de la Régence par une galerie souterraine[15]. En face de la rue du Parc, il est encore grossi par le ruisseau de la Tombe, issu du Cherbois et du Bierchamps. Après avoir rassemblé l’ensemble de ces affluents situés à l’ouest de l’avenue Eugène Mascaux, le grand égout passe sous les voies ferrées avant de se jeter dans la Sambre, complétant ainsi le réseau hydrographique décrit par Louis Clause[15].

Bois du Prince : couvre une superficie de plusieurs km2 à cheval sur le territoire des communes de Marcinelle, Gerpinnes et Ham-sur-Heure-Nalinnes. Il recèle de nombreuses promenades à km du centre de Charleroi. Le site s'étend de part et d'autre du Ruisseau du Fond des Haies qui y a creusé une vallée, au sud de Loverval.

Terrils

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La localité comporte encore de nombreux terrils, témoins d'un important passé minier, qui, verdurisés, sont devenus des lieux de promenade. En particulier, le terril Saint-Charles no 2 (à côté de l'ancien charbonnage du Bois du Cazier) est aujourd'hui classé comme site de grand intérêt biologique (SGIB) à cause des nombreuses espèces végétales et animales qu'on y retrouve[16]. Il présente des pentes presque entièrement boisées et un sommet sur lequel se dresse une terrasse panoramique culminant à 240 m. On y accède à partir du site et des musées du Bois du Cazier. On compte également quatre autres terrils : du Siège Saint-Charles (à 172 m), du Cerisier (à 212 m), des Hauchies (à 213 m) et des Hiercheuses (à 220 m) qui constituent autant d'ascensions offrant un panorama sur la région de Charleroi.

Démographie

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Évolution de la population[17],[18]
1801 1846 1900 1947 1977[Note 3] 2001
699 2 103 14 234 23 091 26 295 23 094

Histoire

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Préhistoire

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L’archéologie menée sur le territoire de Marcinelle a permis d’établir l’existence d’occupations néolithiques sur le plateau de La Bruyère, une conclusion à laquelle parviennent notamment les travaux de Wattez, conservateur‑adjoint du Musée archéologique de Charleroi. Les indices matériels se concentrent dans l’espace compris entre les rues d’Ham‑sur‑Heure et de Nalinnes, autour de la cote 216, ainsi que le long du sentier reliant l’ancienne poudrerie à la rue de la Ferme Bal‑Bruyère, en vis‑à‑vis du chemin des Noyers. Cette localisation, déjà évoquée par Louis Clause dans son étude historique consacrée à Marcinelle, constitue l’un des ensembles préhistoriques les mieux attestés de la commune[19]. Les recherches conduites par Debaille, Wattez, Larbalestrier et Deprez montrent que les communautés néolithiques installées sur ce plateau ne disposaient pas de ressources lithiques locales[19]. Le sous‑sol de Marcinelle, exclusivement composé de grès calcaire, ne renferme aucun bloc de silex brut, ce qui exclut toute extraction sur place. L’outillage mis au jour provient donc de matériaux importés, un fait que Louis Clause signale également dans son ouvrage de 1948[19]. Les pièces recueillies témoignent d’un approvisionnement diversifié : elles incluent du silex bleu de Hesbaye, du silex gris provenant de Spiennes, du silex noir ou blond translucide d’Obourg, ainsi que des variétés turoniennes. L’ensemble se distingue par une palette chromatique étendue, allant du rouge‑brun au jaune clair, parfois jusqu’au presque blanc, ce qui reflète la multiplicité des gisements exploités par les groupes néolithiques[19]. Ces observations, reprises et commentées par Louis Clause, contribuent à situer Marcinelle dans les réseaux d’échanges préhistoriques de la région, en montrant que les communautés locales dépendaient de circuits d’approvisionnement extérieurs pour la fabrication de leurs outils. Elles éclairent également la dynamique d’occupation du plateau de La Bruyère, dont les vestiges constituent aujourd’hui un jalon essentiel pour la compréhension du Néolithique dans le bassin carolorégien[19].

Les fouilles réalisées sur le plateau de La Bruyère ont permis d’identifier deux gisements distincts, dont le premier se caractérise par un ensemble d’outils particulièrement représentatif de l’industrie lithique néolithique. Les archéologues y ont mis au jour des pièces communément désignées sous le nom de « quartiers d’orange », reconnaissables à leur section triangulaire et à une retouche limitée à une seule face[19]. À ces éléments s’ajoutent plusieurs grattoirs discoïdes, un burin façonné en silex noir provenant d’Obourg, une longue lame retouchée sur tout son pourtour, une petite hache en silex de Spiennes, un fragment de grand grattoir ainsi qu’une pointe triangulaire en silex de Hesbaye[19]. Louis Clause, dans son étude consacrée à l’histoire de Marcinelle, souligne que cet assemblage témoigne d’une maîtrise technique déjà bien établie et d’un approvisionnement varié en matériaux lithiques. Le second gisement, situé à proximité immédiate du premier, se distingue par un outillage plus restreint[19]. Les pièces recueillies sont de dimensions modestes et réalisées en silex noir, gris ou gris‑bleu, matières premières qui proviennent elles aussi des gisements de Hesbaye[19]. Cette différence quantitative et qualitative entre les deux sites a été relevée par plusieurs chercheurs, et Louis Clause y voit l’indice d’une occupation moins durable ou d’activités spécialisées limitées. Aux abords du premier gisement, les archéologues ont également observé des amas de « crasses de Sarrazins », résidus caractéristiques de procédés métallurgiques anciens[19]. D’autres déchets issus de la fonte du minerai de fer ont été identifiés dans les bois du Prince, ce qui atteste la présence, à une époque plus récente, d’activités sidérurgiques sur le territoire de Marcinelle. Ces traces métallurgiques, déjà mentionnées par Louis Clause, complètent le tableau d’une zone où se superposent des occupations préhistoriques et des exploitations industrielles ultérieures, révélant la longue continuité d’usage du plateau de La Bruyère[19].

Au cours du Paléolithique supérieur, les régions correspondant aujourd’hui aux Flandres, à la Campine et au plateau de La Bruyère se trouvaient encore sous l’influence directe des eaux marines. Le retrait progressif de la mer, associé à un adoucissement notable du climat, marque la transition vers la fin du Quaternaire et prépare l’évolution des paysages qui seront occupés par les premières communautés humaines sédentaires[19]. Cette dynamique géologique et climatique, évoquée par Louis Clause dans son ouvrage consacré à Marcinelle, constitue le cadre général dans lequel s’inscrit l’apparition des cultures néolithiques. L’époque néolithique se distingue par une série d’innovations techniques et sociales qui transforment durablement les modes de vie[19]. Le polissage des outils en pierre devient une pratique courante, tandis que l’exploitation systématique des mines de silex s’intensifie, révélant une organisation du travail plus structurée. Parallèlement, l’installation de groupes sédentaires marque la fin du nomadisme préhistorique et l’émergence de communautés tribales stables[19]. Dans les zones élevées telles que la Hesbaye ou le plateau de La Bruyère, ces populations vivaient généralement dans des habitations construites en torchis, dont les vestiges témoignent d’un habitat fixe et d’une occupation durable du territoire. Louis Clause souligne que ces structures, simples mais efficaces, reflètent une adaptation progressive à un environnement désormais favorable à l’agriculture et à l’élevage[19]. Ces transformations, observables à l’échelle du bassin carolorégien, illustrent la transition d’un monde façonné par les contraintes climatiques du Paléolithique vers une société néolithique organisée, capable de maîtriser ses ressources et de développer des formes d’habitat pérennes. Elles constituent un jalon essentiel pour comprendre l’évolution des communautés préhistoriques installées sur les hauteurs de Marcinelle et de ses environs[19].

Antiquité

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Le tumulus

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Le tumulus de Marcinelle[Note 4] atteste une présence gallo-romaine.

Le tumulus belgo‑romain de Marcinelle, traditionnellement désigné sous le nom de La Tombe, est considéré comme l’un des plus anciens monuments funéraires du territoire communal. La première exploration connue fut réalisée en 1836‑1837 par Huart‑Chapel, propriétaire du terrain, mais aucun rapport détaillé n’a été conservé, ce qui limite la portée documentaire de cette intervention. Une seconde fouille, conduite en juin 1864 par Auguste Cador, fit l’objet d’une publication dans le premier volume des Documents et Rapports[20]. Les observations recueillies à cette occasion permirent d’attribuer l’édification du tumulus à la phase terminale de l’époque romaine, une conclusion reprise par Louis Clause dans son étude de 1948 consacrée à l’histoire de Marcinelle[20]. Les objets découverts dans le monument témoignent d’un mobilier funéraire varié et relativement riche. Parmi les pièces identifiées figurent des fragments d’un grand récipient en verre bleuâtre, un coffret en bois doté de ferrures en cuivre, des restes humains mêlés à des cendres, une lampe funéraire en bronze, plusieurs objets en fer ainsi qu’un ensemble de tessons provenant d’urnes et de vases[20]. Ces éléments, autrefois conservés au Musée archéologique de Charleroi, illustrent les pratiques funéraires de la période romaine tardive. Le tumulus occupe un point élevé situé à la rencontre d’anciens chemins de Marcinelle, ce qui suggère une implantation choisie pour sa visibilité ou pour sa valeur symbolique dans le paysage[20]. Louis Clause souligne que cette position dominante renforce l’hypothèse d’un monument destiné à marquer durablement le territoire. Des mesures effectuées le ont permis de préciser les dimensions du tumulus : un diamètre basal d’environ 28 mètres, une hauteur de 8,5 mètres et une largeur de 12 mètres au sommet. Le monument se trouve au centre d’un enclos rectangulaire aux contours irréguliers, entouré d’une haie entretenue par les riverains exploitant les parcelles voisines[20]. Le peuplier mentionné dans le rapport de 1864 fut renversé par la tempête du , puis remplacé par un nouvel arbre abattu en août 1914 par des soldats français, qui creusèrent à cette occasion une tranchée semi‑circulaire orientée vers la Sambre. Le peuplier actuellement visible fut planté en août 1920, détail que Louis Clause intègre dans sa description du site afin de documenter l’évolution de son environnement immédiat[20].

Le tumulus belgo‑romain de Marcinelle s’inscrit dans un contexte historique marqué par une profonde instabilité aux frontières septentrionales de l’Empire romain. À partir du milieu du IIIe siècle, la pression exercée sur les provinces gauloises s’accentue en raison de la formation de deux grandes confédérations germaniques établies sur la rive droite du Rhin[21]. Au sud se regroupent les peuples suèves, désignés collectivement sous le nom d’Alamans, tandis qu’au nord se fédèrent les Saliens, les Sicambres et diverses tribus apparentées, réunies sous l’appellation de Francs[22]. Cette structuration politique, évoquée par Louis Clause dans son étude de 1948, résulte elle‑même de mouvements migratoires plus vastes qui poussent ces groupes vers les territoires romains. Ces confédérations, soumises à la pression d’autres peuples venus de l’est, avancent progressivement vers les provinces de la Gaule belgique[22]. Leur présence contribue à modifier l’équilibre militaire et administratif de la région, entraînant une réorganisation des défenses frontalières et une transformation des structures locales[22]. Dans ce climat d’incertitude, les monuments funéraires tels que le tumulus de Marcinelle prennent place dans un paysage où les communautés gallo‑romaines doivent composer avec des menaces croissantes et une évolution rapide des rapports de force. Louis Clause souligne que cette période de tensions explique en partie la datation tardive du tumulus, dont l’édification s’inscrit dans les dernières décennies de la domination romaine[22].

Les Francs

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À la fin du IVe siècle, l’Empire romain d’Occident traverse une phase de désagrégation avancée. L’affaiblissement de la discipline militaire, la perte du sens civique et l’incapacité croissante des autorités impériales à assurer la protection des populations favorisent les incursions répétées des groupes germaniques établis le long du Rhin. Parmi ces peuples figurent les Francs Ripuaires, dont l’expansion, au début du Ve siècle, s’étend des Ardennes jusqu’à la vallée de la Meuse[22]. Vers la fin de ce même siècle, leur présence est attestée sur la rive droite de la Sambre, où ils semblent avoir établi des zones d’occupation durable. Cette évolution, relevée par Louis Clause dans son ouvrage de 1948, s’inscrit dans le processus plus large de fragmentation de l’autorité romaine dans les provinces septentrionales[22]. Des traces matérielles de cette implantation subsistent notamment sur le site de Tombois, dont le nom évoque l’existence ancienne d’un lieu funéraire. La nécropole, située à l’intersection de l’actuelle rue du Bierchamps et de la rue des Francs, occupe un terrain pierreux en pente orientée vers le nord[22]. Les fouilles menées en 1871 ont mis au jour un ensemble important d’objets, révélateurs des pratiques funéraires des Francs Ripuaires. Parmi les découvertes figurent des plaques de ceinturon en bronze argenté ornées de grenats, des vases funéraires en céramique grise ou noire, des bracelets en bronze, des tirelires en terre cuite ainsi que des armes caractéristiques telles que la lance et le scramasaxe[22]. Louis Clause souligne que cet assemblage témoigne d’une culture matérielle distincte de celle des populations gallo‑romaines qu’ils remplacèrent progressivement[22]. Contrairement aux communautés gallo‑romaines, les Francs ne maîtrisaient pas l’architecture monumentale et substituèrent aux villas romaines des habitations légères, construites en matériaux périssables. Ces structures n’ont laissé aucune trace durable, si bien que les pratiques funéraires constituent aujourd’hui la principale source d’information sur leur mode de vie[22]. Les Francs se distinguaient également par leur préférence pour l’inhumation, abandonnant les rites d’incinération qui avaient longtemps prévalu dans la région. Cette transition, observée dans plusieurs nécropoles du bassin carolorégien, marque l’un des changements culturels majeurs de la fin de l’Antiquité, et Louis Clause y voit un indice de la transformation progressive des sociétés locales sous l’influence des peuples germaniques[22].

Au cours du Ve siècle, les Francs poursuivirent leur progression vers les régions nord‑occidentales de l’ancien Empire romain, mouvement qui aboutit à leur implantation durable sur le territoire correspondant à la Belgique actuelle. Selon la tradition historiographique, l’établissement définitif du groupe conduit par Clodion se situerait aux environs de l’année 438[23]. Cette phase d’installation, décrite notamment par André Bultot, s’inscrit dans un contexte de recomposition profonde des structures politiques et territoriales héritées de Rome[23]. Dans ce cadre, l’espace aujourd’hui identifié comme Marcinelle semble avoir constitué l’un des pôlots d’occupation privilégiés des communautés franques. Plusieurs découvertes archéologiques, analysées dans l’ouvrage de Bultot, confirment la présence de noyaux d’habitat attribuables à cette période[23]. Ces vestiges ont été mis au jour dans différents secteurs le Cherbois, le Bierchamps, le Tombois et la Bruyère et témoignent d’une organisation du peuplement en petites unités dispersées. Ces implantations se situent à proximité d’anciennes voies héritées de l’époque romaine, qui longeaient la vallée de la Sambre[23]. La permanence de ces axes de circulation, soulignée par Bultot, a probablement favorisé la fixation des groupes franques en offrant un cadre propice aux échanges, aux déplacements et à l’intégration progressive dans les réseaux régionaux post‑romains[23].

Les recherches archéologiques effectuées sur le site du Tombois ont mis en évidence une nécropole attribuée aux Francs, dont le mobilier funéraire est aujourd’hui conservé au Musée archéologique de Charleroi. Les objets exhumés parmi lesquels figurent des éléments de ceinturon en acier damasquiné d’argent, un bracelet en bronze, des pièces de lanière finement ciselées, ainsi qu’une plaque de ceinturon en bronze argenté décorée de grenats témoignent d’un artisanat caractéristique des communautés installées dans la région durant l’Antiquité tardive. À cet ensemble s’ajoutent des vases funéraires en terre grise ou noire, ainsi que des armes telles que des scramasaxes et des lances[23]. André Bultot souligne que la diversité de ce mobilier permet de situer l’occupation du site entre les IIIe et Ve siècles, en lien avec les populations ripuaires présentes dans le bassin sambro‑mosan. La nécropole du Tombois s’inscrit dans un réseau plus large de sites funéraires régionaux, dont ceux de Fontaine‑Valmont, Strée, Acoz ou Momignies constituent des parallèles significatifs[24]. Les sépultures, le plus souvent aménagées en fosses communes, ne présentent que peu de traces d’influence romaine directe. Cette absence de romanisation marquée correspond aux pratiques funéraires des Lètes, colons libres alliés de Rome mais distincts des esclaves ou des serfs, comme le rappelle Bultot dans son étude de 1995[24]. Un élément particulier du mobilier une plaque de ceinturon argentée sertie de cabochons pourrait toutefois indiquer un contact indirect avec des traditions artisanales romaines. Malgré cette parenté stylistique, son exécution demeure relativement simple, ce qui suggère une adaptation locale plutôt qu’une production issue d’ateliers impériaux. Les fouilles ont également livré une tire‑lire piriforme en terre noire, décorée de motifs imprimés à la roulette[24]. Ce type d’objet, caractéristique des dernières nécropoles franques du pays, confirme l’appartenance du site à une phase tardive de l’occupation germanique dans la région. Selon Bultot, la nécropole se situe à l’est du chemin appelé Pige de Champiat, entre la rue du Tombois et les anciennes voies reliant Charleroi à Montigny‑le‑Tilleul et au Bierchamps, axes hérités de la topographie antique[25].

En 1869, la Société archéologique de Charleroi fut informée par Charles Dupret de la découverte, dans son jardin situé à proximité de la gare de Charleroi mais encore sur le territoire de Marcinelle, d’un ensemble d’objets attribuables à la période franque. Le lot comprenait une boucle de ceinture, plusieurs armes blanches dont neuf scramasaxes ainsi que deux fers de lance, un hangon et une hachette. Ces pièces, signalées dans les travaux d’André Bultot, enrichissent le corpus régional de matériel germanique mis au jour au XIXe siècle[26]. Les scramasaxes, dont l’étymologie renvoie aux termes saxons scharm (combat) et sax (couteau), étaient des armes caractéristiques des guerriers francs. Il s’agissait de couteaux à un seul tranchant, de grande taille, dont la longueur variait généralement entre 40 et 70 cm[26]. Leur présence dans le dépôt découvert par Dupret confirme l’appartenance de celui‑ci à un horizon martial typique des communautés installées dans la vallée de la Sambre durant l’Antiquité tardive. Les hangons, également mentionnés par Bultot, étaient des javelots de dimensions moyennes, dotés d’une pointe recourbée[26]. Leur longueur avoisinait un mètre, ce qui les distinguait des lances plus longues utilisées dans les formations de combat. L’association de ces armes avec les scramasaxes et les autres pièces du lot permet de situer l’ensemble dans le cadre des pratiques guerrières franques, bien représentées dans les découvertes archéologiques du Hainaut au XIXe siècle[26].

Entre 1929 et 1931, une série de campagnes archéologiques menées par Wattez, Larbalestrier, Debaille et Deprez permit de mieux cerner l’ancien habitat de la Bruyère, hameau situé au sud de Marcinelle, à la limite de Jamioulx et de Nalinnes. Le premier gisement identifié se trouve à la bifurcation des routes menant à Nalinnes et à Jamioulx, sur un plateau sableux dominant les vallons des ruisseaux de la Fontaine qui Bout et de la Place. À environ 216 m d’altitude, ce site couvre près de douze hectares, ce qui en fait l’un des ensembles les plus étendus de la zone[26]. André Bultot souligne que cette position topographique élevée a probablement favorisé l’implantation humaine en offrant un terrain sec et aisément défendable[26]. Un second gisement, localisé vers le bois de Magneroulle, à environ 600 m de la Poudrerie et deux kilomètres de l’église Saint-Louis à Marcinelle‑Haies, présente une configuration différente[26]. Il se caractérise par une levée de terres bruxelliennes soufflées recouvrant un ancien sol noirci contenant du charbon de bois. Cette stratigraphie témoigne d’une occupation ancienne suivie de dépôts éoliens, phénomène fréquent sur les plateaux sableux du bassin sambro‑mosan[26]. Bultot y voit l’indice d’activités humaines prolongées, peut‑être liées à des ateliers ou à des zones de défrichement. Les fouilles, menées notamment par l’ouverture de sept tranchées, ont livré près de deux mille pièces en silex, révélant un approvisionnement particulièrement diversifié[26]. Le matériel comprend du silex bleu de Hesbaye, du silex gris des Tyriens provenant de Spiennes, du silex noir d’Obourg, ainsi que des outils façonnés dans d’autres roches telles que le grès calcaire ou la phtanite[26]. La variété des matériaux dont les teintes s’étendent du rouge au brun, du jaune au presque blanc atteste une activité technique soutenue et un réseau d’échanges étendu. Aucun bloc brut n’ayant été trouvé en place, il est établi que le silex ne provient pas du sous‑sol local, composé de grès calcaire, mais a été importé, ce qui confirme l’existence de circuits d’approvisionnement extra‑régionaux[26].

Moyen Âge

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Les VIIIe et Xe siècles

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Dans l’historiographie de la période carolingienne, les capitulaires édictés sous les règnes de Charlemagne et de Louis le Débonnaire constituent une source normative essentielle pour appréhender l’organisation de la vie religieuse aux VIIIe et IXe siècles. Comme le rappelle Louis Clause, ces textes permettent de suivre la manière dont l’Église occidentale, alors en pleine structuration, encadre progressivement les pratiques économiques liées aux communautés paroissiales[27]. À cette époque, les ressources du clergé local proviennent principalement des revenus attachés aux domaines ecclésiastiques ainsi que des offrandes versées par les fidèles. D’abord spontanées et irrégulières, ces contributions évoluent peu à peu vers des usages plus systématiques, jusqu’à devenir de véritables obligations coutumières[27]. Selon l’analyse proposée par Louis Clause, cette transformation conduit à la fixation progressive d’un prélèvement correspondant à la dixième partie des récoltes, prélèvement qui prend le nom de dîme. Dans un premier temps, cette pratique ne repose que sur la force de l’habitude et sur l’autorité morale de l’institution ecclésiastique. Toutefois, la coutume acquiert progressivement une valeur normative, d’abord religieuse, puis civile[27]. Le capitulaire de Herstal, promulgué en 779, marque une étape décisive : il impose à l’ensemble des sujets carolingiens le versement de la dîme et confie à l’évêque la responsabilité d’en déterminer l’usage, consacrant ainsi l’intégration de cette obligation dans le cadre juridique du royaume[27]. Par cette évolution, que Louis Clause situe au cœur de la politique religieuse carolingienne, la dîme devient un instrument structurant de l’économie paroissiale et un moyen pour l’autorité épiscopale de renforcer son contrôle sur les pratiques locales. L’ensemble de ces mesures témoigne de la volonté des souverains carolingiens d’unifier et de discipliner la vie religieuse, en articulant étroitement coutume, norme ecclésiastique et législation civile[27].

Dans la réglementation religieuse mise en place sous les Carolingiens, la dîme apparaît comme une obligation attachée à la fréquentation de l’église paroissiale : tout fidèle accomplissant ses devoirs religieux dans une paroisse est tenu d’y remettre sa contribution. Le clergé local assure la tenue d’un registre recensant les redevables et les montants perçus, tandis que des sanctions rigoureuses sont prévues pour ceux qui refusent de s’y conformer[27]. Charlemagne, soucieux de maintenir une discipline uniforme dans l’ensemble du royaume, rappelle presque chaque année à ses missi la nécessité de faire appliquer strictement cette prescription[27]. Comme le souligne Louis Clause, la dîme ne correspond jamais exactement, dans la pratique, au dixième du produit agricole. Son montant varie selon les usages locaux, les conditions économiques et les rapports de force entre communautés rurales et autorités ecclésiastiques[27]. Malgré ces disparités, le système demeure en vigueur pendant plus de huit siècles, jusqu’à son abolition par les lois des 14 avril et , qui instaurent une contribution foncière répartie entre les neuf départements belges nouvellement organisés. Dans la région étudiée par Louis Clause, la dîme constitue une ressource importante pour le chapitre de Saint‑Lambert[28]. Toutefois, les prélèvements y sont généralement moins lourds que dans d’autres parties des anciens Pays-Bas, ce qui témoigne d’une adaptation locale des pratiques fiscales ecclésiastiques. Cette évolution illustre la manière dont les prescriptions carolingiennes, bien qu’issues d’un cadre normatif impérial, se sont inscrites dans des réalités régionales différenciées[28].

Les documents conservés pour le XVIIIe siècle révèlent des variations marquées dans l’adjudication des dîmes de Châtelet, Marcinelle et Couillet. Les grosses dîmes de Marcinelle atteignent, par exemple, 1610 florins en 1743, tandis que les menues dîmes présentent elles aussi des oscillations sensibles d’une année à l’autre. Comme l’expose Louis Clause, ces adjudications obéissent à un mécanisme bien établi : un prix de départ volontairement élevé est annoncé, puis progressivement abaissé jusqu’à ce qu’un enchérisseur se manifeste, avant que les hausses successives ne reprennent[28]. À Châtelet et à Marcinelle, chaque relèvement doit atteindre au minimum 80 florins, alors qu’à Couillet, la hausse minimale se limite à 5 florins. Les années de mauvaise récolte réduisent fortement le nombre d’amateurs, ce que montrent les adjudications de Couillet en 1746[28]. À l’inverse, Marcinelle connaît cette même année une activité soutenue, avec vingt‑six hausses enregistrées. Les débiteurs qui tardent à s’acquitter de leurs obligations doivent en outre verser, à la Saint‑Remy, une taxe proportionnée à leur fortune, mesure qui vise à maintenir la régularité des paiements et à protéger les revenus ecclésiastiques[29]. Dans l’analyse de Louis Clause, ces fluctuations témoignent de l’importance économique de la dîme dans les communautés rurales de la région, tout en révélant la sensibilité du système aux conditions agricoles et aux dynamiques locales d’enchères. Elles illustrent également la manière dont les pratiques fiscales ecclésiastiques s’adaptent aux réalités économiques du XVIIIe siècle, à la veille de leur disparition dans le cadre des réformes révolutionnaires[30].

L’histoire seigneuriale de Marcinelle, telle que l’expose Louis Clause, trouve ses origines dans la période carolingienne. Le territoire semble avoir constitué un fisc royal dépendant de Marchienne‑au‑Pont avant d’être concédé en 840 par Louis le Débonnaire, conjointement avec Pont‑de‑Loup, à l’un de ses fidèles, Ekkard[30][31]. À cette époque, Pont‑de‑Loup regroupe Châtelet, Pironchamps et Bouffioulx, tandis que Marchienne, Mont‑sur‑Marchienne, Marcinelle et Couillet forment un second ensemble. Ces deux blocs territoriaux, contigus à la gare de Couillet, relèvent alors de la même autorité seigneuriale[30]. L’étude linguistique des toponymes, rappelée par Louis Clause, montre que Marchienne et Marcinelle dérivent d’un nom gallo‑romain, Marcius, auquel s’ajoute le suffixe ‑ina, donnant Marcina. De cette forme primitive procèdent les variantes anciennes Marcine, Marchine ou Marchenne, dont la forme wallonne Mârciène conserve la trace[30][32]. Marcinelle apparaît comme un diminutif tardif, issu de l’expression Marcines‑les‑petites, témoignant d’une différenciation progressive entre les localités voisines[30]. Après la période carolingienne, le domaine passe à l’abbaye de Lobbes, avant d’être intégré, avec celle‑ci, aux possessions des princes‑évêques de Liège à la suite d’une donation d’Arnoul de Carinthie en 889[30][33]. Le chapitre de Saint‑Lambert, devenu seigneur du lieu, confie l’avouerie aux sires de Loverval. Dès lors, Marcinelle est pleinement intégrée à la principauté de Liège, situation qui perdure jusqu’à la disparition du régime épiscopal en 1794[30][34]. Durant ces neuf siècles d’appartenance, la localité bénéficie des franchises octroyées en 1208 par l’évêque Albert de Cuyck, privilèges confirmés par la paix de Fexhe en 1316[30]. Ce texte fondamental organise les rapports entre l’évêque et les trois ordres du pays clergé, noblesse et bourgeoisie des bonnes villes au détriment des communautés rurales. Cette asymétrie contribue à la crise politique de 1788 et à la révolution liégeoise de 1789, événements qui marquent la fin de l’ancien ordre épiscopal dans la région[30].

La première attestation connue de Marcinelle figure sous la forme Marcianis dans le polyptyque de l’abbaye de Lobbes, rédigé vers 868869[35]. Selon Louis Clause, cette mention s’inscrit dans un contexte où la localité possède déjà une importance notable, comparable à celle de Jumet, où les moines signalent l’existence d’une église à la même époque[30][36]. Les découvertes archéologiques réalisées au XIXe siècle notamment dans le tumulus de la Tombe et dans le cimetière franc du Tombois confirment l’ancienneté et le rôle régional de Marcinelle durant le haut Moyen Âge. Les itinéraires empruntés par les moines de Lobbes et d’Aulne traversent alors un réseau de chemins anciens reliant Couillet, Châtelet et Aiseau[37]. Ces parcours utilisent tantôt les voies traditionnelles issues du site de la Tombe, tantôt la route romaine qui franchit Marcinelle en passant par les hameaux du Trieux, du Cherbois, de Bierchamps et de Basson[38]. Cette circulation monastique témoigne de l’intégration de Marcinelle dans un système de déplacements religieux et économiques structuré dès l’époque carolingienne. L’ancienne église romane, aujourd’hui disparue, devait succéder à une chapelle primitive établie sur un léger promontoire dominant la vallée de la Sambre[38]. Comme le souligne Louis Clause, ce point élevé constituait vraisemblablement une halte sur un trajet long et boisé, offrant un repère topographique aux voyageurs et aux communautés religieuses. L’ensemble de ces éléments sources écrites, vestiges archéologiques et tracés routiers permet de situer Marcinelle comme un pôle local déjà structuré au IXe siècle, bien avant son intégration dans les cadres seigneuriaux et ecclésiastiques des siècles suivants[38].

Le hameau de la Tombe occupe un point stratégique où se croisent la voie romaine et une ancienne chaussée préhistorique dite de la Bruyère. Cette dernière conduisait au gué de Marchienne avant de rejoindre les sites néolithiques de Spiennes et d’Obourg, lieux d’extraction du silex pour les populations de la Bruyère[38]. Selon Louis Clause, cet espace de circulation très ancien explique la densité des vestiges archéologiques relevés dans le secteur. Au Xe siècle, lors de la révolte des grands contre le duc Brunon, les comtes Herebrand du Brabant et Robert de Lomme se partagent les terres de l’ancien comté de Darnau, étendu de part et d’autre de l’Orneau[38]. Ce bouleversement territorial entraîne une modification des pratiques religieuses locales : les habitants, qui se rendaient traditionnellement en pèlerinage à Lobbes, se tournent désormais vers Nivelles ou Fosses[38]. L’évêque Notger, constatant cet abandon des usages anciens, prononce l’anathème contre les fidèles récalcitrants. Parmi les soixante‑douze personnes mentionnées dans cette procédure figure la formule In decania flerosuensi, Marcinellis, qui indique que Marcinelle relève alors du doyenné de Fleurus[38]. Comme le souligne Louis Clause, cette mention constitue un témoignage précieux de l’organisation ecclésiastique régionale au haut Moyen Âge et de l’intégration de Marcinelle dans un réseau de paroisses structuré autour des voies de circulation anciennes[38].

Les XIIIe et XIVe siècles

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Au XIIIe siècle, l’avouerie de Marcinelle est exercée successivement par les seigneurs de Loverval Wautier, Arnould et Otton. Cette continuité familiale dans la charge témoigne de l’intégration du domaine dans les réseaux seigneuriaux régionaux. En 1235, Arnould de Loverval conclut avec le chapitre de Saint‑Lambert un accord portant sur l’établissement d’une ville neuve dans un bois situé sur le territoire de Marcinelle[38]. Selon Louis Clause, cette initiative illustre l’essor progressif de la localité au Moyen Âge, marqué par une volonté d’organiser l’espace, de structurer les habitats et de favoriser le développement économique autour de nouveaux noyaux de peuplement[38]. Ce projet de fondation, typique des politiques d’aménagement seigneuriales du XIIIe siècle, s’inscrit dans un contexte de croissance démographique et d’exploitation accrue des terres[38]. Il témoigne également de la collaboration entre le chapitre liégeois, détenteur des droits seigneuriaux, et les avoués chargés de l’administration locale. L’accord de 1235 constitue ainsi un jalon important dans l’histoire médiévale de Marcinelle, révélant l’évolution de son organisation territoriale et l’affirmation de son rôle dans la principauté de Liège[38]. La notion de ville‑neuve désigne, dans le contexte médiéval, un établissement dont la population est attirée par l’octroi d’une charte garantissant une protection contre l’arbitraire seigneurial et offrant parfois des privilèges substantiels. Selon Louis Clause, ce type de fondation vise à structurer un nouveau noyau d’habitat en fixant des règles propres à ses habitants, distinctes de celles des communautés rurales environnantes[39]. À Marcinelle, la première trace d’un cadre administratif autonome apparaît en 1237. Cette année‑là, Jean de Henripont et son épouse renoncent, à la demande du chapitre de Saint‑Lambert, aux droits qu’ils percevaient dans le bois de Marcinelle[39]. Cet acte, en précisant les prérogatives respectives du chapitre, de l’avoué et du curé, constitue le plus ancien témoignage connu de la coutume locale. Il marque l’émergence d’une organisation juridique propre à la communauté, étape essentielle dans l’évolution administrative de Marcinelle au XIIIe siècle[39].

Le contexte juridique évoqué par Louis Clause s’inscrit dans un différend antérieur : en 1211, l’évêque de Liège entre en conflit avec Arnould de Loverval, avoué particulièrement ambitieux. Celui‑ci, tout en reconnaissant la propriété du chapitre de Saint‑Lambert sur les Combles et son droit d’exploiter le bois, revendique néanmoins certains droits sur le fonds. Deux arbitres sont alors désignés, Anseil de Barbançon pour le chapitre et Otton de Montigny pour Arnould, afin de trancher un litige dont l’enjeu est considérable[40]. Une décision favorable à l’avoué lui aurait en effet permis de percevoir l’ensemble des cens et rentes issus des terres nouvellement mises en culture. Si la sentence arbitrale n’a pas été conservée, un acte daté du indique qu’Otton de Morialmé, successeur d’Arnould, renonce finalement à ces prétentions et reconnaît la propriété du chapitre[40]. Celui‑ci lui concède toutefois, en cas de fondation d’une ville‑neuve, la perception d’une capitation annuelle de douze deniers blancs par homme et de six deniers par femme, taxe versée par des hommes libres en échange de la protection publique. Les habitants bénéficient en outre d’exemptions importantes : ils ne sont pas soumis à la taille, à la mainmorte ni aux corvées. L’organisation locale repose sur la loi de Marcinelle, dont les principes essentiels apparaissent dans cet acte[40]. Le chapitre nomme le maleur, les échevins et le forestier, qui prêtent serment à l’église en présence de l’avoué et des manants. Ces officiers sont chargés de faire respecter la loi et de percevoir les redevances, réparties selon une proportion fixe : deux tiers pour le chapitre, un tiers pour l’avoué. En cas d’intervention contre un délinquant, le forestier doit requérir l’assistance du sergent de l’avoué, ce qui illustre la complémentarité entre autorité ecclésiastique et pouvoir avoual[40]. Les habitants doivent verser chaque année, à l’octave de la Toussaint, dix‑sept livres et demie de blanc à l’avoué ainsi que deux sous au petit vorveis, sous peine d’amende en cas de retard. L’avoué ne peut mobiliser les hommes de la seigneurie pour l’ost ou la chevauchée qu’en situation de guerre défensive, et pour une durée limitée permettant un aller‑retour au domicile en trois jours. Les dîmes, auparavant partagées entre le curé de Marcinelle et le chapitre, sont attribuées exclusivement à ce dernier à partir de 1243[40]. Comme le souligne Louis Clause, l’argument selon lequel ces dîmes seraient devenues « indissociables » sert surtout à justifier une réorganisation favorable au chapitre, qui préfère verser au curé une rente fixe de vingt livres de blanc plutôt que de partager des revenus destinés à croître avec la mise en culture de nouvelles terres. Cette décision marque une étape importante dans la consolidation des droits économiques du chapitre sur le territoire de Marcinelle[40].

La ville‑neuve de Marcinelle‑Haies semble s’être développée avec rapidité, stimulée par les privilèges accordés à ses habitants. Selon Louis Clause, le site retenu pour cette fondation se situait dans un vaste ensemble boisé comprenant les Bois du Prince et du Bon Bois. Ce dernier occupait alors la croupe située entre le ruisseau de la Fontaine‑qui‑Bout et celui de la Babotterie, formant une zone forestière continue avant les défrichements médiévaux[41]. L’emprise défrichée pour l’établissement de la ville‑neuve était précisément délimitée : à l’est, le ruisseau de la Fontaine‑qui‑Bout ; au sud et à l’ouest, l’ancien chemin de Nalinnes ; au nord‑ouest, le chemin Tienne Bricoup et le ruisseau de la Babotterie, au‑delà du chemin du Ry Oursel. Cette structuration du territoire témoigne d’une volonté d’organiser rationnellement l’espace, en s’appuyant sur des repères naturels et sur des voies anciennes. Une seconde zone, située dans le Bon Bois à l’ouest du chemin de Nalinnes, fut également défrichée[41]. Elle servit d’assise au futur quartier du Sart‑Saint‑Nicolas, dont l’origine remonte à ces opérations d’aménagement médiéval. L’ensemble de ces travaux illustre la dynamique de croissance de Marcinelle au XIIIe siècle, portée par les initiatives seigneuriales et par l’attrait des franchises offertes aux nouveaux habitants[41].

La configuration ancienne du quartier des Haies, avant le défrichement du Bon Bois encore visible en 1850 le long de la rue de Nalinnes, depuis la rue Tienne Bricoup jusqu’au plateau de La Bruyère éclaire le choix du site retenu pour la ville‑neuve. Le versant du vallon de la Fontaine‑qui‑Bout, orienté au sud‑est et protégé au nord‑ouest par la frondaison du Bon Bois, offrait un accès direct à une eau abondante et réputée saine. Selon Louis Clause, cette combinaison d’ensoleillement, de protection naturelle et de ressources hydriques explique l’attrait du lieu pour une implantation médiévale[41]. Le quartier du Sart‑Saint‑Nicolas, malgré une exposition moins favorable au nord‑ouest, fut également retenu en raison de la présence de nombreuses sources surgissant à mi‑pente du vallon adjacent au plateau sablonneux de La Bruyère. Ces émergences d’eau, caractéristiques des terrains perméables du secteur, constituaient un avantage décisif pour l’établissement d’un habitat durable[41]. L’élargissement de l’emprise autour de la place des Haies s’explique par la concentration de sources qui subsistaient encore avant l’ouverture des cayats et l’exploitation du charbonnage du Bois du Cazier[41]. Plusieurs points d’eau étaient visibles au bas de la rue des Sarts, dans l’angle sud‑est de la place, ainsi qu’au carrefour des rues Mallavée et Masy. Ces éléments hydrologiques, relevés par Louis Clause, témoignent de l’importance des ressources naturelles dans la structuration des quartiers médiévaux de Marcinelle et dans l’évolution de leur morphologie jusqu’à l’époque contemporaine[41].

Au milieu du XIIIe siècle, plusieurs actes situent Marcinelle dans le réseau institutionnel et seigneurial de la principauté de Liège. Le , le prince‑évêque approuve un accord conclu entre le chapitre de Saint‑Lambert et les prêtres de l’église de Marcinelle au sujet des dîmes locales, illustrant les ajustements réguliers entre autorités ecclésiastiques concernant la répartition des revenus paroissiaux[42]. Selon Louis Clause, ce type d’arrangement témoigne de la complexité des relations entre le chapitre liégeois et les desservants locaux, dans un contexte où les dîmes constituent une ressource essentielle. Le , un nouvel accord est établi entre Robert, évêque de Liège, et Otton de Morialmé, par l’intermédiaire de Gérard de Marbais et Gérard de Pesches[42]. Il vise à préciser les droits respectifs de chacun dans le bois de Marcinelle, espace soumis à des usages partagés et à des revendications concurrentes. Ce document s’inscrit dans la série de négociations qui, tout au long du XIIIe siècle, définissent les modalités d’exploitation des ressources forestières dans la région. Le , Godeschal de Loverval, chevalier, conclut un accord avec l’évêque de Liège à propos de l’incarcération du mayeur de Marcinelle[42]. Il s’engage à libérer ce dernier et à se rendre au château de Huy avec les hommes responsables de l’arrestation, lesquels doivent y demeurer pour une durée équivalente à celle de la détention du mayeur. Comme le souligne Louis Clause, cet épisode illustre les tensions ponctuelles entre autorités seigneuriales et officiers locaux, ainsi que le rôle du pouvoir épiscopal dans la régulation de ces conflits[42]. Un acte du apporte un éclairage sur les finances épiscopales. Jean, évêque de Liège, reconnaît avoir emprunté à son cousin Nicolas de Condé, seigneur de Beleil et de Morialmé, une somme de 2 000 marcs liégeois destinée à rembourser les dépenses engagées par Henri de Louvain durant la vacance du siège épiscopal[42]. Pour garantir ce remboursement, l’évêque assigne une part importante des revenus de la mense épiscopale, provenant notamment de Tihange, Amay, Wanze, Vinalmont, Pitet, Oha, Statte, Meeffe, Waret‑l’Évêque, Vaux‑lez‑Halloy, Braibant, Ciney, Bure, Revogne, Havelange, Dinant, Couvin, Marcinelle, Fosses, Mettet, Spy, Malonne et Franchimont. Il ordonne à ses receveurs de verser intégralement ces revenus à Nicolas de Condé. Cette liste, relevée par Louis Clause, témoigne de l’étendue des possessions épiscopales et de l’intégration de Marcinelle dans un ensemble économique structuré à l’échelle de la principauté[42].

Au XIVe siècle, la région d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse ne semble pas avoir connu d’événements majeurs, mais quelques actes isolés permettent de suivre l’évolution administrative de Marcinelle. Un document daté du atteste que la cour échevinale de Marcinelle confirme le transport de dix‑huit bonniers de terre au chapitre de Saint‑Lambert[43]. Ces terres sont ensuite données en rendage à Jean Causens. L’acte, qui détaille les pièces concernées et leurs confronts, mentionne les autorités locales, parmi lesquelles Johan dit li Blondias, maire, ainsi que plusieurs échevins de la haute cour de Marcinelle[43]. Selon Louis Clause, ce type de transaction illustre la continuité des pratiques foncières médiévales et la place du chapitre liégeois dans la gestion des terres de Marcinelle[43]. Il témoigne également du rôle structurant de la cour échevinale, chargée d’authentifier les transferts de propriété et de garantir la validité des actes. La présence du maire et des échevins dans ce document reflète l’organisation locale de la justice seigneuriale, encore solidement établie au XIVe siècle malgré l’absence d’événements politiques d’envergure dans la région[43].

Le XVe siècle

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Au XVe siècle, Marcinelle subit, comme l’ensemble des localités de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, les répercussions des conflits opposant le comté de Namur à la principauté de Liège. En 1408, lors de l’intervention de Guillaume de Bavière venu secourir son frère Jean, assiégé à Maastricht, les troupes traversent plusieurs villages de la région, notamment Fontaine‑l’Évêque, Marchienne, Marcinelle et Châtelet[44]. Selon Louis Clause, ces déplacements militaires témoignent de la vulnérabilité des communautés situées le long des axes de circulation reliant la Sambre aux territoires namurois[44]. Les hostilités reprennent en 1430. Après leur victoire à Aiseau, les Namurois incendient Châtelet ainsi que plusieurs centaines de localités de la vallée Sambre‑et‑Meuse[44][45]. L’église et le village de Couillet sont entièrement détruits. La paroisse de Sainte‑Catherine, établie sur les Fiesthauts, est presque totalement ruinée ; seules quelques habitations subsistent dans la zone marécageuse proche du château[45]. Ces destructions massives illustrent la violence des opérations militaires et l’impact durable qu’elles exercent sur l’organisation paroissiale et l’habitat rural[44]. En 1440, le curé de Marcinelle reçoit également la charge de Couillet, signe de la réorganisation ecclésiastique rendue nécessaire par les ravages des décennies précédentes. Comme le souligne Louis Clause, cette union de cures reflète la volonté de restaurer une administration religieuse stable dans une région profondément affectée par les conflits entre principauté et comté[44].

Au XVe siècle, plusieurs actes permettent de suivre l’évolution des usages seigneuriaux et des droits fonciers à Marcinelle et à Couillet. Un document daté du , mentionné par Louis Clause, constitue une rencharge émise par les échevins de Liège. Il précise les usages relatifs au moulin et au bois de Marcinelle et de Couillet, sous l’autorité du receveur Collart Henri et du mambour Johannes Paren[45]. Ce type d’acte témoigne de la régulation continue des ressources locales, en particulier des installations hydrauliques et des espaces forestiers, essentiels à l’économie rurale de la région[46]. L’année suivante, le , Collart Henri demeurant à Châtelet et détenteur en fief de la Motte de Marcinelle procède à un échange devant la cour de Charnois, relevant de la châtellenie de Viesville. Il cède la Motte de Marcinelle en contrepartie de sa part de droits de pêche sur la Sambre. Cette transaction illustre la valeur stratégique des droits d’usage sur les cours d’eau, souvent considérés comme plus profitables ou plus sûrs que certains biens fonciers[47]. Elle montre également la mobilité des possessions seigneuriales au sein des juridictions locales, dans un cadre juridique où les cours de haute justice jouent un rôle central dans la validation des échanges. Selon Louis Clause, ces actes isolés, bien que modestes, éclairent la manière dont Marcinelle s’inscrit dans les réseaux administratifs et seigneuriaux de la principauté de Liège au XVe siècle, période marquée par une gestion fine des ressources et par une forte imbrication entre pouvoirs ecclésiastiques et autorités locales[47].

À la fin du XVe siècle, plusieurs actes témoignent de l’activité administrative et judiciaire de Marcinelle. Un document de 1480 cite Jehan Ernau comme maire de la localité, entouré d’échevins tels que Jean le Maître, Jehan Manuet ou Jehan Goffart. Cette mention, relevée par Louis Clause, illustre la continuité des institutions locales et la régularité des opérations juridiques menées devant la haute cour de Marcinelle. Les actes sont alors fréquemment passés devant les autorités de Marcinelle et de Couillet[48]. En 1488, Remy Huart et Jean Guildolff assistent à la validation d’un document, ce qui montre l’imbrication des deux communautés dans la gestion des affaires courantes[47]. Le 9 septembre de la même année, les cours réunies de Marchienne‑au‑Pont, Marcinelle, Mont‑sur‑Marchienne et Montigny‑le‑Tilleul émettent une déclaration portant sur l’entrecours, le pâturage et le waldage, témoignant de la nécessité de coordonner les usages ruraux entre plusieurs juridictions voisines[47]. Le , une rencharge oppose l’Aumône de la cathédrale de Liège à Jean de Fosseit et Jean du Tryx au sujet d’une rente, révélant les interactions fréquentes entre institutions ecclésiastiques et particuliers dans la région. Enfin, le , Jean Henry, fils de Collard Henry de Châtelet, relève la Motte de Marcinelle ainsi que divers biens situés à Sart‑Saint‑Nicolas, Hallois et dans les environs. Selon Louis Clause, cet acte illustre la transmission régulière des fiefs et la structuration du patrimoine foncier à la veille du XVIe siècle, dans un cadre juridique où les cours locales jouent un rôle central dans l’authentification des droits[46].

Temps modernes

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Les XVIe et XVIIe siècles

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À la fin de l’année 1500, les juridictions de Marchienne‑au‑Pont, Marcinelle, Mont‑sur‑Marchienne et Montigny‑le‑Tilleul adoptèrent un acte destiné à fixer de manière durable les règles coutumières encadrant la circulation des troupeaux et l’usage des pâturages entre leurs territoires. Selon l’analyse de Louis Clause, ce document visait avant tout à rappeler des pratiques anciennes dont l’application reposait sur un équilibre local, hérité de traditions seigneuriales bien établies[48]. Les représentants des quatre cours, réunis à Marchienne, confirmèrent que le bétail pouvait se déplacer et paître librement dans les limites où ces droits avaient été exercés « de tout temps ». Cette liberté demeurait toutefois encadrée par plusieurs restrictions[48]. Ainsi, les troupeaux de brebis ne pouvaient quitter la seigneurie dont ils dépendaient, sauf dans le cadre d’une vente au détail ou d’une confiscation judiciaire. Clause souligne que cette limitation visait à prévenir les conflits liés à la transhumance et à protéger les ressources locales[48]. L’acte précisait également que les brebis ne devaient pas accéder aux chaumes de céréales avant la moisson, ni aux prés entre le début du mois de mars et la fête de la Saint‑Martin. Ces interdictions, fréquentes dans les réglementations rurales de l’époque, avaient pour objectif de préserver les récoltes et de garantir la régénération des pâtures[48]. Les détenteurs de troupeaux ayant passé l’hiver dans la région conservaient néanmoins le droit d’effectuer les litines saisonnières, c’est‑à‑dire les parcours traditionnels permettant de profiter des pâturages communs[48]. Un cas particulier est relevé par Louis Clause : le fermier de Marfalise bénéficiait d’un privilège spécifique l’autorisant à faire paître ses bêtes dans les terres entourant son exploitation, indépendamment des limitations imposées aux autres éleveurs[48]. La cour de Montigny indiqua pour sa part qu’elle ne pouvait se prononcer sur l’entrée de brebis étrangères, n’en ayant jamais accueilli hormis celles du fermier de Marfalise. Les autres juridictions rappelèrent enfin que nul ne pouvait introduire des brebis pour la pâture ou pour la vente sans l’autorisation explicite du seigneur. Toute infraction entraînait la confiscation des animaux concernés, une mesure que Clause interprète comme un moyen de contrôle économique autant que judiciaire[48].

Les XVIe et XVIIe siècles furent une période de profondes perturbations pour l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, régulièrement traversée par les armées françaises, espagnoles, autrichiennes et hollandaises. Selon Louis Clause, ces déplacements militaires successifs provoquèrent une série de destructions qui touchèrent l’ensemble des communautés rurales de la région[49]. Les incendies, les pillages et les réquisitions se multiplièrent, affectant durablement l’économie locale et la stabilité des foyers. Plusieurs localités furent particulièrement éprouvées. Fosses subit à maintes reprises des mises à sac, tandis que Hanzinelle, Ham‑sur‑Heure, Florennes, Walcourt, Thuin, Marchienne et Marcinelle connurent des dommages considérables[49]. Clause rappelle que Marcinelle fut incendiée par les troupes espagnoles en août 1677, épisode emblématique de la vulnérabilité des villages exposés aux mouvements de guerre[49]. À Châtelet, les dévastations atteignirent un tel degré qu’en 1681 le prince‑évêque décida d’alléger temporairement les rentes dues par les habitants[49]. Il annula également les contrats dont les intérêts avaient été augmentés de manière abusive, mesure exceptionnelle destinée à soutenir une population appauvrie par les violences répétées. Les réquisitions imposées par les armées en campagne eurent des effets durables sur les cultivateurs, artisans et ouvriers[49]. Contraints de fournir vivres, matériel ou bétail, ils se retrouvèrent fréquemment ruinés. Clause souligne que cette situation plongea les communautés dans une incertitude constante, les obligeant à reconstruire leurs biens après chaque épisode de destruction et à vivre dans la crainte de nouveaux passages militaires[49]. En 1520, Couillet entreprit de rétablir une paroisse autonome centrée sur la chapelle Saint‑Laurent, initiative qui se heurta à l’opposition ferme de Marcinelle et de son curé[50]. Selon Louis Clause, cette tentative illustre les tensions récurrentes entre communautés voisines autour des questions de juridiction ecclésiastique et de gestion des lieux de culte[49]. En 1539, un jugement rendu par les échevins de Liège régla l’usage d’un pré particulier, autorisant les habitants de Marcinelle à y conduire leurs bêtes pour le pâturage après la Saint‑Pierre d’août[49][50]. Clause souligne que ce type de décision reflète l’importance des terres communes dans l’économie rurale et la nécessité d’arbitrer régulièrement les droits d’accès aux pâtures. Dix ans plus tard, la justice de Marchienne‑au‑Pont consigna dans un acte les droits détenus dans la seigneurie par l’évêque de Liège, le seigneur local et les habitants[49]. Ce document, que Clause considère comme un témoignage administratif précieux, confirmait que de nombreuses localités Thuin, Gozée, Marbais, Fontaine‑l’Évêque, Landelies, Donstiennes, Clermont, Marcinelle, Mont‑sur‑Marchienne, Montigny‑le‑Tilleul, Lobbes et ses dépendances relevaient de Marchienne pour l’usage des poids et mesures. Cette centralisation des normes métrologiques traduisait la volonté d’assurer une cohérence économique et judiciaire dans une région où les échanges entre villages étaient fréquents[49].

En 1551, les échevins de Liège rendirent une décision portant sur le champiage et le pâturage des moutons dans les bois de Montigny‑le‑Tilleul. Selon Louis Clause, ce type de jugement illustre la fréquence des arbitrages nécessaires pour réguler l’accès aux ressources forestières, essentielles à l’économie pastorale des communautés rurales. En 1567, l’évêque de Liège procéda à la cession de la terre et de la seigneurie de Marcinelle et Couillet à Arnold de Bocholtz[51][52]. Cette transmission incluait l’ensemble des droits féodaux, des juridictions et des revenus attachés à ces territoires, témoignant de l’importance stratégique et économique de la seigneurie dans l’organisation régionale[53]. Clause souligne que cette mutation seigneuriale s’inscrit dans un contexte plus large de réaménagement des possessions ecclésiastiques au cours du XVIe siècle. À cette époque, la fonction de mayeur de Marcinelle était exercée par Jean de Marotte, seigneur de Boussu‑en‑Fagne, Acoz, Lausprelle et Frasnes[53]. Il cumulait également les charges de grand bailli de Couvin et d’officier de Châtelet. Clause rappelle que cette concentration de responsabilités était caractéristique des élites locales, dont l’autorité s’étendait souvent sur plusieurs juridictions et seigneuries, renforçant leur rôle dans l’administration et la justice des communautés villageoises[53].

La neutralité revendiquée par la principauté de Liège dans les affrontements opposant la France aux Pays‑Bas espagnols ne suffit pas à préserver ses localités des incursions militaires. En 1577, Châtelet, menacée par les mouvements de troupes, sollicita à plusieurs reprises l’appui de Couillet et de Marcinelle[53]. Louis Clause souligne que ces demandes d’assistance témoignent de la solidarité pragmatique entre communautés voisines, souvent contraintes de s’entraider pour faire face aux dangers extérieurs. Deux ans plus tard, les habitants de Couillet assignèrent plusieurs biens et revenus notamment les prés Saint‑Laurent et ceux de la chapelle Sainte‑Catherine à l’entretien de leur nouvelle paroisse[53]. Cette décision, que Clause interprète comme un effort d’organisation locale dans un contexte troublé, visait à garantir la stabilité des institutions religieuses malgré les perturbations politiques et militaires. En 1581, Marcinelle, Couillet, Mont‑sur‑Marchienne et Marchienne répondirent de nouveau à une demande de secours de Châtelet, comme l’attestent les comptes communaux[53]. Clause rappelle que ces interventions répétées illustrent la fragilité des bourgs exposés aux passages de troupes et la nécessité de mobiliser des ressources collectives pour assurer leur défense[53]. À la fin du siècle, les soldats de Labourlotte, cantonnés à Marcinelle, se livrèrent à des pillages à Châtelet, aggravant encore les tensions et les pertes matérielles. En 1600, Marcinelle fut intégrée au huitième quartier de la principauté de Liège, une réorganisation administrative que Clause considère comme représentative des ajustements territoriaux opérés pour renforcer la cohérence de la gestion régionale[53].

Au XVIIIe siècle, le huitième quartier du pays de Liège regroupait un ensemble de localités soumises à une contribution fiscale appelée taille. Le montant exigé de chaque communauté variait selon son importance démographique et économique. D’après Louis Clause, cette fiscalité constituait l’un des principaux instruments de financement des institutions liégeoises et reflétait les disparités entre bourgs, villages et hameaux[54]. Pont‑de‑Loup devait verser treize florins, Châtelet cinquante‑cinq florins et quinze patards, Marchienne‑au‑Pont cinquante florins et douze patards, Marcinelle quarante florins, Farciennes trente florins, Bouffioulx vingt‑huit florins, Falisolle dix‑huit florins, Couillet quinze florins, tandis que d’autres villages encore s’acquittaient de sommes plus modestes. L’ensemble de la taille atteignait environ douze mille florins, répartis entre tous les habitants du pays[54]. Clause souligne que cette répartition globale permettait de mesurer le poids économique de chaque communauté au sein de la principauté. À la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, la distribution de cette charge fiscale entre les différentes catégories sociales suscita des tensions[54]. Le clergé contribuait pour 1 490 florins, la noblesse pour 165, la cité pour 1 600, les vingt‑deux bonnes villes pour 1 335, tandis que les villages des quartiers assumaient 7 408 florins. Selon Clause, cette disproportion reflétait la structure sociale du pays de Liège, où les communautés rurales, bien que moins aisées, supportaient une part considérable de la fiscalité, ce qui alimentait régulièrement les contestations[54].

Les XVIIe et XVIIIe siècles

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Au cours du XVIIe siècle, les localités du huitième quartier du pays de Liège furent régulièrement affectées par les conflits opposant les puissances européennes et par les mouvements de troupes qui traversaient la région. En 1626, le procureur général du Conseil de Namur interdit aux habitants de Châtelet d’acheter des grains sur les terres relevant du roi d’Espagne, estimant qu’ils pouvaient s’approvisionner dans les villages voisins, notamment Montigny, Couillet, Marcinelle ou Pont‑de‑Loup[55][56]. Louis Clause souligne que cette mesure visait à limiter les échanges susceptibles de fragiliser les circuits d’approvisionnement locaux en période de tension militaire. En 1637, les troupes du colonel Forgas et du comte Piccolomini stationnèrent à Marcinelle et à Couillet, imposant aux habitants des réquisitions et des charges supplémentaires[55][56]. Les années 1638‑1639 furent marquées par de nouvelles dévastations causées par les armées espagnoles dans l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, phénomène que Clause décrit comme récurrent dans les zones rurales exposées aux déplacements militaires. En 1640, un incident éclata à Châtelet lorsqu’un cheval volé près de la Tombe, au‑dessus de Marcinelle, fut retrouvé au Beau‑Moulin. L’affrontement qui s’ensuivit provoqua la mort d’un soldat, illustrant les tensions quotidiennes générées par l’insécurité ambiante[55]. L’année suivante, plusieurs villages dont Couillet, Marcinelle et Montigny‑sur‑Sambre s’engagèrent à contribuer aux frais de fortification de Châtelet[56], signe de la nécessité de renforcer les défenses locales face aux menaces persistantes. En 1642, Couillet obtint la restauration de sa paroisse[55]. L’ancienne chapelle castrale Saint‑Laurent fut agrandie pour accueillir les fonctions paroissiales[57], tandis que le site de l’ancienne paroisse Sainte‑Catherine ne conserva qu’un calvaire. Clause interprète cette réorganisation religieuse comme une volonté de stabiliser la vie communautaire dans un contexte marqué par les troubles militaires et les transformations administratives[58].

Après la victoire remportée par le duc d’Enghien à Rocroi en 1643, la région fut de nouveau soumise à des charges militaires importantes[57]. En 1650, de vastes cantonnements furent établis dans plusieurs localités : Don Esteve à Marchiennes, Clinchamp à Montigny‑le‑Tilleul, Tavanes et le régiment de Condé à Marcinelle, tandis que d’autres unités occupaient Couillet, Loverval, Bouffioulx, Montigny‑sur‑Sambre et les faubourgs de Châtelet[58]. Louis Clause souligne que ces installations successives pesaient lourdement sur les habitants, contraints de fournir logement, vivres et matériel aux troupes. Le régiment de Condé séjourna encore à Châtelet entre novembre 1651 et février 1652, ce qui entraîna la levée d’une taille supplémentaire[58]. Pour prévenir les pillages, une coupe de bois de trente‑six bonniers fut mise en vente, mesure exceptionnelle destinée à financer les dépenses imposées par la présence militaire. Clause rappelle que ce type de décision illustre la vulnérabilité économique des communautés rurales confrontées à des réquisitions incessantes. En 1653, les Lorrains campèrent à Marcinelle, Couillet et Montigny‑sur‑Sambre[58]. Plusieurs villages furent requis pour participer aux travaux de défense de Châtelet, alors que Marcinelle et Marchiennes étaient presque désertées, conséquence directe des passages de troupes et des destructions répétées. Entre 1655 et 1656, les troupes du prince de Condé, du comte de Coligny, du comte de Sasse et du comte de Baulevelle occupèrent successivement Nalinnes, Montigny‑le‑Tilleul, Marcinelle et Couillet[58]. Clause interprète cette succession d’occupations comme un signe de l’instabilité chronique qui caractérisait l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse au milieu du XVIIe siècle, où les villages se trouvaient régulièrement exposés aux exigences logistiques des armées en campagne[58].

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les occupations militaires répétées entraînèrent une dégradation progressive de la situation financière de Marcinelle. Selon Louis Clause, la commune, accablée par les charges imposées par les troupes de passage, dut se résoudre à aliéner une partie de ses biens pour faire face à ses dettes croissantes[58]. En octobre 1663, le prince‑évêque de Liège autorisa ainsi la vente de deux cents bonniers de bois. L’acte fut conclu en mars 1664 au profit de Laventurier, maître de forges à Châtelet, ce qui témoigne de l’importance économique que représentaient les ressources forestières dans la région. Les autorités locales justifièrent cette décision par l’accumulation de charges depuis plusieurs décennies[58]. Les hivernements successifs des troupes espagnoles, italiennes, impériales, françaises ou lorraines avaient contraint la communauté à contracter d’importantes dettes et à vendre plus de trois mille florins de rentes sur les biens communaux, sans parvenir à en acquitter les intérêts[59]. Clause souligne que cette spirale d’endettement illustre la fragilité des finances villageoises face aux exigences logistiques des armées en campagne[59]. Les témoignages mentionnent les passages de régiments commandés par des officiers tels que don Francisco de Médyna, Jean de Sénéchal, le comte de Rucquoi, le général Bolouson, Octavio Piccolomini, don Augustin Spinola, ainsi que Forgatz et Lodebeck[59]. Leurs séjours prolongés, accompagnés de réquisitions et de prélèvements, avaient durablement appauvri la population, réduisant les capacités de production et compromettant la gestion des biens communaux. Clause interprète cette succession d’occupations comme un facteur déterminant dans l’effondrement économique de Marcinelle à la fin du XVIIe siècle[59].

La fondation de la première forteresse de Charleroi remonte au , lorsque le marquis de Castel Rodrigo fit établir les bases d’un ouvrage militaire sur le territoire du village de Charnoy[60]. Celui‑ci occupait un promontoire naturellement défendu, bordé au sud par la Sambre, à l’ouest par le ruisseau de Lodelinsart et à l’est par le ravin de Montigny[59]. Selon Louis Clause, ce choix stratégique répondait à la nécessité de contrôler un point de passage essentiel entre les possessions espagnoles et les zones convoitées par la France[59]. Cette première fortification, encore inachevée, fut détruite moins d’un an plus tard, le , afin d’éviter qu’elle ne tombe intacte aux mains de Louis XIV. Trois mois après la prise du site, Vauban entreprit une nouvelle fortification de Charleroi. Il dota la place de six bastions, dont les noms Turenne, Orléans, Dauphin, Roi, Montal et Gardes ont été conservés dans la toponymie urbaine[59][61]. Clause souligne que cette reconstruction s’inscrit dans la politique française de consolidation des frontières, Charleroi devenant l’un des maillons du réseau de places fortes conçu par l’ingénieur. Sur les terres confisquées à la principauté de Liège fut ensuite édifiée la Ville‑Basse[59]. Les habitants de ce nouveau quartier reçurent les mêmes privilèges que ceux de la forteresse, ce qui entraîna de longs litiges juridiques entre les autorités liégeoises et les administrateurs de Charleroi. Ces contestations, qui se prolongèrent durant plus d’un siècle, témoignent de l’importance des enjeux territoriaux et fiscaux liés à l’implantation de la nouvelle place forte. Clause interprète ces conflits comme une conséquence directe de la réorganisation politique imposée par la présence française dans la région[59].

Le , le prince d’Orange encercla Charleroi, alors défendue par Montal, mais le siège fut levé le 17 grâce à l’intervention du maréchal de Luxembourg. Selon Louis Clause, ces opérations militaires eurent des répercussions directes sur les localités voisines : le village de Marcinelle fut incendié par les troupes espagnoles, qui accusaient ses habitants d’avoir attaqué leur arrière‑garde lors d’une action antérieure. Cet épisode illustre la vulnérabilité des communautés rurales prises dans les mouvements de guerre de la fin du XVIIe siècle. En 1693, le général Ximénès occupa les hauteurs de la Tombe de Marcinelle et de Mont‑sur‑Marchienne, tandis que la garnison de Charleroi évacuait la place les 11 et 12 octobre[62]. Clause souligne que ces années furent marquées par une disette sévère, au point que le pain dut être fabriqué avec du son, signe de l’extrême précarité alimentaire provoquée par les campagnes militaires successives. En mai 1696, l’armée française établit son camp à Marcinelle et à Marchienne avant de franchir la Sambre pour se diriger vers Gosselies puis Fleurus[62]. L’année suivante, Louis XIV annexa encore une portion du territoire de Marcinelle vingt bonniers afin de permettre à Vauban de compléter les défenses du passage de la Sambre[62]. Au début du XVIIIe siècle, le gué Gobeau constituait le principal point de franchissement de la rivière entre Bas‑Long‑Pré et la route reliant Marchiennes à Mons, élément stratégique que Clause considère comme essentiel dans la géographie militaire de la région. En 1709, Marcinelle accueillit les troupes commandées par de Fraulx, tandis que le duc de Luxembourg y séjourna également[63]. La crainte de pillages provoqua une agitation notable dans les localités environnantes, au point que les autorités de Châtelet sollicitèrent à plusieurs reprises la protection des commandants stationnés à Marcinelle. Le 20 octobre de la même année, le maïeur Gilles Bataille offrit au duc de Luxembourg des denrées demandées par son maître d’hôtel, geste que Clause interprète comme représentatif des usages diplomatiques et des pratiques de conciliation adoptées par les communautés pour éviter les exactions[64].

Le traité de Rastatt, signé le , mit un terme aux guerres de la succession d’Espagne et procura aux localités voisines de la forteresse de Charleroi une période d’accalmie d’environ deux décennies. Selon Louis Clause, cette stabilité relative permit aux communautés de reconstituer partiellement leurs ressources après un siècle marqué par les passages de troupes et les réquisitions[65]. Cette tranquillité prit fin en 1735, lorsqu’une compagnie de hussards hongrois s’installa à Marcinelle. Leur présence inaugura une nouvelle phase de perturbations militaires, bientôt amplifiée par la guerre de succession d’Autriche, qui se déroula de 1740 à 1748[65]. Les villages du secteur furent de nouveau soumis aux déplacements d’unités armées, aux réquisitions de vivres et de matériel, ainsi qu’aux charges financières imposées par les cantonnements. Clause souligne que ces contraintes pesèrent lourdement sur les économies locales, déjà fragilisées par les conflits du siècle précédent[65]. En 1746, lors du siège de Charleroi commencé le 16 juillet, Marcinelle accueillit une part importante des forces assiégeantes. Les hostilités reprirent en 1747, prolongeant l’état d’insécurité dans la région. Ce n’est qu’avec la paix d’Aix‑la‑Chapelle, en 1748, que s’installa une stabilité durable, laquelle se maintint jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Clause interprète cette période comme un moment de réorganisation progressive des communautés, désormais moins exposées aux exigences logistiques des armées en campagne[65].

Époque contemporaine

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Les Révolutions brabançonne et française

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À la fin des années 1780, l’ensemble de la principauté de Liège et des Pays-Bas autrichiens traverse une période de fragilité économique marquée par une succession de mauvaises récoltes. L’année 1788 constitue un moment particulièrement critique : les moissons insuffisantes réduisent fortement l’accès au blé et affaiblissent les réserves alimentaires[66]. La fermeture des frontières française puis belge, respectivement les 7 septembre et 15 décembre, entraîne une augmentation rapide du prix des denrées, ce qui nourrit un climat de tension sociale. Dans ce contexte, certains groupes encouragent les habitants à remettre en cause l’autorité publique et à contester le paiement des droits de bourgeoisie, phénomène que Louis Clause identifie comme l’un des signes annonciateurs du malaise politique de la région[66]. Depuis 1772, plusieurs communautés liégeoises situées au sud de Charleroi notamment Montignies-sur-Sambre, Marcinelle, Marchiennes, Monceau, Montigny-le-Tilleul, Mont-sur-Marchienne et Landelies bénéficiaient d’une autorisation particulière leur permettant de se procurer pain et grain sur le marché de Charleroi, malgré les interdictions générales imposées par les autorités. Les habitants devaient toutefois présenter un certificat délivré par un officier de justice ou par le curé, garantissant que les produits achetés étaient destinés à leur propre consommation[66]. Louis Clause souligne que ce régime dérogatoire, conçu pour répondre à des besoins locaux, fut progressivement restreint : cinq de ces localités perdirent ce privilège au fil des années. Lorsque la crise alimentaire s’intensifia à la fin de la décennie, cette suppression plaça les populations concernées dans une situation particulièrement vulnérable, accentuant les tensions déjà perceptibles dans la région de Charleroi et ses environs[66]. À partir de décembre 1788, l’administration bruxelloise est confrontée à un afflux de réclamations émanant de diverses communautés touchées par les restrictions alimentaires. Parmi elles, Marcinelle se distingue par l’intervention de ses bourgmestres, J. Nille et J.-J. Mazy, qui sollicitent la réintroduction des facilités accordées en 1772[66]. Ils estiment que leur localité ne devrait pas être traitée différemment des villages voisins, d’autant que les liens entre Charleroi et Marcinelle sont anciens et multiples. Les deux bourgmestres rappellent que les relations paroissiales, les propriétés foncières imbriquées et les échanges économiques ont toujours rapproché les deux communautés[67]. Selon Louis Clause, cette argumentation s’appuie également sur le rôle essentiel joué par Marcinelle dans l’approvisionnement du marché carolorégien, notamment par la fourniture régulière de produits agricoles et forestiers. Dans un contexte de crise alimentaire aiguë, ces revendications traduisent la volonté des autorités locales de préserver les mécanismes traditionnels de subsistance et de maintenir l’équilibre économique régional[68].

À la fin de l’année 1788, les autorités de Charleroi sont consultées afin d’évaluer la situation alimentaire dans la région, alors que Bruxelles reçoit de nombreuses plaintes liées aux restrictions imposées sur l’achat de denrées. Les officiers principaux de Charleroi confirment le rôle essentiel de Marcinelle dans l’approvisionnement de la ville, en particulier pour le bétail, les fruits, les légumes, le beurre et d’autres produits indispensables à la subsistance urbaine[68]. Cette confirmation convainc le gouvernement de rétablir, le , le privilège qui permettait aux habitants de Marcinelle de se procurer pain et grain sur le marché carolorégien. Louis Clause souligne que cette décision s’inscrit dans une logique de préservation des circuits traditionnels d’échange, jugés indispensables en période de pénurie[68]. Quelques mois plus tard, en mai 1789, Couillet qui n’avait jamais bénéficié de cette autorisation introduit à son tour une requête, invoquant son unité administrative avec Marcinelle et sa participation à l’approvisionnement régional. Les autorités rappellent toutefois que Châtelet traverse une disette particulièrement sévère, ce qui entraîne des achats massifs de pain à Charleroi[69]. Pour contourner les contrôles, certains habitants recourent à des pratiques dissimulées, allant jusqu’à envoyer des enfants acheter les denrées, phénomène que Clause interprète comme un signe de la détresse croissante des populations confrontées à la crise alimentaire[70].

Dans un contexte de tensions croissantes liées à la crise alimentaire de 1788‑1789, les autorités de Charleroi décident de dépêcher l’inspecteur principal Hamoir à Bruxelles afin de défendre les intérêts des communautés liégeoises qui dépendent du marché carolorégien pour leur subsistance. Cette démarche vise à obtenir une clarification des règles d’approvisionnement, alors que les restrictions imposées par le gouvernement autrichien provoquent de nombreuses plaintes[70]. Le , une nouvelle mesure rétablit la liberté d’achat de denrées pour Montigny, Marcinelle, Farciennes et Landelies, tout en étendant ce droit à Couillet et Châtelet, jusque‑là exclus de ce privilège. Selon Louis Clause, cette décision marque une tentative de stabilisation des circuits alimentaires régionaux dans une période de forte vulnérabilité économique[70]. La réglementation ainsi adoptée demeure en vigueur jusqu’à la fin du régime autrichien et, d’après Clause, pourrait même avoir été maintenue durant les premières années de la domination française, témoignant de la continuité administrative recherchée pour éviter de nouvelles perturbations dans l’approvisionnement des populations[70]. En 1790, dans un contexte où les mouvements révolutionnaires gagnent en intensité dans la principauté de Liège, les trois ordres de l’État lancent un appel à l’insurrection le 21 mai, signe d’une rupture politique désormais ouverte avec les autorités établies. Les volontaires issus de Châtelet et des localités voisines se regroupent alors à Mettet et à Montigny‑le‑Tilleul, formant les premiers contingents destinés à soutenir l’effort militaire des patriotes liégeois[70]. Le 19 juin, une décision officielle fixe les conditions matérielles de leur engagement : chaque volontaire rejoignant l’armée patriotique reçoit une indemnité de voyage de cinq florins brabançons ainsi qu’une solde journalière de dix sols. Louis Clause souligne que ces mesures visaient à structurer la mobilisation naissante et à garantir un minimum de soutien financier aux insurgés, dans une période où les tensions politiques et sociales se mêlaient aux difficultés économiques persistantes[70].

Lorsque Bruxelles restitue à Marcinelle son droit d’accès au marché de Charleroi, la structure politique de la principauté de Liège demeure encore strictement limitée aux trois ordres traditionnels. Ce cadre institutionnel ne commence à évoluer qu’après les revendications répétées des communautés rurales, qui réclament une participation plus directe aux affaires publiques[70]. Sous cette pression, le Tiers finit par accepter, le , le principe d’une représentation des villages, ouvrant la voie à une réforme électorale plus large. Le décret définitif organisant les modalités de cette représentation n’est toutefois adopté que le 7 mai 1790[70]. À cette date, le quartier de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse comprenant les cinq bonnes villes de Thuin, Châtelet, Fosses, Dinant et Couvin est divisé en cinq districts administratifs. Le troisième district regroupe notamment Gozée, Ham‑sur‑Heure, Marcinelle, Nalinnes, Jamioulx et plusieurs autres localités, chacune contribuant à une part de la taxe globale imposée au pays de Liège[71]. Louis Clause souligne que cette réorganisation territoriale marque une étape importante dans l’intégration politique des communautés rurales, longtemps tenues à l’écart des mécanismes de décision, et qu’elle reflète les transformations institutionnelles provoquées par les tensions révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle[72].

À la fin du XVIIIe siècle, les élections instaurées dans la principauté de Liège se déroulent selon un système à deux degrés : chaque village désigne un électeur choisi parmi les chefs de ménage établis depuis au moins un an, sans distinction de sexe ni de statut ecclésiastique, ce qui constitue une innovation notable dans le contexte politique de l’époque. À Marcinelle, la communauté sélectionne P.-R.-J. Jaquet pour la représenter lors du second degré du scrutin[72]. Celui‑ci se rend à Gozée le 24 juin afin de participer à l’élection du député Jean‑Martin Ranwez, bourgeois et ancien bourgmestre de Ham‑sur‑Heure, chargé de défendre les intérêts du district au sein des nouvelles institutions et d’assurer une communication régulière avec ses mandants[72]. Louis Clause souligne que cette procédure témoigne de l’intégration progressive des localités rurales dans les mécanismes politiques de la principauté, à un moment où les revendications démocratiques et les tensions révolutionnaires modifient profondément les structures de représentation[72]. Après la victoire française de Jemappes, les troupes de la République pénètrent à Charleroi le [73]. Leur entrée se déroule sans opposition, et un régime républicain est aussitôt instauré, bénéficiant déjà du soutien d’une partie de la population locale. Cette présence française demeure toutefois brève : le , les forces républicaines se retirent de la région, ouvrant la voie au retour des armées autrichiennes, qui reprennent Charleroi trois jours plus tard et rétablissent les structures de l’ordre ancien[74][73]. Louis Clause souligne que cette alternance rapide de pouvoirs illustre la fragilité politique de la période, marquée par des changements d’autorité successifs qui affectent profondément les communautés locales, dont Marcinelle, engagées dans une transition institutionnelle encore inachevée[74].

En 1794, les opérations militaires reprennent autour de la Sambre, où les forces autrichiennes tentent à plusieurs reprises de franchir la rivière le 25 mai. Repoussées sur plusieurs points, elles lancent néanmoins une offensive depuis les hauteurs de la Tombe, situées sous Marcinelle, et parviennent à occuper Montigny‑le‑Tilleul après une attaque particulièrement vigoureuse[74]. Le lendemain, les troupes françaises contre‑attaquent à Montigny‑le‑Tilleul ainsi qu’au camp fortifié de la Tombe, où une canonnade soutenue se poursuit durant toute la journée[74]. D’après le général Charbonnier, les pertes infligées aux Autrichiens sont suffisamment importantes pour les contraindre à abandonner le camp. Aux alentours du 28 mai, les forces françaises engagent ensuite le siège de Charleroi, amorçant une nouvelle phase décisive de la campagne[74]. Louis Clause souligne que ces affrontements, qui se déroulent à proximité immédiate de Marcinelle, illustrent la violence et l’instabilité de la période, marquée par des mouvements rapides de troupes et des combats qui affectent directement les communautés locales de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse[74]. Après une victoire ponctuelle des troupes impériales, l’empereur François II fait une brève entrée dans Charleroi, mais la situation militaire se renverse rapidement. Le général Jourdan, à la tête des forces françaises, établit son quartier général à Fleurus et entreprend le bombardement de Charleroi du 18 au , jusqu’à la capitulation du gouverneur autrichien[74]. Deux jours plus tard, le 26 juin, la bataille de Fleurus consacre définitivement la domination française sur la région[73], marquant un tournant majeur dans la campagne de Sambre‑et‑Meuse. Louis Clause souligne que cet épisode, décisif pour l’avenir politique et militaire du bassin carolorégien, scelle la fin de l’autorité autrichienne et ouvre une période de réorganisation profonde des structures locales sous l’influence de la République[74].

Dans les jours qui suivent la bataille de Fleurus, la région carolorégienne est marquée par une série d’arrestations menées par les autorités françaises. Le , plusieurs habitants de Charleroi et des localités voisines sont appréhendés puis conduits à Marchienne, où ils sont enfermés dans l’église. Parmi eux figurent Jacques Claeys, greffier de la ville, ainsi que Thomas Navez, père du futur peintre François‑Joseph Navez[74]. Le 6 juillet, un groupe de cinquante‑quatre otages, mêlé à plusieurs centaines de prisonniers et de déserteurs, est transféré vers Mont‑sur‑Marchienne. Le cortège emprunte les rues de la Tombe, de la Bruyère et l’ancien chemin de Nalinnes, traversant des lieux profondément marqués par les récents combats[75]. Au pied du tumulus antique, Jacques Claeys aperçoit Charleroi ravagée : la Ville‑Haute présente des brèches béantes et des ruines qui témoignent de la violence du bombardement ayant précédé la capitulation. Louis Clause souligne que ces scènes, rapportées par des témoins directs, illustrent l’ampleur des destructions subies par la cité et la brutalité des opérations militaires qui ont bouleversé durablement le paysage urbain et la vie des habitants[75]. Après la bataille de Fleurus, la Convention nationale réaffirme son contrôle sur les territoires belges et engage une restructuration politique d’ensemble. Par le décret du 9 vendémiaire an IV (octobre 1795), elle décrète l’annexion complète des anciens Pays‑Bas autrichiens ainsi que de la principauté de Liège, à laquelle Marcinelle était rattachée depuis la fin du IXe siècle. Cette décision met un terme aux institutions traditionnelles du pays de Liège, qui avaient subsisté malgré les changements successifs de domination[75]. Désormais, les lois françaises s’appliquent intégralement à ces territoires, entraînant une transformation profonde des cadres administratifs, judiciaires et politiques[75]. Louis Clause souligne que cette intégration marque une rupture décisive dans l’histoire régionale : elle efface un système coutumier pluriséculaire et inscrit durablement Marcinelle et les localités voisines dans le dispositif étatique français, ouvrant une nouvelle phase de réorganisation territoriale[75].

La période française

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Sous le régime français, Marcinelle fut confrontée aux excès de la Terreur, aux prélèvements fiscaux destinés à financer les campagnes militaires, ainsi qu’à la conscription, qui toucha durement les familles rurales. Selon Louis Clause, ces contraintes s’inscrivaient dans la politique centralisatrice mise en place après l’annexion, laquelle imposait aux communes une contribution accrue à l’effort de guerre. L’abolition des dîmes allégea toutefois les charges pesant sur l’agriculture et améliora sensiblement la situation des cultivateurs, qui purent exploiter leurs terres sans verser les redevances ecclésiastiques traditionnelles[75]. Le Concordat de 1801 rétablit progressivement une stabilité religieuse et sociale, en réorganisant les paroisses et en normalisant les relations entre l’État et l’Église[75]. Clause souligne que cette pacification contribua à apaiser les tensions nées des réformes révolutionnaires. Napoléon manifesta par ailleurs un intérêt particulier pour la navigation sur la Sambre, considérée comme un axe économique stratégique. En 1808, Huart‑Chapel obtint un brevet impérial pour un four à réverbère destiné à la soudure et au recyclage du fer battu, innovation qui témoigne du dynamisme industriel naissant dans la région[75]. En 1815, à la veille de la campagne de Belgique, le général Vandamme reçut l’ordre de se présenter devant Charleroi entre neuf et dix heures du matin le 15 juin, accompagné du général Rogniat, du génie et des marins de la Garde, chargés de s’emparer du pont et de la porte de la ville[75][76]. L’avant‑garde fit halte dans la région et attaqua la ferme Dubuque, rue du Basson[76], où des soldats prussiens s’étaient retranchés. Clause mentionne que les impacts de balles demeurent visibles sur une façade voisine, témoignage matériel des affrontements qui précédèrent les grandes opérations de la campagne de Waterloo[75].

Napoléon arriva à Jamioulx vers midi, tandis que le 2e corps se dirigeait vers Lobbes et Thuin. Selon Louis Clause, l’empereur fit halte dans la prairie du curé Genicot, où il prit une collation avant de poursuivre sa progression vers Charleroi. Une sentinelle française, postée près de la chapelle Notre‑Dame sur le chemin reliant Jamioulx à La Bruyère, aperçut alors un cavalier prussien à la lisière du bois[77][78]. La poursuite s’engagea immédiatement et l’homme fut capturé au Bois de Mont, épisode qui témoigne de la tension extrême régnant dans la région à la veille de la campagne de Belgique. Napoléon gagna ensuite Charleroi en empruntant l’ancien chemin sablonneux de La Bruyère, puis la route difficile reliant Marcinelle à Nalinnes[77][79]. Clause souligne que ces voies, encore rudimentaires au début du XIXe siècle, rendaient les déplacements militaires particulièrement éprouvants, surtout pour les unités chargées de matériel[77]. À l’approche des troupes françaises, les habitants des Haies se réfugièrent dans le bois voisin, qui s’étendait alors jusqu’au Sart Saint‑Nicolas et rejoignait le bois de la Patte. Cette réaction, fréquente dans les zones rurales exposées aux mouvements d’armées, illustre la crainte des pillages et des réquisitions qui accompagnaient généralement les opérations militaires[77][79].

Dans l’après‑midi, un affrontement violent opposa l’avant‑garde française à un important détachement prussien dans les prés du Ry du Pont[Note 5], à la limite de Marcinelle et de Couillet[79]. Selon Louis Clause, les blessés furent transportés dans la grange d’Isidore Cordier, rue de l’Ange, où ils reçurent des soins prodigués par sa sœur, témoignage de l’implication directe des habitants dans les événements de la campagne de 1815. Peu après, Napoléon traversa Marcinelle‑Centre par la rue des Haies et s’arrêta devant la maison communale, au numéro 43. Il y obtint des informations topographiques et demanda à se rafraîchir[80][79]. Mlle Cordier lui apporta une pinte de grès décorée, remplie de bière, que l’empereur but d’un trait avant de remercier la jeune femme sous les acclamations de la foule[80]. Clause souligne que cet épisode, longtemps conservé dans la mémoire locale, illustre la proximité entre les habitants et les acteurs militaires lors des opérations précédant Waterloo. Quelques jours plus tard, Napoléon repassa par Charleroi, épuisé et défait, poursuivi par les troupes prussiennes après la bataille. La pinte utilisée lors de son passage fut longtemps conservée par la famille Cordier comme un souvenir tangible de ces événements[80]. Dans la nuit du 18 au , l’empereur franchit une dernière fois le vieux pont de la Sambre et s’arrêta brièvement aux Champs‑Élysées, un café situé à la sortie des anciennes fortifications, avant de poursuivre sa retraite[79]. Clause interprète cette ultime traversée comme un moment symbolique, marquant la fin de la présence napoléonienne dans la région et l’entrée de Charleroi dans les bouleversements politiques du XIXe siècle[80].

La période hollandaise

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Après la décision du Congrès de Vienne du , les provinces belges furent placées sous l’autorité de Guillaume d’Orange au sein du royaume des Pays‑Bas. À Marcinelle, cette période inaugurée par le régime hollandais fut marquée par un essor matériel notable[81]. Selon Louis Clause, c’est dans ce contexte que furent attribuées les concessions charbonnières du Cazier, de Marcinelle‑Nord et de l’Orgère, respectivement à la douairière Desmanet, à Huart‑Chapel et au vicomte Desmanet de Biesme. Ces concessions jouèrent un rôle déterminant dans la structuration de l’activité minière locale[81]. Les exploitations de la Patte, situées au sud de la concession du Bois de Cazier, fournirent une quantité appréciable de houille, contribuant à l’essor énergétique de la commune. Clause souligne que cette production soutenue permit l’émergence d’une première grande usine métallurgique aux Hauchies, marquant l’entrée de Marcinelle dans le mouvement industriel du début du XIXe siècle[81]. L’ouverture, en 1825, de la route de Philippeville facilita le transport du minerai de fer provenant de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse vers le premier haut‑fourneau au coke de la région[81]. Celui‑ci fut construit en 1826 et achevé l’année suivante par Huart‑Chapel, dont l’initiative témoigne du dynamisme entrepreneurial local. Clause interprète cette infrastructure comme un jalon essentiel dans la modernisation des procédés métallurgiques et dans l’intégration de Marcinelle aux réseaux industriels en expansion[81]. Entre 1815 et 1830, l’activité commerciale et industrielle de Marcinelle prit ainsi forme, portée par l’exploitation charbonnière, le développement des voies de communication et l’implantation d’unités métallurgiques. Cette évolution, que Clause considère comme structurante, annonçait les transformations profondes qui allaient marquer la commune tout au long du XIXe siècle[81].

Sur le plan scolaire, malgré l’intérêt manifesté par Guillaume d’Orange pour l’enseignement primaire, Marcinelle ne comptait en 1830 que deux écoles mixtes l’une au Centre, l’autre aux Haies toutes deux partiellement subsidiées, ainsi qu’une école gardienne payante. Selon Louis Clause, cette offre éducative limitée reflétait les difficultés structurelles des communes industrielles naissantes, où les progrès matériels ne s’accompagnaient pas toujours d’un développement proportionné des institutions publiques[81]. Les avancées économiques de la période hollandaise n’empêchèrent toutefois pas la population belge de se soulever contre les atteintes aux libertés, conduisant à la Révolution de 1830[81]. À Marcinelle comme dans les localités voisines, des volontaires se mobilisèrent contre les troupes hollandaises. Les frères Fivé, actifs dans les usines de Marcinelle et de Couillet, parcoururent les villages environnants pour rallier les patriotes. Clause souligne que leur action contribua à structurer les premiers noyaux de résistance dans le bassin carolorégien[82]. À Châtelet et Châtelineau, Jean, Victor et Benjamin Pirmez prirent la tête du mouvement et réunirent environ quatre cents hommes, armés de fusils anciens, de fourches et de piques, arborant souvent les couleurs liégeoises de 1790[82]. Leur colonne, précédée de tambours, marcha vers Marcinelle, où l’on pensait que la garnison de Charleroi devait rejoindre des renforts venus de Philippeville[82]. Sous l’effet de cette agitation et de l’arrivée des volontaires commandés par les frères Pirmez, Château Louis, né à Montagis en 1801, prit la tête de la première compagnie de Charleroi, composée de volontaires de Charleroi et de Marcinelle. Clause interprète cette mobilisation comme un moment fondateur de la participation civique locale à la naissance de l’État belge[82].

La révolution et l'indépendance belge

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À la suite des bouleversements politiques de 1830, la commune de Marcinelle demeura pendant plusieurs années un espace de cantonnement privilégié pour des unités militaires belges et étrangères, situation directement liée à son rôle d’avant‑poste de la forteresse de Charleroi[83]. Comme le rappelle Louis Clause, cette fonction stratégique entraîna une présence militaire presque continue entre 1830 et 1834. Durant cette période, le village hébergea successivement des détachements français, des gardes civiques ainsi que plusieurs régiments de ligne appartenant au jeune État belge[83]. Les cuirassiers du 1er régiment de l’armée française du Nord y séjournèrent plus d’une année, tandis que d’autres formations, notamment le 9e régiment de ligne, n’y firent que des passages ponctuels[83]. Cette occupation militaire, décrite en détail par Louis Clause, ne fut pas toujours exempte de tensions. Certains détachements laissèrent un souvenir contrasté parmi la population[83]. Des tirailleurs placés sous les ordres du major Capiaumont se rendirent responsables de dégradations et de violences à l’encontre des habitants, provoquant des plaintes officielles et alimentant un climat de mécontentement[83]. Les charges d’hébergement imposées aux familles, souvent lourdes et difficiles à supporter, furent en outre remboursées avec lenteur, ce qui accentua l’irritation des Marcinellois. Clause souligne que ces épisodes illustrent les difficultés rencontrées par les communes frontalières dans les premières années du régime belge, contraintes d’assumer les exigences logistiques d’une armée encore en formation tout en préservant la cohésion de leur communauté[83].

Après la période d’instabilité qui suivit les événements de 1830, l’évolution de Marcinelle au cours du XIXe siècle fut ponctuée par divers aménagements et transformations qui modifièrent progressivement le cadre de vie local. En 1839, l’ancienne école communale fut démolie afin de permettre l’élargissement de la rue de l’Ange, opération qui s’inscrivait dans un ensemble de travaux destinés à améliorer la circulation au sein du village[84]. Peu après, la route de Beaumont et ses embranchements furent ouverts à la circulation, marquant une étape importante dans la modernisation des voies de communication. Louis Clause souligne que ces initiatives, bien qu’indispensables, pesèrent lourdement sur les finances de la commune[84]. L’arrivée du chemin de fer, inauguré en 1843 sur l’axe Bruxelles–Charleroi–Namur, suscita d’abord des appréhensions parmi les habitants. On redoutait que la nouvelle infrastructure ne compromette le charroi traditionnel, le commerce des chevaux et l’ensemble des métiers qui en dépendaient, inquiétudes que Clause mentionne comme révélatrices des tensions entre progrès technique et économie locale[84]. Les charges financières liées aux travaux routiers aggravèrent encore la situation : Marcinelle, déjà fragilisée, dut finalement se résoudre à vendre ses derniers biens communaux afin de rembourser une dette importante contractée auprès de la Banque française de Bruxelles. Selon Louis Clause, cet épisode illustre la difficulté des petites communes à concilier modernisation des infrastructures et équilibre budgétaire dans un siècle marqué par de profondes mutations économiques[84].

Au milieu du XIXe siècle, plusieurs faits marquants contribuèrent à façonner l’histoire de Marcinelle dans un contexte de mutation industrielle et d’extension des infrastructures. En 1845, la fosse Belle‑Vue fut le cadre de la première grande catastrophe minière enregistrée dans la commune, événement que Louis Clause identifie comme un tournant dans la prise de conscience locale des dangers liés à l’exploitation charbonnière. Parallèlement, le réseau ferroviaire poursuivit son expansion : de nouvelles lignes furent ouvertes vers Walcourt, Vireux et la frontière française, renforçant l’intégration de Marcinelle dans les circuits de transport régionaux et nationaux[85]. L’essor industriel s’accompagna également d’initiatives culturelles. En 1849, la Société de Couillet fonda une école de musique et une fanfare destinées à ses ouvriers, témoignant, selon Louis Clause, de la volonté des entreprises charbonnières de structurer une sociabilité ouvrière et de promouvoir des activités collectives au sein des communautés minières[85]. Ces créations illustrent l’émergence d’un cadre culturel lié à l’industrie, où les sociétés musicales jouaient un rôle important dans la cohésion sociale. L’année suivante fut marquée par un épisode dramatique : l’inondation du , provoquée par le débordement simultané de la Sambre et de l’Eau d’Heure, transforma les prairies environnantes en un vaste torrent[85]. Cette crue soudaine entraîna la mort de Philippe Philippet, dit Caniche, qui périt en tentant de secourir des habitants encerclés par les eaux. Louis Clause souligne que cette tragédie demeura longtemps présente dans la mémoire collective, rappelant la vulnérabilité des localités riveraines face aux phénomènes hydrologiques extrêmes[85].

Au cours des années qui suivirent, la vie communautaire de Marcinelle se structura autour d’initiatives publiques et d’aménagements qui témoignaient de l’évolution de la commune dans la seconde moitié du XIXe siècle. Des fêtes locales furent organisées, de nouvelles lignes ferroviaires furent ouvertes, et un marché dominical consacré à la vente de denrées alimentaires fut instauré, contribuant à l’animation économique et sociale du village. Louis Clause note que ces pratiques participaient à l’affirmation d’une sociabilité urbaine en pleine transformation[86]. En 1866, une épidémie de choléra entraîna toutefois la suspension temporaire des kermesses, avant que l’amélioration de la situation sanitaire ne permette leur reprise. Les registres de l’état civil révèlent une mortalité particulièrement élevée durant cette période, surtout en 1866, ce que Clause interprète comme un indicateur de la vulnérabilité des populations industrielles face aux crises épidémiques. Un autre événement marquant survint le , lorsqu’un ouragan d’une intensité exceptionnelle frappa la région[86]. Ce phénomène météorologique causa la mort d’une jeune femme près de la station de l’État et provoqua des destructions considérables. De nombreux bâtiments industriels et agricoles furent endommagés, le célèbre peuplier du tumulus de la Tombe fut renversé, et la plantation des Grands Sapins fut en grande partie dévastée[86]. Les dégâts matériels touchèrent aussi bien les toitures des usines que les infrastructures minières, illustrant, selon Louis Clause, la fragilité des installations industrielles face aux aléas climatiques. Cet épisode demeura longtemps présent dans la mémoire locale en raison de l’ampleur des destructions et de son impact sur l’activité économique[86].

Fabrique de pianos De Heug.

À la fin du XIXe siècle, la commune de Marcinelle continua d’être animée par diverses initiatives locales et par des évolutions administratives et culturelles qui témoignaient de la vitalité de sa communauté[87]. En 1878, le hameau des Haies formula une demande de séparation administrative, revendication qui, comme le souligne Louis Clause, reflétait les tensions internes et les aspirations à une gestion autonome dans certaines parties du territoire communal[87]. L’année suivante fut marquée par un événement d’ordre culturel : les élèves de Marcinelle participèrent à l’inauguration du Musée archéologique de Charleroi en 1879, signe de l’intégration croissante de la commune dans les activités éducatives et patrimoniales de la région. Les pratiques liées au service militaire évoluèrent également[87]. Le premier tirage au sort eut lieu en 1882, conformément aux règles en vigueur dans le royaume, avant d’être remplacé en 1909 par le système du « soldat par famille », dispositif que Louis Clause interprète comme une tentative de rationalisation du recrutement dans un contexte de modernisation administrative[87]. Parallèlement, le réseau ferroviaire poursuivit son extension : l’exploitation de la ligne Couillet–Marcinelle‑Haies–Jamioulx renforça les connexions entre les différents hameaux et facilita les déplacements des ouvriers et des marchandises, contribuant à l’intégration de Marcinelle dans les flux économiques régionaux[87].

À la fin du XIXe siècle, Marcinelle fut confrontée à plusieurs épisodes qui illustrent les tensions sociales et les vulnérabilités environnementales propres aux communes industrielles. La grève de 1886, qui toucha l’ensemble du bassin charbonnier, amena la commune à financer l’organisation d’un bataillon de garde civique afin de maintenir l’ordre public[88]. Louis Clause souligne que cette décision témoigne de l’inquiétude des autorités locales face à l’ampleur du mouvement ouvrier et à la possibilité de débordements dans une région où les activités minières structuraient la vie quotidienne. Trois ans plus tard, en 1889, un incendie ravagea l’usine d’agglomérés Dehaynin, événement qui eut des répercussions économiques sensibles dans un secteur déjà marqué par une forte concurrence[88]. Peu après, en juin de la même année, une pluie torrentielle provoqua des inondations d’une ampleur exceptionnelle. Les ruisseaux sortirent de leur lit, des quartiers entiers furent submergés, et plusieurs infrastructures cédèrent sous la pression des eaux. Dans le vallon de la Villette, les murs successifs s’effondrèrent les uns après les autres, jusqu’à entraîner la rupture de la clôture bordant la route de Beaumont[88]. Louis Clause rappelle que cet épisode demeura l’un des plus spectaculaires du siècle, tant par l’étendue des dégâts que par la violence du phénomène météorologique, qui mit en évidence la fragilité des aménagements hydrauliques dans une commune en pleine expansion industrielle[88].

À la fin du XIXe siècle, Marcinelle fut le théâtre d’une série d’événements qui illustrent à la fois la vitalité de la commune et les fragilités propres aux localités industrielles. Parmi les manifestations les plus marquantes figure la kermesse flamande organisée les 11 et dans la propriété Delloye‑Orban, site qui devait accueillir quelques années plus tard les établissements de la Société L’Énergie[89]. Cette fête de bienfaisance, initiée par le bourgmestre Leroy, avait pour objectif de réunir les premiers fonds destinés à la construction de l’hôpital de la Ferme Bal[89]. Louis Clause souligne que cette initiative témoigne de l’importance croissante des œuvres sociales dans une commune où l’essor industriel s’accompagnait de préoccupations nouvelles en matière de santé publique[89]. Deux ans plus tard, en septembre 1899, un incendie d’une violence exceptionnelle détruisit entièrement l’usine Castin, fondée en 1870 sur l’avenue de Philippeville, à l’emplacement des anciens fours à coke Dupret[89]. L’établissement ne fut jamais reconstruit, ce que Clause interprète comme un signe des difficultés rencontrées par certaines entreprises locales dans un contexte de concurrence accrue[89]. La même année, un orage d’une intensité rare provoqua une nouvelle inondation au hameau des Hauchies : les installations foraines et le kiosque dressés pour la fête locale furent gravement endommagés, rappelant la vulnérabilité des infrastructures face aux phénomènes météorologiques extrêmes[89]. Le début du XXe siècle fut marqué par d’autres épisodes significatifs[89]. Le , une crue importante de la Sambre contraignit l’usine Dulait à transférer sa fonderie vers l’ancien établissement Lermusiaux, également situé aux Hauchies[89]. Quelques mois plus tard, le 7 octobre 1906, la première fête des arbres fut organisée aux écoles des Haies à l’initiative de l’échevin de l’instruction, Jules Destrée, événement que Louis Clause considère comme révélateur de l’attention nouvelle portée à l’éducation civique et à la sensibilisation environnementale[89]. En 1907, l’ouverture du champ de courses du Bois de la Patte, rue de la Bruyère, introduisit une activité inédite dans la commune : ce site devint rapidement un lieu d’expérimentations aéronautiques[89]. En 1909, Albert Loudèche, originaire de Marcinelle, y réalisa les essais de son premier dirigeable, qui se révélèrent infructueux. L’année suivante, en 1910, l’aviation suscita un engouement populaire considérable lorsque Lanser effectua plusieurs tentatives de vol au‑dessus de la piste[89][90]. Ces démonstrations, encore nouvelles dans la région, attirèrent une foule impressionnée par les possibilités offertes par cette technologie émergente. Louis Clause note que ces expériences aéronautiques contribuèrent à inscrire Marcinelle dans le mouvement d’innovation technique qui caractérisait le début du siècle[89][90].

La Première Guerre mondiale

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Au début de la Première Guerre mondiale, Marcinelle se trouva directement impliquée dans les mouvements militaires qui traversaient la région. Le jeudi , une compagnie du 119e régiment français, arrivée de Nalinnes, prit position dans les locaux scolaires des Haies[91]. Ces soldats constituaient les avant‑postes du 3e corps Sordet, représenté par le 119e régiment d’infanterie de la 2e brigade Lavisse. Louis Clause rappelle que cette présence française, installée dans un secteur stratégique entre Charleroi et les vallées environnantes, visait à surveiller les approches de la Sambre[91]. Le matin du 21 août, des patrouilles appartenant au Xe corps de cavalerie allemande entrèrent en contact avec ces avant‑postes, annonçant les premiers affrontements dans la commune. Dans l’après‑midi, les compagnies du 119e franchirent de nouveau la Sambre afin de se déployer en défense vers la Tombe, la place des Haies et l’orée du bois d’Hublinbu, à la limite de Marcinelle et de Couillet[91]. Le samedi 22 août, dès sept heures, les soldats entreprirent de creuser des tranchées depuis la rue du Culot jusqu’à la rue du Transvaal. Ces ouvrages, tracés en lignes droites, se prolongeaient jusqu’au chemin de l’Amérique en suivant les limites du bois[91]. Louis Clause souligne que ces aménagements témoignent de la volonté des troupes françaises de établir une ligne défensive cohérente dans un secteur où le relief, les bois et les voies de communication jouaient un rôle déterminant dans les opérations militaires des premiers jours du conflit[91].

Dans l’après‑midi du , les opérations militaires autour de Charleroi prirent une tournure décisive. Des unités de la XIXe division de réserve allemande, précédées de civils réquisitionnés pour ouvrir la marche, contournèrent les ponts de Charleroi qu’elles supposaient minés et traversèrent la Sambre par le pont de Couillet‑Montigny[92]. Une fois engagées sur la route de Charleroi‑Namur, elles poursuivirent leur progression vers l’est de Marcinelle, incendiant plusieurs habitations situées entre la voie ferrée et la chaussée. Louis Clause souligne que ces destructions visaient à désorganiser les communications locales et à affaiblir les positions françaises établies dans les hameaux voisins. Pendant ce temps, la Croix‑Rouge française arriva aux Haies avant de se diriger immédiatement vers Loverval, où l’afflux de blessés nécessitait une assistance urgente[92]. Sur les hauteurs de la Tombe, quelques soldats français s’étaient installés pour y creuser des tranchées formant un demi‑cercle dont la convexité était orientée vers la route de Beaumont, le terril de Marcinelle‑Nord et les campagnes des Grogères[93]. Le peuplier planté en 1876, devenu un repère local, fut abattu afin de dégager le champ de tir et de faciliter le mouvement des mitrailleuses. Au‑delà du pont des Cerisiers, des troupes de réserve attendaient, accroupies, l’arme au pied, dans les ruelles menant à la chaussée, prêtes à intervenir en cas de percée allemande[93]. Une batterie de 75 était regroupée au pignon sud des bâtiments de M. E. Hiernaux, situés à la limite de la commune, où elle pouvait couvrir les approches de la vallée. Vers onze heures, un petit dirigeable, le Puy‑de‑Dôme, survola le quartier de la Tombe avant de disparaître vers le sud. Louis Clause interprète ce survol comme une reconnaissance aérienne destinée à évaluer les positions françaises et à préparer les mouvements d’artillerie allemands dans les heures suivantes[93].

Au cours de la journée du , les combats se rapprochèrent de l’est de Marcinelle. Les troupes allemandes, venues du Fiestaux, descendirent en direction de la chaussée de Philippeville en affrontant les unités françaises qui s’étaient retranchées dans les écoles de la Queue[92]. Selon Louis Clause, ces positions improvisées permirent de contenir l’avancée ennemie durant près de deux heures, avant que les défenseurs ne soient contraints de se replier aux environs de dix‑sept heures. Les soldats empruntèrent alors le chemin de l’Amérique pour rejoindre le bois d’Hublinbu, où des tranchées avaient été préparées dès le matin afin d’établir une ligne de résistance plus cohérente. Les forces allemandes poursuivirent leur progression et atteignirent rapidement la zone dégagée située entre le chemin de Nalinnes et la rue du Tienne Saint‑Gilles[92]. À environ trois cents mètres de l’orée du bois, elles creusèrent une tranchée partant de la maison Deleeuw, dont le pignon fut utilisé pour installer des mitrailleuses. Louis Clause souligne que cette implantation, réalisée avec une grande rapidité, visait à verrouiller l’accès au massif forestier et à empêcher les troupes françaises de stabiliser leur défense[92]. Ce dispositif, combiné à l’avance méthodique des unités allemandes dans les vallons et les chemins bordant Marcinelle, annonçait l’effondrement progressif des positions françaises dans le secteur[92]. Le , le Premier ministre d'Australie tenait une réunion sur la Grand-Place[94].

La Deuxième Guerre mondiale

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Lors de la Seconde Guerre mondiale, le , les Allemands opèrent de nombreuses arrestations dans les rangs des résistants belges de la Légion belge de Charleroi dont le commandant de celle-ci, Alfred Servais. Ils sont condamnés à mort par le Tribunal de Guerre de Charleroi et fusillés par les Allemands au Tir de Marcinelle-Villette, le . Le corps d'Alfred Servais a été transféré au cimetière de Marcinelle, où il repose toujours, près de la pelouse d’honneur. Des commémorations patriotiques ont lieu périodiquement en souvenir de cet épisode au cimetière de Marcinelle. En un mémorial a été érigé derrière le stand de tir de Marcinelle où ont été exécutés Alfred Servais, le commandant Massart et cinquante patriotes belges[95]. Les autorités communales marcinelloises ont donné son nom à une rue de Marcinelle : la rue Major-Alfred-Servais[96].

L'après guerre

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La catastrophe du Bois du Cazier, le .

Le matin du , la Belgique a connu sa plus grande catastrophe minière au charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle. Cet accident a causé la mort de 262 personnes de 12 nationalités différentes, principalement des Italiens (136) et des Belges (95), laissant derrière eux des centaines de veuves et d'orphelins. Cette tragédie a une fois de plus mis en lumière les conditions de travail et de vie difficiles des mineurs, conduisant à l'arrêt de l'envoi de travailleurs italiens en Belgique pour travailler dans les mines, un trajet qu’avaient déjà effectué 50 000 mineurs italiens. Par la suite, la réglementation sur la sécurité au travail a également été renforcée[97].

À la suite du drame du Bois du Cazier, des mesures ont été prises, notamment par la CECA. Aujourd’hui propriété de la Région wallonne et géré par l'ASBL « Le Bois du Cazier », l’ancien charbonnage, requalifié grâce aux fonds européens de l'Objectif 1, est un site culturel majeur du pays de Charleroi.

Marcinelle est intégrée dans la ville de Charleroi, le , à la suite de la loi sur la fusion des communes.

Liste des bourgmestres de 1820 à 1977

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Lucien Harmegnies (1916-1994).
  • François-Joseph Larbalestrier, de 1820 à 1831, maire puis bourgmestre (tendance catholique).
  • Alexendre Delgrouffre, faisant fonction de 1831 à 1833 (tendance catholique).
  • Stanislas-Louis Lebacq, de 1833 à 1846 (tendance catholique).
  • Désiré Joseph Debecque, de 1846 à 1858 (doctrinaire).
  • Dieudonné De Limborgh, de 1858 à 1872 (Parti libéral).
  • Aurélien Thibaut, de 1872 à 1896 (Parti libéral).
  • Alfred Leroy, de 1896 à 1907 (Parti libéral).
  • Eugène Mascaux, de 1907 à 1934 (POB)[98].
  • Marius Meurée, de 1934 à 1958 (POB-PSB).
  • Lucien Harmegnies, de 1958 à 1977 (PSB). Après la fusion des communes, il devient bourgmestre de Charleroi.

Patrimoine et culture

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Monuments, mémoriaux et bâtiments

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L'église Saint-Martin

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L'église Saint-Martin, restaurée en 1923 est de style roman de type mosan. À l'intérieur se trouve un chemin de croix de Marcel Wolfers. La tour date du XIIe siècle, l’église du XVe siècle et le transept du XVIIIe siècle[99].

Le cimetière militaire

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Au cimetière de Marcinelle, le carré militaire avec le monument aux morts.

Autres bâtiments

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La résidence Albert à l'entrée de Marcinelle.
  • L'hôtel de ville, avenue Eugène Mascaux. L'ancien hôtel de ville de Marcinelle a été construit dans le style Second Empire, mêlant un classicisme éclectique qui combine les architectures de l'antiquité gréco-romaine au néoclassicisme de l'Ancien Régime[100]. Cet hôtel de ville était situé sur la grand'place derrière l'église Saint-Martin, mais il a été détruit par une bombe larguée par erreur. Le nouvel hôtel de ville, conçu par l'architecte Joseph André, a été construit sur l'avenue Mascaux. La première pierre a été posée en 1956 et l'édifice a été inauguré en 1963.
  • La résidence Albert, bâtiment construit en 1938 par Marcel Leborgne. Classé en 2010[101]. Au rez-de-chaussée on trouve un local du Cercle Royal de Bridge de Charleroi (jeux de cartes).
  • Le siège de la société ACEC Transports a été réaménagé en 1989 par les architectes Dulière et Dossogne[102].
  • L'église Notre-Dame des Sept Douleurs. L’édification d’une église à la Villette fut envisagée dès 1899, au moment où le curé Deventer prit la responsabilité de la communauté chrétienne du quartier et initia le projet d’un lieu de culte propre à la paroisse[103]. L’architecte Leborgne fut chargé d’en concevoir les plans, et l’édifice fut placé sous le vocable de Notre‑Dame des Sept Douleurs[6]. La première pierre fut posée en 1905, marquant le début d’un chantier qui aboutit à la consécration de l’église le . Construite en briques et caractérisée par un style gothique primaire d’une grande pureté, l’église s’inscrit dans l’esthétique religieuse de la fin du XIXe siècle[103]. À l’intérieur de l’enclos paroissial, le clergé fit ériger en 1908, à hauteur du chevet, une reproduction de la grotte de Lourdes, témoignant de la diffusion du culte marial et de la volonté d’offrir aux fidèles un espace de dévotion inspiré du sanctuaire pyrénéen, cette grotte fut démolie en 1968 seule la statue de la vierge a été installée dans l'église[103][6].
  • L'église Saint-Louis. Édifiée aux alentours de 1870 sous la direction de l’architecte Émile Riez[Note 6], s’inscrit dans le courant néo‑gothique alors largement répandu dans l’architecture religieuse du XIXe siècle. L’édifice devint rapidement un point de référence pour le quartier des Haies[9]. En octobre 1876, la fabrique d’église consulta officiellement les habitants afin de connaître leur position sur l’éventualité d’élever le lieu de culte au rang de paroisse[104]. Aucune opposition ne s’étant manifestée, l’évêché de Tournai accorda son approbation sans délai. La reconnaissance paroissiale fut entérinée en 1878, consacrant ainsi le rôle institutionnel et spirituel de l’église au sein de la communauté locale[9].
  • L'église du Sacré-Cœur, de style art-déco.
    L'église du Sacré-Cœur (ou du Quartier no XII). La construction de l’église débuta officiellement avec la pose de la première pierre le , et l’édifice fut consacré moins d’un an plus tard, le [7]. Dédiée au Sacré‑Cœur, l’église se distingue par son parement en moellons de Meuse et par ses toitures couvertes de tuiles[105]. Sa silhouette est dominée par une tour carrée de près de 22 mètres de hauteur, ornée d’une représentation du Sacré‑Cœur dont le Christ, placé en façade, est une œuvre du sculpteur Oscar De Clerck. La composition architecturale met en avant une tour avancée encadrant le portail, auquel sont accolées deux chapelles latérales de faible hauteur[105]. Au‑dessus de l’entrée se trouve une statue du Christ accueillant, associée à l’inscription mosaïquée « Vous qui peinez, venez à moi », soulignant la vocation spirituelle et hospitalière du lieu. L’ensemble adopte un langage architectural moderne marqué par l’influence de l’art déco[105]. Parmi les édifices religieux construits en Wallonie depuis 1830, cette église figure dans la catégorie « –1– » établie par l’Institut du Patrimoine wallon, classement réservé aux bâtiments présentant une valeur patrimoniale jugée particulièrement digne de protection[105]. Cette reconnaissance s’explique notamment par l’intervention de l’architecte Joseph André (1885‑1969), figure majeure de l’architecture publique carolorégienne. Actif principalement à Charleroi et dans sa périphérie, il est notamment l’auteur des plans de l’Hôtel de Ville de Charleroi (1936), du Palais des Beaux‑Arts (1956), de la basilique Saint‑Christophe et de l’Hôtel de Ville de Marcinelle (1963), autant de réalisations qui témoignent de son rôle déterminant dans le paysage architectural régional[105].
  • Un des pavillons de la Cité de l'enfance.
    Le temple protestant.
    La Cité de l'Enfance. Édifiée en 1938 sur un vaste terrain arboré de plus de onze hectares, constituait un orphelinat organisé selon un modèle pavillonnaire. Conçue comme une véritable cité‑jardin, elle rassemblait une vingtaine de bâtiments d’un étage capables d’héberger près de trois cents enfants, dans un environnement pensé pour allier fonctionnalité, hygiène et qualité de vie[106]. Cet ensemble, aujourd’hui inscrit au patrimoine immobilier classé de la ville de Charleroi, représente l’une des réalisations modernistes majeures de l’architecte Marcel Leborgne (1898‑1978), figure essentielle du mouvement moderniste en Wallonie[106]. L’autre grande œuvre qu’il conçut pour Charleroi, la maternité Reine Astrid, a depuis disparu, tandis qu’à Marcinelle subsiste encore la Résidence Albert, relevant d’un registre architectural différent mais témoignant également de l’évolution stylistique de l’architecte. Par son ampleur, sa cohérence urbanistique et son ambition sociale, la Cité de l’Enfance demeure un jalon important de l’architecture publique du XXe siècle en Belgique[106].
  • L'ancienne plaine communale de jeux et de sports. La plaine de jeux, inaugurée le par les autorités communales, s’inscrit dans le développement des équipements publics destinés à la jeunesse à Marcinelle. Conçue comme un espace de plein air accessible à l’ensemble des écoles communales, elle devient rapidement un lieu fréquenté par plusieurs centaines d’enfants[106]. Ceux‑ci y étaient acheminés en tram « spécial », qui marquait un arrêt connu sous le nom de la Ferme Bal, rappelant l’exploitation agricole autrefois située à cet emplacement, aujourd’hui occupé par un supermarché (Intermarché)[106]. Cette initiative municipale, pensée pour offrir un cadre récréatif structuré, témoigne de l’attention portée à l’éducation et au bien‑être des jeunes dans l’entre‑deux‑guerres, ainsi que de l’évolution progressive du paysage urbain et social de Marcinelle[106]. Aujourd'hui, c'est le site d'entrainement des joueurs du Sporting de Charleroi.
  • Le home Joseph Cappelen, nommé d'après le directeur gérant d'Amercœur et du Bois du Cazier, était destiné à héberger les ouvriers mineurs italiens célibataires ou isolés. Il disposait de 47 chambres à 2 lits et de 13 chambres à 4 lits, offrant un total de 146 places[107]. Inauguré le par le ministre Jean Duvieusart, le phalanstère du Bois du Cazier entra immédiatement en service et fonctionna de cette manière pendant de nombreuses années. Il abrite aujourd'hui un bâtiment scolaire affilié à la Haute École Provinciale de Hainaut-Condorcet[107].
  • Le temple protestant. Construit en 1906 pour accueillir les fidèles de l'Église réformée[108].
  • La chapelle du Sart-Saint-Nicolas. Démoli en 1875 et reconstruit en 1876, ce calvaire a été érigé dans un style identique à celui de l'ancien[109].
  • La chapelle Sainte-Thérèse de Lisieux. Creusée sous l'église Saint-Martin, elle fut provisoirement bénie en 1928 et solennellement inaugurée en [109].
  • La chapelle du Bois Marcelle, édifiée en 1959 par l'ASBL Patrie-Fois-Sciences. Elle se compose d'un simple dais abritant une statue modeste de la Vierge des Pauvres de Banneux[110]. Elle se situe rue des Bruyères.
  • La pouponnière Le Berceau, construite de 1950 à 1955.

Monuments commémoratifs

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Jules Destrée - œuvre de d'Armand Bonnetain placée derrière l'église Saint-Martin de Marcinelle.
  • Monument à Jules Destrée ; Situé sur la Grand-Place de Marcinelle, adossé à un muret derrière l’église romane Saint-Martin, un petit monument dédié à Jules Destrée a servi de lieu de commémorations liées au Mouvement wallon, à l’initiative de la commune de Marcinelle, dès 1950. Une autre version de ce buste, en pierre, se trouve au palais des Académies à Bruxelles, tandis qu’un troisième, en bronze, est installé dans l’un des halls du palais de Justice de Bruxelles[111].
  • Monument de Paul Pastur, situé dans le parc près de l'hôtel de ville, inauguré en 1939.
  • Monument à Jules et Édouard Cognioul, avenue Paul Pastur.
  • Plaque commémorative à René Dethier, directeur de la Jeune Wallonie, avenue Marius Meurée.
  • Monument aux victimes du Bois du Cazier, cimetière de Marcinelle.
  • Monument au roi Albert Ier, grand-place à proximité du monument Jules Destrée.
  • Mémorial aux résistants, fusillés au cours de la Seconde Guerre mondiale, au Tir national de Marcinelle-Villette.
  • Jardin mémorial Entre Terre et Ciel, avenue de Philippeville.
  • Sculpture offerte à Marcinelle pour le quarantième anniversaire de la catastrophe du Bois du Cazier. Sculpture placée dans le parc de l'hôtel de ville.

Culture

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La Ruche Théâtre.

Théâtre

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La Ruche Théâtre[112], avenue Marius Meurée.

Bibliothèque

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Bibliothèque Jules Destrée, avenue Eugène Mascaux (fermée définitivement).

Bande dessinée : l'École de Marcinelle

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Première couverture du célèbre Journal de Spirou, paru en 1938 sous la direction du dessinateur Jijé.

En bande dessinée, l'École de Marcinelle est le surnom de l'équipe de dessinateurs affiliés au « Journal de Spirou », fondé à Marcinelle par Jean Dupuis en 1938.

L'École de Marcinelle, autour du dessinateur Jijé, est adepte de l'humour et de la caricature, et d'un dessin « au trait dynamique, naïf et tout en rondeur ». Les principaux dessinateurs de ce courant sont Franquin, Morris, Will, Tillieux, Jean Roba, Jidéhem, Peyo, Gos[113].

Folklore

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Marche Saint-Louis[Note 7], cette marche se déroule dans le quartier des Haies le dimanche le plus proche du [114] et la marche du Sacré-Cœur, marche qui se déroule chaque mois d'octobre.

Musées

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Le Bois du Cazier compte 3 musées : le musée du verre, le musée de l'industrie et le musée de la mine comprenant le mémorial du .

Lieux publics

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Les espaces verts de Marcinelle forment un ensemble hétérogène où se côtoient parcs de quartier, jardins communautaires, sites mémoriels et vastes domaines issus de la reconversion industrielle. L’un des ensembles les plus importants est la Cité Parc, vaste zone résidentielle entourée d’un écrin de verdure d’environ dix hectares. Depuis 2021, ce site fait l’objet d’un réaménagement profond visant à renforcer la biodiversité et à améliorer la qualité de vie des habitants. Les travaux incluent la plantation de dizaines d’arbres charmes, chênes, tilleuls, fruitiers ainsi que la création de prairies fleuries, d’aires de jeux, d’espaces de fitness et d’un parcours en dolomie de plus d’1,5 km accessible aux personnes à mobilité réduite. Ces aménagements, soutenus par la Ville de Charleroi et la Sambrienne, s’inscrivent dans une démarche de renaturation urbaine et de consolidation du réseau écologique local[115],[116].

À proximité du centre de Marcinelle, le parc des Anciens Combattants a connu une reconversion citoyenne remarquable grâce au projet Jardinelle. Ce jardin partagé, né de l’initiative d’habitants, transforme un ancien parc délaissé en un espace de permaculture, de compostage collectif et d’ateliers pédagogiques. Il constitue aujourd’hui un lieu de rencontre, d’apprentissage et de biodiversité, animé par des actions communautaires et écologiques telles que la collecte de déchets verts à vélo-cargo (JardiCycle)[117].

On note la présence des parcs de l'Hôtel de ville[118], rue de la Vieille Place et rue de l'Hôtel de Ville, le parc Zenobe Gramme[118], rue Fernand Dineur et du parc Ligny[118], rue Pige Magrite.

Cimetière

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Cimetière de Marcinelle[119], rue des Sarts. Le cimetière de Marcinelle, situé rue des Sarts à Charleroi, constitue un ensemble funéraire où se superposent mémoire locale, histoire industrielle et commémorations nationales. Il s’organise comme un cimetière communal typique de Wallonie, mais se distingue par plusieurs éléments patrimoniaux majeurs[120].

L'entrée du cimetière.

On y trouve d’abord le Monument aux Morts de Marcinelle, œuvre inaugurée en 1922 et réalisée par Léon Van den Houten, avec un socle de Jean Detrait. Cette statue en bronze, coulée aux établissements Verbeyst, représente une figure allégorique de la Victoire, symbolisant la Belgique délivrée après les deux guerres mondiales. Initialement prévue pour la place communale, elle fut finalement installée dans le cimetière, où elle domine les tombes des soldats marcinellois morts pour la Patrie[121].

Le cimetière abrite également la Pelouse d’Honneur, espace dédié aux victimes de la catastrophe du Bois du Cazier du 8 août 1956. Cette parcelle, mise à disposition pour l’inhumation rapide des corps retrouvés au fond de la mine, a été entièrement rénovée en 2024. Les travaux ont intégré des matériaux évoquant le passé industriel du site et ont accompagné les opérations d’exhumation des victimes non identifiées. La statue « Au Mineur Martyr » de Pierre de Soete, inaugurée en 1957, y a également été restaurée[122].

À l’intérieur du cimetière se trouve aussi le Marcinelle New Communal Cemetery, parcelle gérée par la Commonwealth War Graves Commission. Ce site, l’un des 23 000 mémoriaux du Commonwealth, commémore les soldats tombés lors des deux guerres mondiales. En 2021, d’importants travaux de restauration ont été menés pour préserver les stèles, les éléments en pierre et les pièces de ferronnerie, selon les méthodes de conservation strictes de la CWGC[123].

Enseignement

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Écoles dans le réseau communal de Charleroi

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Parmi les écoles du réseau communal de la ville de Charleroi, on note notamment les écoles de : Belle-Vue, Cité-Parc, Hublinbu, Bruyère, Centre, Petite Chenevière et École d'Enseignement adapté « Les Cerisiers »[124].

Autres écoles

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Parmi les autres écoles en dehors du réseau communal il y a notamment : l'Athénée royal Jules Destrée, l'EHTM, école hotellière tourisme Marcinelle, l'Institut Médico-Pédagogique René Thône de Marcinelle, école du Bois Marcelle, école de L'Univers du Petit Prince, école libre du XII (Institut Saint-Joseph), école fondamentale libre protestante « Les Perles », école fondamentale Saint-Martin et école libre de la Villette.

Économie

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Tissu économique

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Secteur de la métallurgie et de l'électronique

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Le haut fourneau no 4 en voie de démantèlement (2020).

L’essor de la sidérurgie se renforce encore au cours du XIXe siècle avec la mise en service d’une cokerie et de deux hauts‑fourneaux à Marcinelle entre 1863 et 1872, profitant de la proximité des gisements de charbon et des voies navigables. La fusion de 1888 entre les Forges de Thy‑le‑Château et les Usines du Midi de Marcinelle concentre progressivement toute la production sur le site marcinellois, qui devient l’un des centres sidérurgiques majeurs du bassin carolorégien. Au XXe siècle, l’ensemble évolue sous les noms de Thy‑Marcinelle, puis Thy‑Marcinelle et Monceau, avant d’être intégré à Hainaut‑Sambre puis à Cockerill‑Sambre. À son apogée, l’installation à cycle intégral de Marcinelle produit environ deux millions de tonnes d’acier par an, dont une majorité destinée aux coils, complétée par un laminoir moderne inauguré en 1971, capable de fabriquer ronds à béton, laminés marchands et fil machine avec une grande flexibilité de production[125].

Thy-Marcinelle vu depuis le sommet du terril des Piges.

Le nord-ouest, jouxtant Charleroi et Marchienne-au-Pont où l'on trouvait traditionnellement des industries lourdes accueille désormais également de grandes entreprises internationales de haute technologie :

Secteur de l'aérospatiale

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L'usine Aerospacelab en construction en 2026.

L’usine Aerospacelab de Marcinelle, souvent désignée comme la Megafactory, constitue l’un des projets industriels les plus ambitieux de l’industrie spatiale européenne contemporaine. Implantée sur l’ancien site des ACEC, à l’entrée du Technopôle de la Villette à Charleroi, elle s’inscrit dans une stratégie de redéploiement industriel régional et dans la montée en puissance du New Space européen. Conçue par les bureaux d’architecture Office KGDVS et RESERVOIR A, l’installation adopte une forme ovoïde distinctive et occupe environ 16 000 à 20 000 m2, selon les phases du projet. Elle intègre une vaste salle blanche centrale entourée d’ateliers, de laboratoires et d’espaces techniques, tandis que les bureaux sont installés en étage, éclairés par de grands puits de lumière circulaires. Une passerelle piétonne relie le bâtiment principal à l’ancien immeuble ACEC, dont la structure en acier corten a été conservée et reconvertie en parking[126],[127].

Pensée comme une « chaîne de montage » spatiale inspirée de l’industrie automobile, la Megafactory vise une production annuelle pouvant atteindre 500 satellites, ce qui en ferait la plus grande usine de fabrication de satellites en Europe et l’une des plus importantes au monde. Les satellites produits, d’une masse comprise entre 50 kg et une tonne, sont destinés à des usages variés : observation de la Terre, télécommunications ou missions en orbite basse. Le site comprend jusqu’à 4 000 à 6 000 m2 de salles blanches, ainsi que des infrastructures de test avancées, dont des plateformes vibratoires (« shakers ») destinées à simuler les conditions de lancement[128],[129],[130].

Le projet, soutenu notamment par Sambrinvest, s’inscrit dans la croissance rapide d’Aerospacelab, entreprise fondée en 2018 et spécialisée dans les plateformes satellitaires et l’intelligence satellitaire. La construction, entamée en 2024, mobilise une association d’entreprises dont BESIX et Galère pour le gros œuvre. L’usine doit atteindre sa pleine capacité de production en 2027, renforçant la position de la Wallonie comme pôle majeur de l’industrie spatiale européenne[128],[130].

Secteur de la culture

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Marcinelle est aussi le siège des éditions Dupuis (bande dessinée).

Anciennes industries

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Les charbonnages

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Dans l’ancienne organisation juridique des Pays-Bas méridionaux, les ressources minérales enfouies dans le sous‑sol étaient généralement considérées comme relevant de l’autorité seigneuriale. Le seigneur exerçait un droit exclusif sur leur extraction ou pouvait en concéder l’exploitation moyennant des redevances définies par des accords particuliers[131]. André Bultot rappelle qu’au milieu du XIIIe siècle, un acte conclu en 1251 entre l’abbé de Lobbes et Nicolas, évêque de Cambrai, confirmait que l’ouverture du sol dépendait de l’autorisation seigneuriale. Toutefois, certaines communautés conservaient des usages différents : dans plusieurs localités du bassin hennuyer, notamment Dampremy, Jumet, Châtelineau, Gilly ou Auvelais, des houillères appartenaient collectivement aux habitants[132]. À Gilly, la communauté gérait même des veines situées au Louvy, mises en adjudication chaque année au début de janvier. Ailleurs, comme à Auvelais, les propriétaires pouvaient exploiter les affleurements sans solliciter de permission particulière. Cette diversité de pratiques rendait souvent incertaine la frontière entre les droits du propriétaire du sol et ceux du seigneur[131]. Selon Bultot, l’usage finit néanmoins par établir une distinction : la houille profonde était tenue pour seigneuriale, tandis que les affleurements revenaient aux particuliers[132].

Après la disparition de l’Ancien Régime, les pratiques locales relatives à l’extraction de la houille affleurante demeurèrent très variées. Dans certaines communes, les propriétaires continuaient à exploiter librement les couches superficielles, malgré l’ambiguïté persistante concernant la répartition des droits. Cette situation reflétait l’évolution progressive du droit minier avant l’adoption d’une législation uniforme au XVIIIe siècle[131]. La loi du , évoquée par André Bultot, introduisit en effet un cadre réglementaire commun pour l’ensemble des mines du pays. Elle limita la durée des concessions à cinquante ans et autorisa les propriétaires à exploiter à ciel ouvert ou par fosses jusqu’à une profondeur de cent pieds. Dans le Hainaut, son application fut tardive, ce qui contribua à maintenir longtemps des pratiques coutumières[132]. La réunion de la Belgique à la République française en 1794 entraîna une transformation complète du régime minier. Les premières concessions modernes du bassin hennuyer furent attribuées sous l’administration française[131]. Les exploitants déjà actifs dans les zones nouvellement concédées devaient être indemnisés après expertise, une procédure qui ralentit considérablement la clarification des situations en raison du nombre élevé de propriétaires concernés. Bultot souligne que cette période fut marquée par une transition complexe entre les usages locaux et les exigences administratives françaises[133].

Une étape décisive fut franchie avec la loi de 1810, qui redéfinissait le principe même des concessions minières. Celles‑ci devenaient illimitées dans le temps et ne pouvaient plus être modifiées sans l’accord du gouvernement, ce qui renforçait le contrôle central sur l’exploitation du sous‑sol. Malgré les ajustements apportés en 1837, 1865 et 1911, les fondements du système napoléonien demeurèrent en vigueur[134]. Au début du XIXe siècle, le bassin houiller hennuyer se caractérisait par une fragmentation extrême, un nombre très élevé de sociétés, une production limitée et un rendement faible, autant d’éléments reflétant le niveau technique et économique de l’époque[133]. À Marcinelle, selon les témoignages recueillis par André Bultot auprès de descendants de mineurs, l’extraction de la houille affleurante se pratiquait encore localement avant l’application effective de la loi de 1810, ce qui montre la persistance de traditions antérieures dans certaines communautés minières du Hainaut[133].

Le charbonnage du Bois du Cazier
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Avant l’attribution officielle de la concession du Bois de Cazier, accordée le à la douairière Desmanet, née vicomtesse de Propper, l’exploitation des affleurements houillers dans la région semble avoir connu un développement notable. Louis Clause souligne que plusieurs secteurs boisés, notamment le Bon Bois, les bois de la Patte et ceux de l’Hublinbu, présentaient déjà des traces visibles d’activité minière antérieure[135]. Les excavations relevées dans ces zones témoignent d’un travail d’extraction mené avant l’établissement d’un cadre concessionnaire moderne, probablement fondé sur des pratiques locales où l’exploitation des couches affleurantes demeurait accessible aux propriétaires ou aux communautés[135]. Selon Clause, ces indices archéologiques et topographiques révèlent une phase précoce d’exploitation, caractéristique des régions où la houille affleurait suffisamment pour être extraite sans infrastructures profondes, et où les usages coutumiers précédaient encore la réglementation minière du XIXe siècle[135]. L’exploitation du charbon dans le secteur du Bois Delpart, également connu sous le nom de charbonnage de la Patte, s’inscrit dès 1812 parmi les nombreuses entreprises minières actives dans le bassin de Charleroi. D’après André Bultot, cette exploitation prit forme autour d’un premier puits établi à l’angle du chemin de la Bruyère et du sentier menant au Bois Madame[133]. Ce puits, creusé par Alexis Bertrand, atteignait environ quatre‑vingts mètres de profondeur et fut le premier de Marcinelle à être équipé d’un manège à chevaux, signe d’une mécanisation encore rudimentaire mais déjà en progrès. Dans la concession octroyée à la douairière Desmanet, les petites exploitations superficielles, appelées cayats, se multiplièrent ensuite, laissant dans le bois de la Patte des affaissements encore visibles aujourd’hui, témoins de cette activité précoce[135].

Plusieurs de ces installations demeurèrent en service jusqu’au milieu du XIXe siècle. Le puits du Sart Saint‑Nicolas, par exemple, fut abandonné vers 1862, tandis qu’un cayat exploitant la veine du Dur Mur était encore actif autour de 1847. Un siège plus important fut établi près de la limite du charbonnage de Marcinelle‑Sud, où la grande veine fut exploitée entre 1837 et 1843. Une machine à vapeur de douze chevaux y fut installée en 1848, bientôt complétée par un dispositif d’épuisement plus puissant destiné à maintenir les travaux au sec[136]. À cette époque, l’extraction atteignait environ 380 hectolitres par jour. Malgré ces améliorations techniques, le siège, baptisé Saint‑Ernest, fut abandonné en 1856, remis en activité en 1861, puis définitivement déserté en 1867 en raison de difficultés d’aérage, de matériel insuffisant et d’un accès malaisé par le chemin de Nalinnes[135]. Bultot souligne que ces obstacles illustrent les limites structurelles des exploitations de taille moyenne dans le bassin hennuyer. Pour remédier aux problèmes de transport, la société établit un chemin de fer à voie étroite reliant le site au vieux chemin de la Bruyère, ce qui facilita ensuite l’acheminement du charbon vers la route de Beaumont et les localités de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse. Un nouveau siège, nommé Saint‑Charles, fut ouvert en 1868[137]. Il comportait un puits d’extraction maçonné de 183 mètres, un puits d’aérage et des machines de trente à cinquante chevaux destinées à l’extraction et à l’exhaure. La ventilation était assurée par un ventilateur centrifuge capable de fournir dix mètres cubes d’air par seconde. L’exploitation débuta en 1870 à l’étage de 115 mètres, mais l’absence de raccordement ferroviaire obligeait encore à transporter le charbon par chariots jusqu’à Charleroi, ce qui augmentait les coûts et altérait la qualité du produit[135].

Le un incendie dans la mine du Bois du Cazier fait 262 victimes. Le site a été récemment refondé et restauré en centre culturel et musée. Une marche funèbre porte le nom de « Marcinelle » en hommage aux victimes de cette catastrophe.

En 1967, le charbonnage arrête définitivement ses activités et en 2004 la tour en bêton fut démoli[138].

Les charbonnages de Marcinelle-Nord
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Charbonnage no 12, sur l'emplacement du complexe commerciale.

L’exploitation de la concession minière attribuée aux Charbonnages de Marcinelle‑Nord, d’une superficie initiale de 1 681 hectares, débuta plus tardivement que celle du Bois du Cazier, mais connut une progression nettement plus rapide. Selon Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson, cette dynamique s’explique en grande partie par l’intégration de l’entreprise à une usine métallurgique de Couillet, dont l’emplacement offrait un accès direct aux principaux axes de circulation routiers, fluviaux et ferroviaires[139]. Cette situation géographique favorable permit à la société minière de développer un réseau étendu de puits, numérotés de 1 à 12, creusés dans le sous‑sol de Marcinelle. À la veille de la Première Guerre mondiale, la Société des Charbonnages de Marcinelle‑Nord exploitait cinq sites distincts[139]. Trois d’entre eux les puits no 10, appelé Le Cerisier, no 11 et no 12 se trouvaient sur le territoire de Marcinelle, tandis que les deux autres, Péchon (no 5, puis no 25) et Fiestaux (no 24), étaient situés à Couillet. Les auteurs Lejeune et Pirson soulignent que cette répartition reflétait la volonté de la société de tirer parti des ressources disponibles dans les deux localités, tout en maintenant une organisation cohérente de ses infrastructures[139]. En 1921, l’entreprise étendit encore son domaine grâce à l’ajout de concessions dans plusieurs communes voisines, portant la superficie totale à environ 2 300 hectares. Cette expansion territoriale témoigne de l’importance croissante des Charbonnages de Marcinelle‑Nord dans l’économie régionale, à une époque où l’industrie houillère constituait l’un des piliers du bassin de Charleroi[139]. La fusion ultérieure avec les Charbonnages de Monceau‑Fontaine entraîna une réorganisation des installations. Les puits no 11 et no 12 furent fermés en 1932, dans un contexte de rationalisation des exploitations. Le puits no 10, connu sous le nom de Le Cerisier, demeura le dernier site actif de l’ancienne concession. Il poursuivit l’extraction du charbon jusqu’en 1966, date à laquelle l’activité minière y fut définitivement arrêtée, marquant la fin d’un chapitre important de l’histoire industrielle de Marcinelle[139].

En janvier 1912, la Société de Marcinelle‑Nord sollicita une extension de sa concession houillère, une démarche qui ne reçut l’approbation officielle qu’après la Première Guerre mondiale, le . L’autorisation accordée portait sur un territoire de 325 hectares et 98 ares réparti sous les communes de Couillet, Bouffioulx, Loverval, Acoz, Gerpinnes et Joncret, ce qui porta la superficie totale de la concession à 2 307 hectares et 39 ares. Louis Clause souligne que cette évolution s’inscrivait dans une stratégie d’expansion progressive du bassin minier[140]. Une modification ultérieure des limites du Charbonnage du Cazier, datée du , ajouta encore 9 hectares et 29 ares, portant la superficie globale à 2 316 hectares et 68 ares. Au début des années 1930, la Société Anonyme des Charbonnages de Marcinelle‑Nord exploitait cinq puits répartis entre les divisions de Couillet et de Marcinelle. La première regroupait les sites no 4, Sainte‑Marie des Fiestaux, et no 5, Blanchisserie, ouvert en 1910[140]. La seconde exploitait les puits nos 11 et 12, ainsi que le puits no 10, dit Ceriser, qui reprenait l’activité de l’ancienne concession de la Réunion de Mont‑sur‑Marchienne. Cette organisation permit d’atteindre en 1930 une extraction de 444 500 tonnes, mobilisant 2 944 ouvriers et produisant des charbons demi‑gras et trois‑quarts gras. Clause rappelle que ces résultats témoignaient encore de la vitalité du secteur houiller dans la région de Charleroi[140].

Le lavoir‑triage associé au charbonnage ne fut mis en fonctionnement qu’en 1884, avant d’être profondément agrandi en 1909. Selon Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson, cet équipement constituait une étape essentielle du traitement du charbon extrait en profondeur. Le minerai devait en effet subir une succession d’opérations mécaniques destinées à séparer la houille des éléments stériles : tri, lavage et calibrage. Le procédé reposait sur un principe physique simple, celui de la différence de densité entre les fragments de charbon et les pierres[141]. Immergés dans un liquide dont la densité se situait entre celles des deux matériaux, les éléments stériles s’enfonçaient tandis que le charbon demeurait en surface. Une fois récupéré, celui‑ci était rincé afin d’éliminer le liquide dense, tandis que les pierres étaient évacuées vers les terrils[141]. Les résidus issus de ces opérations étaient dirigés vers le terril des Hiercheuses, également connu sous le nom de terril de la Tombe. D’après Lejeune et Pirson, il s’agissait de l’un des dépôts les plus étendus du bassin carolorégien, couvrant environ 21 hectares[141]. L’alimentation du terril prit fin en 1967, mais certaines zones présentent encore aujourd’hui des phénomènes de combustion interne, caractéristiques des anciens dépôts houillers. Cet espace, notamment sur son versant nord, est désormais partiellement accessible au public. Son sommet, culminant à près de 220 mètres d’altitude, offre un vaste panorama sur l’ensemble du bassin industriel de Charleroi[141].

Le puits no 5
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Le charbonnage, connu dans la région sous les appellations de Blanchisserie ou plus couramment Pêchon en raison de son implantation sur d’anciens étangs, fut progressivement intégré au réseau de la Société Anonyme des Charbonnages de Monceau‑Fontaine, qui lui attribua le numéro 25[141]. D’après Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson, cette intégration s’inscrivait dans une politique de regroupement des exploitations du bassin carolorégien, destinée à optimiser la gestion des sites et à centraliser les infrastructures[141].

L’exploitation du charbonnage se poursuivit jusqu’en 1975, année de sa fermeture définitive, marquant la fin d’une activité qui avait structuré la vie économique locale pendant plusieurs décennies. Parmi les éléments majeurs de l’infrastructure originelle, seuls les châssis à molettes furent conservés[141]. Ces structures métalliques, caractéristiques de l’architecture minière du XXe siècle, constituent aujourd’hui les derniers témoins matériels du site. Leur présence rappelle l’importance historique du charbonnage dans le développement industriel de la région et offre un repère visuel des anciennes activités extractives[141].

Le puits des Cerisiers
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Le puits ouvert en 1877 par la société minière La Réunion, implantée à Mont‑sur‑Marchienne, prit rapidement le nom de puits du Cerisier, appellation qui s’imposa dans l’usage local. En 1913, un second ouvrage fut creusé à proximité immédiate, permettant d’atteindre une profondeur d’exploitation avoisinant les 1 100 mètres[138]. Les cartes postales anciennes montrent encore les installations caractéristiques du site, notamment la salle des machines d’où partaient les câbles d’extraction supportant les cages. L’ensemble du charbonnage se situait presque à la limite du territoire de Mont‑sur‑Marchienne, comme le rappellent Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson dans leurs travaux[138].

Lorsque la concession fut intégrée à la Société des Charbonnages de Marcinelle‑Nord, un système de traînage en pente fut aménagé depuis le puits du Cerisier jusqu’à la ligne ferroviaire Couillet‑Jamioulx. La tranchée de cette voie subsiste encore aujourd’hui sous la rue de la Bruyère[138]. Ce dispositif servait non seulement au transport du charbon, mais aussi à l’évacuation des stériles vers le bois de la Patte, où leur accumulation forma progressivement un terril conique, désormais connu sous le nom de terril du Cerisier. La mise en terril ayant cessé en 1956, les pentes du dépôt devinrent peu à peu un espace de jeu fréquenté par les enfants du quartier, en complément de la plaine du Mat Noir[138].

Un chemin de fer aérien relia ensuite le charbonnage au triage‑lavoir situé rue des Hiercheuses, témoignant de l’importance logistique du site dans le bassin carolorégien. Après son intégration dans la Société Anonyme Monceau‑Fontaine, le charbonnage prit le numéro 23. L’exploitation cessa en 1966 et les installations furent entièrement démantelées[138]. Le souvenir du site demeure toutefois dans la toponymie locale : la rue du Cerisier, baptisée en 1899, doit son nom au chemin qui menait autrefois au charbonnage, où un cerisier se dressait au centre de la cour, détail souvent évoqué par Lejeune et Pirson dans leurs descriptions du paysage minier[138].

Le puits no 11
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L’exploitation houillère ouverte en 1846 connut une interruption précoce deux ans plus tard, avant d’être relancée en 1866. Elle demeura active jusqu’à sa fermeture définitive en janvier 1932. D’après Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson, le puits atteignait une profondeur maximale de 1 172 mètres, ce qui en faisait l’un des ouvrages les plus profonds du secteur carolorégien. Situé en bordure nord de la rue du Bierchamps, le charbonnage était relié à la laverie de la rue des Hiercheuses par un pont supportant une voie étroite destinée au traînage des wagonnets[141].

Une partie des installations de surface reposait sur des pilotis, probablement pour compenser la différence de niveau entre les deux emplacements. L’éclairage de la sortie réservée au transport du charbon demeurait rudimentaire : un simple lampadaire suspendu à un jeune tronc d’arbre tordu assurait la visibilité minimale[141]. Après l’arrêt définitif des activités en 1934, le site disparut entièrement du paysage[141]. Aucun vestige n’a subsisté, les lieux ayant été profondément remodelés lors de la construction en tranchée de l’autoroute voisine. Cette disparition totale illustre, comme le soulignent Lejeune et Pirson, la manière dont certaines exploitations houillères ont été effacées par les transformations urbaines et infrastructurelles du XXe siècle[141].

Le puits no 12
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L’exploitation du charbonnage no 12, considéré comme l’un des sièges majeurs du bassin carolorégien, prit fin en avril 1932. Sur l’esplanade qui recouvre aujourd’hui l’ancien site, seuls subsistent deux enclos métalliques indiquant l’emplacement exact des puits par lesquels les cages descendaient autrefois à plus de 1 058 mètres de profondeur. Les installations de surface s’étendaient le long de l’actuelle avenue Eugène‑Mascaux, à l’endroit où se trouve désormais le centre commercial du XII[142]. Par son ampleur et par la modernité de ses équipements, ce siège figurait, selon Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson, parmi les charbonnages les plus avancés de la région avant la Première Guerre mondiale[142].

Le site avait intégré les principales innovations techniques de son époque, notamment celles imposées par l’Arrêté royal de 1911, qui rendait obligatoires des installations de bains‑douches destinées aux mineurs de fond. Cette mesure répondait à une exigence sanitaire nouvelle : les logements ouvriers ne permettaient pas d’assurer une hygiène suffisante après le travail au fond, ce qui rendait indispensable la création d’infrastructures adaptées dans les grands sièges[142]. Les charbonnages devaient se conformer à cette réglementation au plus tard le , ce qui entraîna l’aménagement de locaux spécifiques dans les exploitations les plus importantes, dont le charbonnage no 12. Lejeune et Pirson rappellent que cette modernisation participa à l’évolution des conditions de travail dans le bassin carolorégien, marquant une étape significative dans l’histoire sociale de l’industrie houillère[142].

Les charbonnages de Marcinelle-Sud
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En 1828, le vicomte Desmanet de Biesme entreprit une série de travaux miniers le long du chemin du Noir Chien, en direction du nord‑est, à la limite de sa concession[143]. Selon André Bultot, six fosses furent ouvertes à intervalles réguliers d’environ cent aunes, formant un ensemble destiné à explorer systématiquement les affleurements houillers du secteur. Les fosses numérotées 1, 2, 3 et 6, connues sous le nom de Fosses Desmanet, se situaient à l’ouest de la frontière reconnue par la comtesse de Spangen, propriétaire de la concession voisine du Bois du Prince[144]. Les fosses 4 et 5, désignées sous le nom de Fosses Garot, étaient quant à elles implantées à l’est de cette limite. Les profondeurs variaient sensiblement : les fosses Garot atteignaient respectivement dix et cinq toises, tandis que la sixième fosse Desmanet descendait à environ six aunes[143].

L’exploitation de ces fosses, intégrées à l’ensemble minier de Marcinelle‑Sud, était connue sous le nom de Scarajoli et placée sous la direction de Pauporté. Les ouvertures des « saiwes », terme local désignant les entrées de travaux superficiels, se trouvaient en bordure du ruisseau de l’Orgère[143]. L’ensemble de ces puits exploitait la veine dite de cinq paumes, une couche caractéristique du secteur. André Bultot souligne que ces exploitations commencèrent leur activité après le charbonnage de la Patte, mais avant l’ouverture du puits no 1 du charbonnage de Marcinelle‑Nord, ce qui permet de situer leur développement dans la chronologie des premières initiatives minières structurées de la commune[145].

Industries métallurgique et électrique

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La métallurgie occupa durant de nombreuses décennies une place centrale dans l’économie de Marcinelle, où elle absorba une part notable de la main‑d’œuvre masculine. Selon les données relevées en 1929, à la veille de la crise mondiale, plus d’un quart des habitants exerçant une activité professionnelle étaient employés comme ouvriers métallurgistes, ce qui illustre l’importance du secteur dans la commune[146]. Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson soulignent que cette situation résultait de la concentration exceptionnelle d’ateliers et d’usines sidérurgiques installés dès les premières années du XXe siècle le long de la chaussée de Philippeville. Sur une distance légèrement supérieure à un kilomètre, entre Charleroi et Couillet, on recensait alors dix‑neuf établissements, formant l’un des ensembles industriels les plus denses du bassin carolorégien[146]. Cette configuration s’inscrivait dans une dynamique historique plus ancienne. La chaussée, ouverte en 1825, avait été conçue pour faciliter le transport du minerai de fer extrait dans l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse vers les hauts fourneaux fonctionnant au coke, dont ceux installés en 1827 aux Hauchies par la société Huart‑Chapelle[146]. Les convois profitaient du trajet de retour pour acheminer du charbon, ce qui renforçait les échanges entre les différents pôles industriels. La canalisation progressive de la Sambre, ainsi que l’arrivée de la ligne ferroviaire reliant Charleroi à Namur, contribua à accroître l’attractivité de cette zone, qui devint l’un des espaces les plus actifs de la région. Jean‑Claude Pirson rappelle que ces infrastructures firent de Marcinelle un point de convergence stratégique pour les industries métallurgiques[146].

Les entreprises les plus renommées du secteur trouvèrent naturellement place dans ce corridor industriel. Leur réputation dépassa rapidement le cadre national, notamment grâce à la mise en valeur de leurs productions lors de l’exposition de 1911. Parmi les sociétés les plus représentatives figuraient la Société anonyme Électricité et Hydraulique, fondée en 1886, l’Union des Aciéries, créée en 1887, ainsi que les Ateliers Detombay, dont l’origine remonte à 1845. À proximité immédiate se trouvait également la Société anonyme L’Énergie, fondée en 1899[146]. Ces établissements firent l’objet d’une iconographie abondante, en particulier sous forme de cartes postales, témoignant de leur rôle structurant dans le paysage industriel de Marcinelle. Bernard Lejeune note que ces images constituent aujourd’hui des sources précieuses pour comprendre l’importance de ces entreprises dans la vie locale. Au fil du xxe siècle, les transformations successives du territoire rectification de la route de Philippeville, réaménagement des berges de la Sambre, modernisation urbaine ont profondément modifié la configuration des lieux[146]. Ces évolutions rendent difficile la reconstitution précise de l’ancien tissu industriel, tant la morphologie du quartier a été remodelée depuis l’époque où la métallurgie dominait l’activité économique de Marcinelle. Les travaux de Lejeune et Pirson insistent sur cette disparition progressive des traces matérielles, qui complique l’étude détaillée de la topographie industrielle d’autrefois[146].

La société anonyme Electricité et Hydraulique
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L’entreprise fondée en 1886 à Charleroi par l’industriel Julien Dulait (1855‑1926) s’inscrit dans le mouvement d’expansion des activités électromécaniques qui caractérise la région carolorégienne à la fin du XIXe siècle. Son essor rapide conduisit, au tournant du siècle, à un transfert de ses installations vers Marcinelle. Ce déplacement, réalisé en 1900, répondait à la nécessité de disposer d’un espace plus vaste et mieux adapté aux impératifs de production[146]. Le site choisi, situé à l’angle formé par la route de Philippeville et la ligne ferroviaire reliant Charleroi à Namur, offrait un positionnement stratégique au croisement de deux axes majeurs du développement industriel local. Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson rappellent que cette localisation favorisait à la fois l’acheminement des matières premières et la diffusion des produits manufacturés, renforçant l’intégration de l’entreprise dans le tissu économique régional[146].

Sous l’appellation de Société anonyme Électricité et Hydraulique, l’établissement demeura plusieurs années à Marcinelle. Toutefois, les difficultés financières rencontrées par Julien Dulait au début du XXe siècle entraînèrent un changement décisif dans la trajectoire de l’entreprise[146]. En 1904, celle‑ci fut reprise par le baron Édouard Empain, figure majeure de l’industrialisation belge et acteur influent dans les secteurs de l’électricité, des transports et des infrastructures. La reprise s’accompagna d’une restructuration profonde de l’établissement, qui adopta le nom d’Ateliers de Constructions Électriques de Charleroi[146]. Cette nouvelle orientation marqua le début d’une phase de croissance significative, inscrivant durablement l’entreprise dans l’histoire du développement électromécanique du bassin carolorégien. Lejeune et Pirson soulignent que cette transformation permit à l’établissement de s’intégrer dans les réseaux industriels modernisés du début du XXe siècle, contribuant à l’essor d’un secteur alors en pleine mutation[146].

Les Aciéries de Charleroi
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Les Aciéries de Charleroi, qui prirent ultérieurement le nom d’Union des Aciéries, s’inscrivent dans le développement de la métallurgie carolorégienne de la fin du XIXe siècle. Fondée en 1887, l’entreprise se structura progressivement autour d’un réseau de filiales implantées en Belgique, en France, au Grand‑Duché de Luxembourg et en Russie, témoignant de l’extension internationale de ses activités[147]. Cette organisation, officialisée en 1906, reflète l’essor industriel impulsé par Eugène Cambier‑Dupret, dont les initiatives se concentraient sur la production de moulages en acier, un domaine dans lequel les différents établissements du groupe se spécialisèrent de manière cohérente. Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson soulignent que cette spécialisation commune constituait l’un des éléments déterminants de la cohésion du groupe, en renforçant la complémentarité entre ses sites[147].

Le complexe de Marcinelle occupait une place particulière dans cet ensemble. Implanté dans le prolongement des anciens moulins Brisack, il bénéficiait d’une situation favorable au sein du corridor industriel de la route de Philippeville. Son siège administratif était établi au numéro 53 de cette artère, ce qui illustre l’intégration du site dans le tissu industriel local[147]. Selon Lejeune et Pirson, cette localisation contribuait à la visibilité de l’entreprise dans un secteur où la concentration d’établissements métallurgiques était particulièrement marquée[147]. L’Union des Aciéries participa ainsi à la structuration du paysage industriel régional, tout en s’inscrivant dans une dynamique transnationale caractéristique des grandes entreprises métallurgiques du début du XXe siècle[147].

La société anonyme des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Thy-le-Château et Marcinelle
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La Société anonyme des Hauts‑Fourneaux, Forges et Aciéries de Thy‑le‑Château et Marcinelle occupait, avant la Première Guerre mondiale, une position de premier plan dans le paysage sidérurgique belge. Situé au cœur du bassin industriel carolorégien, le complexe constituait l’un des ensembles métallurgiques les plus complets du pays[148]. Il regroupait quatre hauts‑fourneaux, environ soixante fours à coke, une aciérie Thomas, six trains de laminoirs, une centrale électrique et un ensemble d’ateliers spécialisés couvrant notamment la fonderie et la chaudronnerie[148]. Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson rappellent que cette organisation intégrée illustrait les ambitions industrielles de la Belle Époque, période durant laquelle les grandes entreprises sidérurgiques cherchaient à maîtriser l’ensemble de la chaîne de production, depuis la transformation du minerai jusqu’à la fabrication de produits finis[148].

À l’issue du conflit mondial, l’établissement se trouvait dans un état de destruction presque totale. Lors de leur retrait, les forces allemandes avaient procédé à un démantèlement systématique des installations, emportant ou détruisant la quasi‑totalité des équipements. Les halls industriels étaient vidés de leurs machines, plus de deux cents moteurs électriques avaient disparu, et la majorité des ponts roulants, des locomotives et des wagons avait été enlevée[148]. Les hauts‑fourneaux et les fours à coke avaient été démontés, tandis que les six trains de laminoirs avaient été détruits à l’explosif. Même la puissante machine à vapeur de 1 800 chevaux, mise en service en 1913, avait été anéantie[148]. Lejeune et Pirson soulignent que l’ampleur de ces destructions témoigne de la fragilité de l’appareil productif belge durant l’occupation et des défis considérables auxquels les entreprises durent faire face lors de la reconstruction d’après‑guerre. L’exemple de Marcinelle illustre ainsi les conséquences profondes du conflit sur l’industrie sidérurgique nationale et la nécessité de réinvestissements massifs pour relancer la production[148].

La Fonderie de cuivre Cognioul Frères
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Le monument à Jules et Édouard Cognioul.

La fonderie des frères Cognioul occupe une place singulière dans l’histoire industrielle de Marcinelle‑Villette. Bien qu’aucune iconographie connue, notamment sous forme de cartes postales, ne semble en conserver la mémoire, l’établissement constitue l’un des plus anciens ateliers métallurgiques du quartier. Ses origines remontent au début du XIXe siècle, lorsque fut créé un atelier de chaudronnerie de cuivre installé le long de l’ancienne chaussée de Mont‑sur‑Marchienne[149]. Ce n’est qu’en 1864 que l’entreprise s’implanta durablement à Marcinelle‑Villette, où la Carte industrielle de 1890 permet de situer précisément ses installations. Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson rappellent que, tout comme les Ateliers Detombay, la fonderie Cognioul fait partie des rares établissements métallurgiques locaux à avoir franchi le cap du siècle d’existence, témoignant d’une remarquable continuité familiale et artisanale[149].

La troisième génération, représentée par Jules et Édouard Cognioul, joua un rôle déterminant dans l’évolution de l’entreprise. En 1898, les deux frères prirent la direction de la fonderie et lui insufflèrent un dynamisme nouveau. Leur gestion permit à l’établissement d’obtenir une Médaille d’or lors de l’Exposition de Charleroi en 1911, où furent présentées plusieurs pièces en bronze issues de leur production[149]. À cette époque, l’usine, située au numéro 22 de la route menant à Mont‑sur‑Marchienne, employait environ vingt‑cinq ouvriers. Malgré les difficultés liées à la Première Guerre mondiale, l’activité reprit ensuite son rythme[149]. En 1930, le 125e anniversaire de la fondation fut célébré par un banquet organisé à la salle de La Régence, en présence des bourgmestres Mascaux et Tirou ainsi que de Paul Pastur, ami d’enfance des frères Cognioul. Lejeune et Pirson soulignent que cette longévité témoigne de l’ancrage profond de la fonderie dans la vie économique et sociale de Marcinelle‑Villette[149].

Les quatre frères Cognioul se distinguèrent également dans le milieu sportif amateur, en particulier dans les premières compétitions cyclistes régionales. Ils étaient membres du Charleroi Vélo Sport, un club dont les adhérents provenaient majoritairement des milieux industriels et notabiliaires, en raison du coût élevé du matériel. Avant 1900, Victor Baux, Marcinellois d’adoption et directeur d’une fabrique de produits réfractaires, avait déjà remporté l’épreuve Charleroi‑Beaumont‑retour en 3 h 26. Les Cognioul s’engagèrent à leur tour dans ces compétitions[149]. Le benjamin, Édouard, âgé de vingt‑et‑un ans en 1896, remporta la même course en réalisant un temps remarquable d’1 h 27 pour cinquante‑deux kilomètres. Son frère Jules, âgé de vingt‑huit ans en 1900, se consacra davantage aux courses en tandem sur route ou aux épreuves individuelles sur piste[149]. Le vélodrome de Marcinelle‑Villette, situé presque dans l’arrière‑cour de la fonderie familiale, fut le théâtre de plusieurs de ses performances. Jules Cognioul acquit par ailleurs une notoriété durable dans le milieu artistique belge, où il fut actif pendant plus d’un demi‑siècle. Sa première apparition sur scène remonte à 1881, alors qu’il n’était âgé que de neuf ans, lors de la distribution des prix de l’école communale de la Villette[149]. Cette précocité marque le début d’un parcours artistique qui accompagna toute sa vie, parallèlement à ses activités industrielles et sportives. Selon Lejeune et Pirson, cette polyvalence illustre la place singulière occupée par la famille Cognioul dans la vie culturelle et sociale de Marcinelle‑Villette[149].

Poudrière et les sablières de Marcinelle

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L’implantation industrielle de Marcinelle‑Haies comprenait deux activités dont la localisation répondait à des contraintes particulièrement strictes, liées soit à la nature du sous‑sol, soit aux risques associés aux produits manipulés : l’exploitation de sablonnières et la fabrication d’explosifs. La poudrière de Marcinelle, consacrée à cette seconde activité, avait été établie à l’écart des zones habitées en raison du caractère dangereux des substances qu’elle produisait et stockait[150]. Ses casemates, alignées à la limite administrative de Mont‑sur‑Marchienne, n’étaient accessibles que par un unique chemin forestier partant de la bifurcation formée par les rues de la Bruyère et de Nalinnes. Les archives communales mentionnent déjà l’établissement en 1872 dans un recensement industriel, attestant son ancienneté dans le paysage économique local[150]. L’entreprise poursuivit ses activités jusqu’en 1940, année où elle employait douze ouvriers. Les explosifs fabriqués sur le site étaient principalement destinés aux besoins des houillères et des carrières, secteurs pour lesquels Marcinelle constituait un centre d’approvisionnement régional. Bernard Lejeune et Jean‑Claude Pirson soulignent que cette poudrière illustre la présence, souvent méconnue, d’industries à haut risque dans les marges forestières du territoire[150].

Les sablières de Marcinelle occupaient autrefois une vaste zone comprise entre le Sart Saint‑Nicolas et le plateau de La Bruyère, où affleuraient naturellement des bancs de sable. Leur exploitation prit une dimension quasi industrielle à partir des années 1870, lorsque Sclaubas et Brichart entreprirent de valoriser systématiquement ces gisements[150]. Le contexte urbain joua un rôle déterminant : le démantèlement de la forteresse de Charleroi libéra de larges terrains constructibles, suscitant l’intérêt croissant des promoteurs immobiliers et, par conséquent, une demande accrue en matériaux de construction. Selon Lejeune et Pirson, cette conjoncture explique l’essor rapide des sablonnières, qui devinrent un élément structurant de l’économie locale[150]. Les sablonnières se développaient dans une dépression sableuse située entre la rue de Nalinnes et le ruisseau de la Fontaine‑qui‑Bout, un secteur particulièrement favorable à l’extraction. Dès 1873, l’activité avait pris une telle ampleur que l’entreprise exploitante figurait au troisième rang des contributeurs aux subventions communales destinées à l’entretien des chemins, immédiatement après les houillères et les établissements métallurgiques[150]. Cette position témoigne du poids économique que représenta, durant plusieurs décennies, l’exploitation du sable dans l’économie de Marcinelle. Lejeune et Pirson rappellent que cette activité, aujourd’hui disparue, joua un rôle essentiel dans l’approvisionnement des chantiers de construction de la région carolorégienne[150].

Transports

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Les transports par bus à Marcinelle s’inscrivent dans le réseau structuré du TEC Charleroi, qui assure la desserte de ce quartier méridional de la ville au moyen d’un maillage régulier reliant les zones résidentielles, les pôles de services et la gare centrale. La ligne la plus caractéristique de cette organisation est la ligne 21, qui relie Marcinelle (Centre de Loisirs / Hublinbu) à Charleroi Gare Centrale, constituant l’un des axes de mobilité les plus utilisés par les habitants. Cette ligne traverse successivement plusieurs noyaux d’habitat, notamment la rue Vital Françoise, l’avenue Rousseau, la chapelle Beaussart, le square Brachet, la rue Albert Goffin, la rue du Temple, la rue du Vieux Moulin, la rue des Haies, le marché vespéral, le Tienne Saint‑Gilles, la rue de la Laiterie, le square Buisset et le Château Leclercq, avant de rejoindre l’avenue des Chênes à Hublinbu[151].

Le fonctionnement de la ligne repose sur une alternance de trajets en direction de la gare et de retours vers Marcinelle, avec des arrêts équipés d’informations en temps réel ou différé selon les points. Par exemple, l’arrêt Rue des Haies présente des départs cadencés vers Charleroi ou vers Hublinbu, avec des indications précises sur les heures de passage, les points d’embarquement et les correspondances possibles[152]. L’arrêt Château Leclercq, autre point notable du parcours, illustre également la régularité du service, avec des arrivées et départs fréquents vers la gare centrale, ce qui en fait un point de transit important pour les habitants du secteur[153].

Enfin, la ligne 21 constitue un exemple représentatif de la manière dont Marcinelle est intégrée au réseau urbain de Charleroi, en assurant une connexion directe et régulière entre les quartiers résidentiels et le centre-ville, tout en desservant des lieux de sociabilité, de commerce et de loisirs. Les données opérationnelles publiées par le TEC confirment la stabilité de cette desserte et son rôle structurant dans la mobilité locale[154].

  • Les lignes de bus exploitées par le TEC Charleroi sont : 1, 3, 13, 14, 18, 19, 20, 21, 52, 70, 71, 170, 173 et E109.
  • Lignes spéciaux : Bruy et Ceri qui desserve les écoles Les Bruyères (secondaire) et les Cerisiers (école communale primaire).

Marcinelle est traversée par la nationale 5 qui va de la jonction avec la nationale 4 à Etterbeek jusqu'à la frontière française à Brûly (entité de Couvin), par la nationale 53 qui va du carrefour avec la nationale 578 jusqu'à Gozée, par nationale 577 qui va de Charleroi à Bomerée (Montigny-le-Tilleul) et la nationale 579 qui va de Marcinelle (carrefour avec la nationale 53) à Gozée.

Les services de santé à Marcinelle forment un réseau composite où coexistent structures médicales de proximité, institutions spécialisées et initiatives publiques héritées d’une longue histoire sanitaire. L’offre actuelle se caractérise par une forte densité de cabinets médicaux, de centres de soins et de pharmacies répartis autour des axes principaux notamment l’avenue Eugène Mascaux, la rue du Basson et la rue de la Grande Chenevière où exercent médecins généralistes, spécialistes et paramédicaux. Parmi les pôles les plus structurants figure le Centre de santé La Chenevière, qui assure des consultations généralistes et sociales, ainsi que Médecine pour le Peuple, implantée rue de la Vieille Place, qui propose un modèle de soins intégrés et accessibles[155]. L’offre spécialisée est renforcée par la présence de praticiens indépendants, tels que des oto‑rhino‑laryngologues, gastro‑entérologues ou psychologues, concentrés autour du quartier du Basson et de l’avenue Mascaux, où se trouvent également plusieurs officines pharmaceutiques assurant la continuité des soins de première ligne[155].

À ces services de proximité s’ajoutent des institutions médico‑sociales d’envergure, dont l’Institut médico‑pédagogique provincial René Thône, situé à proximité du Bois du Cazier. Cette structure, reconnue par le ministère de la Santé publique depuis 1971, accueille enfants, adolescents et adultes présentant une déficience mentale légère à sévère. Elle combine enseignement spécialisé, accueil de jour, hébergement et accompagnement éducatif, et constitue l’un des principaux pôles régionaux dédiés au handicap. Son développement progressif ouverture du semi‑internat en 1972, extension de la section secondaire en 1973 témoigne de l’importance de Marcinelle dans la prise en charge médico‑pédagogique au sein de la province de Hainaut[156].

Enfin, l’offre contemporaine s’est enrichie d’initiatives récentes comme le Centre Saint‑Martin, installé dans un ancien bâtiment bancaire réaménagé au cœur du vieux Marcinelle. Ce centre vise à accueillir des consultations spécialisées endocrinologie, dermatologie, gastro‑entérologie, psychiatrie et des services paramédicaux, répondant au déplacement progressif des grands hôpitaux carolorégiens vers le nord de la ville. Sa position stratégique, au croisement des principaux axes reliant Charleroi, Mont‑sur‑Marchienne et Couillet, en fait un relais médical important pour le sud de l’agglomération[157].

Maisons de repos

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  • Maison de repos et de soins « Sart Saint-Nicolas »[158], faisant partie du CPAS de Charleroi, rue de Nalinnes.
  • La Tramontagne[159], avenue Mascaux.
  • Notre Foyer[160], rue Cambier Dupret.

Sports et vie associative

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  • Football : Racing Club Marcinelle[161].
  • Basketball : Red Sox Marcinelle[162] et Royal BC Marcinelle[163].
  • Judo : JC Asahi[164].

Infrastructures

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Le Centre de délassement en 2020.

Le Centre de délassement de Marcinelle est un centre de loisirs situé à cheval sur les communes de Marcinelle et Loverval, en Belgique. Il est entouré d'un domaine boisé de 150 ha parsemé de nombreux sentiers. Il comprend une piscine à ciel ouvert, des courts de tennis, un mini-golf, un parcours sportif et accrobranche, une plaine de jeux et des étangs. Il attire de nombreuses familles en été. Sur les courts de tennis, se dispute chaque année à la fin mai-début juin l'Astrid Bowl Charleroi, tournoi international de tennis pour juniors (masculin et féminin) sur terre battue (Astrid Bowl). Parmi les compétiteurs, l'on trouve d'anciennes futures vedettes internationales telles que Martina Navratilova, Justine Henin, Roger Federer et Gustavo Kuerten[165].

Marcinelle dispose d'un complexe sportif dans le quartier de Belle-Vue ainsi à proximité un terrain de basketball, de terrains de football du FC Marcinelle, rue de la Grande Chenevière, d'un complexe sportif à la cité-parc, rue de l'Asie et des terrains d'entrainement du Sporting de Charleroi rue de la Bruyère.

Vie associative

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La vie associative à Marcinelle se caractérise par une densité et une diversité remarquables, reflétant un tissu social où initiatives citoyennes, structures culturelles, actions solidaires et projets créatifs coexistent et se renforcent mutuellement. Au cœur de cette dynamique, la Maison de Jeunes de Marcinelle, intégrée au réseau Charleroi District Jeunes, occupe une place centrale. Reconnue en catégorie 2 par la Fédération Wallonie‑Bruxelles, elle propose tout au long de l’année une large palette d’activités destinées aux adolescents et jeunes adultes : ateliers numériques, projets artistiques, animations sportives, actions écologiques ou encore collaborations intergénérationnelles. Ses programmes, souvent construits en partenariat avec d’autres acteurs locaux, témoignent d’une volonté de favoriser l’expression, la créativité et l’engagement citoyen des jeunes[166],[167].

Autour de ce pôle jeunesse gravitent de nombreuses associations à vocation sociale, culturelle ou environnementale. Parmi elles, l’ASBL Jardinelle joue un rôle notable dans la promotion du développement durable et du « bien‑vivre ensemble ». Fondée par des citoyens bénévoles, elle anime un jardin partagé, organise des ateliers didactiques ou créatifs, des conférences et des événements festifs, tout en impliquant commerçants, associations et services publics du quartier. Ses activités visent à renforcer les liens sociaux, à reconnecter les habitants à la nature et à encourager la participation citoyenne, quel que soit l’âge ou l’origine socioculturelle des participants[168].

La vie associative marcinelloise se distingue également par la présence d’un écosystème créatif en pleine expansion. Le projet Composite, installé dans une ancienne menuiserie réhabilitée, constitue un véritable village de créateurs. Fonctionnant selon un modèle de démocratie participative, il rassemble artisans, artistes et indépendants issus de disciplines variées du textile à la mosaïque en passant par la peinture ou le travail du bois. Lieu de collaboration, de partage de savoir‑faire et de lutte contre l’isolement professionnel, Composite contribue à la redynamisation du quartier et offre un espace de travail stimulant à une communauté croissante de créateurs[169].

À ces initiatives s’ajoutent de nombreuses autres associations actives dans les domaines de l’aide sociale, de la santé, de l’hébergement d’urgence, de la lutte contre les discriminations ou encore de la protection animale. On y retrouve notamment des structures comme Formidable ASBL, engagée dans l’aide aux personnes en difficulté, TEP ASBL (Tout Est Possible), centrée sur la promotion du vivre‑ensemble, ou encore des services spécialisés tels que le Centre de Soins Le Bois Marcelle. L’ensemble de ces organisations contribue à un paysage associatif riche, solidaire et profondément ancré dans les besoins de la population locale[170].

Jumelage

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Carte
Jumelages et partenariats de Marcinelle.Voir et modifier les données sur Wikidata
Jumelages et partenariats de Marcinelle.Voir et modifier les données sur Wikidata
VillePaysPériode
HirsonFrancedepuis
ManoppelloItaliedepuis
SchrambergAllemagnedepuis

Personnalités liées

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Notes et références

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  1. L'ancien sanatorium se trouvait à la limite de Jamioulx.
  2. Nom donné à ce ruisseau en souvenir de Louvois, ministre de Louis XIV (Clause 1948, p. 20).
  3. Fusion de communes en Belgique.
  4. Il se trouve derrière une habitation privée rue de la Tombe, il y a un arbre qui est planté à l'époque aujourd'hui mort. (50° 23′ 17,7″ N, 4° 25′ 38,3″ E )
  5. Ruisseau de la Fontaine qui Bout.
  6. Le même architecte qui avais construit l'église de Lodelinsart aujourd'hui démolie.
  7. Du nom du saint patron de la paroisse.

Références

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  10. 1 2 3 4 5 Clause 1948, p. 24.
  11. 1 2 3 4 Clause 1948, p. 22.
  12. 1 2 3 4 5 6 7 Clause 1948, p. 16.
  13. 1 2 3 Clause 1948, p. 19.
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  20. 1 2 3 4 5 6 Clause 1948, p. 36.
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  27. 1 2 3 4 5 6 7 8 Clause 1948, p. 39.
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  38. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Clause 1948, p. 42.
  39. 1 2 3 Clause 1948, p. 42-43.
  40. 1 2 3 4 5 6 Clause 1948, p. 43.
  41. 1 2 3 4 5 6 7 Clause 1948, p. 44.
  42. 1 2 3 4 5 6 Clause 1948, p. 45.
  43. 1 2 3 4 Clause 1948, p. 46.
  44. 1 2 3 4 5 Clause 1948, p. 46-47.
  45. 1 2 3 Bultot 1995, p. 42.
  46. 1 2 Clause 1948, p. 47-48.
  47. 1 2 3 4 Clause 1948, p. 47.
  48. 1 2 3 4 5 6 7 8 Clause 1948, p. 48.
  49. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Clause 1948, p. 49.
  50. 1 2 Bultot 1995, p. 49.
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Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Redécouvrir son quartier sous un autre regard... Charleroi : Section de Marcinelle, Charleroi, Espace Environnement, , 22 p. (lire en ligne)
  • n.c. (Ministère de la Communauté Française, Administration du Patrimoine Culturel), Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20 : Wallonie, Hainaut, Arrondissement de Charleroi, Liège, Pierre Mardaga, éditeur, , 602 p. (ISBN 2-87009-588-0 et 978-2-8700-9588-1, OCLC 312155565, lire en ligne)
  • Emmanuel Brutsaert (Rédacteur en chef), Gilbert Menne (Secrétaire d'édition) et Johan De Meester (Mission photographique), Histoire et patrimoine des communes de Belgique : Province du Hainaut, Bruxelles, Éditions Racine, , 608 p. (ISBN 978-2-87386-599-3), p. 157-159
  • Tulia Adam, Marcinelle fleur du Pays Noir, Syndicat d'initiative marcinellois, , 29 p.
  • André Bultot, L'histoire de Marcinelle, Marcinelle, André Bultot, , 233 p.
  • Louis Clause, Aperçu historique de la commune de Marcinelle, Charleroi, Éditions J. Dupuis, fils et Cie, , 239 p.
  • Louis Clause, Les rues de Marcinelle,
  • Bernard Lejeune et Jean-Claude Pirson, Reflets du passé marcinellois, Nalinnes, coll. « Publication du syndicat d'initiative de Nalinnes » (no 12), , 126 p.
  • Colette Parmentier, Mémoire d'une paroisse Saint-Martin à Marcinelle 984-1984, Marcinelle, S. A. Jean Dupuis, , 80 p.

Liens externes

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